Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’Afrique, du soleil et du vent.

Bonjour,

Les énergies renouvelables, une voie de développement pour l’Afrique ? La question a été posée la semaine dernière à Dakar, lors du troisième salon international des énergies renouvelables et de l’environnement en Afrique. Elle a aussi été abordée à Syracuse, où se tenait à peu près en même temps le « G8 » des ministres de l’environnement. La France y a lancé l’idée d’un « programme d’autonomie énergétique »  pour l’Afrique, basé sur l’exploitation des sources d’énergie propres et accessibles. (1) Sur un continent gavé de soleil, balayé par les vents, où le bois reste le principal combustible abordable, et l’électricité le luxe d’une minorité, la question du renouvelable mérite d’être posée.

Déforestation.

Avant de viser un développement économique à l’échelle continentale et de freiner un réchauffement climatique alimenté par la combustion d’énergies fossiles, il s’agit d’améliorer les conditions d’existence de ces millions d’Africains, privés d’électricité. Sur le continent, seulement 20% de la population bénéficie d’un accès direct à l’électricité. Et sans doute moins de 5% dans les pays les plus défavorisés. En brousse, c’est pire, 2% seulement des habitants sont éclairés par le réseau électrique.(2) Ces estimations ne tiennent pas compte des nombreuses coupures d’électricité dues à des infrastructures vétustes. Et qui continuent de se dégrader, faute d’entretien. L’électricité africaine, principalement alimentée par l’exploitation de ses fleuves, quand ils ne sont pas à sec, est en panne. Dans les familles les plus pauvres, on utilise le bois, les bouses de vaches, et les résidus des récoltes pour s’éclairer, ou pour cuisiner. Conséquences, une déforestation encore très active, une perte de temps à trouver la matière première, et une atmosphère malsaine dans les foyers. D’où l’idée de développer les énergies renouvelables, principalement le solaire et l’éolien, pour éclairer les devoirs des écoliers, éviter les arrêts répétés des frigos, ou alimenter les hôpitaux.

Gaspillage de matière première.

En 2004, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), promoteur d’une vision et d’une stratégie pour la Renaissance de l’Afrique, adopte une déclaration pour les énergies renouvelables. Il s’agit de développer les ressources énergétiques du continent, notamment par le biais d’une coopération régionale. Et de rendre cette énergie accessible au plus grand nombre. Perspective partagée par l’Union Africaine, de nombreux organismes Africains, les grands bailleurs de fonds, et soutenue par des gouvernements occidentaux. Le potentiel existe. L’Afrique est l’un des espaces les plus ensoleillés de la planète, privilège sans doute partagé avec l’Australie et la péninsule arabique. Côté vent, la ressource n’est pas négligeable. Une étude commandée par la Banque africaine de développement (BAD) estime qu’une quinzaine de pays, de l’Afrique du Nord au Cap Vert, en passant par la Mauritanie, en Afrique australe ou orientale, pourraient parier sur l’énergie éolienne. (3) Les quelques projets, qui s’éparpillent sur le continent, témoignent d’un gaspillage de la matière première.

Trop peu de projets.

Au Rwanda, en 2007, le Président Kadame inaugure le « plus grand projet d’énergie solaire en Afrique », résultat d’un partenariat avec l’Allemagne. En 2004, le pays s’est trouvé privé d’électricité, suite à l’assèchement de ses lacs et de ses rivières. Le projet, sans doute insuffisant, y apparaît comme une promesse de temps meilleurs. En Ethiopie, les 5500 habitants d’un petit village profitent de l’électricité d’origine solaire, autre bénéfice d’un partenariat avec l’Allemagne. Au sud-est du Nigeria, la Banque Mondiale étudie les possibilités du solaire pour alimenter des communautés rurales, écartées du réseau national. Dans une petite ville du Burkina Faso, au sud –est de Ouagadougou, des panneaux solaires installés sur le toit d’une clinique éclairent le bâtiment depuis deux décennies. A Madagascar, le photovoltaïque est une solution envisagée par le gouvernement et des ONG, pour alimenter des hôpitaux de campagnes soumis à de nombreuses coupures d’électricité. Un grand parc éolien devrait être érigé en Ethiopie pour éclairer plus de cinq millions de citoyens. La Namibie, en manque d’électricité et tributaire de ses voisins, l’Afrique du Sud, la Zambie, le Zimbabwe, mise sur la force des vents et sur un partenariat néerlandais. Le Maroc, mais surtout la Tunisie épaulée par l’Espagne, comptent de plus en plus sur l’éolien pour réduire leur facture d’électricité. (4)

Financement.

Cette liste, même incomplète, signale que tout reste à faire. Le problème, le financement. La hausse des prix des carburants fossiles et la déforestation n’y changent pas grand-chose. L’énergie solaire reste coûteuse, donc inaccessible à une majorité d’Africains. Investir dans un système solaire revient à payer une facture d’électricité longue de 20 ans. (5) Sans être sûr que le matériel durera aussi longtemps. Solution pour les grands travaux, un partenariat avec des acteurs occidentaux et des bailleurs de fonds, avec des remboursements souvent difficiles à honorer. A plus petite échelle, un coup de pouce aux particuliers. Le Ghana et le Burkina Faso ont adopté une fiscalité incitative et mis en place un dispositif de micro-crédits pour aider leurs citoyens à s’équiper en photovoltaïque. L’équipement est remboursable en 24 ou 36 mois.(6) Autre solution, baisser les taxes à l’importation, une pratique expérimentée au Kenya par African Energy, une société installée aux Etats-Unis qui vend des panneaux aux PME africaines.(6) Le PNUE (Programme des Nations Unies pur l’Environnement) parie sur le micro-crédit. En Inde, le PNUE a tenté de convaincre les banquiers locaux de financer de petites installations solaires, histoire d’alimenter quelques ampoules. Résultat, de meilleures notes pour les élèves, des ateliers de couture productifs, et des épiceries plus attractives. (7)

« Desertec » et le four solaire.

