Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La terre des Africains dédiée aux carburants.

Bonjour,

L’Afrique serait une réserve de terres agricoles lorgnée par des investisseurs, le plus souvent étrangers au continent , pour y développer une agriculture d’’exportation, ou, plus scandaleusement, des plantations destinées à produire des carburants. Ce n’est pas un scoop, mais une étude des Amis de la Terre , publiée en 2010, et intitulée : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. (1)   Avec un constat qui précise le rapport de force : « Les agrocarburants font concurrence aux cultures vivrières pour les terres arables, et les firmes qui veulent développer les agrocarburants font concurrence aux paysans pour l’accès à la terre. » (p4/36). La crise alimentaire de 2008, et les émeutes de la faim consécutives, éclairent encore cette rivalité entre nourriture et énergie. « L’utilisation d’une partie des récoltes pour la production d’agrocarburants a été un facteur majeur d’augmentation du prix de la nourriture » lit-on à la même page. Sur le continent africain, près du tiers des terres faisant l’objet d’une transaction, soit 5 millions d’hectares, sont destinés à la production de carburants d’origine végétale.

Riziculteurs de Tanzanie.

Une carte, esquissée à partir d’une dizaine d’exemples fouillés par l’organisation, quantifie une partie du  problème. (p6/36) En Sierra Leone, 26.000 hectares sont destinés à la canne à sucre. Au Ghana, plus de 700.000 hectares ont été confisqués aux Ghanéens. Au Benin, 300.000 à 400.000 hectares de zones humides, dans le Sud du pays, sont appelées à  se couvrir de palmiers à huile. Au Nigeria, 100.000 hectares saisis ; au  Cameroun, un bail de 60 ans pour près de 60.000 hectares de palmiers à huile ; en Angola, plus de 500.000 hectares de terres vouées aux agrocarburants. En Ethiopie, 700.000 hectares sont réservés à la canne à sucre, et 23 millions d’hectares bientôt couverts de plants de jatropha.  Au Kenya, 500.000 hectares sont destinés aux entrepreneurs. En Tanzanie, un millier de petits riziculteurs ont été obligés de céder leurs terres aux planteurs de canne à sucre. Au Mozambique, près de 5 millions d’hectares, soit 1/7° des terres arables du pays, sont dans la ligne de mire d’investisseurs. Attirés par des terres bon marché, ils sont Européens, Suisse, Italie, Royaume-Uni, Norvège, France, Espagne, Belgique, ou Portugal. D’autres investisseurs, venus d’Israël,  du Canada, du  Japon, ou du Brésil, laboratoire mondial des agrocarburants, ont encore flairé le bon plan. Addax Bioenergy, des Suisses au Mozambique ; Jatropha  Africa, des britanniques au Ghana ; Compagnie Franco-camerounaise, la carte détaille les intérêts fonciers. (p3/6) A la question « Qui ? », le rapport répond «…des PME – souvent des start-up  ayant identifié des perspectives commerciales dans les agrocarburants ». Avec l’intention claironnée de développer l’économie, locale et nationale, et de créer des emplois, notamment dans les zones rurales. Argument qui réjouit  le pays d’accueil, sans trop d’effets sur le terrain. Quelques économies continentales, Afrique du Sud, Cameroun, Angola, s’intéressent aussi à la filière des carburants, via des entreprises d’Etat et des sociétés d’investissements privés. En 2006, une quinzaine de pays africains, dont le Benin, le Ghana, le Sénégal, et le Mali ont crée une « OPEP verte », l’Association panafricaine des non producteurs de Pétrole (PANPP). La canne à sucre, le sorgho sucrier, le manioc, qui contribuent à l’alimentation des Africains, produisent de l’éthanol. Le palmier à huile, le soja, l’arachide, et le jatropha – plante non comestible qui s’adapte aux sols ingrats – sont utilisés pour le biodiesel.   Si l’intention générale est de produire des carburants alternatifs pour parer la hausse du prix du pétrole et anticiper une pénurie annoncée, il existe aussi des stratégies alimentaires. L’Arabie Saoudite projette d’investir des terres agricoles en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte,  pour y constituer des réserves de céréales.  La Corée du Sud partage cette ambition. En 2008, la société Daewoo Logistic convoite plus d’un million d’hectares de terres arables à Madagascar. Le projet s’ébruite, les Malgaches s’énervent, le gouvernement démissionne. La transaction est annulée.

