Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Vers un monde plus renouvelable.

 

Bonjour,

Entre 2011 et 2012, la demande mondiale en énergies renouvelables a encore augmenté, constat du rapport REN21’s Renewables 2013 Gloabal Statut Report qui pointe les grandes tendances  de l’année écoulée et évalue les investissements. (1) Fin 2011, les renouvelables représentent 19% de l’énergie consommée dans le monde. Un peu plus de 9% de ce total provient de la biomasse traditionnelle, comme le bois ou les végétaux utilisés pour  le chauffage et la cuisine dans les zones rurales de l’espace en développement. Environ 5% de la consommation mondiale d’énergies alternatives provient du renouvelable moderne – petit hydraulique, biomasse moderne , vent, soleil, géothermie, et carburants d’origine végétale -, converti en électricité ou en chaleur. L’hydroélectricité contribue à 3,7% de ce total. Dans un nombre croissant de pays, les renouvelables ont cessé d’être des options pour devenir des solutions énergétiques, soutenues par une politique nationale. Le rapport note que le renouvelable moderne peut se substituer aux fossiles et au nucléaire sur quatre marchés distincts : la production d’électricité, le secteur du chauffage et du refroidissement, le carburant destiné aux transports, et le raccordement au réseau énergétiques des zones rurales privées d’accès. Et, surprise, la 4° source d’énergie mondiale, après le pétrole, le charbon, et le gaz naturel, est la biomasse, qui continue de progresser dans le bâtiment, l’industrie, ou les transports.

Des technologies moins chères.

Au cours de la période 2008-2012, la capacité installée de nombre d’énergies renouvelables a connu une forte croissance, tirée vers le haut par la production d’électricité. Pendant ces cinq années, la capacité du solaire photovoltaïque a progressé à un rythme annuel de 60%, celle du solaire thermique à plus de 40%, et 25% pour l’électricité d’origine éolienne. L’hydroélectricité, la géothermie, et la bioélectricité augmentaient à un rythme plus lent. Dans le même temps, la demande mondiale se faisait plus pressante dans les secteurs du chauffage et du refroidissement, réclamant plus de systèmes solaires thermiques, de pompes à chaleur géothermiques, ou de technologies bioénergétiques. La capacité des capteurs solaires vitrés, destinés à produire de l’eau chaude, a augmenté de 15% chaque année. Les pompes à chaleur puisant dans les eaux souterraines ont progressé de de 20% par an au cours de la période 200-2012. Cet engouement pour les énergies vertes, porté par un contexte de développement alternatif aux énergies fossiles et de crise climatique, s’explique aussi par une réduction des coûts de production. Economies d’échelle, innovations technologiques, et concurrence accrue, les turbines éoliennes et les panneaux photovoltaïques  sont devenus beaucoup plus abordables sur le marché. L’engagement de certains Etats à introduire le renouvelable dans leur mix énergétique favorise encore cette transition. Actuellement, 138 pays s’orientent vers les énergies alternatives, dont les 2/3 dans l’espace en développement.

Chine, Etats-Unis, Allemagne.

Le renouvelable est une solution énergétique qui progresse en Asie, en Amérique du Sud, au Moyen Orient, ou en Afrique. Certains pays, plus riches ou plus visionnaires, dominent le marché. En 2012, la Chine, les Etats-Unis, le Canada, et l’Allemagne sont les leaders mondiaux de la capacité en électricité renouvelable. La Chine, qui accueille environ 1/5° de la capacité mondiale, en tire 20% de son l’électricité, dont 17% est produite par les barrages. En Chine, la production d’électricité d’origine éolienne a progressé plus que celle issue du charbon, et devance le nucléaire pour la première fois. Aux Etats-Unis, plus de 12% de l’électricité  provient d’une source renouvelable. Une tendance en progression, le pays a largement misé sur le vent pour augmenter sa capacité. En Allemagne, 23% de l’électricité consommée est d’origine renouvelable. C’est plus que le nucléaire, le gaz, ou le charbon. L’Allemagne est aussi le 3° marché mondial pour les investissements dans les énergies alternatives. L’Espagne, pourtant bien lancée dans la course aux renouvelables, ralentit le rythme. La crise économique et un changement d’orientation politique expliquent cette tendance.

Réseaux alternatifs.

Dans les pays de l’Union Européenne, un nombre croissant d’entrepreneurs et de consommateurs se tournent désormais vers les énergies renouvelables, notamment pour l’électricité. Le marché allemand est passé de 0,8 millions de consommateurs « d’électricité verte » en 2006 à 4,3 millions en 2011. La demande progresse aussi en Autriche, en Belgique, en Finlande, en Italie, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse, au Royaume-Uni, mais sans rivaliser avec l’Allemagne. Dans les pays de l’Union européenne, plus de 70% de la capacité électrique ajoutée en 2011 puise dans des sources renouvelables. Aux Etats-Unis, la moitié des consommateurs ont désormais le choix de consommer de l’électricité de source alternative, fournie par un détaillant. En Europe, en Inde, aux Etats-Unis, le nombre d’industriels ou de commerçants exploitant leur propre système « d’électricité verte » est en hausse. Le nombre de communautés et de coopératives, tournées vers ce type de connexion, est lui aussi en augmentation. Les petites unités de production se multiplient, générant un accès à l’électricité dans des endroits oubliés des réseaux. Dans les campagnes du Tiers-Monde, les énergies renouvelables, petite unité solaire, éolienne, ou mini installation hydro-électrique, commencent à s’imposer comme une alternative crédible à un réseau électrique, coûteux, qui n’arrivera sans doute jamais. Dans ces espaces, l’accès à l’énergie est aussi une condition de développement socio-économique.

Afrique.

Après avoir longtemps été associée à l’industrie du pétrole et du gaz, l’Afrique est désormais remarquée pour son potentiel en énergies renouvelables. De vastes terres, au Sud et au Nord du continent, sont regorgent de réserves en énergie solaire. L’Afrique dispose d’un environnement exceptionnel pour l’éolien, et la géothermie. D’après certaines estimations, seul 7% du potentiel hydroélectrique du continent serait exploité.  L’Afrique, très dépendante de la biomasse, et du bois prélevé sur les forêts, s’apprête à développer des pratiques et des technologies plus durables en matière de bioénergies.  Si le marché du renouvelable piétine encore, le contexte change rapidement. La prise de conscience du potentiel africain, la capacité à surmonter les difficultés économiques, la croissance, et une gouvernance plus stables, favorisent l’émergence d’une multitude de solutions renouvelables, à grande échelle. Beaucoup de pays ambitionnent de convertir leurs petites installations électriques hors réseau – héritage d’un programme d’électrification des villages financé par des donateurs – en infrastructures plus ambitieuses. L’Afrique du Nord domine le marché continental de l’éolien ; l’Est du continent, emmené par le Kenya, augmente sa capacité géothermique ; pendant que l’hydro-électricité se développe à toutes les échelles sur le continent. L’Afrique du Sud devrait  se doter 2013 le premier réseau régional d’électricité d’importance, alimenté par le vent et le soleil . Si 2012 est une moins bonne année que 2011 pour les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables – notamment en raison de la chute des prix du solaire et de la frilosité des marchés, aux Etats-Unis et en  Europe -, le Moyen Orient et l’Afrique enregistrent la meilleure croissance régionale, avec une progression de plus de 200% pour les investissements.

