Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Agriculture mondiale: de l’eau, de la terre, et des options.

Hello world!


Publié le 31 mai 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau
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Lester R. Brown, la Chine, et le haricot de soja.

Bonjour,

 

Lester R. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute, penseur pionnier et analyste des questions d’environnement, examine les conséquences de la consommation croissante de graines de soja en Chine. Cinq chiffres introduisent ce point de vue, publié sur le site du Earth Policy Institute début janvier. (1) En 1995, la Chine produit 14 millions de tonnes de soja. Elle en consomme 14 millions. En 2011, elle récolte toujours 14 millions de tonnes de haricots de soja. Mais en nécessite 70 millions. La différence, 50 millions de tonnes de graines de soja, est importée. (1)

 

Le soja serait apparu dans les campagnes de Chine orientale, il y a 3000 ans. Dans un précédent article, Lester Brown l’introduit deux millénaires plus tôt. (2) Peu importe. Le soja, qui traverse les siècles et voyage sur le continent, devient l’une des principales sources de protéines de l’Est asiatique. Au début du XIX° siècle, il s’aventure vers les Etats-Unis. Mais il faut attendre la Seconde moitié du XX° siècle pour  que cette culture se développe sur le sol américain. (2) Aujourd’hui les Etats-Unis sont, à la fois, le premier producteur mondial de soja, 90 millions de tonnes en 2010, et le premier exportateur, autour des 35 millions de tonnes. En 2010, les USA, le Brésil , et l’Argentine, produisent plus de 80% du soja mondial. Bien loin devant la Chine, quatrième producteur mondial. (FAO, 2012) Grande particularité du soja, son adaptabilité à une grande variété de sols et de climats. Il pousse à la fois dans les campagnes tropicales du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande et du Nigeria, et sur les terres plus froides d’Hokkaido, dans le Nord du Japon, ou du Quebec. (2) (3)

 

Côté look, le soja est une plante grimpante de la famille du haricot, qui arrivé à maturité, ressemble effectivement au haricot . Sa vocation première est de produire de l’huile alimentaire, chaque graine en contient 22%. Après extraction, le grain est utilisé pour l’alimentation. Les produits à base de soja représenteraient 60% de la production mondiale de nourriture, animale et végétale confondues. (3) Glucides, lipides, calcium, magnésium, plus quelques vitamines, on lui attribue de grandes vertus nutritives. Le soja est un ingrédient majeur de la cuisine chinoise et japonaise. Il est aussi une source de protéines dans le menu végétarien. Mais la part la plus importante de nourriture contenue dans le  haricot de soja est destinée à l’industrie animale, sous forme de farine ou de tourteaux. C’est ici que recommence l’analyse de Lester  Brown. (3) (4)

 

Pour Lester Brown, la demande croissante en haricots de soja à l’échelle mondiale reflète la consommation croissante de protéines animales. Le soja, mélangé à d’autres céréales, généralement du maïs, augmente la rentabilité de l’industrie de la viande. En d’autres termes, le soja permet à l’investissement « grains » d’être plus rapidement converti en bœuf ou en poulet. L’appétit grandissant des Chinois pour la viande , le lait, ou les œufs, exige les qualités nutritives du soja dans le menu animal. Les Chinois l’utilisent encore pour l’élevage porcin – la moitié des porcs de la planète sont engraissés en Chine – ; pour nourrir les poulets – une industrie en plein boom- ; et de plus en plus pour l’élevage de poissons. D’où l’importance des importations chinoises de soja. Un soja que la Chine aurait pu produire. (1)

 

1995, moment-clé pour Lester Brown. Cette année-là, les Chinois décident d’emmener le pays vers l’autosuffisance en céréales. La grande famine des années 1959-1961 est encore vive dans certaines mémoires. Et la Chine ne souhaite pas dépendre de l’extérieur pour ses produits alimentaires de base. La production de céréales , vivement encouragée et subventionnée, décolle. Celle du soja stagne. Si la Chine avait produit les 70 millions de tonnes consommés en 2011, il lui aurait fallu, calcule Lester Brown, convertir le tiers de ses terres céréalières en terres à soja. Et importer des céréales. L’hypothèse d’une Chine peuplée d’1,3 milliards d’habitants, en quête d’un régime alimentaire amélioré, devrait doper les importations de haricots de soja dans les années à venir. (1)

 

Or, constate Lester Brown, quand le rendement du blé est pratiquement multiplié par 3 au cours de la seconde moitié du XX° siècle, celle du soja ne fait que doubler. La multiplication par 16 de la production de  soja, au cours de la même période, résulte principalement de l’extension des cultures. Le monde récolte plus de soja car, tout simplement, il en plante plus. «  C’est ici que se pose le problème. », prévient Lester Brown. « La question devient alors : où  les haricots de soja seront-ils plantés ? » (1)

 

Les terres dédiées au soja dépassent celles couvertes de blé aux Etats-Unis. Le soja occupe plus d’espace agricole que toutes les autres céréales au Brésil. La culture du soja est en passe de devenir deux fois plus étendue que celle des autres céréales en Argentine. L’Argentine serait même dangereusement en train de tendre vers une monoculture du soja. Les Etats-Unis, principal producteur et exportateur de fèves de soja, seraient au maximum de leur capacité. La seule possibilité pour produire plus de soja sur le sol américain serait de convertir des terres à maïs ou à blé. S’il existe de la terre encore disponible pour le soja, c’est au Brésil. Dans le Bassin d’Amazonie, ou dans le Cerrado , cette immense savane qui accueille 5% de la biodiversité de la planète. (1)

 

« Pour le dire simplement, sauver la forêt d’Amazonie dépend maintenant de la réduction de la demande en haricots de soja en stabilisant la population mondiale le plus vite possible. Et pour les gens les plus riches de la planète, cela veut dire manger moins de viande et ainsi infléchir la demande de haricots de soja. » (1)

 

M.J

 

 

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(1) “China’s Rising Soybean Consumption Reshaping Western Agriculture”, Analysis by Lester R. Brown, Washington, 09-01-2013 http://www.ipsnews.net/2013/01/chinas-rising-soybean-consumption-reshaping-western-agriculture/ Article du Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/