Eau fraîche, canne à sucre, et jatropha.

« Les répercussions », Chapitre 5 du rapport. Une vision occidentale qui évacue les pratiques rurales des sociétés africaines, et tente de tirer profit de ressources, déjà rares. Si la disponibilité des terres africaines semble sans mesure, 800 millions d’hectares dont seul le quart serait mis en culture, leur vocation échappe parfois aux investisseurs.  La  tradition agricole, qui joue sur l’alternance, cultures-pâturages-jachères, vise à ne pas épuiser les sols. Cette mise en valeur, qui demande probablement plus d’espace disponible que supposé, serait contrariée par une extension des cultures énergétiques. Autre  malentendu souligné dans le rapport, celui des « terres marginales », utilisées pour faire paître les troupeaux, pour collecter du bois et des plantes médicinales, ou pour entretenir un petit jardin. Ces « terres marginales », à vocation communautaire et sans titre de propriété individuel, sont souvent avalées par de gros projets d’agrocarburants. C’est souvent le cas du jatropha, présenté comme une culture qui ne concurrence pas l’agriculture vivrière. Dans le Nord du Ghana,  Biofuel Africa,  intérêts norvégiens, projette  « la plus grande plantation de jatropha au monde » (p20/36), 38.000 hectares convertis. Or une partie de ces terres était mise en valeur par des villageois qui y cultivaient du maïs et du riz. Au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie, la compétition pour les terres tourne au profit des agro-industriels.  Et grande est la tentation de planter du jatropha ou du sorgho sucrier, pourtant promis aux sols ingrats, sur des terres plus riches, dotées en eau fraîche. Si la canne à sucre a besoin d’être irriguée pour pousser, le jatropha a besoin d’eau pour démarrer. Il faut 4000 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol à base de maïs et de canne à sucre. Et un peu plus de 9000 pour un litre de biodiesel à base de soja. Au Kenya , où les sécheresses consécutives diminuent les récoltes – un kenyan sur 10 se nourrit grâce à l’aide alimentaire -, le gouvernement autorise le Qatar à cultiver des plantes horticoles dans la région du delta du fleuve Tana, une zone agro-pastorale dédiée aux pâturages communautaires. Là, ou de précédents projets de canne à sucre avaient échoué.

« Les ressources les plus précieuses de l’Afrique – sa biodiversité, ses terres, ses habitants – sont exploitées pour exporter du carburant vers des pays énergivores comme l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde. », résume le Réseau africain de Biodiversité. » (p24/36) En Tanzanie, à Madagascar,  au Ghana, où au Sénégal, le ton monte contre les voleurs de terres.

M.J.

L’Indien Ram Karuturi rachète 300.000 hectares de terres agricoles dans l’Ouest de l’Ethiopie pour y produire du riz, beaucoup de riz, et développer des pépinières de palmiers à huile…Avant de partir conquérir d’autres terres au Soudan. … Planète à vendre ( Agoravox , un documentaire diffusé sur ARTE le 19 avril 2011.

 

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(1) : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. Ampleur et conséquences de l’accaparement des terres pour produire des agrocarburants. Rapport. Les Amis de la Terre Afrique et les Amis de la Terre Europe, juin 2010. http://www.foeeurope.org/agrofuels/FoEE_Africa_up_for_grabs_2010_FRENCH.pdf


Publié le 12 janvier 2012 par marlene dans Afrique,biocarburants,crise alimentaire
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La décennie des déserts.

