Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La faim justifie peu les moyens.

Bonjour,

La crise alimentaire, un sujet qui me préoccupe, j’en ai déjà beaucoup parlé. Le sommet de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), réuni à Rome la semaine dernière pour tenter de définir une stratégie alimentaire mondiale, est un fiasco. Jean Ziegler, ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation est en colère : « l’intérêt privé s’est imposé, au lieu de l’intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d’aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre »… Selon Jean Ziegler, la Conférence n’a pas répondu à trois questions majeures: les biocarburants, la spéculation, et le soutien à une petite agriculture de subsistance dans les pays pauvres.

Le bilan se résume à deux promesses, un concentré de bonnes intentions. Le nombre de personnes souffrant de la faim devrait être réduit de moitié, d’ici  2015. Ce qui revient à régler, demain, le sort d’une bonne partie des 860 millions de personnes qui souffrent, aujourd’hui, de malnutrition. Autre promesse, 6,5 milliards de dollars de dons pour lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde. Dans le document final, Cuba a obtenu à l’arraché que « les aliments ne soient pas utilisés comme des armes de pression politique unilatérale ». Plus une mention pour un « droit à l’alimentation ». 

 

 

Il y a quelques semaines, Libération se rappelait de 1968, et titrait : « Sahel, le début de la faim ». 1968, c’est l’année qui annonce trois décennies de sécheresse, et un processus de désertification associé, dans cette bande aride qui évolue entre le Sahara, au nord, et l’espace tropical, au sud. Cette zone du continent africain, qui va de l’Atlantique à la Mer Rouge, s’appelle aussi Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, nord du Bénin, et du Nigeria, et plus à l’est, Tchad, et Soudan. En 1972, la sécheresse décime les troupeaux, et affame les populations. Jeune Afrique rapporte alors : « Le spectacle est devenu familier à Cotonou. On se bouscule, on se piétine, on se bagarre même pour pouvoir acheter quelques kilos de maïs. La nourriture de base dans le pays est devenue rare. La mesure locale (5 kilos environ) qui coûtait en temps normal 75 à 100 francs CFA s’achète aujourd’hui 750 à 825 francs ! »…Plus loin, « L’année suivante, les « guetteurs de famine de la FAO », comme ils sont surnommés, lancent un appel alarmant, relayé par les médias occidentaux : « Six millions d’hommes sont menacés de mort en Afrique ». Un tiers de la population sahélienne. Jeune Afrique écrit : « Un fléau d’un autre âge, la famine, menace hommes et bêtes. » ». 

Sécheresses, désertification, biocarburants, spéculations, déséquilibre du commerce alimentaire, le problème de la faim a toujours beaucoup d’explications, suscite beaucoup d’indignation, prétexte à bonnes intentions, mais n’inspire pas beaucoup de vraies solutions. Il a raison d’être en colère, Jean Ziegler.

M.J


Publié le 9 juin 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
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Le goût du riz japonais.

Bonjour,

Mauvaise nouvelle pour les habitants des quartiers pauvres des grandes métropoles des pays en développement, les prix agricoles resteront élevés pendant les dix prochaines années. La nourriture, appelée à devenir plus accessible qu’en ce moment, pèsera encore sur budgets des ménages les plus pauvres. L’alimentation restera plus chère qu’au cours de la décennie précédente, avec des variations importantes. Ce scénario est décrit dans les « Perspectives agricoles », publication conjointe de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique ) et de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture.) Pendant que la FAO, réunie en ce moment à Rome, tente de définir une stratégie pour sortir de la crise alimentaire, le Japon propose ses stocks de riz aux Philippines, et à l’Afrique. Producteur excédentaire, et importateur de riz malgré lui, le Japon a des réserves à écouler.

Le Japon, neuvième producteur mondial de riz, près de 9 millions de tonnes en 2007, est obligé d’en d’importer des Etats- Unis, de Thaïlande, ou du Vietnam, pour coller à la réglementation de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Chaque année, 770.000 tonnes de riz sont débarquées sur l’archipel. (1) (2) Ces riz importés, peu adaptés au goût japonais, et délaissés au profit de la production locale, sont stockés. Ces réserves s’ajoutent à la surproduction locale. Et dans un pays, traditionnellement associé à la riziculture et au riz, on en consomme moins qu’avant. Changement de régime pour des Japonais qui mangent plus de pâtes, de pain, et de plats occidentaux, mais qui avalent quand même, en moyenne, plus d’un kilo de riz par personne, et par semaine. Pendant que de nombreux pays producteurs de riz stockent leurs réserves, notamment pour ne pas en manquer chez eux, le Japon a décidé d’exporter. Le pays a l’intention de vendre 200.000 tonnes de riz aux Philippines, et 20.000 tonnes à cinq pays africains.