(2) “The United States and China: The soybean connection”, by Lester R. Brown, provided by Worldwatch Institute / Dec. 99 http://www.sdearthtimes.com/et1299/et1299s12.html

(3) Soybean International Commodity Profile, Prepared by P. Thoenes Markets and Trade DivisionFood and Agriculture Organization of the United Nations http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/257994-1215457178567/Soybean_Profile.pdf

(4) Soja, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Soja

 Plus :

« La vague déferlente du soja brésilien », Hervé Théry, CNRS/ IRD Universidade de Brasilia, Centro de Desenvolvimento Sustentavel ; (CDS), Mappemonde N°74 (2-2004) http://mappemonde.mgm.fr/num2/articles/art04204.html

Major Crops Grown in the United States, 2000, United States Environmental Protection Agency. http://www.epa.gov/oecaagct/ag101/cropmajor.html


Publié le 16 janvier 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,elevage
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Le Qatar rêve de fertiliser ses sables….

Bonjour,

Le Qatar poursuit son ambitieux programme de sécurité alimentaire”, titre un article de  l’UNCCD, la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Il esquisse la stratégie agricole d’un petit pays, handicapé par le désert et le manque d’eau, mais bien décidé à couvrir 70% de ses besoins alimentaires en 2023. (1)

Eau et productivité agricole.

Situé sur la rive sud du Golfe persique, le Qatar est une presqu’île d’un peu plus de 11000 km², 160 kilomètres de long pour 80km de large. Un petit territoire recouvert de sable qui se mesure à l’échelle de l’Île de France. C’est un  pays  assis  au niveau de la mer, qui culmine à un peu plus de 100 mètres dans le Jebel Dukhan, la chaîne de collines de la côte Ouest. C’est ici que se trouvent les principales réserves terrestres de pétrole. Le Qatar, qui vit sous le régime du désert, affiche des températures estivales qui oscillent entre 40 et 50°C. Si les faibles pluies, à peine 80 mm par an, donnent quelques couleurs à cet environnement aride, elles limitent les possibilités de l’agriculture.  Moins de 6% du territoire est cultivable. Irrigation de pénurie, sols pauvres, conditions climatiques extrêmes, manque de main d’œuvre saisonnière, et système de jachères qui laisse des terres incultes, l’agriculture qatare cumule les problèmes. Pour nourrir sa population, un million et demi d’habitants, le pays achète à l’étranger des milliers de tonnes de céréales,  riz blanchi, orge, blé, de la viande de volaille et de canard, des légumes frais, de l’huile, des graisses végétales, et quelques autres milliers de tonnes de farine de blé. (2) au total, le Qatar importe 90% de ses  besoins alimentaires, une dépendance qui pèse de l’argent et des contraintes. En 2008,  le pays lance un programme national de sécurité alimentaire  qui tient en deux mots, eau et productivité agricole. Et comme le pays est riche, il fait appel aux scientifiques et aux innovations technologiques. Universités, agences d’Etat américaines, dont l’USAID (United States Agency for International Development), planchent déjà sur le dossier de la sécurité alimentaire au Qatar. (1)

L’eau des Qataris.

Le Qatar, qui pompe sa nappe aquifère, est en train de réaliser que cette source d’eau, non renouvelable, est précieuse. Pour son agriculture, le pays envisage donc de développer un ambitieux programme de désalinisation d’eau de mer. Cette eau traitée devrait être utilisée pour recharger les nappes aquifères qui deviendront des réservoirs, sécurité de pays désertique. Le Qatar connait bien cette  technologie, qui assure actuellement 90% de sa consommation en eau potable. Le pays, qui souhaite adoucir son image de producteur de pétrole, pense aux énergies vertes pour faire tourner des usines de désalinisation, jusqu’alors alimentées au pétrole et au gaz naturel. A terme, les technologies de conversion, osmose inversée associée au  solaire , devraient permettre de couvrir la plupart des besoins de l’agriculture. Un parc d’énergie solaire est planifié à cet effet dans le sud du territoire,  région la mieux dotée en lumière. Pour diversifier ses sources, l’Emirat devrait développer un recyclage des eaux industrielles. Le Qatar réfléchit à rendre plus efficace une irrigation traditionnelle, par inondation, qui gaspille beaucoup d’eau. La technique du  goutte à goutte, pratiquée depuis l’antiquité, utilisée dans les espaces arides car économe en eau et en engrais, est l’une des pistes majeures de cette transition agricole. Cette efficience de l’eau pourrait s’articuler à une agriculture hydroponique, des cultures hors sol installées sur des substrats neutres et inertes, sable, billes d’argile, ou laine de roche. La culture de légumes sous serre, par exemple. Mais, cactus de taille dans cette aventure agricole, ne pas toucher à l’eau destinée à la consommation personnelle des Qataris.(1)

Le bush en colère…

En attendant une agriculture productive, le Qatar projette des colonies agricoles en territoire étranger. En Afrique, où l’Emirat a acheté 40.000 hectares de terres au Kenya, avant de convoiter d’autres espaces agricoles au Soudan. (3) En Asie, la Qatar Investment Authority (QIA) – le fonds d’investissement souverain de l’Etat – crée des Joint-Ventures avec les gouvernements du Vietnam et d’Indonésie. Des contrats similaires, qui associent les pays d’accueil et leur attribuent une aide au développement, sont en négociation en Malaisie et aux Philippines. Une formule assez inédite qui, pour l’instant, semble contenter tout le monde. (4)  Autre son de clache, en juin 2011, un article paru dans the Age, un quotidien australien édité à Melbourne, dénonce l’offensive du Qatar dans l’Etat du Victoria. La firme Hassad Foods, le «bras agricole » du petit Emirat, souhaite acquérir plus de  8000 hectares de  pâturages à moutons et de terres cultivables, pour une somme de 35 millions de dollars. On parle de l’une des plus importantes transactions de terres pastorales dans l’histoire récente du Victoria. L’accord, pourtant consenti par les vendeurs, a soulevé une vague d’indignation dans le bush. Un partie de l’opinion australienne, sensible à la question de la sécurité alimentaire et préoccupée l’irruption d’étrangers sue leurs terres, demande une législation plus stricte. (5)

L’argent et l’eau.