 

M.J

 

L’exemple européen…

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(1) REN21’s Renewables Global Status Report (GSR) 2013 – REN21/ Renewable Energy Policy Network for the 21th Century.http://www.ren21.net/Portals/0/documents/Resources/GSR/2013/GSR2013_highres.pdf


Publié le 1 juillet 2013 par marlene dans Climat,Développement durable,energies alternatives
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Bambou, l’arbre magique de la forêt africaine…

Bonjour,

C’est une plante qui pousse rapidement, et même très vite, qui peut-être récoltée chaque année sans gêner la génération suivante, qui réduit l’érosion des sols, qui nécessite peu d’eau, qui génère une petite économie et des emplois, et qui peut lutter contre la déforestation. C’est une graminée de haute taille qui se prend pour un arbre. Longtemps associé à l’Asie, le continent le mieux doté avec 65% des ressources mondiales, et à la Chine où il nourrit les pandas, le bambou essaime sous les latitudes tropicales, subtropicales, et tempérées. On le trouve en Amérique du Sud, en Equateur, au Mexique, au Brésil, au Chili, et en Colombie. (1)Traditionnellement connu comme l’arbre du pauvre, il est désormais promu matériau high-tech, et rivalise avec des bois traditionnels. Il habille l’habitat individuel et l’architecture innovante,  il se déroule en parquet et en terrasse, il se convertit en meuble, et ses fibres se transforment en textile.  Si la commercialisation de ce bois, issus de plantations et de forêts naturelles, a longtemps été marginale, les acteurs du développement lui assurent aujourd’hui un certain succès. En Afrique, où le bambou couvre 2,7 millions d’hectares et essaime sur 6 pays – Ethiopie, Kenya, Nigeria, Ouganda, République de Tanzanie, et Zimbabwe -, il est désormais perçu comme un instrument de lutte contre la pauvreté. C’est en Ethiopie, pays rongé par la déforestation, que l’INBAR – International Network for Bamboo and Rattan -, teste les possibilités de la graminée.

 

Freiner la déforestation.

La déforestation, cause majeure des famines en Ethiopie, accompagne l’histoire du pays. Il y a un siècle, les forêts couvrent encore près du tiers de la superficie du pays. Dans les années 2000, elles se réduisent à moins de 4% du territoire.  Vers le milieu des années 2000, la FAO estime que 20.000 hectares de forêts disparaissent chaque année, quelques lambeaux situés dans des endroits isolés sont épargnés. La culture du café, la croissance démographique et la quête de terres agricoles ont contribué à ce processus de déforestation. Mais en Ethiopie, comme sur le reste du continent, où le bois constitue l’une des principales sources d’énergie des ménages – la seule dans les campagnes éthiopiennes -, les arbres continuent de tomber. (FAO 1999) Et bien que la consommation d’énergie d’un Ethiopien soit l’une des plus faibles au monde, la démographie nourrit la demande. A la fin des années 90, il devient urgent pour le pays de reboiser. En 2007, 700 millions d’arbres sont plantés, un record, sans pour autant stopper la déforestation. (UNEP 2007). Il y a eu d’autres tentatives de reboisement. A la fin du XIX° siècle, le pays introduit l’eucalyptus, un arbre dont la croissance rapide doit compenser la forêt perdue. Au début du XX° siècle, le pays souhaite se débarrasser de cette espèce venue d’Australie, qui demande beaucoup d’eau et épuise les sols. Sans succès. Un siècle plus tard, le bambou étale ses qualités environnementales. Il pousse sur des sols inhospitaliers ; son système de racines limite l’érosion des sols ; il restaure des terrains  appauvris ou pollués ; son feuillage favorise l’infiltration des eaux. Son rythme de croissance, de 50cm à un mètre par jour pour certaines espèces, et sa facilité à se reconstituer en font une ressource presque « renouvelable ». Il ne lui faut que 3 à 7 ans pour atteindre sa maturité, contre quelques décennies pour la plupart des essences. Il absorbe de grandes quantités de CO², et libère 30% d’oxygène de plus que les arbres. Avec une surface discontinue estimée autour des 850.000 hectares  – contre 1,5 millions dans les années 60 -, l’Ethiopie dispose de la plus importante forêt de bambous du continent africain. (1) L’INBAR, qui développe l’activité mondiale du bambou et incite à une gestion durable des ressources, lance un projet de quatre ans, (2009-2013), financé par la Commission européenne.  Il s’agit d’un échange «Sud-Sud », technologie chinoise au bénéfice des campagnes d’Ethiopie et du Ghana. Ce programme vise à faire reculer l’usage du bois traditionnel, source d’énergie des ménages, au profit du bambou. Les villageois, initiés à fabriquer du charbon de bois dans des fours qu’ils fabriquent, pourront le revendre aux consommateurs citadins. Aux femmes le commerce du bambou, utilisé comme bois à brûler. Ce programme, qui fournit des plants de bambous, initie les villageois à cette activité forestière. (2) (3) (4)

 

« Zengana Boat »

En Ethiopie, le bambou nourrit d’autres initiatives. African Bamboo , une entreprise spécialisée dans  la gestion forestière et la bio-énergie créée en 2012, pont entre les Pays-Bas et l’Ethiopie, compte développer la fabrication de meubles, de panneaux compressés, et de terrasses extérieures destinés à l’exportation. Et produire des briquettes de charbon pour le marché intérieur. L’entreprise compte déjà plus de 150 emplois permanents. Le continent regarde. Le 15 mars dernier, les dirigeants d’une douzaine de pays africains  se sont réunis à Addis Abeba, la capitale de l’Ethiopie, pour envisager le potentiel du bambou. A cette occasion, Ato Sileshi Getahun, Ministre d’Etat en charge de l’agriculture et à la tête du Conseil de l’INBAR, a déclaré : »Le bambou est considéré comme la plus importante stratégie à forte croissance pour reboiser les régions montagneuses dégradées du pays ». (4) Plus modestement, à Chewsa Kebele, dans la région d’Amhara au Nord de l’Ethiopie , quelques jeunes gens promènent les touristes sur le lac Zengana, à bord d’embarcations circulaires  d’inspiration asiatique, projet emmené par l’INBAR. Achamyeleh, un jeune garçon de 25 ans, est l’un de ces petits entrepreneurs : »Je pensais bien commencer un petit business, mais les bateaux en bois et en métal sont trop chers.(…) Quand j’ai entendu que l’on pouvait fabriquer un bateau en bambou en deux jours seulement pour transporter plus de deux personnes, il fallait que je voie par moi-même. En une saison, le bateau est remboursé, et je projette d’en construire d’autres.» (5) Le « Zengana Boat » navigue désormais sur d’autres lacs de la région du Grand Rift Oriental africain, de Madagascar, et du Mozambique.

 

M.J

 

 

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(1) 2. Extent and characteristics of bamboo resources, Global Forest Resources Assessment 2005, FAO 2005 ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/010/a1243e/a1243e03.pdf

(2) “Ethiopia Leads the Bamboo Revolution”, Ed McKenna, IPS, Addis-Ababa, 08-03-2013 http://www.ipsnews.net/2013/04/expanding-ethiopias-bamboo-sector/

(3)“In Africa’s Vanishing Forests, the Benefits of Bamboo”, Tina Rosemberg, Opinionator, blog NewYork Times, 13-03-2012 http://opinionator.blogs.nytimes.com/2012/03/13/in-africas-vanishing-forests-the-benefits-of-bamboo/

(4) African Bamboo Workshop , INBAR, 27-03-2013 http://www.inbar.int/2013/03/african-bamboo-workshop/

(5) Bamboo Boats Float on Rural African Markets, INBAR,  27-03-2013 http://www.inbar.int/2013/03/bamboo-boats-float-on-new-rural-markets-in-africa/

 

 


Publié le 12 avril 2013 par marlene dans Afrique,déforestation,Développement durable,énergie
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Le mystérieux voyage des Aborigènes.