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Bonjour,

En Chine, réputée pour être l’un des plus beaux exemples de désertification de la planète, la région des « Trois Nord », Nord-Est, Nord, Nord-Ouest, est à 98% désertique. Ce constat englobe le désert de Gobi et les terres gagnées par les sables. Selon Lester Brown, Directeur du Worldwatch Institute, entre 1950 et 1975, chaque année, 3600 km2 de sols sont devenus infertiles. Au cours du demi-siècle passé, le sable a colonisé plus de 24.000 villages, chassant les populations. A l’échelle du pays, 30% du territoire est convoité par le désert. (1) En Inde, 68% des terres de l’Etat du Gujarat est soumis à la désertification, ou à un processus de dégradation des sols. Une situation plus alarmante que celle du Rajasthan voisin, 66% de déserts dont une grande partie du Grand Désert Indien. Au Gujarat, l’érosion  hydrique, la salinisation, la dégradation de la végétation, ou l’action du vent, ont épuisé les terres. Un cheptel de plus de 18 millions de têtes a favorisé cet appauvrissement du milieu. (2) La démographie, plus de bouches à nourrir, et l’élevage, des troupeaux plus gros, rendent la désertification très lisible dans les pâturages africains. Entre 1950 et 2007, le continent a vu sa population passer de 227 à 960 millions d’habitants. Le bétail a suivi une courbe analogue pour atteindre 824 millions de têtes au début de ce siècle. La désertification, facile à cartographier au Moyen Orient et en Asie Centrale, a franchi les frontières de l’espace en développement. Les écosystèmes de l’Europe méditerranéenne, surexploités et asséchés, sont rongés par la salinisation et soumis à des sécheresses plus fréquentes. L’olivier, dont l’huile tient la vedette d’une cuisine à la mode, très gourmand en eau et abondamment irrigué, est accusé de convertir doucement certaines régions d’Italie, de Grèce, d’Espagne, ou du Portugal, en petits déserts. En Espagne, 35% du territoire risque la désertification. (3)

Un espace vital contenu dans une vingtaine de centimètres….

Pour Luc Gnacadja, le secrétaire executif de l’UNCCD, l’organisme des Nations Unies qui combat la désertification, la productivité des terres est une question essentielle, « Le plus grand défi environnemental de notre temps ».(4) Une menace pour les écosystèmes et la sécurité alimentaire qui tient dans une vingtaine de centimètre de sol, située entre nos pieds et la début de la couche stérile. Quelques centimètres qui nous permettent de produire de la nourriture et de l’eau, de faire pousser des forêts, ou de stocker du carbone pour adoucir le réchauffement climatique. Depuis le début des années 80, à l’échelle planétaire, cette couche productive continue de disparaître au rythme de 1% par an. (4) Or le renouvellement de cet écosystème est un processus lent. Lester Brown estime qu’il faut entre 200 ans et un millénaire pour enrichir à nouveau 2,5 cm de sol. Le substrat qui a permis aux civilisations de se développer, 16 cm ou plus, s’est formé au cours d’un long processus géologique, à peine dérangé par l’activité humaine. Sa dégradation s’est accélérée avec la multiplication des communautés humaines et des troupeaux. L’érosion des sols, peut-être1 mm par an, n’est pas toujours perceptible. Ce qui l’éloigne des priorités. Mais au bout de quelques années, le sol perd quelques dizaines de millimètres qui mettront des siècles à se reconstituer. Avant d’être complètement stérile, la terre, privée d’eau, de matières organiques, et de nutriments, devient moins généreuse. Un espace agricole qui fonctionne avec la moitié de ses matières organiques donnera 25% de céréales en moins. Selon la FAO, l’équivalent de 10 millions d’hectares de terres productives, rongés par l’érosion ou saturés d’eau et de sel, disparaissent chaque année. Et 20 millions supplémentaires deviennent carrément infertiles. (1)

Des guerres et des arbres.

L’UNCCD, qui vient de lancer la Décennie des Déserts et de la Lutte contre la Désertification, place l’érosion des sols en perspective avec les projections démographiques. Comment faire pour nourrir une population mondiale augmentée de 2 milliards en 2050, addition qui pousse l’humanité vers les 9 milliards ? La  production de nourriture, qui devra augmenter de 40%, devra aussi s’accommoder d’un territoire estimé à 11% des terres de la planète, amputé d’espaces devenus stériles. Avec un déséquilibre de départ, une désertification mondiale différenciée, accentuée dans l’espace en voie de développement. La dégradation des terres, articulée à des sécheresses plus fréquentes, pourrait produire des conflits pour la terre comme au Darfour, en Somalie, multiplier les tempêtes de sable comme celles qui voyagent du désert de Gobi jusqu’aux poumons des habitants de Séoul, en Corée, ou favoriser des crises alimentaires. La sécheresse en Australie annonce une envolée des prix en 2007-2008. Celle de Russie crée les mêmes effets en 2010. Luc Gnacadja, Béninois, ex- Ministre de l’Environnement, rêve d’une aide au développement qui associerait la désertification aux autres crises, insécurité alimentaire, pauvreté, eau, énergie, et changements climatiques. Lors du discours prononcé à Londres pour annoncer la décennie de la désertification, il rappelle qu’en 2007, 80% des conflits armés se déroulent dans des régions vulnérables, ou affectées par la désertification. Il rêve aussi à « Plus d’hommes, plus d’arbres », comme au Kenya, au Niger, ou en Inde, où l’on plante des arbres pour limiter l’érosion des sols. Sans oublier la « Grande Muraille verte » qui doit ceinturer le continent africain, de Dakar à Djibouti. (5)