L’article de l’UNCCD établit un parallèle entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, deux agricultures contrariées par le désert et le manque d’eau. Après deux décennies, l’Arabie Saoudite, qui importe 80% de son alimentation, vient d’abandonner sa course à l’autosuffisance.(6) Un  mirage jugé trop coûteux. Depuis, le Royaume saoudien achète des terres agricoles en Asie, en Afrique, se résignant à l’idée que la nourriture des Saoudiens sera produite à l’étranger. Cité dans l’article, Elie Elhadj, spécialiste du Moyen-Orient, expose les limites d’une agriculture «produced in the desert » : « Cette expérience montre simplement que la combinaison de l’argent et de l’eau peut même faire fleurir le désert, jusqu’à ce que l’argent et l’eau manquent. » (1) Même si la taille du Qatar, sa démographie, et une pluviosité à peine mieux dotée que celle de son voisin saoudien, rendent un peu moins irréaliste cette quête à l’autosuffisance.
M.J

La péninsule arabique est un quasi-désert, où les habitants ont toujours lutté pour avoir accès à l’eau douce.. De l’eau potable à l’irrigation, la désalinisation de l’eau de mer permet aujourd’hui de couvrir la plupart des besoins.  Mais ces unités de production ont un coût environnemental assez élevé…Un reportage d’AlJazeera.

 

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(1) Towards self-sufficiency: Qatar pursues ambitious food security programme,Healthy soil, healthy earth, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf

(2 FAOSTAT, 2009, Importations agro-alimentaires : http://faostat.fao.org/desktopdefault.aspx?pageid=342&lang=fr&country=179 Production : http://faostat.fao.org/DesktopDefault.aspx?PageID=339&lang=fr&country=179
(3)« The great Land Grab », Rush for World’s Farmland, Threatens Food Security for the Poor
Shepard Daniel with Anuradha Mittal, Oakland Institute, 2009
http://www.oaklandinstitute.org/pdfs/LandGrab_final_web.pdf
(4)“Land grab or development opportunity?”, Agricultural investment and
international land deals in Africa,Lorenzo Cotula, Sonja Vermeulen, Rebeca Leonard and James Keeley , FAO, IIED and IFAD, 2009 http://www.ifad.org/pub/land/land_grab.pdf
(5)”Qatar land grab angers bush”, Cameron Houston and Royce Millar, The Age, 19-06-2011
June 19, 2011http://www.theage.com.au/victoria/qatar-land-grab-angers-bush-20110618-1g99l.html

(6) Service d’exportation agroalimentaire, Profile du secteur de l’agroalimentaire1 – Riyad, Arabie saoudite, Agriculture et agro-alimentaire Canada, Mai 2010 http://www.ats.agr.gc.ca/afr/4631-fra.htm


Publié le 26 janvier 2012 par marlene dans Agriculture.,eau,Pays du Golfe.
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Le Brésil ouvre un sentier à la déforestation.

Bonjour,

La réforme du Code forestier est en route au Brésil. Après avoir longuement été débattu et approuvé par les députés, le texte est examiné par le Sénat. S’il est adopté, il permettra aux exploitants brésiliens, industriels et petits cultivateurs, de déboiser au profit de terres agricoles. Si le monde de l’agriculture approuve cette modification, les écologistes y lisent un encouragement à la déforestation. L’image d’un Brésil,  à la fois pionnier et leader sur le front de l’environnement, pourrait s’estomper.

Une déforestation encore active.

Pourtant, il y a quelques mois encore, le Brésil annonçait fièrement un ralentissement de la déforestation en Amazonie. Selon l’INPE, – l’Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais -, l’observatoire brésilien des forêts qui effectue des repérages satellite, le déboisement du couvert amazonien recule effectivement entre 2009 et 2010, moins 6 ,2%. (1)(2) Ce qui laisse quand même un bilan de 7464 km² détruits par la déforestation en 2010, dont la moitié dans l’Etat du Para. D’ailleurs ce répit pour l’Amazonie, observé depuis 2005, ne dure pas. 2011 repart à la hausse. Mai annonce un record, amorcé en mars et avril – la déforestation a progressé de 500% par rapport à mars et avril 2010. (3) L’INPE confirme un regain pour août, porté par l’Etat du Mato Grosso.  Si l’immense complexe amazonien reste le terrain de jeux des coupeurs d’arbres, l’avenir de la grande forêt atlantique, déployée sur l’arc oriental, inquiète aussi les environnementalistes. Son bassin, qui accueille 112 millions de personnes, représente une source d’eau importante pour des zones très peuplées. L’INPE et l’ONG SOS Mâta Atlantica , impliquée dans la préservation de cet écosystème précieux, notent une déforestation ralentie en 2008-2010, par rapport à 2005-2008, mais continue. Au cours des deux dernières années, 312 km² ont été sabotés, avec une mauvaise note pour le Minas Gerais, Bahia, Santa Catarina, et le Parana.(4) Selon SOS Mâta Atlantica, moins de 7% de cette forêt primaire serait intact. Le reste a été grignoté par le développement de l’agriculture et de l’élevage, l’extension des villes, ou les plantations d’eucalyptus.

Agriculture et exportations.