Bonjour,

Entre l’arrivée des Aborigènes, il y a au moins 40.000 ans, et celle des Européens, à la fin du XIX° siècle, l’Australie a sans doute connu d’autres visites. Une étude menée par une équipe d’anthropologues de l’Université de Leipzig, en Allemagne, vient bousculer l’idée d’une île-continent, solitaire et ignorée depuis son peuplement initial. (1) Irina Pugach et ses collègues ont mis en évidence la présence d’un gène substantiel reliant des populations indiennes et australiennes, dont l’origine remonterait à 4000 ans. Au cours de l’Holocène, ou plus précisément, vers 4230, un gène aurait voyagé entre le sous-continent indien et le continent austral. Cette migration se serait accompagnée d’un changement de nourriture et de technologie. C’est à cette période que seraient apparues des flèches en pierre. C’est aussi à cette période que seraient arrivés les dingos , désormais inscrits dans la mémoire fossile du territoire. Les auteurs, qui soulignent la concomitance entre l’afflux de gènes en provenance d’Inde et l’évolution qui s’opère en Australie, formulent  l’hypothèse d’une relation entre ce moment migratoire et l’évolution en cours. Plus près des origines du peuplement, les anthropologues ont  mis en évidence une origine commune entre les populations d’Australie, de Nouvelle Guinée, et les Mamanwa, une population noire des Philippines. Groupes qui se seraient séparés il y a environ 35.000 ans. Cette hypothèse suggère une migration ancienne par une route Sud, en provenance du continent africain. Alors que les autres populations seraient arrivées plus tardivement, lors d’une migration dispersée. Cette analyse révèlerait encore que populations d’Australie et de Nouvelle Guinée se seraient quittées assez tôt dans l’histoire de Sahul. Et non pas, comme le suppose une autre hypothèse, il y a 8000 ans, quand l’élévation du niveau de la mer isole définitivement Australie et Nouvelle Guinée. Le Sahul, territoire qui unit Tasmanie, Australie, et Nouvelle Guinée, aurait été la porte du  peuplement originel aborigène. (1)

 

Entre Sahul et Sunda     

L’Australie, qui connait un peuplement continu depuis plus de 40 000 ans, serait l’un des premiers berceaux de l’humanité. Antériorité partagée avec l’Afrique. Puis, les hypothèses se croisent. Avant les années 1950, on suppose que les Aborigènes arrivent seulement il y a 10.000 ans. Quelques années plus tard, le carbone 14 aide les scientifiques à remonter le curseur de l’histoire jusqu’à au moins 40.000 ans. Les côtes du territoire australien sont alors accessibles, et le carbone 14 ne peut guère en dire plus. Mais l’hypothèse d’une colonisation vieille d’au moins au moins 40.000 ans, datation flexible, est retenue. (2) Concernant la genèse du peuplement, deux théories s’opposent dès la fin du XIX° siècle. La première propose multiples origines au peuple aborigène. La seconde retient une population souche, avant essaimage. Dans les années 60, l’anthropologie énonce une triple origine, c’est la théorie du  « Trihybride ». Balayée plus tard par d’autres études. La linguistique, qui établit une parenté entre l’extraordinaire diversité des langues et langages aborigènes, renforce l’idée d’une population « souche ». Michel Charleux, ethnologue de la Préhistoire qui écrit sur l’origine du peuplement aborigène dans l’ouvrage « Australie Noire »  – éditions Autrement 1989 -, déplace – avec d’autres chercheurs – le berceau aborigène en Asie du Sud- Est.(3) Si la mer reste un obstacle qui sépare le Sahul – Tasmanie, Australie, Nouvelle Guinée  – du Sunda – le  Sud-Est asiatique dont seraient originaires les Aborigènes – l’aventure n’apparaît  pas impossible. Ils ont pu, grâce à des embarcations, franchir cette distance finalement pas si longue. Michel Charleux, qui s’appuie sur les travaux antérieurs, retient l’hypothèse d’un peuplement remontant à environ 55.000 ans, alors que les eaux sont basses. Pendant 10.000 ans, ce noyau initial de cueilleurs-chasseurs, doucement gonflé par la démographie, en quête de nouveaux territoires et de plus gros gibiers, qui développe technologies et connaissance des milieux, essaime sur le territoire australien. La terre est immense, le peuplement diffus, mais la colonisation progresse. Les fouilles montrent qu’il y a 20.000 ans, les Aborigènes pratiquent l’ensemble du territoire australien. Cet article, qui rappelle la difficulté du terrain et des recherches, balaie les hypothèses d’un  peuplement initial à partir de la Mélanésie et de la Polynésie, « colonisées tardivement ». (3) Mais il annonce clairement : « Une origine africaine est inconcevable, reste l’hypothèse d’un peuplement asiatique. » (3)

 

Doutes.

Des chercheurs australiens commentent les résultats obtenus par l’équipe de Leipzig dans Australian Geographic. Jeremy Austin, Professeur associé à l’Université d’Adelaïde, salue l’idée de relations commerciales et migratoires anciennes entre l’Australie et l’Asie, hypothèse antérieure avalisée par l’étude. Plus critique, il remet en cause l’origine des Dingos, originaires selon lui, du Sud Est asiatique insulaire. Et non de l’Inde. La relation entre une migration indienne génétiquement prouvée, l’arrivée de nouvelles technologies, et l’apparition des dingos, reste cependant à fouiller. Joe Dortch, enseignant à l’Université de Perth  -Western Australia -, s’interroge, lui, sur la nature des relations entre Indiens et Australiens, mouvement migratoire ou contact occasionnel ? Il doute : « Il n’est pas possible de dire comment la relation avec l’Inde a surgi. » L’article pointe un autre point sensible: un échantillonnage génétique sur un vaste espace du Territoire Nord, peut-être pas représentatif d’autres populations aborigènes. (5). L’origine des Aborigènes d’Australie, noyau initial enrichi d’autres populations, reste une énigme plus ou moins résolue…

 

 

M.J

 

 

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(1) Publication originale:

Irina Pugach, Frederick Del?n, Ellen Gunnarsdóttir, Manfred Kayser, Mark Stoneking

Genome-wide data substantiates Holocene gene ?ow from India to Australia

PNAS, Online Early Edition, January 2013

Résumé: http://www.mpg.de/6818105/Holocene-gene-flow_India-Australia

(2) Wikipedia Australian Archeology, http://en.wikipedia.org/wiki/Australian_archaeology Préhistory of Australia Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Prehistory_of_Australia

(3) » Australie noire »,   Les Aborigènes, un peuple d’intellectuels, Sylvie Girardet, Claire Merleau Ponty, Anne Tardy (Dir), Monde, Mars 1989 « 40 000 ans déjà », Michel Charleux, p70 à 73.

(4)Northern Australian aboriginals may have had contact with Indian migrants 4000 years ago, says study.”, Alice McRae with AAP, 15-01-2013. http://www.australiangeographic.com.au/journal/aboriginal-genetic-study-suggests-indian-migration.htm


Publié le 22 janvier 2013 par marlene dans Afrique,Asie du Sud-Est.,Australie aborigène.,Inde,Migrations.
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La terre des Africains dédiée aux carburants.

