Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La terre des Africains dédiée aux carburants.

Bonjour,

L’Afrique serait une réserve de terres agricoles lorgnée par des investisseurs, le plus souvent étrangers au continent , pour y développer une agriculture d’’exportation, ou, plus scandaleusement, des plantations destinées à produire des carburants. Ce n’est pas un scoop, mais une étude des Amis de la Terre , publiée en 2010, et intitulée : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. (1)   Avec un constat qui précise le rapport de force : « Les agrocarburants font concurrence aux cultures vivrières pour les terres arables, et les firmes qui veulent développer les agrocarburants font concurrence aux paysans pour l’accès à la terre. » (p4/36). La crise alimentaire de 2008, et les émeutes de la faim consécutives, éclairent encore cette rivalité entre nourriture et énergie. « L’utilisation d’une partie des récoltes pour la production d’agrocarburants a été un facteur majeur d’augmentation du prix de la nourriture » lit-on à la même page. Sur le continent africain, près du tiers des terres faisant l’objet d’une transaction, soit 5 millions d’hectares, sont destinés à la production de carburants d’origine végétale.

Riziculteurs de Tanzanie.

Une carte, esquissée à partir d’une dizaine d’exemples fouillés par l’organisation, quantifie une partie du  problème. (p6/36) En Sierra Leone, 26.000 hectares sont destinés à la canne à sucre. Au Ghana, plus de 700.000 hectares ont été confisqués aux Ghanéens. Au Benin, 300.000 à 400.000 hectares de zones humides, dans le Sud du pays, sont appelées à  se couvrir de palmiers à huile. Au Nigeria, 100.000 hectares saisis ; au  Cameroun, un bail de 60 ans pour près de 60.000 hectares de palmiers à huile ; en Angola, plus de 500.000 hectares de terres vouées aux agrocarburants. En Ethiopie, 700.000 hectares sont réservés à la canne à sucre, et 23 millions d’hectares bientôt couverts de plants de jatropha.  Au Kenya, 500.000 hectares sont destinés aux entrepreneurs. En Tanzanie, un millier de petits riziculteurs ont été obligés de céder leurs terres aux planteurs de canne à sucre. Au Mozambique, près de 5 millions d’hectares, soit 1/7° des terres arables du pays, sont dans la ligne de mire d’investisseurs. Attirés par des terres bon marché, ils sont Européens, Suisse, Italie, Royaume-Uni, Norvège, France, Espagne, Belgique, ou Portugal. D’autres investisseurs, venus d’Israël,  du Canada, du  Japon, ou du Brésil, laboratoire mondial des agrocarburants, ont encore flairé le bon plan. Addax Bioenergy, des Suisses au Mozambique ; Jatropha  Africa, des britanniques au Ghana ; Compagnie Franco-camerounaise, la carte détaille les intérêts fonciers. (p3/6) A la question « Qui ? », le rapport répond «…des PME – souvent des start-up  ayant identifié des perspectives commerciales dans les agrocarburants ». Avec l’intention claironnée de développer l’économie, locale et nationale, et de créer des emplois, notamment dans les zones rurales. Argument qui réjouit  le pays d’accueil, sans trop d’effets sur le terrain. Quelques économies continentales, Afrique du Sud, Cameroun, Angola, s’intéressent aussi à la filière des carburants, via des entreprises d’Etat et des sociétés d’investissements privés. En 2006, une quinzaine de pays africains, dont le Benin, le Ghana, le Sénégal, et le Mali ont crée une « OPEP verte », l’Association panafricaine des non producteurs de Pétrole (PANPP). La canne à sucre, le sorgho sucrier, le manioc, qui contribuent à l’alimentation des Africains, produisent de l’éthanol. Le palmier à huile, le soja, l’arachide, et le jatropha – plante non comestible qui s’adapte aux sols ingrats – sont utilisés pour le biodiesel.   Si l’intention générale est de produire des carburants alternatifs pour parer la hausse du prix du pétrole et anticiper une pénurie annoncée, il existe aussi des stratégies alimentaires. L’Arabie Saoudite projette d’investir des terres agricoles en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte,  pour y constituer des réserves de céréales.  La Corée du Sud partage cette ambition. En 2008, la société Daewoo Logistic convoite plus d’un million d’hectares de terres arables à Madagascar. Le projet s’ébruite, les Malgaches s’énervent, le gouvernement démissionne. La transaction est annulée.