En 1965, c’est un Brésil moins soumis aux tensions humaines et environnementales qui adopte le Code forestier. Sur le papier, ce texte permet de protéger 80% des forêts du Brésil, le reste est réservé aux cultures. Vraisemblablement jamais respecté, mais toujours renforcé par de nouvelles lois, il a sans doute réussi à contenir la déforestation. Du moins ces dernières années. Mais dans ce Brésil qui se développe, le Code forestier gêne les cultivateurs, et contrarie le projet d’un grand pays exportateur de denrées agricoles. Depuis les années 2000, le Brésil, servi par une géographie étendue, est devenu un leader du marché agroalimentaire mondial. Le pays fait commerce de soja, de sucre, d’éthanol, de bœuf, de poulet, de jus d’orange, de tabac, ou de ce café qui a inauguré son offensive sur le marché mondial.  Si le nouveau texte est adopté, les propriétaires terriens pourront déboiser jusqu’à 50% de leurs terres. Le lobby agricole y voit l’opportunité de développer son business. Les petits exploitants ne seraient pas mécontents d’étendre leurs champs. Il est question de développer une agriculture vivrière. Il est aussi question de nourrir une démographie en croissance, qui comptera plus de 200 millions de personnes  en 2030. De leur côté, les  environnementalistes imaginent une porte ouverte à la déforestation. L’impunité pour les zones illégalement exploitées figure déjà dans la modification du code.

Inondations et CO².

S’ils redoutent une dégradation du patrimoine forestier national, les partisans d’un Brésil qui respire  s’inquiètent d’une probable articulation entre déforestation et accidents climatiques. Dans la forêt Atlantique, SOS Mâta Atlantica note un déboisement actif des rives des cours d’eau, des coupes dans la mangrove, et un dénuement des zones qui protègent les habitations. Les sols, privés d’arbres, deviennent vulnérables aux fortes pluies qui provoquent des glissements de terrain. Quand  la déforestation des berges des rivières accentue les risques de crues. En juin 2010, de fortes pluies avaient provoqué  inondations et coulées de boue dans l’Alagoas et le  Pernambuco, deux Etats du Nord-Est assis dans la forêt atlantique. Les populations les plus touchées habitaient à proximité d’espaces mis à nu. (5) Autre argument des écologistes, la déforestation libère du CO², quand l’Amazonie peine de plus en plus à défendre son image de puits de carbone.  Au niveau international, la déforestation annoncée par la re-écriture du Code forestier voile l’image  d’un Brésil écolo, engagé à diminuer ses rejets de CO². De 2005 à 2010, une meilleure gestion de l’Amazonie lui avait permis de réduire d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre.

« Rio+20 »

Un collège composé d’une dizaine d’anciens ministres de l’Environnement a écrit à Dilma Rousseff, la Présidente du Brésil, pour tenter de geler la modification du Code forestier. Cette lettre  souligne le rôle avant-gardiste d’un pays qui a rédigé une loi pour protéger ses forêts, quand les autres n’en avaient pas compris l’importance. Les rédacteurs ajoutent que, grâce à ce processus responsable, le Brésil a pu devenir un acteur majeur dans les conférences internationales sur l’environnement. C’est d’ailleurs au Brésil que doit se tenir le prochain grand rendez-vous des Nations-Unies sur le Développemernt durable. Cette conférence, baptisée « RIO+20 », en référence aux engagements environnementaux formulés 20 ans plus tôt dans la métropole brésilienne, abordera aussi le dossier des forêts.  Rendez-vous donc à Rio,  en juin 2012.

 

M.J.

 

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(1) INPE releases Amazon deforestation rate in 2010, 03-10-2011 http://www.inpe.br/ingles/news/news_20111003_01.php

(2) Comparaison faite pour les périodes aoùt 2008- juillet 2009 et août 2009 – juillet 2010.

(3) Brazil confirms big jump in Amazon deforestation
Rhett A. Butler, mongabay.com , 18-05-2011 / Source INPE
http://news.mongabay.com/2011/0518-inpe_amazon.html

(4) SOS Mata Atlântica and INPE disclose data from Forest Remnants Atlas, 26-05-2011, http://www.inpe.br/ingles/news/news_20110526_02.php

(5) “Forestry Law Reforms Augur More Disasters”,  Fabiana Frayssinet, IPS News; 27-06-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=51967

 


Publié le 20 octobre 2011 par marlene dans Agriculture.,Brésil,déforestation
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Des éléphants chassés au piment.

Bonjour,

Que faire pour repousser un troupeau d’éléphants, sauvages et affamés, prêts à  se ruer dans une rizière, sachant que chaque mammifère  mesure en moyenne trois mètres de haut, et pèse assez facilement une demi-tonne ? C’est une question qui empoisonne la vie des politiques, et surtout celle des villageois, de l’Etat d’Assam, un territoire situé dans le nord-est de l’Inde. L’Etat d’Assam, l’une des plus fortes densité d’éléphants sauvages d’Asie, compte environ 5000 mammifères, environ 10% des effectifs du sous-continent indien. (1) Cette population itinérante, poussée par la faim, convoite les rizières et les cultures des communautés villageoises, terrorisées et exaspérées. C’est une lutte pour le territoire et la nourriture qui oppose éléphants et fermiers depuis des années. A l’origine du conflit, des éléphants chassés de leur habitat, et détournés de leurs parcours traditionnels. L’expansion d’un front pionnier illégal, la déforestation, l’installation de rails ferroviaires, la multiplication des champs de thé, des rizières, des cultures vivrières, ont fragmenté le territoire des éléphants, brouillant leurs  routes migratoires, les privant de nourriture. Affamés, les éléphants descendent dans les villages pour voler dans les rizières et les champs. Ce pillage peut ruiner plus de 80% des récoltes. Ce conflit, qui dure depuis des années, a fait des morts dans les deux communautés. De 1997 à 2001, près de 200 éléphants sauvages auraient été tués dans l’Etat d’Assam. Sans compter ceux victimes du rail. De l’autre côté de la ligne de front, on dénombre plus de 200 morts pour la même période.(1) Ce bilan s’est alourdi depuis. Dans nombre de villages, l’arrivée des éléphants provoque toujours la panique. A tel point que les hommes valides embarquent enfants, femmes, et personnes âgées, pour les placer en sécurité. Cette guerre pour la nourriture, discutée au Parlement d’Assam, a mobilisé ONG et villageois qui ont développé quelques idées pour organiser une défense. (2)

Piment explosif.