Bonjour,

L’Afrique serait une réserve de terres agricoles lorgnée par des investisseurs, le plus souvent étrangers au continent , pour y développer une agriculture d’’exportation, ou, plus scandaleusement, des plantations destinées à produire des carburants. Ce n’est pas un scoop, mais une étude des Amis de la Terre , publiée en 2010, et intitulée : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. (1)   Avec un constat qui précise le rapport de force : « Les agrocarburants font concurrence aux cultures vivrières pour les terres arables, et les firmes qui veulent développer les agrocarburants font concurrence aux paysans pour l’accès à la terre. » (p4/36). La crise alimentaire de 2008, et les émeutes de la faim consécutives, éclairent encore cette rivalité entre nourriture et énergie. « L’utilisation d’une partie des récoltes pour la production d’agrocarburants a été un facteur majeur d’augmentation du prix de la nourriture » lit-on à la même page. Sur le continent africain, près du tiers des terres faisant l’objet d’une transaction, soit 5 millions d’hectares, sont destinés à la production de carburants d’origine végétale.

Riziculteurs de Tanzanie.

Une carte, esquissée à partir d’une dizaine d’exemples fouillés par l’organisation, quantifie une partie du  problème. (p6/36) En Sierra Leone, 26.000 hectares sont destinés à la canne à sucre. Au Ghana, plus de 700.000 hectares ont été confisqués aux Ghanéens. Au Benin, 300.000 à 400.000 hectares de zones humides, dans le Sud du pays, sont appelées à  se couvrir de palmiers à huile. Au Nigeria, 100.000 hectares saisis ; au  Cameroun, un bail de 60 ans pour près de 60.000 hectares de palmiers à huile ; en Angola, plus de 500.000 hectares de terres vouées aux agrocarburants. En Ethiopie, 700.000 hectares sont réservés à la canne à sucre, et 23 millions d’hectares bientôt couverts de plants de jatropha.  Au Kenya, 500.000 hectares sont destinés aux entrepreneurs. En Tanzanie, un millier de petits riziculteurs ont été obligés de céder leurs terres aux planteurs de canne à sucre. Au Mozambique, près de 5 millions d’hectares, soit 1/7° des terres arables du pays, sont dans la ligne de mire d’investisseurs. Attirés par des terres bon marché, ils sont Européens, Suisse, Italie, Royaume-Uni, Norvège, France, Espagne, Belgique, ou Portugal. D’autres investisseurs, venus d’Israël,  du Canada, du  Japon, ou du Brésil, laboratoire mondial des agrocarburants, ont encore flairé le bon plan. Addax Bioenergy, des Suisses au Mozambique ; Jatropha  Africa, des britanniques au Ghana ; Compagnie Franco-camerounaise, la carte détaille les intérêts fonciers. (p3/6) A la question « Qui ? », le rapport répond «…des PME – souvent des start-up  ayant identifié des perspectives commerciales dans les agrocarburants ». Avec l’intention claironnée de développer l’économie, locale et nationale, et de créer des emplois, notamment dans les zones rurales. Argument qui réjouit  le pays d’accueil, sans trop d’effets sur le terrain. Quelques économies continentales, Afrique du Sud, Cameroun, Angola, s’intéressent aussi à la filière des carburants, via des entreprises d’Etat et des sociétés d’investissements privés. En 2006, une quinzaine de pays africains, dont le Benin, le Ghana, le Sénégal, et le Mali ont crée une « OPEP verte », l’Association panafricaine des non producteurs de Pétrole (PANPP). La canne à sucre, le sorgho sucrier, le manioc, qui contribuent à l’alimentation des Africains, produisent de l’éthanol. Le palmier à huile, le soja, l’arachide, et le jatropha – plante non comestible qui s’adapte aux sols ingrats – sont utilisés pour le biodiesel.   Si l’intention générale est de produire des carburants alternatifs pour parer la hausse du prix du pétrole et anticiper une pénurie annoncée, il existe aussi des stratégies alimentaires. L’Arabie Saoudite projette d’investir des terres agricoles en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte,  pour y constituer des réserves de céréales.  La Corée du Sud partage cette ambition. En 2008, la société Daewoo Logistic convoite plus d’un million d’hectares de terres arables à Madagascar. Le projet s’ébruite, les Malgaches s’énervent, le gouvernement démissionne. La transaction est annulée.

Eau fraîche, canne à sucre, et jatropha.

« Les répercussions », Chapitre 5 du rapport. Une vision occidentale qui évacue les pratiques rurales des sociétés africaines, et tente de tirer profit de ressources, déjà rares. Si la disponibilité des terres africaines semble sans mesure, 800 millions d’hectares dont seul le quart serait mis en culture, leur vocation échappe parfois aux investisseurs.  La  tradition agricole, qui joue sur l’alternance, cultures-pâturages-jachères, vise à ne pas épuiser les sols. Cette mise en valeur, qui demande probablement plus d’espace disponible que supposé, serait contrariée par une extension des cultures énergétiques. Autre  malentendu souligné dans le rapport, celui des « terres marginales », utilisées pour faire paître les troupeaux, pour collecter du bois et des plantes médicinales, ou pour entretenir un petit jardin. Ces « terres marginales », à vocation communautaire et sans titre de propriété individuel, sont souvent avalées par de gros projets d’agrocarburants. C’est souvent le cas du jatropha, présenté comme une culture qui ne concurrence pas l’agriculture vivrière. Dans le Nord du Ghana,  Biofuel Africa,  intérêts norvégiens, projette  « la plus grande plantation de jatropha au monde » (p20/36), 38.000 hectares convertis. Or une partie de ces terres était mise en valeur par des villageois qui y cultivaient du maïs et du riz. Au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie, la compétition pour les terres tourne au profit des agro-industriels.  Et grande est la tentation de planter du jatropha ou du sorgho sucrier, pourtant promis aux sols ingrats, sur des terres plus riches, dotées en eau fraîche. Si la canne à sucre a besoin d’être irriguée pour pousser, le jatropha a besoin d’eau pour démarrer. Il faut 4000 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol à base de maïs et de canne à sucre. Et un peu plus de 9000 pour un litre de biodiesel à base de soja. Au Kenya , où les sécheresses consécutives diminuent les récoltes – un kenyan sur 10 se nourrit grâce à l’aide alimentaire -, le gouvernement autorise le Qatar à cultiver des plantes horticoles dans la région du delta du fleuve Tana, une zone agro-pastorale dédiée aux pâturages communautaires. Là, ou de précédents projets de canne à sucre avaient échoué.

« Les ressources les plus précieuses de l’Afrique – sa biodiversité, ses terres, ses habitants – sont exploitées pour exporter du carburant vers des pays énergivores comme l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde. », résume le Réseau africain de Biodiversité. » (p24/36) En Tanzanie, à Madagascar,  au Ghana, où au Sénégal, le ton monte contre les voleurs de terres.

M.J.

L’Indien Ram Karuturi rachète 300.000 hectares de terres agricoles dans l’Ouest de l’Ethiopie pour y produire du riz, beaucoup de riz, et développer des pépinières de palmiers à huile…Avant de partir conquérir d’autres terres au Soudan. … Planète à vendre ( Agoravox , un documentaire diffusé sur ARTE le 19 avril 2011.

 

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(1) : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. Ampleur et conséquences de l’accaparement des terres pour produire des agrocarburants. Rapport. Les Amis de la Terre Afrique et les Amis de la Terre Europe, juin 2010. http://www.foeeurope.org/agrofuels/FoEE_Africa_up_for_grabs_2010_FRENCH.pdf


Publié le 12 janvier 2012 par marlene dans Afrique,biocarburants,crise alimentaire
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7 milliards: des jeunes, des vieux, des Africains, et des femmes.