On pense que la culture du riz au Japon remonte à 2500 ans. C’est le « pays du riz abondant », satisfaction japonaise. Le riz est la principale culture des campagnes de l’archipel, les rizières occupent près de 40% des terres cultivées.(3) Les parcelles sont petites, moins d’un hectare en moyenne, avec une production très mécanisée. Le riz, semé dans la quasi-totalité des 2,3 millions d’exploitations du pays, reste une activité secondaire pour la majorité des agriculteurs, taille des parcelles explique. A l’échelle du pays, la riziculture pèse d’ailleurs moins dans l’économie que par le passé. Le riz japonais, subventionné et protégé par des droits de douane qui contrarient son commerce, est un riz cher. Sur le marché international, et au Japon. Le gouvernement protège ses riziculteurs, qui sont aussi des électeurs. Si tout le pays cultive des variétés améliorées du riz Japonica, c’est le Koshihikari qui a la cote, dans les rizières, et dans les bols. Au Japon, le goût du riz est un critère d’importance.(1)(2)

Il y a quelques mois, le gouvernement japonais s’est inquiété du réchauffement climatique, et de ses conséquences sur la production de riz. Durant la dernière décennie, la température moyenne de l’archipel s’est élevée de 0,2°C à 1°C, par rapport aux trois décennies antérieures. Les scientifiques, qui cherchent pour le compte du gouvernement, craignent qu’un réchauffement plus important affecte la production, et la qualité d’un riz. La céréale, très sensible aux variations de température à chaque stade de sa croissance, devient très vulnérable en fin de cycle. Un climat plus chaud pourrait faire échouer la pollinisation du riz, ou modifier l’apparence des grains. Mais difficile de prédire le comportement du riz sous des températures plus élevées, quand la force du vent, sa direction, ou l’altitude des cultures, influencent aussi son développement. Reste un point qui préoccupe les japonais, le goût du riz. « Ce serait une honte si le riz japonais, de haute qualité, perdait son goût à cause du réchauffement climatique. », a commenté un habitant de Tokyo.

M.J

(1) « En pleine crise alimentaire mondiale, le Japon ne sait que faire de son riz », Roland de Courson, 23-05-22008 AFP- (2) AIR, Le riz dans le monde, le Japon, FAO, 2004. (3) http://genma.free.fr/ninoto/article.php3?id_article=203


Publié le 3 juin 2008 par marlene dans Actualité,Alimentation,Japon
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Davos: les riches se penchent sur l’agriculture des pauvres.

Bonjour,

Le forum de Davos, 38ème édition, grande messe économique et diplomatique gâchée par la crise financière, vient de se terminer. On y a aussi discuté « insécurité alimentaire », et « crise de l’eau ». Les stocks mondiaux de nourriture sont à leur plus bas niveau depuis les années 80.

Soutenir les petits agriculteurs.

Le problème se formule en quelques données. La demande alimentaire mondiale, portée par une démographie en augmentation, est elle aussi à la hausse. A l’horizon 2050, il faudra nourrir 9 milliards d’individus, contre 6 aujourd’hui. Ce qui n’est pas tout à fait le cas, plus de 850 millions de personnes souffrent actuellement de la faim. Les conflits, les sécheresses, les inondations, l’appauvrissement des sols, le manque de ressources en eau, multiplient les crises alimentaires mondiales. Ce déficit alimentaire est encore aggravé par une flambée des cours des produits agricoles, et par le développement des agro-carburants, dopé par un pétrole cher. Actuellement, une quarantaine de pays pauvres connaissent des difficultés alimentaires. Des émeutes ont eu lieu en Indonésie, au Yémen, en Mauritanie, au Sénégal, et en Guinée. Dans son bulletin « Perspectives de l’alimentation », publié en novembre 2007, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que les pays les plus pauvres,  en déficit alimentaire, ont dépensé 25% de plus qu’en 2006 pour leurs importations alimentaires. Pour la FAO, et Jacques Diouf son directeur, il y a urgence à soutenir les petits agriculteurs et leur famille, dans un monde où 70% des pauvres vivent de la terre.

« Sil y a l’eau, tout marche ».

Des projets, il y en a, des grands et des petits. La FAO a lancé un vaste programme pour aider les petits agriculteurs des pays pauvres à acheter des semences et des engrais, destinés aux cultures vivrières. La FAO en appelle aux donateurs et aux investisseurs privés, pour financer ce qui pèse trop lourd pour le budget d’un cultivateur. Autre initiative, celle de l’AGRA (Alliance pour une Révolution verte en Afrique) qui développe un programme pour améliorer la fertilité des sols. Une enveloppe de 180 millions de dollars US est destinée à plus de quatre millions de petits exploitants africains, pour restaurer un peu plus de 6 millions d’hectares de sols épuisés. Et un exemple, au Nord du Sénégal, dans la région de Matam. Ce petit projet qui mêle agriculture et maraichage, initié par un émigré rentré au pays, vise à redonner vie à des terres devenues incultes par manque d’eau. « S’il y a l’eau, tout marche », confie l’artisan du projet. L’eau, indispensable à l’agriculture, est l’autre crise planétaire envisagée à Davos. Une crise qui sera aggravée par le réchauffement climatique.

M.J.

« Investir dans l’agriculture pour la sécurité alimentaire », une vidéo de la FAO. Zoom sur le Mozambique, où l’investissement privé à boosté l »agriculture.


Publié le 29 janvier 2008 par marlene dans Actualité,Agriculture.
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