Une première idée, mise en œuvre dans le district de Karbi Anglong en 2010 par «Green Guard», un groupe de défenseurs de la nature, vise à assourdir l’éléphant. La stratégie consiste à entourer les rizières de fils, d’y accrocher de petites clochettes, connectées à des klaxons, situés à proximité sur des miradors de fortune. Dès que l’ennemi touche le fil, les clochettes passent le message aux klaxons, qui se mettent en route. Concert bientôt augmenté par la chorale des villageois, prévenus de la visite. Effrayé, l’éléphant bat en retraite. L’idée vient du Zimbabwe.(2) Plus fort, beaucoup plus fort, la barrière de « piment rouge », une astuce développée en 2007 par le Département des Forêts de l’ Etat d’Assam ( Assam State Forest Department) et le WWF (World Wide Fund for Nature), déclinée ailleurs, on y revient. Cette fois, l’idée vient du Mozambique, qui connaît  aussi des conflits hommes/ éléphants. (2) Il s’agit de confectionner une mixture à base de piment, le Bhoot Jolokia, le piment le plus explosif de la planète, confirmation du Guiness des Records 2006, bien que détrôné depuis. Il est mélangé à des feuilles de tabac et à de l’huile de vidange usagée, avant d’être appliqué  sur des bouts de tissus. Lesquels sont accrochés aux fils barbelés qui entourent la rizière. Le jumbo asiatique, à l’odorat réputé raffiné, détale dès qu’il inhale la mixture. Encore plus fort,  concentré de la dernière idée, pratiquement même recette, le fumigène. Ou la bombe pimentée. C’est un mélange de piments, de feuilles de tabac, de paille sèche, placé dans un tube avant d’être enflammé. La fumée dégagée agresse la trompe de l’éléphant, qui ne demande généralement pas son reste. Le Chester Zoo, financé par le Defra’s Darwin Initiative et le gouvernement britannique, développe cette solution pimentée dans quelques villages du Sonitpur et du Goalpara, deux districts de l’Etat d’Assam. Avant d’étendre ce programme de défense, qui semble fonctionner.(1) Assam, territoire stratégique pour la survie de l’éléphant d’Asie, espèce menacée , expérimente cette méthode plutôt respectueuse pour repousser un mammifère qui nuit aux récoltes, les défenseurs de l’éthique animale apprécieront. Ailleurs dans la région, ils sont repoussés plus violemment, empoisonnés, électrocutés, ou piégés dans des trous dissimulés sous des branchages.(2) Ce mode de résistance offre encore un débouché inattendu au Bhoot Jolokia,  culture locale jusqu’alors condamnée à l’huile pimentée pour la cuisine. (1) (3)

M.J

En images au Bannerghatta National Park…

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(1) « Community-Based Human Elephant Conflict Management in Assam », A. Zimmermann, T. E Davies, N. Hazarika, S. Wilson, ASESG, 2009. http://www.asesg.org/PDFfiles/Gajah/30-34-Zimmermann.pdf

(2) “Thread Barrier and World’s Hottest Chilli to Keep Asian Elephants At Bay”, Shib Shankar Chatterjee et Rahul Karmakar, News Blaze, 16-11-2010 http://newsblaze.com/story/20101116124707shan.nb/topstory.html

(3) « Are elephants scared of spice?”, AP, in The Independent, 02-03-2011, http://www.independent.co.uk/environment/are-elephants-scared-of-spice-2229515.html


Publié le 7 mars 2011 par marlene dans Ecosystèmes.,Inde,Monde rural.
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Agriculture tendance verticale.

Bonjour,

Chris Jacobs a dessiné une tour ultramoderne de trente étages qui produirait des plantes, des fruits, des légumes, et l’imagine plantée dans le quartier de Harlem, à  New-York, pour approvisionner ses habitants en produits frais. (1) C’est l’un des projets de technologie verte développé pour la « Vertical Farm », un concept qui envisage des espaces de production agricole au cœur des paysages urbains. Préoccupation démographique, il faudra bien nourrir une population citadine qui devrait représenter 70% d’une population mondiale augmentée de plus de deux milliards de personnes en 2050 . Et préoccupation « durable », concevoir une agriculture de proximité, détachée des caprices du temps et des ressources naturelles.  Sur le papier, les fermes verticales multiplient les avantages. Elles permettent de produire une agriculture en boucle, 24h/24, 365 jours par an, sans se soucier des sécheresses, des inondations, de toutes les intempéries qui perturbent le cycle des végétaux exposés aux saisons. La productivité y est bien meilleure qu’en plein champ, sans pesticide, sans fertilisant, et sans herbicide. Avec la possibilité de récupérer les déchets pour fabriquer du compost. Une utilisation efficace des pluies réduit la consommation d’eau, gros défaut de l’agriculture traditionnelle. Argument majeur de cette serre urbaine, la proximité. Pas de transport, moins d’énergies fossiles. Pas de stockage, moins de pertes. Sans compter l’opportunité de créer une petite économie locale, avec des emplois. Le concept de « Vertical Farm » » occupe architectes et scientifiques qui planchent sur les possibilités de cette agriculture, à haute technologie. L’un des promoteurs de l’idée s’appelle Dickson Despommier, professeur de microbiologie à l’Université de Colombia. Dans son dernier ouvrage, « The Vertical Farm – Feeding the World in the 21th Century », il décrit l’entreprise idéale, complexe de buildings construits à proximité les uns des autres, décomposée en espaces spécifiques. Dans une première tour, la production de nourriture, des bureaux pour la gestion, un centre de contrôle séparé pour diriger les installations, une pépinière pour sélectionner et faire germer les graines, un laboratoire sanitaire pour la nourriture et les plantes. Un autre building pour loger les employés, un centre éco- touristique pour sensibiliser et informer le public, un marché bio, et peut-être un restaurant. L’aquaculture et l’élevage de volailles seraient  pratiqués dans des bâtiments différents,  éloignés de la « ferme principale » pour ne pas contaminer les plantes. En attendant ce « complexe agricole », il s’agit d’exploiter les espaces urbains abandonnés, immeubles et parcelles désertés au cœur des villes.(2) C’est aussi l’idée de Chris Jacobs, qui en attendant de construire son « gratte-vert », envisage deux étages sur le toit d’un immeuble habité. (1) Pour alimenter le concept de « Vertical Farm », Dickson Despommier propose de lancer plusieurs expériences simultanées, créant une compétition pour les meilleures idées et les perspectives les plus « durables ». Incheon, Abu Dhabi, Dongtan, Shangaï, Beijing, New-York, Los Angeles, Chicago, Toronto, Paris, ou Bengalore,  s’intéressent à cette agriculture qui propose aussi de laisser respirer les écosystèmes.(3)

