Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Appropriate Proportion »

Bonjour,

Sur l’île de Naoshima, dans la Mer Intérieure du Japon, Hiroshi Sugimoto, photographe et architecte japonais, a imaginé et reconstruit un petit temple Shinto , le Go-Ho Shrine. Ce sanctuaire s’intègre dans le Art House Project, un projet artistique de rénovation de l’habitat ancien lancé en 1998. Depuis le début des années 90,  Naoshima est offerte à un ensemble de projets d’art contemporain installés pour réveiller l’une des îles endormies  de la Mer de Seto. Et y attirer des visiteurs. Invité à recréer l’atmosphère particulière d’un temple de la période Muromachi (1358 -1573), quand les Shoguns de la famille Ashikaga installaient un gouvernement militaire à Kyoto, Hiroshi Sugimoto découvre une structure très dégradée par le temps. Il veut lui redonner vie sans reproduire tout à fait la typologie architecturale des sanctuaires Shinto. Il s’intéresse à une période antérieure aux premiers temples, quand la foi animiste s’exprime dans un coin de nature doté d’une atmosphère particulière, à proximité d’un arbre géant, d’une chute d’eau, ou d’un rocher. Selon l’histoire sacrée, les divinités ne s’y manifestent que lorsque les humains ont purifié le lieu, afin de les y accueillir. Hiroshi Sugimoto imagine le Go-Ho Shrine à partir d’un immense rocher, fréquenté par un kami local. Les environs de Naoshima comptent un grand nombre de carrières, certaines exploitées depuis le Moyen Âge.  Le rocher de Sugimoto, fragment d’un bloc plus important, pèse 24 tonnes et révèle une petite empreinte humaine. Il faut l’acheminer sur le site de Go-Ho Shrine, pour en composer la structure. Le temple s’articule autour de trois éléments, le hall des prières, le sanctuaire principal, et la chambre rocheuse, souterraine. Depuis cette chambre, un passage tapissé de bétons’ouvre sur le paysage environnant, avec vue sur la mer en quittant le temple. La composition architecturale est traversée d’un escalier de verre posé sur linteau de roche, un « escalier de lumière » qui relie l’espace terrestre à l’espace céleste. L’oeuvre, livrée en 2002, s’intitule « Appropriate proportion ».

M.J

Naoshima, salle d’art contemporain…

 

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Hiroshi Sugimoto / Official Website http://www.sugimotohiroshi.com/

Hiroshi Sugimoto, Kerry Brougher and Pia Müller-Tamm, Catague designed by Takaaki Matsumoto, ed. Hatje Cantz, 2010 – “Appropriate Proportion”, 2002, p254 à 271.


Publié le 28 mai 2012 par marlene dans Architecure.,Japon
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« UFO houses », une cité balnéaire fantôme.

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Bonjour,

Les maisons UFO de San Zhi ont été dessinées par Matti Suuronen, un architecte danois qui, porté par l’optimisme de la fin des années 60, imagine des bungalows de vacances légers, lumineux, composés de matériaux bon marché, prêts à poser aux quatre coins du globe. Tente ans plus tard, ces modules aux allures de soucoupe volante n’ont sans doute pas résisté à la valse des démolisseuses, dépêchées par le gouvernement de Taïwan en janvier 2009. Dommage pour ces maisons de vacances en béton, en plastique, et en couleur,  situées sur la côte septentrionale, au Nord de la ville de Taïpei. Ce complexe hôtelier, destiné à accueillir les officiers de l’armée américaine en poste en Asie du Sud-Est, n’aura connu que fantômes et photographes. La construction commence en 1978. Deux ans plus tard, la société Hung Kuo, propriétaire des terrains et maître d’œuvre, connaît des difficultés financières. Le projet est abandonné. Les ennuis d’argent n’expliquent pas tout. De nombreux accidents de la route, mortels, se produisent à proximité du chantier. La rumeur interprète. On se demande si ces accidents ne sont pas la conséquence d’un aménagement hâtif des lieux. Pour élargir la voie qui mène aux habitations, il a fallu sacrifier la sculpture d’un dragon chinois. Et pour ne pas arranger les choses, le site choisi accueillerait des dépouilles de soldats hollandais. Un article du Taïpei Times évoque 20.000 squelettes découverts au début des travaux. L’endroit aurait encore été le théâtre de plusieurs meurtres. Des fantômes auraient été régulièrement aperçus à proximité des bâtiments. Architecture futuriste datée, atmosphère mystérieuse, et vue imprenable sur la Mer de Chine orientale, les photographes se sont bousculés sur le site des maisons UFO. L’endroit aurait même été le décor d’un film. Interrogé par le Taïpei Times à l’occasion de l’annonce de la démolition des bâtiments, Monsieur Lin, l’un des concepteurs du projet, alors dirigeant de l’entreprise de design qui sous-traite, tranche : « Il est traditionnel dans tous les métiers de la construction d’apaiser les esprits présents sur le site, avant de commencer à travailler. Cela n’a rien à voir avec des histoires de fantôme.”(1) Le projet, repris par un fabricant de bière locale et l’entreprise Hung Kuo, a failli redémarrer en 1989. Les associés ne se sont pas entendus. Il y a un an, le Gouvernement de Taïwan, qui n’est pas propriétaire du site, a quand même décidé la destruction du village de vacances.  Un autre site touristique, ses hôtels et ses plages, y est programmé. Sur l’image satellite, on jurerait pourtant que les maisons UFO de San Zhi sont encore là. Peut-être une cité balnéaire fantôme... (1) (2) (3)

M.J

(1) “Taipei County looks to rebuild site of weird UFO houses”, Jimmy Chuang, Taïpei Times, 29-01-2009 http://www.taipeitimes.com/News/taiwan/archives/2009/01/29/2003434810

(2) Sanzhi UFO Houses, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Sanzhi_UFO_houses

(3) Abandoned Future City, San Zhi, Taiwan, Trend Hunter, http://www.trendhunter.com/trends/abandoned-future-city-san-zhi-taiwan


Publié le 10 décembre 2010 par marlene dans Architecure.
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Rougerie, sur les traces de Jules Verne.

