Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Climat, migrations, et circulation.

 

Bonjour,

Climat, paupérisation, pression démographique.

Le changement de climat, et ses multiples manifestations, ne provoquera pas de déferlante migratoire, des millions de déracinés prêts à traverser les frontières pour s’établir dans un autre pays, en quête d’une existence plus décente. Les fameux « réfugiés climatiques ». Le Worldwatch Institute, qui interroge les dernières recherches sur les migrations liées aux dérèglements environnementaux, en cours et à venir, nuance le fantasme d’une marée humaine jetée sur les routes du monde. (1) Les prédictions les plus alarmistes parlaient d’un milliard de réfugiés en 2050 . Nuance encore soulignée par une étude conduite pour le compte des Nations Unies, livrée en juin 2009. (2) Si la recherche adoucit ses prévisions, c’est qu’elle renonce à une causalité implicite entre changement de climat et migrations. Les sécheresses, les canicules, les ouragans, et  les inondations provoqueront des départs,  mais le climat  ne sera pas le seul facteur expulsif.  La tendance est déjà observée. Dans la plupart des cas, un changement d’environnement  progressif  devrait s’articuler à un contexte déjà difficile, une paupérisation des populations, une impossibilité de gagner sa vie sur place,  une  pression démographique – trop de monde pour les ressources disponibles -, pour favoriser l’émigration. Si tout le monde reconnait la difficulté du sujet, la relation  entre climat et migrations, tous s’accordent sur une tendance majeure. Le changement de climat, associé à un contexte socio-économique expulsif, devrait accentuer la mobilité. Les migrations, de courte durée, se pratiqueront dans un espace régional, souvent à l’intérieur des frontières nationales. Avec une tendance forte au retour.

Mouvements temporaires.

L’étude menée pour les agences des Nations Unies, qui multiplie les exemples, examine la question des migrations liées à un contexte de sécheresse, de désertification et de dégradation des terres cultivables. Une relation plus complexe que prévue. En Afrique, la littérature associe souvent la dégradation du milieu environnant  à l’émigration. Une recherche menée au Mali à la fin des années 90 montre que 80% des chefs de famille ont, au moins, un parent émigré. Cette mobilité,  liée à des opportunités économiques et au besoin de diversifier ses sources de revenus, n’est  pas une réponse directe à la désertification et à la dégradation des terres. Dans la même région, lors des sécheresses des années 1983-1985, les tendances migratoires révèlent une augmentation des  mouvements temporaires, pratiqués sur des distances courtes. Pendant que les migrations internationales, de longue durée, diminuent. Des études plus récentes révèlent qu’au Burkina-Faso, le manque de pluies favorise les migrations temporaires, de campagne à campagne. La migration vers les villes, ou  vers un autre pays, démarche plus onéreuse qui concerne une minorité éduquée, disposant d’un réseau social et d’un accès aux transports, est une tendance qui signale un meilleur contexte climatique et économique. Il faut de l’argent pour partir plus loin. Au Népal, la dégradation des terres et des conditions environnementales enclenche une mobilité locale, majoritaire. Même si une minorité, plus éduquée, se risque vers les villes. Le changement climatique affectera sans doute, de façon plus sévère, des communautés marginalisées, là où les autorités locales auront du mal à gérer la compétition pour la ressource.  Mais celles-là sont de toute façon moins mobiles.  A l’opposé de ceux-là, les populations pastorales qui depuis longtemps développent des stratégies d’adaptation aux brusques changements de conditions d’existence .(2) Mais au Mali et au Burkina-Faso, le mauvais état des pâturages, la pression sur les ressources fourragères, et l’émergence de poches de sécheresses, contrarient une stratégie de groupe, basée sur la mobilité et  la transhumance saisonnière. (3)

Rester ou revenir.

La relation entre accidents extrêmes, ouragans, inondations, surtout quand elles s’accompagnent de glissements de terrain, est plus violente. Et plus immédiate. La plupart des gens abandonnent leur maison et leur village pour s’installer ailleurs. Ces déplacés, souvent très vulnérables, rentrent chez eux le plus vite possible pour reconstruire leur maison, et tenter de se glisser à nouveau dans leur vie d’avant. Après le Tsunami de 2004, peu d’Indiens touchés par la violence de la vague quittent la région. La mobilisation rapide de l’aide internationale,  celle de la diaspora, expliquent sans doute cette migration contenue. Toujours en 2004, après  la tornade qui balaie le Bengladesh , peu de gens émigrent. L’aide est rapide, efficace. Et l’évènement jugé trop exceptionnel par les habitants pour se reproduire. Après le tremblement de terre de Kobe en 1995, 300.000 personnes  sont déplacées. Six mois plus tard, « seuls » 50.000 ne sont pas rentrés. Le manque d’assistance et un contexte socio-économique pré -existant peuvent aussi expliquer les départs. Après l’Ouragan Katrina qui dévaste les côtes de la Nouvelle Orléans en 2005, les communautés pauvres, les plus exposées et les plus affectées par la catastrophe, sans assurance pour rebondir, quittent définitivement la Nouvelle Orléans. Les plus riches,  mieux protégés, restent en ville. Tendance au retour encore nuancée par les  Philippines, où plusieurs années après l’éruption du Mont Pinatubo en 1991, les gens vivent  toujours dans des camps provisoires. Il faut dire que l’explosion, particulièrement violente, laisse un demi-million de sans abri. Concernant les personnes touchées par une élévation du niveau marin, elles seront sans doute moins nombreuses à partir que les 600 millions véritablement exposés à une mer plus haute. Ironiquement, les zones les plus sensibles, les villes côtières, sont aussi des espaces d’accueil pour de nombreuses populations immigrées. (2)

Petits migrants, grande échelle.