M.J

Dickson Despommier sur Youtube…

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(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Vertical Farm” – Harlem- New-York – USA- pp 198-199

(2) Book Review: »The Vertical Farm » by Dickson Despommier – Begin The Revolution », The examiner / Chicago, 24-10-2010 http://www.examiner.com/culture-events-in-chicago/book-review-the-vertical-farm-by-dickson-despommier-begin-the-revolution-review-1

(3) Vertical Farming Wikipedia – http://en.wikipedia.org/wiki/Vertical_farming


Publié le 23 novembre 2010 par marlene dans Agriculture.,Architecure.,crise alimentaire,Développement durable
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L’azote: « une addiction coûteuse ».

Bonjour,

Pour alimenter de plus en plus de monde, et de plus en plus de bétail, il faudra de plus en plus de céréales, nourries aux fertilisants chimiques à base d’azote. La formule, qui a marché dans les années 60 pour accompagner une Révolution Verte, poussée par une explosion de population, produit des excès. Dans un article intitulé : « The nitrogen fix: Breaking a Costly Addiction” (1), Fred Pearce, journaliste spécialisé dans les questions d’environnement, dénonce les ravages de cette drogue, injectée au siècle dernier dans les écosystèmes terrestres et marins. Et dont les effets secondaires seront difficiles à dissiper. Au départ, le protoxyde d’azote , ou oxyde nitreux,  ou encore N²O, est un puissant gaz à effet de serre, bien plus violent que le CO², dénoncé par le Protocole de Kyoto.  Naturellement produit par la terre et les océans, son cycle a été dangereusement perturbé par les conséquences de l’industrialisation. Parmi les activités responsables, l’agriculture est accusée d’excès. Fred Pearce estime que sur les 80 millions de tonnes de fertilisants azotés déversés chaque année dans les champs, seuls 17 millions produisent de la nourriture. Le reste est gaspillé. Employé sans modération. Adapté à de nouvelles plantes, qui programmées pour grandir aux fertilisants azotés, ne les consomment pas tous. L’efficacité des engrais azotés sur la culture des céréales dans le monde serait tombée de 80% dans les années 60,  à 30% aujourd’hui. Et c’est justement ce gaspillage qui pose problème. Car l’excédent de ces formules azotées est  rejeté dans la nature. C’est par la voie des airs  qu’il pollue les écosystèmes, jusqu’aux forêts primaires les moins accessibles. Mais une grosse partie de ce résidu d’azote finit sur les côtes, dans les mers, et les océans, où il crée des « zones mortes ». L’intrusion de fertilisants dope la production d’algues et de biomasse, qui consomment tout l’oxygène de l’eau, et asphyxient les écosystèmes. Ces particules azotées, emportées par les fleuves Mississipi et Missouri, ont fabriqué une immense « zone morte », qui revient chaque été dans le Golfe du Mexique. De la Mer du Japon à la Mer Noire, où une invasion de méduses a délogé les espèces locales dans les années 80,  en passant au large des plages du nord de l’Adriatique, le nombre de « zones mortes »  prolifère depuis les années 60. Jusqu’à doubler tous les 10 ans. (2) La Mer Baltique  serait étouffée par les plus vastes zones privées d’oxygène de la planète. Fred Pearce en appelle à se désintoxiquer des nitrates qui s’infiltrent dans les écosystèmes, avant de pénétrer nos corps. Il cite une enquête internationale publiée par la  revue Nature, en septembre 2009. L’azote artificiel serait aussi présent dans l’eau que le CO² dans l’atmosphère. Le cycle de l’azote serait l’une des « trois frontières planétaires » que l’homme a franchie – avec la biodiversité et le climat. Jusqu’à perturber la fonction d’habitat de la terre.

M.J

(1) « L’injection d’azote: pour casser une dépendance coûteuse » / « The Nitrogen Fix:Breaking a Costly Addiction”, Fred Pearce, Yale Environment 360, 05-11-2009, http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2207

(2) « Sea ‘dead zones’ threaten fish”, Alex Kirby, BBS News, 29-03-2004 http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/3577711.stm


Publié le 19 octobre 2010 par marlene dans Agriculture.,Pollution de l'eau
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Chine: une agriculture qui pollue.

Bonjour,

L’agriculture empoisonne l’eau en Chine. C’est le constat d’une première étude nationale sur les sources de pollution, communiquée il y a quelques jours par Pékin. Les  fertilisants et les pesticides utilisés pour doper et protéger les cultures seraient plus néfastes pour l’environnement que les rejets industriels. (1) Le développement d’une agriculture productive, amorcé dans les années 80, s’est accompagné d’une utilisation massive, et anarchique, de produits chimiques, destinés à accroître les rendements. Beaucoup de paysans, notamment dans le Sud du pays, utilisent ces additifs pour valoriser des lopins de terre d’environ un demi-hectare. Ces mauvaises pratiques agricoles se déclinent à l’échelle d’un immense territoire, encore largement rural. La terre, qui employait 80% de la population chinoise dans les années 60, occupe aujourd’hui environ 40% des actifs. (2)(3) Cette agriculture, vieille de 5000 ans, empêchée par un certain nombre de contraintes naturelles, reliefs, climats, avancée des déserts, installée dans la partie Est du territoire,a pour mission de nourrir une population qui dépasse largement le milliard.(2) Une tâche énorme dont elle ne peut s’acquitter sans la mécanisation des exploitations, ni sans ces engrais et ces pesticides qui gonflent la production. Cette étude environnementale, menée pendant deux années, montre que trois décennies de mauvaises pratiques agricoles ont laissé des traces dans l’environnement, et notamment dans l’eau. Elle révèle que près de la moitié de la quantité de DCO – demande chimique en oxygène, marqueur du degré de pollution des eaux – provient de l’agriculture. On lui attribue encore 67% des rejets de phosphates et 57% des nitrates . (1) L’agriculture participerait donc activement à une pollution qui souille 95% des nappes phréatiques, et 70% des lacs et des rivières, estimations antérieures à l’étude.(4) Les industriels de la chimie, qui poussent les agriculteurs à la consommation – exemple, CNOOC , leader des fertilisants chargés en nitrates –, contribuent à ce gâchis. La multiplication de troupeaux et des fermes aquacoles, viande et poisson désormais au menu d’une civilisation habituée aux céréales, pèsent encore sur l’environnement. Une autre étude, parue quelques jours plus tard dans la revue Science, montre que l’usage croissant de fertilisants à base de nitrates entraîne une acidification des sols. Ce qui, à terme, pourrait ruiner des terres qui n’auront même plus besoin d’engrais puisque rien n’y poussera. (5)

