Environnement
Un blog sur la géo-environnement

BAD barrages.

Bonjour,

La Banque asiatique de développement (BAD) s’inquiète des conséquences de la crise financière pour l’économie des pays asiatiques. Elle s’engage à tripler son capital pour financer des infrastructures, afin de booster les économies locales, et réduire la pauvreté. Cette réponse à la crise, défendue à Bali début mai, lors de la réunion annuelle de la BAD, rencontre un front d’opposition. Des ONG internationales, surtout originaires du voisinage asiatique, et des organisations locales, association de fermiers et de femmes, environnementalistes et anti-dettes, syndicats de mineurs et de pêcheurs, ne partagent pas cette vision du développement. (1) Pour ce front de résistance qui a fait le déplacement jusqu’à Bali, les grands travaux alimentent la dette des pays engagés. Ils bouleversent l’environnement et déplacent les populations concernées par ces projets, sans vraiment répondre à leurs besoins. Le barrage du West-Seti – une région située au Nord-Ouest du Népal – illustre l’inclinaison de la BAD à financer de gros travaux inadaptés.(2)

De l’électricité destinée à l’Inde.

Avec un système fluvial aux débits rapides, le Népal est un peu l’Eldorado pour les barrages. 90% de l’électricité népalaise vient de ses ressources hydriques. Le gouvernement veut aussi exploiter ce potentiel pour alimenter ses puissants voisins gourmands en énergie, l’Inde ou la Chine. Il cherche des investisseurs pour financer ces gros travaux. La BAD, la China Exim Bank, l’une des banques chinoises impliquées, et quelques investisseurs privés, misent sur un ouvrage qui ne fait pas l’unanimité. La société civile népalaise, appuyée par un réseau international, s’oppose à un ouvrage qui devrait avaler plus de 2300 ha de terres cultivables, de forêts, de prairies, bouleverser les écosystèmes, et déplacer plus de 10.000 personnes, dont la plupart re-installées hors de leurs terres d’origine. Le bénéfice sera pour l’Inde, qui devrait importer 90% de l’électricité produite par le barrage du West-Seti. Les impacts négatifs du projet ne sont pas pris en compte par le gouvernement népalais, qui a donné son feu vert. La BAD semble également ignorer les conséquences environnementales et humaines de cet aménagement, pourtant peu conformes aux recommandations de la Commission mondiale sur les Barrages, un organisme de contrôle indépendant. (3) A Bali, le NGO Forum on ADB, une organisation qui pousse la BAD à devenir plus vertueuse, a dénoncé : « La banque collectionne les antécédents de grandes infrastructures qui déplacent massivement des populations pauvres, détruisent les forêts et les systèmes fluviaux dont ces communautés dépendent ». (2)

Le prix du kilo de poissons.

Selon International River Network, une ONG américaine qui protège les bassins fluviaux et les populations asociées, le Népal a déjà connu un précédent avec le barrage d’Arun III. En 1995, la Banque mondiale s’était retirée d’un projet qui ne répondait pas aux besoins énergétiques d’un pays pauvre. Et dont les populations, isolées, avaient peu de chance de bénéficier du réseau électrique. En Asie du sud-Est, International River s’intéresse au bassin du Mékong, source de vie et de protéines pour 60 millions de personnes. Et espace convoité pour les bâtisseurs de barrages. La BAD y porte le développement du réseau électrique. La Chine, le Laos, le Vietnam, le Cambodge, ou le Myanmar (Birmanie) projettent une série d’aménagements sur le cours principal du Mékong, et ses affluents, au risque de bouleverser les paysages et leurs équilibres, sans grand profit pour les populations. En Chine, la cascade d’ouvrages installés sur le Haut-Mekong, dans la province du Yunnan, a perturbé les rythmes du fleuve, avec des conséquences sur la réserve halieutique, et 20 millions de personnes. (4) Au Laos, le projet hydro-électrique de Theun-Hinboun, porté par l’ADB, a paupérisé 30.000 personnes, les privant d’une source de revenus. (5) En 2008, l’organisation américaine pointe le mauvais rapport « coûts-bénéfices » des barrages de Kamchay et de Stung Atay, au Cambodge. Sous prétexte d’apporter de l’électricité à un pays qui en manque, les deux ouvrages vont déraciner des populations et inonder des forêts protégées. Les Chinois, qui profitent de l’intérêt des autorités cambodgiennes pour l’hydro-électricité, ont largement financé des projets, aux études d’impact incertaines.(6) De son côté, la BAD mise sur un Cambodge « importateur d’électricité », avant de devenir « exportateur ». (7) Au Vietnam, la BAD a prêté 196 millions de dollars pour développer un projet hydro-électrique dans le centre du pays, communautés déplacées et inquiétudes pour la reproduction des poissons. (8) Sur le Forum de discussion de Khmer-network, on peut lire : « Savez –vous ce que coûte un kg de poissons quand il n’y en a plus ? » (7)