Réponse à une lente dégradation des terres, à une sécheresse que l’on voit s’installer, à un processus de désertification, et à la pauvreté, une diversification des revenus portée par une mobilité circulatoire. La migration-circulation, mobilité temporaire effectuée sur une courte ou moyenne distance, devrait notamment dominer dans les régions caractérisées par une agriculture pluviale. Ces chefs de famille qui migrent vers les centres urbains ou vers d’autres zones d’activités, là où il existe un marché de l’emploi, travaillent quelques mois dans l’industrie ou la construction. Ils envoient régulièrement de l’argent à la maison.  D’autres travailleurs émigrent vers des régions agricoles, soumises à un calendrier des récoltes décalé.  En Chine, une étude du Ministère de l’Agriculture menée en 2004 estime que les revenus non agricoles, et les transferts d’argent en provenance des migrants, sont en train de dépasser la part des revenus de l’agriculture dans le budget des ménages. En Inde, ces versements extérieurs comptent déjà pour le tiers des revenus annuels des ménages les plus pauvres et des sans- terre. En Afrique, les revenus non agricoles représentent 30 à 50% du budget des familles rurales. Proportion qui grimpe à 80-90% pour l’Afrique du Sud. Au Bengladesh, à la fin des années 80, les gains du commerce, des services, et les transferts d’argent commencent à remplacer un revenu agricole, en baisse. Ces mouvements temporaires, circulatoires ou saisonniers, souvent oubliés des statistiques, fonctionnent déjà à grande échelle. Au début des années 90 en Thaïlande, le tiers des migrations temporaires est aspiré par Bangkok et sa région au cours de la saison sèche, quand la main d’œuvre rurale est moins précieuse. En Inde, chaque année, 20 millions de personnes émigreraient de façon temporaire, des régions sèches vers les régions irriguées, plus gourmandes en main d’œuvre. La mécanisation de l’agriculture et le développement du BTP  favorisent la mobilité vers les centres urbains. Dans l’Etat du Bihar , cette migration temporaire vers les villes est passée de 3%, au début des années 80 à 24% en 2000.(2)

Retour.

Une migration-circulation plutôt qu’une émigration internationale, et définitive. Car il existe aussi une forte aspiration au retour. Au Burkina-Faso, les migrants temporaires, ceux qui passent les frontières nationales, ceux qui émigrent en ville, et ceux partis travailler dans d’autres  campagnes, rentrent chez eux au cours des deux années qui suivent leur départ. Au Vietnam, le Delta du Fleuve Rouge est un réservoir de main d’œuvre temporaire qui alimente les villes et le secteur de la construction. Les émigrés s’absentent quelques moins, avant de revenir. A l’aube des années 2000, 60% des migrants employés dans l’industrie et la construction  des villes côtières chinoises rentrent chez eux chaque année. Seuls 15 à 30% ont l’intention de rester. Insécurité de l’emploi, coût de la vie, habitat précaire, les conditions d’existence en ville favorisent cette circulation. Pendant que la dégradation de l’environnement dans les campagnes continue de gonfler les flux vers les villes. Mais beaucoup imaginent un retour au pays. Des enquêtes menées dans les villes africaines montrent que, riches et pauvres, rêvent d’une propriété en brousse, souvent dans leur village d’origine. Une façon de se protéger contre les crises politiques et économiques, un investissement essentiel pour les plus pauvres. (2)

 

M.J

 

Il y a aussi ceux qui ne veulent plus rentrer……

 

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(1) “Climate-Related Migration Often Short Distance and Cyclical, Not International”, World Watch Institute , 13-11-2012

http://www.worldwatch.org/climate-related-migration-often-short-distance-and-cyclical-not-international-0

(2) “Crisis or adaptation? Migration and climate change in a context of high mobility”,

Cecilia Tacoli, IIED, Prepared forExpert Group Meeting on Population Dynamics and Climate Change – UNFPA and IIED

In Collaboration with UN-HABITAT and the Population Division, UN/DESA

24-25 June 2009

http://www.unfpa.org/webdav/site/global/users/schensul/public/CCPD/papers/Tacoli%20Paper.pdf

 

(3)«  Vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle des populations pastorales du Mali et du Burkina Faso : une approche par les risques », Abdrahmane Wane, Ibra Touré, Véronique Ancey, CIRAD-PPZS, Dakar – Sénégal,  Réunion du Réseau de Prévention des Crises Alimentaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, Accra, 14, 15 et 16 décembre 2010

http://www.food-security.net/medias/File/rpcaaccra2010Abdrahmane_Wane_CIRAD.pdf


Publié le 22 novembre 2012 par marlene dans Climat,Migrations.
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