Dans un contexte de réchauffement climatique propice aux énergies propres, un grand projet germe dans la tête des Occidentaux, « Désertec ». Il s’agit d’exploiter les ressources énergétiques du Sahara, en débordant un peu sur le Moyen Orient. En clair, tapisser les déserts de panneaux solaires et canaliser la ressource éolienne pour approvisionner une Europe, engagée à réduire des émissions de gaz à effet de serre. Et doter du même coup ces régions d’une source d’énergie propre, et d’une technologie de pointe. « Désertec », un objectif 2050. Moins ambitieux, le four solaire qui cuit les aliments avec les rayons du soleil. Une invention qui date d’une vingtaine d’années, et qui aurait bien besoin d’un petit coup de pouce.

MJ.

Un universitaire camerounais évoque les coupures d’électricité dans son pays. L’énergie solaire, un truc pour les touristes…..Petit problème, le son ne marche pas à tous les coups…Comme l’électricité sur le continent africain…

Image de prévisualisation YouTube

(1) “Le dialogue Nord-Sud progresse sur le climat”, Brigitte Perucca, Le Monde, 24-04-09.

(2) « L’énergie, clé de la prospérité en Afrique », Analyse et perspectives de la problématique de l’énergie sur le Continent , Itai Madamombe, Afrique Renouveau http://www.afrik.com/article8172.html

(3) « Tunisie : l’énergie éolienne a le vent en poupe. », Féthi Djebali, Youad Ben Rejeb, 23-12-2008. http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5049

(4) Sources diverses.

(5) »L’énergie Solaire est-elle une solution alternative pour l’Afrique ? Le prix des panneaux continue de baisser », 26/09/2004, http://www.grioo.com/info3123.html

(6) « Solaire : l’Afrique en aura besoin pour se développer », Bati Depot, 14-11-08

http://www.bati-depot.fr/actualite/solaire-l-avenir-de-l-afrique-1602.html

(7) « Afrique: L’énergie solaire offre des solutions pour les zones rurales les plus pauvres », United Nations (New York), 30 Avril 2007, http://fr.allafrica.com/stories/200704301232.html



Publié le 29 avril 2009 par marlene dans Actualité,Afrique - Environnement.,énergie
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Afrique, pauvreté, environnement, et développement.

Bonjour,

Semaine de l’économie africaine sur le Webpedagogique, petite recherche, un titre accroche mon œil : « Afrique : pourquoi le continent le plus riche est-il également le plus pauvre ». « L’Afrique est connue comme l’une des parties les plus riches du monde lorsqu’il s’agit des ressources naturelles, pourtant elle est également la région la plus pauvre – malgré les richesses naturelles et le flot d’aides », a déclaré Charles Mutasa, directeur exécutif du African Forum and Network on Debt and Development (AFRODAD) » Plus loin : « « La dette écologique causée par l’exploitation des ressources naturelles joue un rôle crucial dans ce scénario », a ajouté Mutasa. « Elle maintient le continent en bas, empêche la région de sortir du cercle de la pauvreté, et déclenche la nécessité d’avoir plus d’aide » » Cet article développe l’exemple de la Zambie, ses mines de cuivre, ses exploitants prospères, ses populations exclues des profits, mais généreusement dédommagées en déchets et en poussières, résultat d’une exploitation irrespectueuse. La question de l’exploitation des richesses africaines, et leurs conséquences environnementales sur la vie des communautés, trop rarement discutée lors des Conférences internationales, figurait à l’agenda du 3° Forum de Haut Niveau sur l’efficacité de l’Aide au Développement.

Une aide aux consultants…

Troisième rencontre après Rome (2004) et Paris (2005), le Forum d’Accra (2-4 septembre 2008) visait à examiner l’aide au développement, et ses dysfonctionnements. Vaste programme qui dépasse la question environnementale, mais qui l’inclut. Et s’il y a rencontre, c’est qu’il y problème. Mais je ne vais pas fouiller le sujet, quelques kilomètres de blog n’y suffiraient pas. Retour sur le forum d’Accra qui a rassemblé des représentants et pays donateurs, des pays bénéficiaires, et de la société civile, pour examiner les acquis de la Déclaration de Paris. C’est-à-dire tenter de réajuster une aide peu efficace, mal ciblée, et souvent trop lente, malgré les bonnes intentions affichées. Au total, plus de 100 milliards de dollars sont alloués chaque année aux pays les plus démunis.(1) Une aide ralentie par les procédures administratives, instrumentalisée par les rivalités politiques, et soulagée par la corruption. Une récente étude sur la Déclaration de Paris montre que moins de la moitié des fonds alloués arrivent dans les délais prévus par les bailleurs de fond. (1) Les représentants des Eglises d’Afrique et des organisations religieuses internationales, très présentes sur le terrain de la pauvreté, prétendent que les plus démunis ne profitent pas de l’aide. Dans un texte destiné à préparer le forum d’Accra, le collectif religieux affirme que six des 11 millions d’enfants qui meurent chaque année pourraient être sauvés avec des moyens simples et peu coûteux. Le rapport souligne encore que « l’aide est estimée sur la quantité, et non par ce qu’elle apporte au développement ». « La Déclaration de Paris ne tient pas compte du développement durable », poursuit le collectif. Encore deux extraits: « La moitié de l’aide est donnée sous la forme de consultants qui coûtent cher et qui répondent aux directives des donneurs. », « Les gouvernement des pays riches se comportent de façon honteuse en limitant l’aide à leurs propres intérêts économiques… »