Bonjour,

Depuis le 31 octobre dernier, la planète compte 7 milliards d’habitants, estimation des Nations Unies. Il a fallu attendre les années 1800 pour atteindre le premier milliard, il faut désormais 13 années pour en compter un nouveau. Si la baisse de la fécondité dans la plupart des pays du monde ralentit la croissance de la démographie mondiale, la population continue de grossir. En 2011, l’Asie, qui dépasse les 4 milliards d’habitants, a de bonnes chances de rester le continent le plus peuplé. Elle devrait dépasser les 5 milliards au milieu du siècle, avant de redescendre lentement. L ’Amérique, l’Europe, et l’Océanie, en dessous des 2 milliards, devraient les atteindre et s’y stabiliser en 2100. L ’Afrique, qui compte plus d’un milliard d’habitants depuis 2009, caractérisée par une forte fécondité, est en progression vertigineuse. Un rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) esquisse un long portrait d’une humanité qui change de profil, et de monde. Trois tendances.

Une humanité plus jeune. La moitié des 7 milliards d’habitants de la planète est âgée de  moins de 25 ans. L’Inde, où les femmes ont un taux de fécondité de 2,5 enfants – soit plus que le remplacement des générations situé à 2,1 – compte 600 millions de 24 ans ou moins. Cette jeunesse est accueillie comme une bonne nouvelle par les Autorités car elle permettra de faire tourner l’économie indienne pendant quelques décennies. Un avis que ne partagent pas démographes et sociologues, qui s’interrogent sur leur capacité s’adapter à un contexte économique plus complexe et plus sophistiqué. En Inde, près de la moitié des enfants souffre de malnutrition, 66% terminent un cycle primaire, avec une chance sur deux de continuer des études secondaires. Le chômage des jeunes est d’ailleurs l’une des inquiétudes de ce début de siècle. Selon l’OIT, l’Organisation internationale du Travail, 13% des 15-24 ans sont sans emploi en 2009. Un record historique lié à la crise économique. Dans le monde arabe, cette proportion dépasse les 23%. En Tunisie et en Egypte, ces jeunes ont fait vivre le « Printemps Arabe ». Un adolescent d’une quinzaine d’années, originaire d’une petite ville située sur les bords du Canal de Suez, évoque l’entrée en politique de cette  jeunesse désoeuvrée : «  C’est nous qui avons fait la révolution. Nos familles nous disaient de nous tenir tranquilles. Nous n’en avons rien fait. Nous sommes descendus dans la rue en quête de notre rêve. » (1) Education insuffisante, chômage, SIDA, mariages précoces, adolescentes enceintes, très nombreuses en Afrique subsaharienne, en Amérique latine, et dans les Caraïbes, contrarient l’idée d’une jeunesse dorée dans l’espace en développement. Pourtant, pointe le rapport: « La génération actuelle des jeunes est prête à modifier fondamentalement le monde ; il y irait de l’intérêt des gouvernements de cultiver et d’utiliser leur potentiel et de ne pas laisser passer les opportunités qu’ils offrent pour le développement. »(2)

Une humanité plus âgée. En 1950, les plus de 60 ans représentent 8% de la population mondiale. Ils seront 22% vers le milieu du siècle. D’ailleurs, la part des plus de 60 ans progresse de 2,6% par an, plus que la croissance démographique mondiale. Il existe une relation étroite entre jeunes et aînés, dont les vies se séparent. Dans de nombreux pays, développés ou non, la jeunesse émigre vers les villes, à l’étranger, en quête d’un travail, laissant ses aînés seuls, parfois sans ressource. En Chine, la part des personnes âgées progresse régulièrement, conséquence de la politique des familles à un enfant et d’une amélioration de la santé. Les plus de 60 ans, qui représentaient 10% de la population chinoise en 2000, dépassent actuellement plus de 13%. Pour limiter le coût de logements neufs, les Autorités chinoises s’efforcent de retenir la population âgée à domicile. Et y parviennent. Pour parer au coût du vieillissement, la Chine et l’Inde, pourtant dotée d’une démographie plus jeune, réfléchissent comment confier la responsabilité des aînés à leurs enfants. Partout, dans les pays émergents et pauvres, quand l’Etat ne peut intervenir, ONG, collectivités, et donateurs privés sont sollicités pour adoucir la vieillesse, et remédier à l’éclatement des familles. Dans les pays riches, à plus forte espérance de vie et à jeunesse déclinante, le vieillissement pose le problème du financement des retraites, celui du maintien à domicile. S’il existe des écarts, 25% de personnes âgées en Finlande et autour de 5% en Ethiopie et au Mozambique, les vies s’allongent partout. Entre 1950 et 2010, l’espérance de vie a progressé de 11 ans dans les pays développés, de 26 ans dans les pays émergents, et de presque 20 ans dans les pays les plus pauvres. En 2009, le Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies émet un constat mondial : « Le vieillissement de la population est sans précédent ; il est omniprésent ; il est profond ; il est durable. » (3)Au moins jusqu’en 2050.

Espace à part, l’Afrique, où la fécondité élevée pourrait faire s’envoler la démographie. A l’échelle continentale, malgré des situations très variées, elle est de 4,6 enfants par femme, tendance 2005-2011. En 2011, Thomas Buettner, responsable de la population au Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies, note que si la fertilité africaine se maintient pendant trois siècles, échéance longue, la population du continent voisinerait avec les 3 billions de personnes. Plus raisonnable, Joseph Chamie, du Centre des Etudes migratoires de New-York, se projette à moyen terme. Il note que l’Afrique, et le Nigéria, le pays le plus peuplé , pourraient influencer la démographie mondiale. « Si les taux de fécondité de l’Afrique devaient rester inchangés au cours des décennies à venir, la population du continent s’accroîtrait à une vitesse extrêmement élevée pour atteindre 3 milliards d’habitants d’ici 2050 et le nombre incroyable de 15 milliards d’ici 2100, soit environ 15 fois sa population actuelle. », écrit Chamie. Il remarque encore que l’Afrique sera sans doute le dernier continent de la planète à accomplir sa transition démographique, réduire simultanément ses taux de natalité et de mortalité. (4)  Le droit des femmes à donner naissance aux enfants désirés, et à décider de leur calendrier maternel, est l’une des conditions de la transition démographique. Environ 215 millions de femmes dans le monde, en âge de procréer, pratiqueraient un contrôle des naissances si elles avaient accès au planning familial. Les femmes, éduquées, sont actrices d’une démographie contenue, attendue pour la fin du siècle.

 

M.J

 

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Rapport : « Etat de la population mondiale 2011 », UNFPA :  http://foweb.unfpa.org/SWP2011/reports/FR-SWOP2011.pd

(1) p 29, (2) p 33, (3) p 36, (4) p 62.

Une cartographie inter-active sur le site de l’UNFPA : « 7 Bilion » http://7billionactions.org/data


Publié le 2 décembre 2011 par marlene dans Afrique/ population.
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Agriculture: les promesses de la petite école « bio ».

