Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Pollution en Russie: les révélations du lac Baïkal.

 Bonjour,

La pollution du lac Baïkal intéresse la justice russe, et la presse le fait savoir. Mi-mars, le Parquet général, informé par les services de l’environnement (Rosprirodnadzor), a ordonné une enquête sur les excès environnementaux d’une usine de cellulose située à Baïkalsk, en Sibérie, en bordure du lac Baïkal. L’usine y déverserait ses eaux usées, hautement polluées, et puiserait illégalement dans la première réserve d’eau douce au monde. Cette unité de production est contrôlée par Basic Element, et l’oligarque Oleg Deripaska, première fortune de Russie, et visiblement moins bien classé en matière de développement durable. Une information  intéressante dans un pays, très bien classé en matière de pollutions et de dégradations environnementales. Et pas très enclin à en parler.(1)

20% des réserves mondiales d’eau douce

Le lac Baïkal est installé dans la dépression la plus profonde de la surface du globe, une véritable mer intérieure, un volume équivalent à la Baltique. Sa taille favorise un système de vagues, de courants réguliers, et un microclimat dans cette région froide. On l’appelle Perle de Sibérie. Pendant six mois de l’année, il gèle, et devient l’œil bleu de la Sibérie. Le lac Baïkal, alimenté par 365 rivières, est surtout un immense réservoir d’eau douce, 20% des réserves mondiales de surface, 80% des eaux douces de Russie, le plus grand lac d’Eurasie. Environ cinquante mille personnes vivent sur les rives du Baïkal sur des sols pauvres, pommes de terre et poisson au menu. La grande ville la plus proche s’appelle Irkoutz. Le Baïkal, qui produit l’une des faunes d’eau douce les plus riches et les plus inattendues, est classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. Avec en vedette, le phoque de Sibérie. Ce patrimoine écologique exceptionnel lui vaut encore le surnom de Galapagos de la Russie.

Des déchets qui continuent de s’accumuler.

 En 1966, Basic Element plante une usine de cellulose sur les bords du Baïkal, les bois sibériens fournissent la matière première. L’usine alimente l’industrie soviétique, puis s’ouvre à la Chine. Aujourd’hui, le marché chinois absorbe la quasi-totalité de la cellulose produite sur les rives du lac. Les Services de l’environnement lancent une enquête, et notent que « l’usine concernée rejette illégalement dans le lac des eaux usées dans lesquelles le taux  des éléments polluants dépasse les normes », et « utilise les ressources du lac sans autorisation officielle ». (1) La Banque Mondiale avait pourtant accepté de financer un « cycle fermé de circulation des eaux ». Projet non réalisé selon le Rosprirodnadzor, qui précise que l’usine continue de fonctionner illégalement, en regardant les déchets s’accumuler à ses abords. L’an dernier, le gouvernement a lancé un plan de fermeture du site. Projet avorté. Les déchets produits par l’usine de cellulose seraient directement allés dans le Baïkal. Et cette solution n’aurait pas évité les rejets des communautés riveraines, qui participent aussi aux souillures du Baïkal. (2)

 La tradition du « secret environnemental ».

 Une étude récente, basée sur l’évolution d’une population de phoques depuis 1992, révèle que certains produits chimiques, notamment des dérivés fluorés appelés PFC, seraient en train de contaminer la faune et la flore du Baïkal. Ce rapport souligne encore que la contamination du Baïkal par ces dérivés fluorés reste un phénomène mal connu. Un déficit d’information qui contraste avec d’autres cas analogues, en Amérique du Nord, ou en Europe de l’Ouest. Qu’il s’agisse de pollution, de contamination alimentaire, ou de déchets nucléaires, le gouvernement russe reste discret. En 2006, ARTICLE 19, une organisation internationale  dénonce cette tradition du « secret environnemental », une discrétion et une désinformation qui évitent aussi aux Autorités de réagir. Chaque année, la pollution ferait 300.000 victimes en Russie. L’affaire du lac Baïkal, un petit pas vers la « glasnost »(3) ?

M.J

« Le lac Baïkal, océan sans fin au milieu des terres de Sibérie.. » 

(1) « Pollution du lac Baïkal: le parquet va vérifier les activités d’une usine », AFP/ Moscou, 13-03-2008-(2) « Russia tells plant polluting lake Baikal to clean up », James Kilner, Reuters, 27-03-2008. (3) Glasnost: transparence.


Publié le 10 avril 2008 par marlene dans Non classé
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