De fait, l’aide au développement génère une dynamique complexe. Elle a des incidences sur le commerce des pays secourus, leur dette, la gestion des ressources. Elle influe sur la politique internationale, et reste ligotée à certains intérêts. La crise financière, la hausse des produits alimentaires, les difficultés d’accès à l’énergie, ou les effets du changement climatique l’ont rendue plus urgente, et plus précieuse, sur un terrain qui n’en verra peut-être jamais la couleur…

M.J

L’article d’attaque : « Afrique: Pourquoi le continent le plus riche est-il également le plus pauvre? »Miriam Mannak, 9 Septembre 2008 http://fr.allafrica.com/stories/200809091141.html

Pour en savoir sur le Forum D’Accra deux points de vue africains : Arbre à Palable / Forum d’ACCRA – septembre 2009 (1) http://www.arbre-a-palabre.org/2008/09/forum-daccra-septembre-2009/, et « La société civile exige une action urgente en matière d’aide au développement », 1er septembre 2008, Libération-Afrique http://www.liberationafrique.org/spip.php?article2289. Côté occidental, une présentation du processus – et des priorités – de l’aide au développement sur le site de l’Agence française de Développement (AFD) http://www.afd.fr/jahia/Jahia/home/Efficacite_1/pid/1686, et un appel à l’efficacité de l’aide par la Commission européenne http://www.eu-un.europa.eu/articles/fr/article_8119_fr.htm

Enfin, un lien vers AFRODAD, un organisme de recherche qui examine le problème de la dette africaine, et son impact sur le développement du continent. http://www.afrodad.org/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1


Publié le 4 décembre 2008 par marlene dans Actualité,Afrique,Developpement
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L’eau et l’Afrique, revue de presse.

Bonjour,

Encore un sujet sur l’eau, thème crucial de ce siècle qui avance, trouver des moyens plus efficaces pour la conserver, l’utiliser, et protéger la ressource. Jacques Diouf, Président de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, parle de la pénurie d’eau qui se dessine comme « l’enjeu du XXIème siècle ». Derrière cette prise de conscience et ces intentions, il y a un quotidien. Un milliard de personnes sur la planète sont privées d’eau potable, et plus de deux milliards n’ont pas accès aux réseaux d’assainissement. L’eau est une entreprise coûteuse, et pas forcément rentable. Pendant ce temps, une partie de l’humanité, souvent la même, est victimes de ses excès. Pour mieux se rendre compte des multiples réalités de l’eau, l’idée est de relever les titres de la presse africaine. Une accumulation, effectuée sur une période relativement courte, qui révèle des pénuries, une incessante quête à l’eau potable, et des inondations. Extraits.

L’Algérie multiplie les projets hydrauliques…

Inondations au Sénégal

Le 10 septembre, « Sénégal : les sapeurs pompiers interviennent sur une quarantaine de sites sinistrés », info Agence de presse sénégalaise. Pluies diluviennes, difficultés d’évacuation des eaux, des bassins de rétention qui débordent, canaux de drainages impraticables, et des habitations menacées d’inondation. La banlieue de Dakar est particulièrement touchée. On patauge dans beaucoup de quartiers: »Tout le quartier est dans l’eau. Nous avons été obligés d’envoyer les enfants chez leurs grands-parents. J’ai récemment proposé à mon épouse d’aller chez ses parents en attendant que la situation revienne à la normale, mais elle a refusé. C’est une vie difficile que nous menons ici », déplore M. Sylla. Alors les pompiers pompent les eaux, et le gouvernement débloque des crédits. Sénégal encore, le 9 septembre, info du Soleil (Dakar)  , cette fois ce sont les habitants de Touba qui sont victimes d’inondations. Un quartier de la ville a du être abandonné, les pluies ont chassé les habitants. La ville ne dispose pas de canaux d’évacuation. Ses rues, boueuses et ponctuées de flaques, sont impraticables. Plus grave, les eaux stagnantes jouxtent les ordures. Certaines eaux usées, issues des fosses sceptiques, se seraient mélangées avec des eaux de pluie. Avec deux perspectives, le paludisme et le cholera… La veille, l’Agence de presse sénégalaise évoque encore les inondations, à Pikine, dans la grande banlieue de Dakar, maisons inondées, eaux stagnantes, difficultés d’évacuation, la pluie qui ne cesse pas….Plus au Sud, à l’extrémité de la petite côte, Joal Fadiouth ,la ville de Léopold Sédar Senghor, est aussi sous les eaux…

Plus bas dans le calendrier…


Publié le 12 septembre 2008 par marlene dans Afrique,eau
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Des Africains au Japon….

Bonjour,

Bono pique une colère contre le G8. Le leader du groupe U2 invite les pays les plus industrialisés de la planète à tenir leurs promesses d’aide au continent africain. Le G8, qui devait verser une enveloppe de 22 milliards de dollars à l’Afrique, a quelques arriérés. Trois ans après l’engagement, l’Afrique n’aurait reçu que 14% de la somme, soit 3 milliards de dollars. D’où, le coup de gueule de Bono qui mise sur Nicolas Sakozy, et la France qui doit prochainement prendre la présidence de l’Union européenne, pour faire avancer le dossier. Début juin, lors d’un coup de fil à Bono, Nicolas Sarkozy, conscient de « l’urgence à agir » en faveur du développement africain, l’avait assuré de son soutien. Bono-Sarkozy, même combat pour l’Afrique. Pourtant, il semblerait que la France soit moins généreuse que prévu. En 2007, Paris a réduit de 66 millions de dollars son aide à l’Afrique subsaharienne. En 2005, la France s’était pourtant engagée à consacrer 0,7% de sa richesse nationale à l’aide publique au développement, d’ici à 2015. Elle était de 0,47% du PIB en 2006, et de 0,39% en 2007. De passage à Paris avec Bob Geldof, son Second, épaulé par Yannick Noah, Bono compte quand même sur le soutien de Sarkozy pour inciter le G8 à tenir ses promesses. Le prochain sommet du G8 doit se réunir à Hokkaïdo, au Japon, début juillet.