L’agriculture « bio »? En 1990, les Autorités lancent le programme « Green Food », « garanti » avec moins d’engrais et de pesticides, mais non validé en Europe.  En 2005, le « bio » devient plus « bio », deux millions d’hectares sont plantés, 1400 structures agricoles sont certifiées. On  prédit de beaux jours au « bio » chinois, mais avec 0,02% de la production agricole – dont la moitié est exportée –, il reste à l’état d’échantillon. (6) (7)

M.J.

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(1)“Chinese farms cause more pollution than factories, says official survey”, Jonathan Watts, The Guardian, 9-02-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/09/china-farms-pollution

(2) »L’Agriculture en Chine », Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_Chine

(3)” Economie de la République populaire de Chine”, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_R%C3%A9publique_populaire_de_Chine

(4) « En Chine, la guerre de l’eau aura bien lieu »,  Frédéric Koller, Université de Laval, in Le Temps, Genève, 06-01-2006 http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/F/cause/lectures/chine__la_guerre_de_l%27eau.htm

(5) In « Chinese farming practices are acidifying soil.”, Jeremy Hance, mongabay.com
11-02- 2010
http://news.mongabay.com/2010/0211-hance_acidsoils.html

(6) « Agriculture chinoise : utilisation massive de pesticides et développement du bio »,Vannina Pomonti de Pékin (Chine), Novethic,15/01/2007http://www.google.fr/search?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=org.mozilla%3Afr%3Aofficial&hs=WI1&q=pesticides+agriculture+chine&btnG=Rechercher&meta=&aq=f&oq « Le bio “made in China”, Le Courrier : Quotidien Suisse Indépendant,  18-07-2006. http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=41838


Publié le 17 février 2010 par marlene dans Agriculture.,Chine,eau,Préjudice écologique
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Ces Européens, descendants d’agriculteurs néolithiques.

Bonjour,

La plupart des Européens de sexe masculin seraient les descendants d’agriculteurs, venus du Croissant fertile, une région qui va de la côte Est de la Méditerranée au Golfe persique, en passant par les vallées du Tigre et de l »Euphrate. C’est le résultat d’une étude récente produite par l’Université de Leicester, au Royaume-Uni. (1) Cette recherche, qui rappelle l’importance du développement de l’agriculture dans l’histoire humaine, répond à une question qui a longtemps fait débat dans le monde scientifique. Comment l’agriculture, qui commence à se développer il y a environ 10.000 ans, est-elle arrivée en Europe? A-t-elle été apportée par ces pionniers de l’époque néolithique, venus du Proche-Orient ? Ou s’est-elle diffusée en Europe grâce aux échanges d’idées et de techniques ?

Pour obtenir une réponse, les chercheurs britanniques ont tracé le chromosome Y, qui se transmet de père en fils, et plus particulièrement l’haglogroupe R1b1b2, porté par  110 millions de citoyens européens. L’équipe a analysé les chromosomes de 2574 personnes de sexe masculin, établis dans la même région depuis au moins deux générations. La distribution de cet haglogroupe sur le continent révèle une progression Sud-Est / Nord-Ouest. Identifié chez 12% des hommes de Turquie orientale, ce marqueur génétique grimpe à plus de 85% chez les Irlandais. Au total, plus de 80% des chromosomes Y identifiés chez les Européens proviendrait de ces premiers agriculteurs. L’existence de sites néolithiques connus, croisés avec cette « route génétique », cautionnerait l’hypothèse d’une migration en provenance du Proche-Orient, via la Turquie. Les pratiques  agricoles, véhiculées par ce mouvement migratoire, auraient mis 4000 ans à traverser le continent avant d’atteindre les îles britanniques. Cette époque, que l’archéologue australien Gordon Childe appelle la « Révolution Néolithique » , souligne l’importance d’un glissement progressif de l’activité « chasse-cueillette » vers l’agriculture. Cette transition annonce aussi une sécurisation alimentaire des communautés, facteur de sédentarisation progressive. Concernant l’origine de cette migration, Childe évoque une forte croissance démographique dans ces régions du Proche-Orient,  ayant provoqué une crise économique et sociale. Les agriculteurs et leurs troupeaux, en quête de nouvelles terres, auraient commencé à migrer vers l’Ouest. Ces groupes de pionniers auraient progressivement transmis leur mode d’existence aux communautés de « chasseurs-cueilleurs », réparties sur le continent européen. (2) Angle intéressant de cette étude britannique, elle articule les mutations technologiques et culturelles avec l’expansion du chromosome Y.