M.J

(1) “Soil erosion threatens to leave Earth hungry”, John Vidal, Guardian Weekly, 14-12-2010. http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/14/soil-erosion-environment-review-vidal

(2) 2. “68% of Gujarat land is turning into desert; it’s 66% in Rajasthan’s case!”, Jumana Shah, DNA, 27-12-2009. http://www.dnaindia.com/india/report_68pct-of-gujarat-land-is-turning-into-desert-it-s-66pct-in-rajasthan-s-case_1327930

(3) TV chefs blamed for turning Mediterranean into a desert as demand for olive oil surges, This is London, 14-12-2010http://www.thisislondon.co.uk/news/article-23544950-tv-chefs-blamed-for-turning-mediterranean-into-a-desert-as-demand-for-olive-oil-surges.do#readerComments

(4) « Desertification is greatest threat to planet, expert warns », Damian Carrington, The Guardian, 16-12-2010,http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/16/desertification-climate-change

(5) “At the European launch of the United Nations Decade for Deserts and the Fight against Desertification (2010-2020), Statement of Luc Gnacadja, London, 16-12-2010http://www.unccd.int/publicinfo/docs/Europe%20Launch_of%20UN-DDD%20-%20London_16%20Dec%2010.pdf


Publié le 6 janvier 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Désertification.
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Un milliard d’affamés.

Bonjour,

Plus d’un milliard de personnes, à peu près 1/6° de l’humanité, est sous-alimenté. C’est le constat de l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies (FAO). La crise économique mondiale et le prix élevé des denrées alimentaire dans nombre de pays en développement expliquent ce record honteux. Cette année, 100 millions de personnes supplémentaires, devenues plus pauvres en raison du chômage et d’une baisse de leurs revenus, n’auront pas les moyens de se nourrir décemment. Pour le Programme alimentaire mondial (PAM), qui signe ce constat avec la FAO, c’est un retour en arrière après quatre décennies d’avancées sur le front de la faim dans le monde. Les prix élevés du pétrole et de la nourriture, en 2008, ont préparé le terrain à ce regain de pauvreté, stimulé par la crise mondiale. (1)

Moins de revenus en provenance des travailleurs exilés à l’étranger, baisse de l’activité économique et des exportations, hausse du chômage, prix alimentaires élevés, les pauvres sont plus pauvres, et une nouvelle classe de démunis, jusque-là épargnée, apparaît. Pour fouiller le problème, le PAM a retenu cinq pays, Arménie, Bengladesh, Ghana, Nicaragua, et Zambie. L’Arménie, très dépendante des revenus de ses travailleurs du bâtiment employés en Russie et en Europe, 20% de son PIB et soutien financier pour de nombreuses familles, a immédiatement ressenti les effets de la crise. Une classe de nouveaux pauvres en témoigne. Beaucoup de gens achètent déjà de la nourriture à crédit. Et l’hiver annonce des risques de pénuries alimentaires. Le Nicaragua, touché par les conséquences d’un ouragan et d’inondations, qui mise sur les revenus de sa main d’œuvre exilée à l’étranger, est particulièrement vulnérable au ralentissement économique des Etat-Unis. Les exportations, café, fruits de mer, et confection, à destination du grand voisin, sont compromises. Les familles paupérisées, sont réduites à vendre leur bétail pour joindre les deux bouts. La santé et l’éducation des enfants ne sont plus une priorité. En Zambie, le prix de la nourriture de base a explosé, 2/3 plus cher que l’an dernier à la même époque. De nombreuses familles sautent déjà des repas, et se contentent d’une alimentation bon marché, bien moins nourrissante. La monnaie est dévaluée. Le prix du cuivre, principale exportation du pays, est tombé. Les mines de cuivres licencient en pagaille. Au chômage, les mineurs perdent deux avantages majeurs, des repas et un suivi médical – beaucoup souffrent du SIDA -.Au Bengladesh, très dépendant de l’argent gagné au-delà des frontières, la situation n’est guère plus brillante. Les migrations de travailleurs ont chuté de 40% par rapport à l’année précédente. Les commandes de prêt-à-porter sont tombées, les exportations de poissons aussi. Fin 2008, 20% de la population souffrait déjà de malnutrition chronique. Au Ghana, jusqu’alors remarqué pour sa bataille contre la faim et ses progrès sociaux, il y a risque de retour à la case départ. Ses deux principales exportations, le cacao et l’or, doivent porter une économie très ralentie par la crise. Les prix alimentaires y sont très élevés. On y mange moins, et moins bien qu’avant. Particulièrement touchées, la zone de production des noix de Karité employées dans l’industrie cosmétique, et les femmes qui en dépendent.