Bono, chanteur militant, est à l’origine de One, une organisation humanitaire, créée en 2004. One, qui se bat contre l’extrême pauvreté et les grands maux de la planète, SIDA ou paludisme, demande aux gouvernements des pays riches de participer à ces combats. Et d’y apporter des fonds. One, qui se réfère aux engagements du G8 en 2005 en faveur de l’Afrique, publie un rapport annuel qui mesure l’avancée des promesses. Flash Back. En 2005, Bob Geldorf organise « Live 8 » , une série de huit concerts organisés dans les pays du G8, avant le sommet de Gleneagle, en Ecosse. Cette manifestation accompagne la campagne britannique « Make poverty history » ( Abolissons la pauvreté ), qui vise à faire pression sur les dirigeants occidentaux pour alléger le fardeau de l’Afrique. A Gleneagle, les pays riches conviennent de doubler l’aide au développement des pays africains, d’ici 2010. Cet objectif, plusieurs fois révisé à la baisse, devait donc avoisiner les 22 milliards de dollars en 2010. Et Bono trouve que le compte n’y est pas. One commente ce retard: « Le rythme insuffisant de l’aide du G8 et de l’Union européenne à l’Afrique est très inquiétant. » Et toujours selon One, l’allègement de la dette combinée à l’augmentation de l’aide entre 1999 et 2005, aurait permis de vacciner 26 millions d’enfants entre 2001 et 2006. Et grâce à ces mesures, près de 30 millions de petits Africains auraient pu, pour la première fois de leur vie, prendre le chemin de l’école. (1)

Et c’est encore pour évoquer le retard, et regretter le manque d’enthousiasme du G8 à honorer ses promesses de 2005, que l’Afrique s’est réunie à Yokohama, au Japon, du 28 au 30 mai dernier. Cette quatrième conférence internationale sur le développement africain (TICAD), a connu une certaine affluence, l’évènement n’a lieu que tous les cinq ans. Michel Temman, correspondant de Libération à Tokyo, évoque le succès de ce rendez-vous : « Des centaines de billets d’avion. Des dizaines de coucous présidentiels et de vols venus de toute l’Afrique transportant d’énormes délégations (plus de 120 personnes pour celle du Gabon). Des bataillons de gardes du corps. D’interminables ballets de limousines et de voitures blindées. Pas loin de 3 000 hôtes logés durant trois à quatre jours dans les plus beaux hôtels de Yokohama, dans les suites des Intercontinental, Pacifico et autres enseignes de prestige… »Lire la suite, qui n’est pas sans intérêt….

Allez, un peu de musique pour se détendre….

M.J

(1)AFP, 18 juin 2008.


Publié le 20 juin 2008 par marlene dans Actualité,Afrique,Developpement
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L’Afrique chemine vers une révolution verte.

Bonjour,

«A green revolution taking place in the fields of Malawi has, in three years, turned a nation that was once reliant on international aid to feed half its population into a food exporter.» (1) En ligne, l’article de The Independant, daté du 5 mai dernier, qui reprend les grandes lignes d’une petite révolution agricole dans ce pays d’Afrique australe, habitué aux crises alimentaires consécutives aux sécheresses.

Une petite révolution agricole au Malawi.

En 2002, le Monde écrit « Le Malawi fait face à sa plus grave crise alimentaire depuis quarante ans. » En 2005, le Malawi est à nouveau en proie à une terrible sécheresse. On meurt de faim dans les villages du Malawi. On s’y tue en s’arrachant le reste des dernières récoltes. Et on survit en mangeant des tubercules de nénuphars blancs. La FAO estime alors que 5 millions de personnes, sur une population totale de 12 millions, nécessitent une aide alimentaire. Contre l’avis de ses principaux donateurs, Grande Bretagne, Etats-Unis, et Banque mondiale, le gouvernement développe une politique agricole, basée sur la subvention des fertilisants, et des maïs hybrides. La pâte de maïs, qui sert à cuisiner le Nzima, est à la base de l’alimentation de la population. Dans les faits, les paysans échangent des coupons émis par le gouvernement contre des fournitures agricoles, et du matériel, chez des agro-commerçants certifiés. Pari réussi. D’une production de 1,2 millions de tonnes de maïs en 2005, quand la population en a besoin de 2,2 pour se nourrir, le Malawi récolte 3,2 millions de tonnes de maïs en 2007. Sur certaines parcelles d’un acre – environ 40% d’un hectare – qui produisaient 250 kilos de maïs en 2005, on en obtient 750 kg trois ans plus tard. (2)L’excédent de production à la récolte 2007 a permis de vendre du maïs, et de faire des dons alimentaires aux pays voisins, Lesotho et Swaziland.

Cette petite révolution verte a produit des critiques. On a parlé de corruption, et d’avantages donnés aux agriculteurs proches du pouvoir. Ce financement, dont ont bénéficié certains riches agriculteurs, qui avaient les moyens de s’offrir semences et fertilisants, n’aurait-il pas été mieux investi dans la recherche agricole ? (2) Il est probable que cette politique agricole ait été servie par les dernières saisons des pluies, plus généreuses et plus profitables aux récoltes. L’Alliance for a Green Révolution in Africa (AGRA), créée par Bill Gates et la Rockefeller Foundation, souligne le succès d’un système qui articule « secteur public » – l’Etat -, et secteur privé – un réseau d’agro-commerçants – qui joue les intermédiaires, et en tire quelques bénéfices.