Eau fraîche, canne à sucre, et jatropha.

« Les répercussions », Chapitre 5 du rapport. Une vision occidentale qui évacue les pratiques rurales des sociétés africaines, et tente de tirer profit de ressources, déjà rares. Si la disponibilité des terres africaines semble sans mesure, 800 millions d’hectares dont seul le quart serait mis en culture, leur vocation échappe parfois aux investisseurs.  La  tradition agricole, qui joue sur l’alternance, cultures-pâturages-jachères, vise à ne pas épuiser les sols. Cette mise en valeur, qui demande probablement plus d’espace disponible que supposé, serait contrariée par une extension des cultures énergétiques. Autre  malentendu souligné dans le rapport, celui des « terres marginales », utilisées pour faire paître les troupeaux, pour collecter du bois et des plantes médicinales, ou pour entretenir un petit jardin. Ces « terres marginales », à vocation communautaire et sans titre de propriété individuel, sont souvent avalées par de gros projets d’agrocarburants. C’est souvent le cas du jatropha, présenté comme une culture qui ne concurrence pas l’agriculture vivrière. Dans le Nord du Ghana,  Biofuel Africa,  intérêts norvégiens, projette  « la plus grande plantation de jatropha au monde » (p20/36), 38.000 hectares convertis. Or une partie de ces terres était mise en valeur par des villageois qui y cultivaient du maïs et du riz. Au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie, la compétition pour les terres tourne au profit des agro-industriels.  Et grande est la tentation de planter du jatropha ou du sorgho sucrier, pourtant promis aux sols ingrats, sur des terres plus riches, dotées en eau fraîche. Si la canne à sucre a besoin d’être irriguée pour pousser, le jatropha a besoin d’eau pour démarrer. Il faut 4000 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol à base de maïs et de canne à sucre. Et un peu plus de 9000 pour un litre de biodiesel à base de soja. Au Kenya , où les sécheresses consécutives diminuent les récoltes – un kenyan sur 10 se nourrit grâce à l’aide alimentaire -, le gouvernement autorise le Qatar à cultiver des plantes horticoles dans la région du delta du fleuve Tana, une zone agro-pastorale dédiée aux pâturages communautaires. Là, ou de précédents projets de canne à sucre avaient échoué.

« Les ressources les plus précieuses de l’Afrique – sa biodiversité, ses terres, ses habitants – sont exploitées pour exporter du carburant vers des pays énergivores comme l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde. », résume le Réseau africain de Biodiversité. » (p24/36) En Tanzanie, à Madagascar,  au Ghana, où au Sénégal, le ton monte contre les voleurs de terres.

M.J.

L’Indien Ram Karuturi rachète 300.000 hectares de terres agricoles dans l’Ouest de l’Ethiopie pour y produire du riz, beaucoup de riz, et développer des pépinières de palmiers à huile…Avant de partir conquérir d’autres terres au Soudan. … Planète à vendre ( Agoravox , un documentaire diffusé sur ARTE le 19 avril 2011.

 

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(1) : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. Ampleur et conséquences de l’accaparement des terres pour produire des agrocarburants. Rapport. Les Amis de la Terre Afrique et les Amis de la Terre Europe, juin 2010. http://www.foeeurope.org/agrofuels/FoEE_Africa_up_for_grabs_2010_FRENCH.pdf


Publié le 12 janvier 2012 par marlene dans Afrique,biocarburants,crise alimentaire
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Céréales: un pouvoir d’achat en baisse.