Bonjour,

L’agriculture « bio » pourrait-elle adoucir le problème de la faim dans le monde ? Probablement, argumentent les Nations Unies au fil d’un double rapport.(1) Cette agriculture, plus vraiment traditionnelle, améliorée et débarrassée de produits chimiques, fertilisants et pesticides, permettrait à beaucoup de paysans du monde en développement de doubler leur production de nourriture en une petite dizaine d’années. Cette proposition colle au profil d’agriculteurs, qui travaillent sur des petites structures, faciles à réformer. Elle répond aussi au contexte toujours alarmant de la faim dans le monde. Au cours des 10 dernières années, les progrès pour réduire le nombre d’affamés ont été lents, et inégaux, à l’échelle de la planète. Avec un zoom sur l’Afrique sub-sahélienne, où la faim a progressé de 20% depuis 1990.Au début des années 2000, 33% de la population du Kenya manque encore de nourriture, 19% en Ouganda, jusqu’à 44% en Tanzanie. Cette agriculture «soft», qui décline les lois du Développement durable – « capital naturel », nourriture, bois, eau ; « capital social », le travailler ensemble ; « capital humain », valoriser le savoir de chacun ; « capital financier », se tirer hors de la pauvreté – entend bien montrer qu’elle peut aussi faire grimper la productivité. Expérimentée dans plus d’une cinquantaine de pays, elle a prouvé que les récoltes, issues de semences traditionnelles et protégées avec des méthodes naturelles, pouvaient augmenter leur rendement de 80%, en moyenne. Quelques petits ilôts d’agriculture « bio », développés sur le continent africain, présentent des récoltes augmentées de 116%, en moyenne. Jusqu’à 128% en Afrique de l’Est. Avec des disparités, +179% au Kenya, + 67% en Tanzanie, et +54% en Ouganda. Ces chiffres, issus de projets très encadrés, promettent plus de nourriture dans les pays où l’on en manque. C’est vrai en Afrique sub-sahélienne, en Amérique du Sud, et en Asie. (1) (2)

Rendements prometteurs et petites surfaces.

Retour au Kenya où un projet conduit par le SACDEP (Sustainable Agriculture Community Development Programme) a initié 30.000 petits fermiers à l’agriculture durable. Avant de concentrer son action sur 4500 exploitants installés à l’Est et au Centre du pays. Ces pionniers ont été formés à quelques règles : mauvaises herbes, maladies, et parasites combattus avec des défenses naturelles – Par exemple, des plantes qui attrapent ou repoussent les insectes -; respect des sols pour regagner en fertilité; gestion optimale de l’eau ; et reproduction des semences. Quatre années plus tard, la SACDEP rapporte une productivité augmentée de 50%. Suffisamment pour se nourrir, avec un petit supplément destiné à la vente. L’Ethiopie, en proie à de graves problèmes de malnutrition, a amélioré de 70% l’accès à la nourriture dans le cadre de projets agricoles « bio ». En Ouganda, qui exporte une partie de sa production, ananas, gingembre, ou vanille, le « bio » a permis de pratiquement doubler l’accès à la nourriture. Mais attention, si ce type d’agriculture progresse depuis 2003, il ne représente que 2% du paysage agricole de l’Ouganda. A l’échelle de l’Afrique, les terres qui bénéficient d’une gestion certifiée « bio » rampent entre 1 et 3%  des surfaces cultivées. Au Malawi, autre petit terrain d’expérimentation, les rendements ont été multipliés par 2. Le problème, c’est de diffuser ces méthodes agricoles « soft ». Quelques formations supérieures existent en Afrique du Sud, trop peu sur le reste du continent. Alors ONG dépêchent experts, techniciens, ou fermiers sur le terrain,  qui en formeront d’autres, à des techniques souvent simples. Dommage, l’engagement des gouvernements fait souvent défaut. L’apprentissage et à la mise en œuvre de cette mutation agricole, même à petite échelle, demandent du temps. Au Kenya, la SACDEP a mis une petite quinzaine d’années pour développer son programme.(1)

Lomadef et Monsanto.

« La progression de systèmes d’agriculture biologique produira des gagnants et des perdants. Car ce modèle d’exploitation fermière laisse peu de place aux produits chimiques. Pas sûr que les producteurs acceptent de perdre ces parts de marché. » présage encore le rapport.(3) Justement. Un article paru dans Libération en février dernier raconte comment le Malawi – pourtant terrain  d’expérimentation « bio » – est convoité par Monsanto, grosse enseigne de l’agro-alimentaire américain.(4) Selon Libération, l’entreprise a déjà introduit des semences hybrides, « sélectionnées artificiellement », programmées pour être inutilisables l’année suivante. D’ailleurs au Malawi, les 2/3 des agriculteurs fonctionnent déjà aux semences hybrides. Monsanto et Seedco – une production de la fondation Gates, liée à Monsanto – se partagent déjà les champs. Ces semences, introduites après une sécheresse , offertes avant de devenir payantes – une rente pour les fournisseurs -, ont déjà fait une démonstration rapide et efficace: « Ma vie a été transformée grâce au hybrides,  (…) Je n’ai pas beaucoup d’argent, mais plus personne n’a faim dans mon foyer. ».(4) Au Malawi, où la situation alimentaire reste très tendue, notamment dans le sud du pays, la ferme LOMADEF (Lipangwe Organic Manure Demonstration Farm), initie 500 familles à améliorer leurs récoltes. Pendant ce temps, Monsanto  pense déjà OGM dans un pays, affamé et gros consommateur de maïs.

M.J

LOMADEF en vidéo….

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(1) Accès rapports :http://www.unep-unctad.org/cbtf/

-Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15

-Best Practices for Organic Policy. What developing country Governments can do to promote the organic agriculture sector, February 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/3

(2) “Is eco-farming the solution?”, Alister Doyle, IOL Scitech, AFP, 09-03-2011http://www.iol.co.za/scitech/science/environment/is-eco-farming-the-solution-1.1038558

(3) Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15, p 36

(4)« Malawi, les champs captifs de Monsanto », Sophie Bouillon, Terre, Libération, 25-02-2011 http://www.liberation.fr/terre/01012322088-reperes


Publié le 16 mars 2011 par marlene dans Afrique,Agriculture.,crise alimentaire,OGM
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« Hippo Water Roller »: une petite idée qui roule facile.

Bonjour,

Dans certaines campagnes d’Afrique du Sud, il arrive de croiser un drôle d’animal muni d’un long cou et équipé d’un réservoir, poursuivi par une femme qui l’oblige à parcourir des pistes accidentées, ou à franchir des obstacles difficiles. Cet animal de brousse,  étrange et domestiqué,  s’appelle un Hippo Water Roller, présentation en images Sa mission, transporter de l’eau, jusqu’à 90 litres en une seule fois, pour une charge voisine de 10 kg. Soit l’équivalent de cinq seaux de 20 kg chacun, un fardeau porté sur la tête.  Il allège la sacrément la tâche des femmes habituées à parcourir plusieurs kilomètres pour se ravitailler au point d’eau le plus proche, avec souvent plusieurs aller- retours par jour. Il leur évite aussi une accumulation de seaux d’eau qui se compte en années, et qui finit par peser sur la colonne vertébrale. Malgré de gros efforts après l’Apartheid pour développer une politique de l’eau, de nombreuses régions rurales d’Afrique du Sud restent oubliées. (1) Dans les campagnes pauvres, environ 7 millions de personnes, et sans doute plus, ne disposent pas d’une source d’eau  à proximité. Ce qui signifie aussi que quelques millions de femmes et d’enfants marchent beaucoup pour rapporter l’eau nécessaire au ménage.(2) (3) Une corvée fatigante, qui ne permet pas toujours de satisfaire les besoins journaliers. C’est dans ce contexte de pénurie et d’asservissement que Pettie Petzer et Johan Joner, deux ingénieurs sud-africains, imaginent au début des années 90 une autre façon de transporter l’eau. Ils l’appellent alors « Aqua Roller ».  Le corps, fabriqué en polyéthylène, sert à la fois de roue et de réservoir. Il est surmonté d’une poignée de fer qui permet de le tirer, ou de le pousser, selon les difficultés du terrain. Poussé en territoire miné, il peut aussi sauver des vies. Cet « hippopotame » tout-terrain, évocation du « cheval du fleuve » en Grec ancien, s’est fait un nom dans le monde du design. En 1992, le «Cullinan Design Award ; en 1997 le « Design For Development Award »; et en 2005 le « Index Design To Improve Life Award ».(1) En 2010, près de 30.000 rollers ont été distribués, en Afrique du Sud surtout, mais aussi e Namibie, ou dans le Nord de la Somalie, via le PAM, le programme alimentaire mondial. Une enquête révèle que chaque roller facilite la vie de 7 personnes, plus tous ceux qui bénéficient d’une eau plus légère. Le projet est introduit par IMBUVU, « Hippo » en langue Zoulou, une organisation qui travaille à alléger la pauvreté avec des solutions simples.(4) Il est ensuite porté par INFOTECH, une entreprise spécialisée en technologies de l’information, qui reconnaît l’utilité sociale de l’invention, et collecte des fonds. Le Hyppo Water Roller, trop cher pour un paysan sud-africain, est financé par des donateurs. Aux Etats-Unis, la  Hippo Water International, une ONG, s’en charge. (1) Toujours au Etats-Unis, Emily Pilloton, designer industriel, assure la promotion du roller, via sa Fast Company. Elle en a acheté 75 pour un village d’Afrique du Sud. C’est aussi elle qui remarque les dysfonctionnements d’un marché qui ne demande pourtant qu’à grandir. Une production peu efficace, 75 rollers utilisables pour 120 fabriqués. Un coût de transport trop élevé, des roues volumineuses qui voyagent à vide. (5) Et, sur le terrain, des containers détériorés, rafistolés avec des sacs plastiques. Quelques fausses notes pour une technologie simple, qui porte une petite révolution sociale. Question de moyens.