Peu importe les dysfonctionnements de cette révolution agricole, le Malawi a su convaincre des donateurs, Grande Bretagne en tête. Le prix des fertilisants, dopé par les cours du pétrole, justifie encore cette intervention. Aujourd’hui, le Malawi incite ses voisins à suivre son exemple.(2) Début mai, le Mozambique annonce la mise en place d’une révolution verte, pour en finir avec la crise alimentaire du pays.

Une révolution chère à Koffi Annan.

L’idée d’une révolution verte en Afrique, sur le modèle asiatique, est une idée chère à Koffi Annan, président de l’AGRA. L’ex-secrétaire général de l’ONU multiplie les interventions pour réhabiliter l’agriculture africaine. Il parie sur l’aide aux paysans africains pour améliorer leur productivité agricole. Partant du constat que près des ¾ des terres africaines sont cultivées sans engrais, ni semences améliorées, il défend l’idée d’une diversification des cultures sur des sols enrichis, grâce à des semences plus performantes. Mais, il semble exclure les OGM. En 2007, lors du Forum économique mondial (WEF) qui se tient à Kinshasa, il affirme : « Il est clair que nous ne pouvions extirper nos peuples et nos pays de la pauvreté, sans une base agricole forte ».(3) Pendant une quinzaine d’années, les gouvernements africains ne se sont guère préoccupés de l’agriculture du continent. L’AGRA, créée en 2006 pour orchestrer cette révolution verte, a reçu une enveloppe de départ de 150 millions de dollars, don des fondations Gates, et Rockefeller.

Afrique et Asie.

Dans les années 70 et 80, l’Asie déploie une stratégie agricole à grande échelle, qui conjugue amélioration des semences et des techniques, irrigation plus performante, et engrais. Si cette révolution verte n’a pas tenu toutes ses promesses, elle a notamment permis d’augmenter les rendements agricoles, et de multiplier les ressources alimentaires. Le modèle, qui s’est essoufflé dans les années 80 pour rebondir dans les années 2000, continue de faire école. Dans un article paru dans Le Monde en 2005, Gilbert Etienne (4), économiste qui a parcouru les campagnes asiatiques, esquisse une comparaison entre l’Afrique et l’Asie, séparées par l’histoire et la géographie, et les rendements agricoles. L’Asie est favorisée par une tradition d’agriculture intensive, servie par l’usage de la charrue et une irrigation qui compensait les sécheresses, et régulait l’apport des moussons. « Le décor n’est pas le même au Sud du Sahara. Les plaines alluviales tiennent une place beaucoup plus faibles qu’en Asie. Les plateaux dominent avec des sols d’inégale valeur. » Le Sahel, offert aux sécheresses, est peu propice à l’irrigation, réservée aux zones fluviales. « Plus au Sud, les pluies se renforcent, mais elles ne sont pas toujours sûres, d’où de gros écarts de rendements. », poursuit Gilbert Etienne. Conclusion sans appel pour les rendements. L’Afrique, longtemps à la traîne sur les méthodes, charrue et irrigation, pratiquant les cultures sur brûlis avec de longues périodes de jachères, n’a pas comblé son retard. La pression démographique a raccourci les jachères, favorisant l’appauvrissement des sols. L’auteur, qui reste optimiste sur le devenir agricole de l’Afrique, invite à une coopération concertée, et de haut niveau. Il en appelle à « l’engagement décisif des élites dirigeantes »….

Quand Wade s’énerve.

« Ne nous donnez pas de l’argent, mais des semences de qualité, des équipements et matériels agricoles performants, de l’engrais, des produits phytosanitaires et un encadrement technique adapté » (5) Mi-avril dernier, Abdoulaye Wade lance un appel à ses partenaires internationaux.. Wade, Président d’un Sénégal gros importateur de denrées alimentaires, et de riz – 600.000 tonnes achetées à l’extérieur, contre 100.000 tonnes produites -, ambitionne de conduire son pays à l’autosuffisance alimentaire. Sa «grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance » vise à multiplier par cinq la production de riz au Sénégal, d’ici la prochaine saison. Début mai, Wade s’en est violemment pris à l’Organisation des Nations Unies pour la nourriture et l’alimentation. La FAO, « coûteuse » et « inefficace », ferait mieux de miser sur « un investissement innovant dans l’agriculture en Afrique. » Peu importe la colère de Wade contre une organisation qui a sans doute des défauts, mais dont les dysfonctionnements ne peuvent complètement expliquer la situation alimentaire du Sénégal, l’un des pays africain les plus aidés. Reste une volonté de devenir « acteur » de son agriculture.

L’agriculture familiale, acteur alimentaire.

Dans les pages de Libération, Sylvie Brunel, ancienne présidente d’Action contre la faim, analyse les causes des récentes émeutes, dues à la hausse des prix alimentaires. Cette flambée des prix signale les dérèglements du marché agricole mondial, portée par le repli de certains grands pays exportateurs, et laissé à la spéculation. Sylvie Brunel dénonce encore le diktat des importations de nourriture, pour les pays du Sud. Et surtout, elle souligne l’importance de la « petite agriculture familiale paysanne », acteur potentiel du marché alimentaire mondial: « La situation actuelle offre surtout une nouvelle opportunité aux paysanneries du monde entier, longtemps oubliées, méprisées, dans les politiques de développement : celle de vivre décemment, elles qui, faute de débouchés et de revenus, formaient jusque- là les principaux bataillons de la faim. La crise alimentaire actuelle montre qu’il n’est pas «durable» de négliger la petite agriculture familiale paysanne : lui permettre de vivre convenablement de son travail est la seule condition pour résoudre le dilemme alimentaire, tout en permettant de faire baisser les prix de la nourriture sur les marchés internes. »

M.J

(1)« Une révolution verte dans les champs du Malawi a, en trois années, fait de cette Nation qui était dépendante de l’aide internationale pour nourrir la moitié de sa population, un exportateur de produits alimentaires. » (2) The Independant, Steve Bloomfield, 5 may 2008. (3) « Koffi Annan prône « une révolution verte en Afrique », Godefroid Ngamisata, Le Potentiel, Kinshasa, 15 juin 2007.(4) Professeur honoraire aux Instituts universitaires de hautes études internationales et d’études du développement à Genève.(5) « Sénégal : Abdoulaye Wade lance un plan pour l’autosuffisance alimentaire », Pascal Fletcher, Henri-Pierre André, Dakar, Reuters, 19 avril 2008


Publié le 22 mai 2008 par marlene dans Afrique,Agriculture.,Alimentation
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Riz: la demande dépasse l’offre.

