Environnement
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Brasilia discute crise alimentaire et agrocarburants.

Bonjour,

Le développement des agrocarburants pourrait menacer l’accès à la nourriture des populations les plus démunies d’Amérique latine. La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, en discussion à Brasilia avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, évoque une possible crise alimentaire régionale. Dans un contexte de flambée des prix alimentaires et d’émeutes de la faim, le Brésil, gros producteur mondial d’éthanol, est mis à l’index…

50 millions d’affamés.

Si la pauvreté et la malnutrition ont reculé en Amérique latine et aux Caraïbes, près de 300 millions de personnes survivent avec plus ou moins de difficultés. C’est-à-dire la moitié de la population totale. Dans cette partie du continent américain qui cultive et exporte beaucoup de produits agricoles – l’Amérique latine produit 40% d’excédents -, l’équilibre alimentaire reste cependant fragile. Plus de 52 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, soit 1 personne sur 10. (1) Si la région a été épargnée par les récentes émeutes de la faim qui ont secoué Haïti, quelques morts, des centaines de blessés, et une crise politique, une nouvelle hausse des prix alimentaires pourrait augmenter la malnutrition de ces américains les plus pauvres.(2) La région présente un contexte économique et agricole tendu, beaucoup de pays d’Amérique centrale importent de la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, la FAO s’inquiète d’une accélération de la filière de ces carburants issus de l’agriculture, qui réclament terres cultivables, eau, et engrais.

Détourner eau, terres cultivables, et capitaux.

« ..à court terme, il est fort probable que l’expansion rapide de la production des biocarburants au niveau mondial ait des répercussions importantes sur le secteur agricole en Amérique latine. », précise le rapport de la FAO, rendu public à Brasilia.(1) Dans ce rapport, la FAO évoque notamment la question de l’eau, qui fait pousser les cultures, et participe à la transformation de l’éthanol. La canne à sucre et le palmier à huile, principales sources pour les agrocarburants, sont aussi les plus assoiffés. Ce qui n’excuse pas les autres cultures, maïs, yuca, soja, ricin, ou coton, même si elles consomment en moyenne trois fois moins. Cette eau, détournée des robinets dans les habitations, pourrait encore faire défaut à l’agriculture. La FAO craint encore que les cultures destinées aux biocarburants confisquent des terres à vocation agricole, et absorbent des capitaux. Ce qui pourrait perturber les productions agricoles, et jouer sur les prix alimentaires, privant les ménages les plus démunis. (3) Le Brésil, second producteur mondial d’éthanol après les Etats-Unis, focalise une opposition grandissante à l’extension des surfaces agricoles dédiées aux carburants. La déforestation de l’Amazonie nourrit encore le débat.

Lula se défend.

« Les productions utilisées pour l’éthanol ne sont pas responsables de la hausse des prix alimentaires. » (4) Le Président brésilien Lula Da Silva, en visite à la Hague jeudi dernier, a devancé la critique. Il a ajouté que Haïti, récent théâtre d’émeutes, pourrait tirer profit de d’une industrie tournée vers les carburants d’origine végétale. « Les biocarburants, un remède contre la pauvreté », c’est l’argument que développe le Brésil, qui tire grand profit de cette industrie, et de ses débouchés. (4) Le pays s’emploie à exporter la recette « agrocarburant » en Amérique latine et en Afrique, pour dynamiser les campagnes, et tenter d’éradiquer la pauvreté. Pour Lula, si les prix alimentaires flambent, c’est que la consommation progresse en Chine et en Inde, devenues plus prospères. « Regardez Haïti, aujourd’hui. Nous pourrions voir prospérer l’île si un pays émergent comme le Brésil pouvait y développer un partenariat pour investir dans ce pays, et y produire du biocarburant ». (4) Pour beaucoup d’observateurs, Lula reste l’homme du programme « Faim Zéro », développé dans un pays qui compte quelques millions d’affamés. (http://www.alterinfos.org/spip.php?article1079)

Fidel Castro et Jean Ziegler…

Tous les pays de la région ne partagent pas l’enthousiasme du Brésil sur le dossier des agrocarburants. A Brasilia, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, et Cuba, ne se sont pas privés de critiquer la « recette Lula ». Il y a un an, Fidel Castro, encore président de Cuba, publiait deux articles dans le quotidien Granma, organe lié au Parti communiste cubain. Il prédisait des catastrophes si l’on poursuivait la production de biocarburants à partir de cultures alimentaires, et annonçait la mort prématurée de trois milliards de personne. En cause, les Etats-Unis, qui transforment le maïs en carburant. (3) En début de semaine, Jean Ziegler, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, déclarait encore sur les ondes du Bayerischer Rundfunk, une radio allemande :« La fabrication de biocarburants est aujourd’hui un crime contre l’humanité » (5) Pour Jean Ziegler, les subventions agricoles devraient d’abord servir les cultures de subsistance…

M.J

Jean Ziegler précise ses positions sur les agrocarburants…En prime, un bonus, involontaire, sur la pollution…


(1) Trentième Conférence régionale de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes- Brasilia, 14-18 avril 2008- (2) « Food prices may fuel latin America malnutrition », Raymond Colitt, International Herald Tribune –Reuters, 15 avril 2008- (3) « La FAO met en garde contre les agrocarburants », R. Colitt, W.Brandimarte, tr. E Faye, Reuters, 15 avril 2008.-(4) « Brazil leader denies biofuels hiking food prices », CNN, AP, 16 avril 2008-(5)AFP-Berlin, 16 avril 2008.


Publié le 17 avril 2008 par marlene dans Actualité,biocarburants,faim
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