M.J

What does an idea look like ?

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(1)Hippo Water Roller, Wikipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Hippo_water_roller – Hippo Water Roller Project, http://www.hipporoller.org/

(2)« In rural South Africa, ‘hippos’ carry the load -A new invention has made the difficult task of transporting water a little easier. », Nicole Itano, The Christian Science Monitor, 05-04-2002. http://www.csmonitor.com/2002/0405/p07s01-woaf.html

(3)Water supply and sanitation in South Africa, Wikipedia.http://en.wikipedia.org/wiki/Water_supply_and_sanitation_in_South_Africa

(4) “Imvubu’s  Hippo Water Roller – Facilitate Water Access in Rural African Communities”, RotoWorld, Magazine For the Rotational Moulding and Plastic Design Industries, Volume VI, Issue 1- 2010
http://www.moldingraphics.com/pdf/Hippo%20Roller.pdf

(5) Fast Company – Hippo Roller / Blog http://www.fastcompany.com/blog/alissa-walker/designerati/project-hs-hippo-roller


Publié le 7 décembre 2010 par marlene dans Afrique,eau
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« Gando Primary School »: une école communautaire.

Bonjour,

Après la « Handmade school » du Bengladesh, une autre école, nouvel exemple d’architecture « sociale » qui conjugue « durabilité » et « communautarisme ». L’histoire commence à Gando, au Burkina Faso , une bourgade de 2500 habitants située à 200 kilomètres de la capitale, Ouagadougou. Elle raconte l’itinéraire d’un enfant du village, Francis Kéré, parti étudier l’architecture en Allemagne. Quand il apprend que les murs de l’école de son enfance commencent à se lézarder, il décide d’en dessiner une nouvelle. (1) Au Burkina-Faso, pays où l’éducation reste un défi, chaque école est importante. L’UNICEF, qui rapporte une scolarisation en hausse, 60% des enfants  contre 45% en 2001-2002, incite à poursuivre l’effort.  Depuis quelques années, les Autorités développent un plan pour atteindre une fréquentation de 70%…à l’horizon 2010. (2)  En Allemagne, Francis Kéré collecte des fonds par le biais d’une association « Bricks for the Gando school », ou « Des briques pour l’école de Gando». Il reçoit le soutien du gouvernement du Burkina-Faso pour entraîner des maçons à la technique des briques de terre compressées. Ce matériau traditionnel, revalorisé car facile à fabriquer localement et à assembler, sera la base du bâtiment. Francis Kéré, qui se souvient de la chaleur insupportable de la classe de son enfance, connaît les contraintes climatiques. Il sait aussi qu’au Burkina-Faso, qui importe toute son énergie, la climatisation est un luxe. Le plan révèle trois salles de classes en alignement, continuité cassée par des espaces extérieurs couverts, ouverts sur l’espace environnant. Les sols en terre battue, les murs, les plafonds, et le toit sont conçus pour rafraîchir l’intérieur de l’école. L’édifice est coiffé d’une large tôle ondulée, destinée à protéger les murs de la chaleur et de la pluie. Un couloir d’air est aménagé entre le plafond et le toit pour favoriser la fraîcheur. Francis Kéré, encore étudiant à l’époque, termine la construction en 2001.(1) Le projet, porté par une « forte tradition de solidarité communautaire », (3) a rassemblé les gens autour d’une idée simple, construire une école pour leurs enfants. Tous les ouvriers, formés aux techniques de construction, sont originaires du village. Les Autorités locales, qui ont financé une équipe d’enseignants,  qui ont permis aux jeunes de s’initier à ces pratiques architecturales, ont joué le jeu. Des logements pour les instituteurs, extension de l’école primaire, signalent une dynamique communautaire qui fonctionne. Des plans existent  pour une librairie, une maison pour les femmes. Cette expérience a été imitée par deux villages voisins, qui ont construit leur école. En 2007, Francis Kéré réalise un établissement secondaire à Dano, une autre bourgade du Burkina-Faso. Conception architecturale similaire: dessiner en fonction du climat avec un coût de construction très serré, tirer parti des matériaux locaux, simplifier la technologie occidentale. Et même préoccupation sociale : initier les communautés à cette « architecture de brousse » pour en faire des bâtisseurs indépendants. (4)

M.J

Une réalisation exposée au MoMa. (5)

Et présentée en vidéo…

http://www.dailymotion.com/video/x9vqjp


(1) « Gando primary school », Afritecture, 18-05-2009 http://www.afritecture.org/architecture/gando-primary-school

(2) “Relever le taux de scolarisation au Burkina Faso », UNICEF/ Education Burkina-Fasohttp://www.unicef.org/bfa/french/education_1095.html

(3) Grando Primary School, Gando, Burkina Fasohttp://www.akdn.org/photos_show.asp?Sid=3

(4) World Architecture community,  http://www.worldarchitecture.org/world-architects/?worldarchitects=architectdetail&country=Burkina%20Faso&no=6555

(5) « Small Scale, Big Change: New Architectures of Social Engagement” – MoMa

October 3, 2010–January 3, 2011


Publié le 19 novembre 2010 par marlene dans Afrique,Architecure.,Développement durable
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Déforestation: la FAO relève des percées dans les forêts d’Afrique.