Bonjour,

« A Drought in Australia, a Global Shortage of Rice”*, titrait le New York Times, le 17 avril dernier. Une amorce pour examiner la filière « riz », et son marché qui s’affole. Le riz constitue la nourriture de base de la moitié de la planète. Au cours des trois premiers mois de l’année, son prix a pratiquement doublé sur les marchés internationaux. A la bourse de Chicago, première place mondiale d’échanges pour les matières premières, le cours du riz a grimpé de 80% depuis le 1er janvier. Pour la même période, il vient de tripler en Thaïlande.(1) Dans un contexte de crises alimentaires et d’émeutes de la faim, cette explosion des cours inquiète les spécialistes. La sécheresse en Australie, qui n’explique pas tout, annonce peut-être d’autres pénuries liées au climat.

2 millions d’Asiatiques dépendent du riz.

Début mars, Gloria Arroyo, la présidente des Philippines, demande au gouvernement vietnamien d’honorer ses promesses de livraison de riz. Les Philippines sont le premier importateur de riz, et 15% de la consommation de l’archipel vient de ses voisins asiatiques, Vietnam et Thaïlande.(2) En effet, pour satisfaire sa demande intérieure, le Vietnam a réduit ses exportations d’1/4, par rapport à l’année précédente. Tendances similaires, réduction des exportations et protection du marché interne, chez d’autres grands producteurs. L’Inde, troisième exportateur mondial, a retreint son commerce de riz. L’Egypte, principal fournisseur du Proche Orient, a interrompu ses échanges pour une période de six mois. Le Cambodge a pratiquement gelé ses exportations. La Chine a imposé des quotas d’exportations sur les céréales, dont le riz, pour limiter une hausse des prix en Chine.(3) La Thaïlande, premier fournisseur de riz devant le Vietnam, peine à satisfaire le marché mondial, et rassure son marché intérieur. L’envolée du prix du riz début avril – plus de 1000 dollars la tonne, soit un bond de 90 dollars en quelques jours – stimule la spéculation, et effraie les Thaïlandais qui stockent. Cette flambée des prix alimente la peur de nouvelles violences dans les villes asiatiques (4)Selon la FAO, le riz et ses dérivés fournissent de 60 à 70% de l’apport énergétique de plus de 2 milliards d’Asiatiques.

Climat et crises alimentaires.

Repli des exportateurs, alors que les stocks sont à leur plus bas niveau depuis les années 70. Selon la FAO, les stocks de riz blanc ont fondu en sept ans. De147 millions de tonnes en 2000, ils sont passés à 71 millions en 2007, soit la moitié. Car les stocks ont un coût. Les gouvernements les ont réduit, alors que la demande mondiale augmentait.(3) Cette tension du marché s’explique aussi par un meilleur niveau de vie en Inde et en Chine, où l’on consomme plus de riz. L’urbanisation et l’industrialisation, qui grignotent les rizières, contribuent encore à réduire la production. Autre paramètre, le climat. Et l’on reparle de la sécheresse australienne, qui a effectivement eu un impact sur le marché mondial. Après six années de sécheresse, la production australienne est pratiquement inexistante. Beaucoup de producteurs de riz, notamment dans le Sud Ouest du pays, abandonnent l’activité au profit de la viticulture. La vigne, qui grandit vite, consomme moins d’eau, et rapporte plus d’argent. D’autres riziculteurs australiens vendent leurs rizières, et leurs droits d’accès à l’eau, à des viticulteurs. La sécheresse australienne, qui prive de riz la Papouasie Nouvelle-Guinée, les îles du Sud pacifique, Taïwan, ou le Moyen Orient, a participé à la flambée des cours du riz. Selon le New York Times, qui rapporte l’avis de scientifiques, la sécheresse australienne pourrait révéler les premiers effets négatifs du réchauffement climatique, sur la production alimentaire mondiale. (5)

Sénégal, un riz importé moins cher.

Cette année encore, et pour la seconde année consécutive, la production mondiale de riz devrait être inférieure à la consommation.Concepción Calpé, économiste à la FAO, résume le problème : « le marché international du riz est actuellement confronté à une situation particulièrement difficile due à une demande qui dépasse l’offre ». Un déséquilibre qui n’échappe pas aux spéculateurs. Ni aux grands importateurs, Philippines, Indonésie, Bengladesh, sans oublier le continent africain. Face à la montée des prix, le Sénégal, qui importe 80% de son riz, ambitionne de multiplier par 5 la production locale. Mais au Sénégal, le riz importé coûte souvent moins cher que la production locale…

M.J

* »Une sécherresse en Australie, une pénurie générale de riz. »

(1) « Les cours du riz nourrissent l’inquiétude », Lesley Wroughton, A. Phoophongphiphat, Reuters, La Tribune, 25-04-2008-(2) »Philippines : les solutions existent », Sébastien Farcis, RFI, 22-04-2008 (3)« La hausse des prix déstabilise l’Asie », Keith Bradsher, New York Times, 29-03-2008- (4) « La crise du riz : Bangkok cherche à rassuer », Marie Normand, RFI, 8-04-2008. (5) » A drought in Australia, a global shortage of rice », Keith Bradsher, 17-04-2008.