Une résistance locale, des réseaux transnationaux.

En Asie, ou ailleurs, les grands barrages témoignent de conflits d’intérêts qui opposent bailleurs de fonds, décideurs, et bâtisseurs, aux populations malmenées par ces grands travaux. Les premiers s’accrochent à une vision du « développement » qui passe par la maîtrise des fleuves, le béton, et l’électricité. Sans oublier leurs intérêts financiers. Les autres aspirent à préserver un milieu qui les accueille et les nourrit depuis des générations. La résistance locale à ces grands travaux, qui a émergé dans les années 80, est aujourd’hui portée par une opposition transnationale, qui via les réseaux et internet, se fait de plus en plus entendre. Ils étaient environ un millier à Bali.(1)

M.J

Exemple au Myanmar…

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(1) Indonesian Indian Farmer (SPI), Women’s Union, Friends of the Earth Indonesia (WALHI), Anti-Debt Coalition, People’s Coalition for Fisheries Justice, mining Advocacy Network…« NGOs plan protest at ADB’s Bali meeting”, The Jakarta Post,May 12, 2009, http://www.thejakartapost.com/news/2009/04/15/ngos-plan-protest-adb%E2%80%99s-bali-meeting.html

(2) « ADB head : Asia must tackle poverty, climate change”, Stephen Wright, Associated Press, 05-04-2009. http://www.syracuse.com/newsflash/index.ssf?/base/business-5/1241425437317650.xml&storylist=new_topstories

(3) International River Network, http://internationalrivers.org/en/south-asia

(4) New Scientist, mai 2004.

(5) International Rivers http://www.internationalrivers.org/en/southeast-asia/laos/theun-hinboun

(6) AFP, 29 Janvier 2008, http://www.khmer-network.com/forum/sujetKN-6291.html

(7) http://www.khmer-network.com/forum/sujetKN-6291.html

(8) Romandie News / AFP, 27 juin 2008. http://www.romandie.com/infos/news2/080627050428.ob6ow77y.asp


Publié le 19 mai 2009 par marlene dans Actualité,Developpement,eau,Préjudice écologique
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Riz: la demande dépasse l’offre.

Bonjour,

« A Drought in Australia, a Global Shortage of Rice”*, titrait le New York Times, le 17 avril dernier. Une amorce pour examiner la filière « riz », et son marché qui s’affole. Le riz constitue la nourriture de base de la moitié de la planète. Au cours des trois premiers mois de l’année, son prix a pratiquement doublé sur les marchés internationaux. A la bourse de Chicago, première place mondiale d’échanges pour les matières premières, le cours du riz a grimpé de 80% depuis le 1er janvier. Pour la même période, il vient de tripler en Thaïlande.(1) Dans un contexte de crises alimentaires et d’émeutes de la faim, cette explosion des cours inquiète les spécialistes. La sécheresse en Australie, qui n’explique pas tout, annonce peut-être d’autres pénuries liées au climat.

2 millions d’Asiatiques dépendent du riz.