Bonjour,

Emeutes de la faim en Guinée -Konakry, en Mauritanie, au Sénégal, ou au Burkina-Faso, la hausse des produits alimentaires jette les Africains dans la rue. Ces pays, qui dépendent du blé et du riz importés, subissent de plein fouet la flambée des cours de céréales, base de leur alimentation, sur le marché mondial. Selon l’ONG « Afrique verte », au Niger, le sorgho aurait récemment augmenté de 25%, dans la région de Maradi. A Niamey, la capitale, le mil et le blé ont enregistré une hausse d’environ 20%. Le Food Crisis Prevention Network (FCPN) rapporte qu’au Burkina-Faso, pays touché par des inondations en 2007, le prix du sac de maïs aurait doublé en un an. Le FCPN, chargé de la sécurité alimentaire dans les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, ne parle pas encore de famine. Mais si les cours des céréales continuent de grimper, certaines populations du Sahel et d’Afrique de l’Ouest pourraient manquer de nourriture.

Le PAM manque d’argent pour faire les courses…

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui distribue une aide aux pays d’Afrique de l’Ouest, estime qu’il lui faudra trouver 30% d’argent supplémentaire cette année, pour nourrir le même nombre de personnes que l’an dernier. Même problème à la tête du PAM, à New York, où le coût de la nourriture provoque la panique. Depuis 2007, les prix alimentaires ont grimpé d’environ 30%, ceux des céréales ont augmenté de 35%. En 2008, le PAM, qui fonctionne avec des dons, devra trouver 500 millions de dollars pour nourrir 73 millions de personnes, répartis dans 78 pays. La tendance actuelle, plus 20% d’augmentation ces trois dernières semaines, pressent le PAM à remplir les caisses.

La faute aux agrocarburants…

Le développement des agrocarburants, qui convertit les blés américains en maïs, qui étend le colza dans les campagnes européennes, est en partie responsable de cette flambée des prix des céréales. Il explique encore l’augmentation du prix de l’huile de palme ou de soja, désormais alignés sur les prix du carburants d’origine végétale. Josette Sheeran, la patronne du PAM, a récemment déclaré :« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant. » Le boom des agrocarburants, qui fait décoller les prix du maïs et du soja dans un contexte de pétrole cher, qui détourne les terres cultivables et accapare l’eau, n’explique pas complètement la situation actuelle. On ne produit pas d’agrocarburant avec le blé, qui pourtant augmente. Et pousse le prix de la baguette, même en Afrique.

Pétrole, sécheresses, et démographie…

Pour le PAM, cette hausse des prix alimentaires résulte aussi de l’envolée des prix de l’énergie, qui se répercute sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Des engrais pour améliorer les rendements, au transport des produits, en passant par leur stockage, tout est devenu plus cher. Autre facteur explicatif, la mutation des marchés intérieurs, chinois ou indiens, plus riches, et plus gourmands en viande et en produits laitiers. Le climat, et ses sécheresses, notamment en Australie, contribuent encore à doper le prix des produits alimentaires. Les stocks alimentaires, à leur plus bas niveau depuis une vingtaine d’années, favorisent encore la spéculation. Sans oublier la démographie, plus on est nombreux, et plus on mange. En 2030, si l’on veut satisfaire les besoins d’une planète plus peuplée, la production alimentaire devra nécessairement augmenter de 50%. Cette perspective pourrait accentuer la compétition entre cultures alimentaires, et énergétiques. Sans parler des conséquences environnementales, sur-exloitation des sols, déforestation, manque d’eau, ou pollution des nappes phréatiques.

Et pendant ce temps, dans le Bassin du Fleuve Sénégal, des agronomes chinois expliquent à des cultivateurs sénégalais, qui rêvent d’autosuffisance alimentaire, les techniques de repiquage de riz

M.J


Publié le 26 mars 2008 par marlene dans Afrique/ population.,biocarburants,faim
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