Publié le 28 avril 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
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« Women are heroes ».

Bonjour,

« Woman are heroes », un super travail de photo, une vidéo, et une belle leçon de vie, signée JR, photographe de rue, et visagiste grand format. Pour saisir ces portraits de femmes meurtries par les conflits et malmenées par l’existence, JR est parti en Sierra Leone, au Liberia, au Soudan, et au Kenya, terres de conflits. Le résultat, des photos animées de grimaces. En Afrique, il n’y a pas de place pour le malheur. JR est un artiste optimiste.

JR, 25 ans, se qualifie «d’artiviste », à la fois artiste et activiste. Avec son objectif 28 millimètres, il capture les visages sans complaisance, au plus près des expressions. Une grimace, et c’est mieux. Ses portraits, noir et blanc, sont bruts. Ils deviennent des posters qui s’exposent dans les rues, improvisées musées à ciel ouvert. Affichage illégal. Le monde est son atelier, Paris et sa banlieue, USA, Israël, Palestine, Brésil, Afrique, Birmanie, Rome, ou Auschwitz, en Pologne. Un peu plus sur l’artiste et son travail….

« Woman are heroes » est la troisième partie d’un projet « 28 millimètres ». Dans un premier volet, « Portrait d’une génération », JR a photographié des jeunes de la Cité des Bosquets, à Montfermeil, et ceux du quartier de la Forestière, à Clichy Sous Bois. Ces portraits, devenus posters, ont été placardés sur des murs de l’Est parisien, anciens quartiers populaires. Pour le second volet de ce triptyque, « Face 2 Face », JR est parti pour le Moyen Orient, avec son compagnon Marco, pour tenter de comprendre les difficultés des Israéliens et des Palestiniens à vivre  ensemble. Ils sont allés dans des villes situées de chaque côté du mur qui sépare les deux Etats. Ils ont collecté des portraits grimaçants d’Israéliens et de Palestiniens, exerçant la même profession. Ces photos, version grand format, ont été collées face à face, de chaque côté de la frontière, pour suggérer une proximité humaine entre ces gens qui se font la guerre, et qui se ressemblent.

« Woman are heroes », projet soutenu par MSF, restitue le présent de ces femmes africaines, aux expériences douloureuses. Ces portraits, déjà exposés en Sierra Leone et au Libéria, affichés à Bruxelles depuis le 8 mars, sont déjà prêts à partir pour une autre ville. Attention au dossier de presse, les témoignages sont parfois violents. Une violence retouchée par un photographe qui préfère restituer la vie.

M.J

The vidéo..


Publié le 7 avril 2008 par marlene dans Art
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Céréales: un pouvoir d’achat en baisse.

Bonjour,

Emeutes de la faim en Guinée -Konakry, en Mauritanie, au Sénégal, ou au Burkina-Faso, la hausse des produits alimentaires jette les Africains dans la rue. Ces pays, qui dépendent du blé et du riz importés, subissent de plein fouet la flambée des cours de céréales, base de leur alimentation, sur le marché mondial. Selon l’ONG « Afrique verte », au Niger, le sorgho aurait récemment augmenté de 25%, dans la région de Maradi. A Niamey, la capitale, le mil et le blé ont enregistré une hausse d’environ 20%. Le Food Crisis Prevention Network (FCPN) rapporte qu’au Burkina-Faso, pays touché par des inondations en 2007, le prix du sac de maïs aurait doublé en un an. Le FCPN, chargé de la sécurité alimentaire dans les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, ne parle pas encore de famine. Mais si les cours des céréales continuent de grimper, certaines populations du Sahel et d’Afrique de l’Ouest pourraient manquer de nourriture.

Le PAM manque d’argent pour faire les courses…

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui distribue une aide aux pays d’Afrique de l’Ouest, estime qu’il lui faudra trouver 30% d’argent supplémentaire cette année, pour nourrir le même nombre de personnes que l’an dernier. Même problème à la tête du PAM, à New York, où le coût de la nourriture provoque la panique. Depuis 2007, les prix alimentaires ont grimpé d’environ 30%, ceux des céréales ont augmenté de 35%. En 2008, le PAM, qui fonctionne avec des dons, devra trouver 500 millions de dollars pour nourrir 73 millions de personnes, répartis dans 78 pays. La tendance actuelle, plus 20% d’augmentation ces trois dernières semaines, pressent le PAM à remplir les caisses.

La faute aux agrocarburants…

Le développement des agrocarburants, qui convertit les blés américains en maïs, qui étend le colza dans les campagnes européennes, est en partie responsable de cette flambée des prix des céréales. Il explique encore l’augmentation du prix de l’huile de palme ou de soja, désormais alignés sur les prix du carburants d’origine végétale. Josette Sheeran, la patronne du PAM, a récemment déclaré :« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant. » Le boom des agrocarburants, qui fait décoller les prix du maïs et du soja dans un contexte de pétrole cher, qui détourne les terres cultivables et accapare l’eau, n’explique pas complètement la situation actuelle. On ne produit pas d’agrocarburant avec le blé, qui pourtant augmente. Et pousse le prix de la baguette, même en Afrique.