Bonjour,

Difficile d’évoquer la conquête de l’eau – voir blogs précédents – sans parler de Jacques Rougerie. Inspiré par les profondeurs, influencé par le monde de Jules Verne et les voyages de quelques grands explorateurs, Théodore Monod, Paul Emile Victor, ou Jacques-Yves Cousteau, assisté par une équipe pluridisciplinaire, cet architecte français compose pour l’univers aquatique.(1) Il a réalisé nombre de projets pour l’espace littoral. Il imagine des structures pour habiter sous les mers. Il conçoit des engins pour étudier l’environnement sous-marin. Comme d’autres architectes dans les années 60, Rougerie réhabilite l’idée que la mer n’est plus un territoire « impénétrable », mais une entité à explorer, un «sixième continent » destiné à être habité.   Un autre lieu de vie. (2) En 1974, le magazine Architecture d’Aujourd’hui résume son projet : « Habiter la mer ». Dans les années 70, le projet Thalassopolis est l’occasion d’une réflexion sur la mutation de l’homme, conséquence d’une intégration au milieu aquatique. Déjà, il développe une vision environnementale. L’habitat marin, qui lie l’homme à la mer, implique connaissance et respect de ce milieu.  Son agence d’architecture reste fidèle à cet engagement : « A l’heure où la compatibilité des technologies et de l’environnement se pose comme l’un des grands défis du 21e siècle, l’agence Jacques Rougerie pose comme préalable et ligne d’équilibre essentiels au travail de son équipe la nécessaire approche sociologique, environnementale et écologique de tous ses projets architecturaux. » (3)

Quand Jacques Rougerie imagine l’espace littoral, il dessine des ports de plaisance, Marseille, Saint-Denis de la Réunion. Il conçoit un auditorium flottant pour la baie de Tokyo. Il détourne une plate-forme off-shore à Okinawa, île japonaise du Pacifique, qui devient centre culturel avec des galeries sous-marines et un théâtre, hôtel et thalassothérapie. Ce projet s’appelle Aquapolis. Le nom de Rougerie reste associé à l’aménagement portuaire de Brest, Océanopolis I en 1990, et Océaopolis II, dix ans plus tard. Au final, un complexe dédié à la mer, des côtes tempérées de Bretagne aux glaces du Pôle, en passant par les mers colorées de l’espace tropical. Des aquariums témoignent de la diversité de la faune marine. En Corse, à Porticcio, il réalise un village classe de mer, un centre sportif pour initier les enfants à l’univers sous-marin. Et quand Rougerie travaille « entre-deux-eaux », il conçoit le Musée sous-marin d’Alexandrie, une invitation à découvrir le patrimoine archéologique englouti d’Alexandrie, via un tunnel immergé. En lien, une vidéo sur l’itinéraire du projet.

Puis, Jacques Rougerie nous entraîne carrément dans les profondeurs marines. Pour la NASA, il imagine un village immergé à 20 ou 30 mètres de profondeur, un projet pour les Îles Vierges. Ce campement sous-marin, conçu pour un séjour long, pourra accueillir jusqu’à 250 personnes venues étudier les profondeurs. Les astronautes pourront s’y entraîner. Autre projet d’habitat, toujours aux Îles Vierges, une ferme sous la mer conçue pour paysans du futur, commande de l’Université d’Hawaï. En 1977, Galathée inaugure une série de projets d’abris sous la mer. Cette structure de 56m3, conçue pour 4 à 7 personnes, maintenue entre deux eaux, s’ouvre sur l’univers aquatique grâce à un grand hublot. Aquabulle, Hippocampe, d’autres refuges suivront, jusqu’à Seaspace. Entre habitat et observation scientifique, Seaspace est une maison sous-marine adaptée à plusieurs profondeurs, dont les conditions de séjour qui rappellent celles de l’espace. Puis, viennent les vaisseaux. Le projet Seaorbiter, mené en collaboration avec l’océanographe Jacques Piccard et l’astronaute Jean Loup Chrétien, est une structure verticale semi-submersible – 51 mètres de haut et 24 mètres de large – prévue pour accueillir 18 scientifiques. Ici encore, des conditions de vie proches de la vie spatiale. Jacques Rougerie, qui explore l’univers marin, révèle une forte inclinaison pour le monde spatial, encore un clin d’œil à Jules Verne.

Rougerie, une production hallucinante, le mieux c’est d’aller voir son site.

M.J

(1) »Jacques Rougerie : habiter la mer », Danielle Birck, RFI, 13-03-2008, http://www.rfi.fr/francefr/articles/099/article_63548.asp

(2) « Marine and Underwater Cities – 1960-1975 », Peter Raisbeck, Department of Architecture, University of Melbourne. From: Additions to architectural history. XIXth Conference of the Society of Architectural Historians, Australia and New Zealand, Brisbane- SAHANZ – 2002.

http://www.hydrosight.com/pdf/other/underwater_cities.pdf

(3) Jacques Rougerie – Architecte. http://www.rougerie.com/12.html


Publié le 25 septembre 2008 par marlene dans Architecure.,eau
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