La géographie de la sous-alimentation, largement calquée sur un monde pauvre, place l’Asie- Pacifique en tête -642 millions de personnes -, suivie par l’Afrique sub-saharienne – 265 millions -, Amérique latine – Caraïbes – 53 millions-, Proche Orient- Afrique du Nord – 42 millions. Sans oublier le « monde développé », 15 millions. A propos de cette cartographie de la misère, théâtre potentiel d’instabilités et de migrations accélérées, Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a déclaré : « Cela est inacceptable. Comment peut-on expliquer à des gens sensés et de bonne volonté une telle situation dramatique dans un monde où les ressources internationales abondent et alors que des trillions de dollars sont dépensés pour stimuler l’économie mondiale? »

M.J

(1)« AO/ Une personne sur Six dans le monde soufre de la faim », Centre d’actualités de l’ONU, 19 juin 2009, http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=19432&Cr=FAO&Cr1=faim

(2) « Households Go Hungry as Financial Crisis Bites », WFP , Published on 11 June 2009 http://www.wfp.org/news/news-release/households-go-hungry-financial-crisis-bites

(3) «La AO appelle à renforcer la sécurité alimentaire mondiale », Centre d’actualités de l’ONU, 8 juin 2009. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=19330&Cr=alimentation&Cr1=FAO


Publié le 23 juin 2009 par marlene dans Actualité,faim
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Cette eau qui voyage….

Bonjour,

Dans un chapitre intitulé « La logique du sushi » (1), Erik Orsenna, encore lui, introduit la notion « d’eau virtuelle ». Cette source, difficile à localiser car toujours en mouvement, difficile à quantifier car trop éclatée, a pourtant une réalité. C’est « l’eau contenue dans les marchandises », définition de J.A Allan, concepteur de cet outil imaginé dans les années 90. « L’eau virtuelle » convertit les récoltes et les biens industriels en quantités d’eau consommées pour les produire. Exemples. Pour produire un kilo de bœuf, il faut 16.000 litres d’eau, un kilo de poulet équivaut à 3.500 litres, un kilo de riz vaut 2.500 litres, 1.500 litres pour un kilo de sucre de canne, 1000 litres pour un kilo de farine, et 850 pour un kilo de maïs. (2) Cette conversion, qui prend son eau dans les lacs, les rivières, les nappes de surface et phréatiques, sans oublier la pluie, est particulièrement sévère pour la viande, les produits laitiers, le sucre, et le coton, qui puise l’équivalent de 120 litres d’eau par jour et par personne au niveau mondial. (3) Attention à nos ti-shirts, et à notre régime alimentaire. Un consommateur de viande absorbe aussi, indirectement, environ 4000 litres d’eau par jour. Quand 1.500 litres suffisent à produire un régime végétarien.(4) « L’eau virtuelle », un concept qui paraît simple. Ce qui complique un peu l’idée, c’est que les marchandises voyagent. La ressource suit.

Des pays importateurs qui économisent leur ressource.