Pétrole, sécheresses, et démographie…

Pour le PAM, cette hausse des prix alimentaires résulte aussi de l’envolée des prix de l’énergie, qui se répercute sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Des engrais pour améliorer les rendements, au transport des produits, en passant par leur stockage, tout est devenu plus cher. Autre facteur explicatif, la mutation des marchés intérieurs, chinois ou indiens, plus riches, et plus gourmands en viande et en produits laitiers. Le climat, et ses sécheresses, notamment en Australie, contribuent encore à doper le prix des produits alimentaires. Les stocks alimentaires, à leur plus bas niveau depuis une vingtaine d’années, favorisent encore la spéculation. Sans oublier la démographie, plus on est nombreux, et plus on mange. En 2030, si l’on veut satisfaire les besoins d’une planète plus peuplée, la production alimentaire devra nécessairement augmenter de 50%. Cette perspective pourrait accentuer la compétition entre cultures alimentaires, et énergétiques. Sans parler des conséquences environnementales, sur-exloitation des sols, déforestation, manque d’eau, ou pollution des nappes phréatiques.

Et pendant ce temps, dans le Bassin du Fleuve Sénégal, des agronomes chinois expliquent à des cultivateurs sénégalais, qui rêvent d’autosuffisance alimentaire, les techniques de repiquage de riz

M.J


Publié le 26 mars 2008 par marlene dans Afrique/ population.,biocarburants,faim
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L’Afrique grandit vite.

Bonjour,

L’Afrique vient de faire le point sur sa démographie. Du 10 au 14 décembre dernier, la Cinquième conférence sur la population africaine a réuni experts et scientifiques à Arusha, en Tanzanie. Un prétexte pour rappeler quelques grandes tendances, explosion démographique, urbanisation rapide, et fuite des cerveaux.

L’Afrique, c’est d’abord un « grand bond démographique ». Au cours du XX° siècle, le continent a multiplié sa population par 5, ou par 7, selon les sources.Cette démographie, qui pèse environ 770 millions de personnes, devrait passer à deux milliards autour de 2050, avec une croissance annuelle supérieure à 2%. (1) (2)Cette progression est particulièrement nette en Afrique sub-saharienne, où une trentaine de pays révèlent une forte fécondité, avec plus de cinq enfants par femme.(1) D’ici quatre à cinq décennies, l’Afrique sub-saharienne pourrait compter environ 1,7 milliard d’habitants. (3).

Cette poussée démographique s’explique par une forte fécondité. L’Afrique, et notamment la zone sub-saharienne, n’a pas accompli cette transition démographique qui régule les populations dans la plupart des espaces en voie de développement. L’Amérique latine, ou l’Asie, ont mieux négocié leur mutation démographique. En Afrique, les femmes continuent à avoir beaucoup d’enfants. Cette spécificité s’explique par des facteurs socio-culturels, des mariages précoces, une tradition de grandes familles, des femmes vouées à la maternité, et sans doute un accès plus difficile à la contraception. Quand 60% des femmes d’Amérique latine et d’Asie bénéficient d’une contraception moderne, 10 à 20% des Africaines y ont accès. (1) Le manque de politique démographique, promouvoir des méthodes contraceptives ou valoriser la famille réduite, entretient cette fécondité soutenue.

Cette conférence sur la population africaine a permis de nuancer une idée répandue dans les années 2000. Si plus de 20 millions d’Africains vivent avec le virus du VIH (3), la pandémie du SIDA ne devrait pas inverser le dynamisme démographique du continent. Le taux de prévalence, ou le nombre de personnes infectées par le virus, est passé de 9% en 2001, à 6% aujourd’hui. (1) Si la situation reste beaucoup plus préoccupante en Afrique australe et orientale, régions les plus touchées par le SIDA, l’évolution de la maladie ne devrait que ralentir l’évolution de la population. L’efficacité des programmes de lutte contre la maladie, l’information et la distribution de préservatifs, ont vraisemblablement contribué à limiter l’impact démographique du SIDA.

Ce dynamisme démographique, conjugué au manque de perspectives dans les zones rurales, devraient doper l’urbanisation. Avec une croissance urbaine supérieure à 3% – voire beaucoup plus dans certaines régions -, on suppose que d’ici 2030, près de la moitié de la population africaine sera citadine, contre 40% actuellement.(2) L’émigration vers les villes de jeunes adultes, en quête de meilleures conditions de vie, gonflera des villes déjà bricolées, et peu préparées à cet afflux de population. Cette surpopulation de quartiers précaires, sans aménagement sanitaire, promet une misère urbaine difficile à gérer. Ce continent, à l’urbanisation inégale, compte déjà une quarantaine de villes de plus d’un million d’habitants. Et quelques monstres urbains, Lagos, Le Caire, ou Johannesburg.

La fuite des cerveaux inquiète encore les Africains. Selon l’OIM ( Office international des migrations), depuis 1990, au moins 20.000 personnes désertent chaque année le continent africain. Le profil classique du déserteur est l’étudiant qui décide de ne pas rentrer dans un pays, souvent instable, à la fin de ses études. La faute à qui ? A ces dirigeants qui ne font pas grand chose pour rendre leur pays attrayant ? Ou à ces étudiants qui misent sur les conditions professionnelles occidentales, au détriment du développement de leur pays d’origine? La stabilité politique est un argument fréquemment avancé. Reste une idée, inciter les émigrés à investir dans leur pays d’origine, tout en continuant à vivre à l’étranger. Une idée intéressante pour une conférence africaine qui associait, population et développement.(4)

M.J

(1) » Afrique: le grand rattrapage démographique. », John May, Jean Pierre Guengant, propos recueillis par Jean Pierre Turquoi, Le Monde, 16 – 17 décembre 2007. (2) « Adopter une approche de l’urbanisation en Afrique centrée sur les populations », Carole rakodi, Chronique des Nations Unies, Volume XLIV, 2006.(3) L’Union pour l’etude de la population africaine (UEPA), Cinquième conférence sur la population africaine, www.uaps.org.(4) « Que font les gouvernements pour arrêter la fuite des cerveaux? », Aimable Twahirwa, Inter Press Service News Agency, 26 décembre 2007.


Publié le 28 décembre 2007 par marlene dans Afrique/ population.
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