Début mars, Gloria Arroyo, la présidente des Philippines, demande au gouvernement vietnamien d’honorer ses promesses de livraison de riz. Les Philippines sont le premier importateur de riz, et 15% de la consommation de l’archipel vient de ses voisins asiatiques, Vietnam et Thaïlande.(2) En effet, pour satisfaire sa demande intérieure, le Vietnam a réduit ses exportations d’1/4, par rapport à l’année précédente. Tendances similaires, réduction des exportations et protection du marché interne, chez d’autres grands producteurs. L’Inde, troisième exportateur mondial, a retreint son commerce de riz. L’Egypte, principal fournisseur du Proche Orient, a interrompu ses échanges pour une période de six mois. Le Cambodge a pratiquement gelé ses exportations. La Chine a imposé des quotas d’exportations sur les céréales, dont le riz, pour limiter une hausse des prix en Chine.(3) La Thaïlande, premier fournisseur de riz devant le Vietnam, peine à satisfaire le marché mondial, et rassure son marché intérieur. L’envolée du prix du riz début avril – plus de 1000 dollars la tonne, soit un bond de 90 dollars en quelques jours – stimule la spéculation, et effraie les Thaïlandais qui stockent. Cette flambée des prix alimente la peur de nouvelles violences dans les villes asiatiques (4)Selon la FAO, le riz et ses dérivés fournissent de 60 à 70% de l’apport énergétique de plus de 2 milliards d’Asiatiques.

Climat et crises alimentaires.

Repli des exportateurs, alors que les stocks sont à leur plus bas niveau depuis les années 70. Selon la FAO, les stocks de riz blanc ont fondu en sept ans. De147 millions de tonnes en 2000, ils sont passés à 71 millions en 2007, soit la moitié. Car les stocks ont un coût. Les gouvernements les ont réduit, alors que la demande mondiale augmentait.(3) Cette tension du marché s’explique aussi par un meilleur niveau de vie en Inde et en Chine, où l’on consomme plus de riz. L’urbanisation et l’industrialisation, qui grignotent les rizières, contribuent encore à réduire la production. Autre paramètre, le climat. Et l’on reparle de la sécheresse australienne, qui a effectivement eu un impact sur le marché mondial. Après six années de sécheresse, la production australienne est pratiquement inexistante. Beaucoup de producteurs de riz, notamment dans le Sud Ouest du pays, abandonnent l’activité au profit de la viticulture. La vigne, qui grandit vite, consomme moins d’eau, et rapporte plus d’argent. D’autres riziculteurs australiens vendent leurs rizières, et leurs droits d’accès à l’eau, à des viticulteurs. La sécheresse australienne, qui prive de riz la Papouasie Nouvelle-Guinée, les îles du Sud pacifique, Taïwan, ou le Moyen Orient, a participé à la flambée des cours du riz. Selon le New York Times, qui rapporte l’avis de scientifiques, la sécheresse australienne pourrait révéler les premiers effets négatifs du réchauffement climatique, sur la production alimentaire mondiale. (5)

Sénégal, un riz importé moins cher.

Cette année encore, et pour la seconde année consécutive, la production mondiale de riz devrait être inférieure à la consommation.Concepción Calpé, économiste à la FAO, résume le problème : « le marché international du riz est actuellement confronté à une situation particulièrement difficile due à une demande qui dépasse l’offre ». Un déséquilibre qui n’échappe pas aux spéculateurs. Ni aux grands importateurs, Philippines, Indonésie, Bengladesh, sans oublier le continent africain. Face à la montée des prix, le Sénégal, qui importe 80% de son riz, ambitionne de multiplier par 5 la production locale. Mais au Sénégal, le riz importé coûte souvent moins cher que la production locale…

M.J

* »Une sécherresse en Australie, une pénurie générale de riz. »

(1) « Les cours du riz nourrissent l’inquiétude », Lesley Wroughton, A. Phoophongphiphat, Reuters, La Tribune, 25-04-2008-(2) »Philippines : les solutions existent », Sébastien Farcis, RFI, 22-04-2008 (3)« La hausse des prix déstabilise l’Asie », Keith Bradsher, New York Times, 29-03-2008- (4) « La crise du riz : Bangkok cherche à rassuer », Marie Normand, RFI, 8-04-2008. (5) » A drought in Australia, a global shortage of rice », Keith Bradsher, 17-04-2008.


Publié le 28 avril 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
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