Patricia Balaresque, l’un des auteurs du rapport, note que la plupart des lignages génétiques maternels semblent provenir des « chasseurs-cueilleurs ». «…Cela suggère que les agriculteurs de sexe masculin ont eu une reproduction plus active que celle des « chasseurs-cueilleurs » pendant cette période de transition… » Autre hypothèse de Patricia Balaresque, il était peut-être plus sexy d’être agriculteur que chasseur. (3)

M.J

(1) Balaresque P, Bowden GR, Adams SM, Leung H-Y, King TE, et al. 2010 A Predominantly Neolithic Origin for European Paternal Lineages. PLoS Biol 8(1): e1000285. doi:10.1371/journal.pbio.1000285 PLoS / article http://www.plosbiology.org/article/info:doi/10.1371/journal.pbio.1000285

(2)(2005) Go West, Early Man: Modeling the Origin and Spread of Early Agriculture. PLoS Biol 3(12): e436. doi:10.1371/journal.pbio.0030436November 29, 2005 http://www.plosbiology.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pbio.0030436

(3) “Most European males descend from farmers who migrated from the Near East 10,000 yrs ago.”Washington, Wed, 20 Jan 2010 ANI, New Tracks India. http://newstrackindia.com/newsdetails/144448


Publié le 26 janvier 2010 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Histoire.,Migrations.
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Climat: « prix spécial » pour la Nouvelle-Zélande.

Bonjour,

A quelques semaines de Copenhague, et douze années après Kyoto, un éditorialiste du Guardian a eu l’idée de faire le point entre les promesses de réduction de gaz à effet de serre (GES) des pays engagés, et les résultats. Son prix spécial, qui récompense une mauvaise foi démontrée, est allé à la Nouvelle-Zélande. (1) Le pays du « long nuage blanc », du Seigneur des anneaux, et des geysers, défendrait une image « marketting-écolo » qui ne collerait pas carrément à la réalité. Examen partiel.

En route pour le « Neutral Climate Network »…

« Nous tirons fierté de notre identité en tant que Nation propre et verte et nous sommes déterminés à agir pour la préserver. Nous avons conscience que pour protéger le climat, il faut que chacun d’entre nous change de comportement. Au début de 2007, j’ai lancé à la Nouvelle Zélande le défi de devenir une nation véritablement durable, voire d’aspirer à être climatiquement neutre. », déclare Madame Helen Clarck, Premier Ministre de la Nouvelle Zélande, lors de la journée de l’environnement 2008, organisée par les Nations Unies.  Déclaration que notre éditorialiste, Fred Pearce, démonte en quelques chiffres. S’intéressant aux émissions de la Nouvelle Zélande depuis 1990, dernières statistiques des Nations Unies, il relève qu’elles ont augmenté de 22%. Soit un bond de  39%, ajoute-t-il, si l’on regarde le seul bilan des carburants. Les émissions de chaque Néo-zélandais seraient de 60% plus élevées que celles d’un Britannique. D’ailleurs, à Bonn, en juin dernier, lors de négociations sur le climat, la Nouvelle Zélande n’a pris aucun engagement. Même le Japon, dont les émissions ont progressé de 9% entre 1990 et 2007, visait un petit « 8% ». La Nouvelle zélande aurait juste promis un lointain « 50%, d’ici à 2050 ». Et pour mieux « tromper son monde », la Nouvelle Zélande s’est engagée dans le « Climate Neutral Network », développé par le programme des Nations Unies pour l’environnement. C’est-à-dire qu’elle fait partie d’un petit groupe de pays, de villes, ou d’entreprises, qui se proposent, via une recomposition de leur système, de tendre vers un fonctionnement « à basses émissions », voire « zéro émission ». Et là, pour notre éditorialiste, c’est le bouquet. En lien, cet article, plutôt drôle, en anglais.

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L’agneau Neo-zélandais.

En y regardant de plus près, le bilan carbone de la Nouvelle Zélande dégage un peu de fumées noires. Gros pollueur, l’agriculture, avec 45 millions de moutons, 10 millions de têtes de bétail, elle occasionne la moitié des émissions du pays. La Nouvelle Zélande, qui compte 4 millions d’habitants, pourrait nourrir 60 millions de personnes. Le leader du kiwi et de l’agneau mise d’ailleurs farouchement sur ses exportations. Les marchés émergents, notamment la Chine, en train de développer une classe moyenne de « mangeurs de viande , représentent une aubaine. Le Ministre du Commerce, également responsable des négociations sur le climat, annonce d’ailleurs la couleur : « Laissez-moi vous dire : je ne suis pas sur le point, au nom du changement climatique, de donner d’une main ce que nous – vous et moi – avons construit, de l’autre main, au nom des intérêts du commerce Néo-zélandais. » (2) En clair, et il le développe au fil d’un long discours, il n’est pas prêt à renoncer aux intérêts commerciaux de la Nouvelle Zélande, pour cause de réchauffement climatique. Et là, s’opère une tentative de calcul sur le « coût CO² » du mouton élevé en Nouvelle Zélande, exposé sur les étals de nos supermarchés la veille de Pâques, 18700 kilomètres plus loin. Surprise. En 2003, une équipe de chercheurs allemands a montré que l’agneau néo-zélandais, élevé dans les pâturages, qui voyage par bateau, congelé, présente une « fiche CO² » bien plus sobre que le mouton allemand, gardé par un berger qui se déplace en voiture, et qui, pendant cinq mois de l’année, se nourrit d’aliments pour bétail importés. « La consommation d’énergie des exploitations allemandes est supérieure à celles de la Nouvelle-Zélande », tranche l’étude. Et le transport n’y change pas chose. (3) Et un Oscar pour l’agneau néo-zélandais.

M.J

(1) “New Zealand was a friend to Middle Earth, but it’s no friend of the earth”, Fred Pearce,

Guardian.co.uk, 12-11-2009 http://www.guardian.co.uk/environment/cif-green/2009/nov/12/new-zealand-greenwash

(2) « Climate change, trade, agriculture.», Tim Groser, Minister of trade, speech, 4-11-2009 http://business.scoop.co.nz/2009/11/04/speech-groser-climate-change-trade-agriculture/

(3)”Combien de litres de kerosene dans nos assiettes”, Pierre Oler, Dominique Perrin, Flilière Ovine et Caprine N°23, janvier 2008. http://www.ficow.be/ficow/website/Upload/Com23.pdf


Publié le 16 novembre 2009 par marlene dans Agriculture.,Climat,Copenhague
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