Bonjour,

La presse africaine titre sur la déforestation du continent. (1) Plus de quatre millions d’hectares de forêts auraient disparu chaque année entre 2000 et 2005, précise la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture qui vient de mettre en ligne son rapport annuel : « Situation des forêts du monde en 2009 ». Les forêts africaines couvrent 645 millions d’hectares, environ le tiers de la superficie du continent. Au centre, le massif du Bassin du Congo constitue le second poumon de la planète. Partout, la petite agriculture, la multiplication des cultures itinérantes qui grignotent plus souvent des fronts intacts, font  reculer la forêt. Le développement de cultures industrielles, qui a besoin d’espace, pourrait devenir le principal ennemi du couvert forestier. La demande en combustibles, bois et charbon de bois, nourrit encore la déforestation d’un continent en développement, où l’énergie est chère. Le rapport met en relation la forêt et les pressions conjuguées qui se développent sur le continent Africain. La population, en passe de dépasser le milliard. L’urbanisation, dans 10 ans près de la moitié des Africains vivra en ville. Et la pauvreté, aggravée par la démographie, mais soulagée par une agriculture qui gagne sur la forêt. Le rapport prédit qu’en Afrique du Nord, de meilleures conditions d’existence laisseront une chance aux arbres, et favoriseront peut-être le reboisement. En Afrique de l’Est et en Afrique Australe, les densités de populations devraient encore faire reculer la forêt. En Afrique de l’Ouest « la poussée croissante et rapide de la demande de bois de feu en milieu urbain et l’augmentation de la demande de terres agricoles tendront à se traduire par une perte continue du couvert forestier ». (2) Selon l’Atlas de l’Intégration régionale en Afrique de l’Ouest, les forêts de la sous- région seraient particulièrement malmenées. Entre 1990 et 2005, la déforestation aurait avalé 1,2 millions d’hectares par an: « Cette diminution s’est traduite par une fragmentation du couvert, notamment dans la zone humide : passage d’une forêt fermée à une forêt ouverte puis à des espaces boisés. Selon les estimations de la FAO, plus de 10 % des forêts fermées ont été transformées en forêts ouvertes entre 1980 et 2000 et entre 3 et 7 % des forêts fragmentées sont devenues des espaces boisés au cours de cette même période. » (3). En matière de déforestation, s’il est question de superficie, il est aussi question de définition. Prochain blog.

M.J

(1) Afrique: « L’Afrique a perdu 4 millions d’hectares de forêts par an entre 2000 et 2005 (FAO) », Agence de Presse Sénégalaise (Dakar) 6 -01-2010, http://fr.allafrica.com/stories/201001070239.html -« Congo-Brazzaville: Des forêts artificielles détruites non loin des villes. »Arsène Séverin, IPS, 8-01-2010 http://fr.allafrica.com/stories/201001080530.html

(2) »Situation des forêts du monde 2009″-Accès rapport FAO – Format PDF http://www.fao.org/docrep/011/i0350f/i0350f00.HTM

(3) Atlas de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Les évolutions du milieu : dynamiques foncières. http://www.atlas-ouestafrique.org/spip.php?article159


Publié le 19 janvier 2010 par marlene dans Afrique,déforestation
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L’Afrique, piège à carbone ?

Bonjour,

Ouagadougou vient d’accueillir le Forum mondial sur le développement durable. Au menu de cette rencontre dans la capitale du Burkina Faso, « le changement climatique : quelles opportunités pour un développement durable ? ». L’Afrique, continent prétendu « le moins pollueur » et le plus exposé aux excès du climat, prépare Copenhague. Lors de cette prochaine cette rencontre internationale qui décidera d’un nouveau Kyoto, l’Afrique parlera d’une seule voix pour rappeler le principe du « pollueur-payeur ». En attendant, un organisme s’intéresse au bilan carbone du continent…

Revendications africaines.

A Ouagadougou, six dirigeants africains, emmenés par Jean Ping, le Président de la Commission de l’Union Africaine (UA), ont décidé d’une position commune pour défendre les intérêts du continent à Copenhague. (1) L’Afrique souhaite des compensations pour les catastrophes naturelles causées par la crise climatique – même si cette relation n’est pas toujours facile à établir. Elle demande aux gros pollueurs de la planète de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 40% – par rapport à 1990 – d’ici à 10 ans. Elle veut que les pays industrialisés l’aident  à s’adapter aux changements climatiques, notamment grâce aux transferts de technologie. Elle réclame encore des fonds pour faire face à un changement de climat, et d’environnement, qui ne manqueront pas de s’articuler à la pauvreté. Même si le Ministre de l’Environnement du Burkina-Faso, Salifou Sawadogo, chiffre les besoins du continent à 44 milliards d’Euros, le montant de l’aide  reste difficile à évaluer.( 2) D’autre part, l’Afrique, tenue à l’écart du Mécanisme de Développement Propre (MDP) , aimerait bien en bénéficier davantage. (3) Jean Ping, qui s’exprime au nom des dirigeants africains, espère que les pays industrialisés proposeront un nouveau fonds international pour aider les pays pauvres. (2)

Les mystères du carbone africain.

Argument qui porte les revendications, l’Afrique serait un « petit pollueur ». A l’échelle planétaire, l’Afrique n’émettrait que 2% des GES, et un peu moins de 4% selon d’autres sources. (4)(5) Avec ses trente millions d’habitants, l’Etat du Texas, aux Etats-Unis, produirait plus de GES que le milliard d’Africains. (2) Estimations difficiles à apprécier. De son côté, CarboAfrica tente de percer les mystères du carbone sur le continent, au fil de ses écosystèmes, forêts, savanes, ou déserts. CarboAfrica est un organisme composé d’une quinzaine de structures de recherche, qui mélange l’Afrique et l’Europe, et associe la FAO. Il mesure les émissions de GES de l’Afrique sub-saharienne, et tente d’identifier leurs sources. Après quelques études de terrain, CarboAfrica précise que les émissions de GES de l’Afrique ne seraient  pas dues aux carburants fossiles – moins de 4% du total -, mais proviendraient de sources naturelles. La déforestation participerait à 17% des émissions de carbone du continent. Les incendies en provoqueraient 40%. Autre piste, l’Afrique influencerait considérablement les variations de CO² dans l’atmosphère, selon les saisons et les années. De fait, l’Afrique jouerait un rôle important dans le système climatique mondial. Mais plus étonnant, son bilan carbone. Ses étendues de forêts et de savanes, qui capturent le carbone par photosynthèse, joueraient un rôle plus important que la déforestation et les incendies de forêts, qui eux, en libèrent. Le continent africain, qui serait un piège à carbone, contribuerait  à atténuer les effets du réchauffement climatique. En attendant des conclusions plus documentées, enquête sur le terrain… (6)

M.J

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(1)Présidents du Bénin, du Burkina-Faso, de la République centrafricaine, du Congo, du Mali, et du Togo.

(2) « Africa wants polluters to pay for climate change”, AFP, 12-10-2009 http://www.kbc.co.ke/story.asp?ID=60364

(3) MDP: Mécanisme du Protocole de Kyoto qui permet à un pays industrialisé de financer un projet dans un pays en développement, afin de l’aider à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce projet – reforestation, énergies renouvelables….- doit l’engager sur la voie d’un « développement propre ». En contre – partie, le pays investisseur bénéficie de crédits d’émissions qui l’aident à tenir ses engagements chiffrés de réduction de GES.

(4) « L’Afrique émet 2% de GES au niveau mondial « , Observatoire du Sahara et du Sahel, http://www.oss-online.org/index.php/fr/global-world/global-world/l-afrique-emet-2-de-ges-au-niveau-mondial.html

(5) « Afrique: Djibo Kâ se prononce sur le Sommet de Copenhague – ‘L’Afrique va parler d’une seule et unique voix », Mamadou Sarr, Walfadjiri, 14-102009 http://fr.allafrica.com/stories/200910140698.html,

(6) « Le rôle de l’Afrique dans la réduction des gaz à effet de serre », FAO, 25-11-2008 http://www.fao.org/news/story/fr/item/8664/icode/


Publié le 16 octobre 2009 par marlene dans Afrique,Climat,Copenhague
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