Au cours des 40 dernières années, le commerce d’eau virtuelle, porté par les échanges agricoles, a régulièrement augmenté. Environ 16% de la ressource d’eau douce utilisée dans le monde sert à produire des marchandises, cultures vivrières en tête, qui ne seront pas consommées sur place. Et dans ce marché international, il y a les pays exportateurs, et les pays importateurs. En tête des importateurs, Asie centrale et du Sud, Europe occidentale, Afrique du Nord, et Moyen-Orient. Les principaux exportateurs, le continent américain, le Sud-Est asiatique, et l’Océanie. (4) Ce classement ne reflète pas forcément les niveaux de développement de chaque pays. Pour faire simple, côté exportateurs, des politiques agricoles généreuses en subventions, USA ou Europe de l’ouest, favorisent des marchandises bon marché. Côté importateurs, il s’agit souvent de satisfaire une forte demande en produits agricoles, conséquence d’une grosse population à nourrir, ou d’une dépendance en importations alimentaires. Les pays exportateurs puisent donc dans leurs propres ressources en eau douce pour satisfaire ce commerce. Pour les Etats-Unis, principal exportateur d’eau virtuelle sur le marché international, ce prélèvement correspond au tiers des ressources du pays.(4) Pour les pays importateurs, cette eau reste virtuelle, puisque pompée ailleurs. La Jordanie, qui limite ses exportations gourmandes en eau, importe jusqu’à 90% de ses besoins domestiques. (4) Ce qui est sous-entendu, mais ce que ne dit pas toujours ce commerce international de l’eau virtuelle, c’est que les réserves d’eau douce sont inégalement réparties à l’échelle mondiale. Question de géographie, et question de climat.

Une géographie des pressions sur la ressource.

Ce concept d’eau virtuelle ouvre quelques perspectives économiques et environnementales. Les pays qui manquent d’eau ont tout intérêt à importer des produits agricoles à bas prix, cultivés ailleurs. Pourquoi produire du riz quand l’eau, rare et chère, en augmente le prix, si cet aliment, disponible ailleurs, est bien meilleur marché ? Ces pays, soumis à régime sec, peuvent employer leur ressource pour satisfaire d’autres besoins. Les spécialistes s’interrogent encore sur le rôle de ce marché parallèle de l’eau pour les pays en développement, ou à la ressource limitée. Contribue-t-il à stimuler une agriculture locale, moins d’importations et moins de dépendance au marché alimentaire mondial ? Ou freine-t-il le développement agricole de certains pays, pour lesquels il est devenu si facile de se servir ailleurs. Sur le plan environnemental, ce concept donne accès à « l’empreinte eau » de chaque pays, l’équivalent de « l’empreinte écologique ». Il suffit d’additionner le volume d’eau destiné aux besoins internes d’une population, usages domestiques et produits de consommation, d’y ajouter le volume d’eau virtuelle importé avec des marchandises venues d’ailleurs, et d’y soustraire le volume nécessaire pour produire les denrées qui partent au-delà des frontières. Un calcul pas si simple. Reste un outil qui permet d’apprécier l’impact environnemental de certaines techniques de production, et de certaines habitudes de consommation. Il permet encore d’esquisser une géographie des pressions sur la ressource. Cette « eau contenue dans les marchandises », qui soulage la ressource des pays importateurs, peut entraîner la dégradation des hydro-systèmes des pays exportateurs.

Un outil complexe, deux évidences.

Ce concept, qui rend plus lisible la géographie mondiale de l’eau – consommation réelle, pressions sur la ressource, architecture des flux mondiaux, dépendance à l’offre alimentaire, mise en lumière des zones sensibles – peut orienter une politique internationale, et nationale. Israël choisit de ne pas exporter sa ressource, via des produits très assoiffés. La Chine, et sa démographie, travaillent à une autosuffisance alimentaire. (4) C’est un outil complexe qui livre au moins deux évidences, l’intime relation entre l’eau et l’agriculture, et l’importance de la ressource locale, qui débarrassée de l’adjectif «  virtuel », voyage mal.

M.J

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L’idée, c’est de continuer à fouiller ce concept. D’abord, un rapport des Nations Unies, « Faits et Chiffres, L’eau virtuelle : 2003, Année Internationale de l’Eau Douce » – qui m’a permis de récolter des données ( 4) , et qui cite ses sources. Ce document date un peu, 2003. Ensuite, un article de l’inventeur du concept, « Les dangers de l’eau virtuelle » de J.A. Allan, Professeur à l’Ecole des études orientales et africaines, à l’Université de Londres, publié dans le Courrier de l’UNESCO, 1999. Cet article, exploite l’aspect géopolitique de la question, avec des données chiffrées par pays. Même remarque, elles datent un peu. Données plus récentes dans le « Rapport Planète Vivante 2008 » du WWF (3), assorties de graphiques (pp 18 – 21). Et beaucoup plus sympa, « la logique du sushi » (1), « L’avenir de l’eau », Erik Orsenna, Fayard, 2008, pp 393-395

(2) « L’eau pour tous / Eau virtuelle ». Exposition Cité des Sciences et de l’Industrie – Eau virtuelle Graphique / Inforessources.


