Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Japon: des barrages qui engloutissent l’argent du contribuable.

Bonjour,

“Les barrages sans eau du Japon absorbent l’argent des impôts”, titrait le Yomiuri Shimbun, un quotidien japonais, dans son édition anglaise du 5 janvier dernier. Deux journalistes, Mikoto Hata and Hitoshi Yoshida commencent leur enquête dans l’île d’ Hokkaido,  à proximité d’une ville nommée Furuno, où s’érige le barrage de Togo, un ouvrage de 48 mètres de haut qui perd ses eaux.  La retenue de Togo, conçue en 1973 pour irriguer les champs et les cultures alentour, entre en service vingt ans plus tard. Elle peut stocker 4,3 millions de m3 d’eau, et  coûte près de 38 milliards de yens, environ 280 millions d’euros, argent du contribuable. (1) Très vite, il apparaît que le barrage fuit. L’eau semble s’échapper par le substrat volcanique qui supporte l’édifice. Les paysans, qui voient leurs impôts s’infiltrer dans la roche pendant que leurs cultures attendent une eau dont ils ont déjà payé l’accès, sont furieux. Pour réparer l’ouvrage, il faudrait 12 milliards de yens supplémentaires, environ 95 millions d’euros, sans compter les 300 millions de yens, un peu plus de deux millions d’euros, engloutis dans l’année pour l’entretien et la maintenance d’une infrastructure qui plombe le paysage. « Le barrage a l’allure d’un immense éléphant blanc qui frustre les riverains et leur vide les poches » rapportent les journalistes, avant de poursuivre une  enquête qui décline  les exemples.

Des barrages à profusion.

Dans les années 50, les barrages commencent à se multiplier sur le réseau hydrographique du Japon. Les ouvrages d’après-guerre, programmés pour protéger les métropoles des inondations, ont d’autres fonctions. D’où leur nom, « barrages à fins multiples ». Ils doivent réguler les fleuves, retenir l’eau destinée aux cultures, approvisionner les villes et les industries,  produire de l’électricité. (2) L’archipel compterait plus de 3000 barrages, dont certains encore en travaux. (3) A en croire le Lonely Planet, la Shimanto-gawa, sur l’île de Shikoku, serait le dernier cours d’eau du Japon à s’écouler librement.  Si l’aménagement des fleuves accompagne l’histoire japonaise, la profusion d’ouvrages hydrauliques, aux conséquences environnementales et humaines imprimées dans le paysage, vallées submergées, détournement des eaux, privatisation de la distribution, ou déstabilisation de l’organisation agraire, a fabriqué une solide opposition. Exemple à Yamba, un ouvrage programmé sur la rivière Agatsuma, au Nord-Est de la plaine du Kanto , l’une des réalisations les plus ambitieuses de ces dernières années.

Yamba, le mégaprojet.

Proposé dans les années  50, prévu pour 2015, le barrage de Yamba, à usage multiples, doit notamment approvisionner en eau potable la ville de Tokyo et six préfectures voisines. Le projet, qui doit noyer 316 hectares, déplacer plus de 400 foyers, perturber le quotidien d’un millier de japonais, engloutir la vieille cité thermale de Kawarayu Onsen, héritage historique et site touristique, provoque la colère des riverains.  On lui reproche encore une assise géologique douteuse, la proximité d’un volcan actif, et l’arrivée, via la rivière Agatsuma, d’éléments acides ennemis du béton, en provenance de sources chaudes situées en aval. On lui reproche surtout son coût, 322 milliards de yens, plus de 2 milliards d’euros. Beaucoup d’argent public pour alimenter en eau potable des citadins qui n’en manquent pas forcément. (4) Les législatives d’aoùt 2009, qui ont porté Yukio Hatoyama au poste de Premier Ministre, ont permis de ranger dans les cartons ce projet présenté comme « le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon ». (5)

L’eau à la source.

Dès l’automne dernier, le Parti démocrate – centre gauche – de Yukio Hatoyama promet d’en finir avec la politique de grands travaux emmenée par un Parti libéral-démocrate – conservateur -, accroché au pouvoir depuis 1955, et soucieux d’une partie de son électorat. Yukio Hatoyama, qui dénonce un gaspillage, annule la construction de dizaines de barrages. Il préfère financer des programmes sociaux. A une autre échelle, Shigeru Kobayashi, historien de la lutte anti-barrage qui a opposé les communautés rurales aux élus japonais, parle lui aussi d’économies: « Le coût de l’eau dépend avant tout du coût du barrage. A Ogawa on boit de l’eau d’ici… On a creusé un puit à côté de la rivière. C’est cette eau qui est bue. Pas besoin de barrage pour çà. Cette eau, de plus, est beaucoup moins chère... »

M.J

(1) Conversions approximatives, destinées à imager la facture du contribuable japonais.

(2) D’après « Atlas du Japon », « Une société face à la post-modernité », Philippe Pelletier, Editions Autrement, Collection Atlas/Monde, 2008, pp22-23
(3)Association of Concerned  Citizens of Yamba Dam Project. http://www.yamba-net.org/eng/

(4) « Japan Election Results: Yamba Dam Project Suspended »by greenz.jp, Tokyo, Japan, 09. 1.09 http://www.treehugger.com/files/2009/09/japan-election-results.php

(5) Yamba, le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon », Christian Pose, http://linked222.free.fr/cp/links/japan/yamba.html


Publié le 13 janvier 2010 par marlene dans Barrages,Japon
Tags :: , ,