Publié le 25 novembre 2008 par marlene dans Actualité,eau
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Biodiversité, à force d’en parler…

Bonjour,

L’ONU vient de tenir conférence sur la biodiversité, à Bonn. Deux semaines pour faire le point sur la destruction des ressources animales, et végétales. En 2002, la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) , née en 92 lors du Sommet de la terre de Rio, avait promis de ralentir la destruction du patrimoine naturel mondial. Six ans plus tard, la biodiversité est toujours malmenée. Dans la dernière version du rapport « 2010 and beyong : Rising the Biodiversity Challenge » , présenté à Bonn, WWF rappelle que plus d’un quart de toutes les espèces animales ont disparu depuis 1970. Le WWF, qui a répertorié 4000 espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères, de reptiles, et d’amphibiens, estime qu’entre 1970 et 2007, les animaux terrestres ont diminué de 25%, les espèces marines de 28%, et 29% pour les habitants des eaux douces. La disparition de la biodiversité, c’est aussi l’effet « boule de neige », celui qui bouscule l’équilibre naturel, perturbe la chaîne alimentaire des habitats biologiques, et pousse les espèces à s’adapter, migrer, ou disparaître. Même si l’étude reconnaît que certaines espèces connaissent un regain, le processus global d’extinction continue. Les progrès promis pour 2010 par la CDB, ralentir le rythme d’appauvrissement de la biodiversité planétaire, devront attendre.

Pêche industrielle, demande énergétique, désertification, et déforestation, et leurs conséquences, production de CO² et dégradation du climat, participent à la destruction de la faune et de la flore à la surface de la planète. La déforestation a d’ailleurs été développée à Bonn. Les écosystèmes forestiers, qui abritent plus de moitié de la diversité biologique de la planète, sont sur-exploités, ou détruits. WWF, qui dénonce l’industrie du bois, épingle encore les plantations industrielles, soja et huile de palme, qui s’installent à la place des forêts. Selon le WWF, 13 millions d’hectares de forêts sont détruites chaque année, avec près de 20 % des gaz à effet de serre en prime. Les forêts tropicales, particulièrement riches, sont aussi les plus menacées. En Indonésie, en Afrique, en Amérique, la déforestation avale l’équivalent d’un terrain de football toutes les deux secondes. (1)
La biodiversité, c’est aussi l’agriculture, et l’accès à la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire, Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique, a souligné: « La protection de la biodiversité mondiale est essentielle à l’approvisionnement alimentaire mondial.  » Et, « Si le taux actuel d’extinction continue, il sera difficile de fournir suffisamment de nourriture à une population mondiale qui devrait atteindre neuf milliards d’ici la moitié du siècle. » (2) Depuis un demi siècle, les surfaces cultivées se sont très rapidement étendues, un record comparé aux deux siècles précédents. La dégradation des écosystèmes a suivi le même rythme. La biodiversité ne concerne pas que les 4000 tigres du Bengale, chiffres de 1984, elle parle d’eau, de nourriture, de médicaments, ou de conditions de vie décente pour des millions d’individus.

Hamid Zakri, professeur à l’université de Kebangsaan en Malaisie, et ancien membre de la Convention sur la diversité biologique, doute de l’intérêt porté à la biodiversité, classée bonne dernière des préoccupations environnementales. Depuis 2000, époque de ses doutes, la cause a sans doute fait plus d’adeptes. Mais, toujours en 2000, il s’interroge : « Mais lorsque la voie de la conservation de la nature s’éloigne de celle des avantages économiques, en proposant des mesures qui préserveraient des biens écologiques au détriment du développement, quel chemin les parties choisiront-elles ?… » Et puisqu’on parle d’argent, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel rapporte que chaque année, la disparition d’espèces animales et végétales représente 6% du PNB mondial, l’équivalent de 2000 milliards d’euros. (3)M.J

(1) http://www.amisdelaterre.org/Les-forets-tropicales-en-danger.html (2)« Not enough done to protect biodiversity », Julio Godoy, Inter Press Service, 21 mai 2008 (3)La journée internationale de la diversité biologique 22 Mai 2008, Bonn, le 22 mai 2008- (4)« « Almost 200 countries attend biodiversity conference », AP, Taipei Times, May 20, 2008.


Publié le 30 mai 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité
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