Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’azote: « une addiction coûteuse ».

Bonjour,

Pour alimenter de plus en plus de monde, et de plus en plus de bétail, il faudra de plus en plus de céréales, nourries aux fertilisants chimiques à base d’azote. La formule, qui a marché dans les années 60 pour accompagner une Révolution Verte, poussée par une explosion de population, produit des excès. Dans un article intitulé : « The nitrogen fix: Breaking a Costly Addiction” (1), Fred Pearce, journaliste spécialisé dans les questions d’environnement, dénonce les ravages de cette drogue, injectée au siècle dernier dans les écosystèmes terrestres et marins. Et dont les effets secondaires seront difficiles à dissiper. Au départ, le protoxyde d’azote , ou oxyde nitreux,  ou encore N²O, est un puissant gaz à effet de serre, bien plus violent que le CO², dénoncé par le Protocole de Kyoto.  Naturellement produit par la terre et les océans, son cycle a été dangereusement perturbé par les conséquences de l’industrialisation. Parmi les activités responsables, l’agriculture est accusée d’excès. Fred Pearce estime que sur les 80 millions de tonnes de fertilisants azotés déversés chaque année dans les champs, seuls 17 millions produisent de la nourriture. Le reste est gaspillé. Employé sans modération. Adapté à de nouvelles plantes, qui programmées pour grandir aux fertilisants azotés, ne les consomment pas tous. L’efficacité des engrais azotés sur la culture des céréales dans le monde serait tombée de 80% dans les années 60,  à 30% aujourd’hui. Et c’est justement ce gaspillage qui pose problème. Car l’excédent de ces formules azotées est  rejeté dans la nature. C’est par la voie des airs  qu’il pollue les écosystèmes, jusqu’aux forêts primaires les moins accessibles. Mais une grosse partie de ce résidu d’azote finit sur les côtes, dans les mers, et les océans, où il crée des « zones mortes ». L’intrusion de fertilisants dope la production d’algues et de biomasse, qui consomment tout l’oxygène de l’eau, et asphyxient les écosystèmes. Ces particules azotées, emportées par les fleuves Mississipi et Missouri, ont fabriqué une immense « zone morte », qui revient chaque été dans le Golfe du Mexique. De la Mer du Japon à la Mer Noire, où une invasion de méduses a délogé les espèces locales dans les années 80,  en passant au large des plages du nord de l’Adriatique, le nombre de « zones mortes »  prolifère depuis les années 60. Jusqu’à doubler tous les 10 ans. (2) La Mer Baltique  serait étouffée par les plus vastes zones privées d’oxygène de la planète. Fred Pearce en appelle à se désintoxiquer des nitrates qui s’infiltrent dans les écosystèmes, avant de pénétrer nos corps. Il cite une enquête internationale publiée par la  revue Nature, en septembre 2009. L’azote artificiel serait aussi présent dans l’eau que le CO² dans l’atmosphère. Le cycle de l’azote serait l’une des « trois frontières planétaires » que l’homme a franchie – avec la biodiversité et le climat. Jusqu’à perturber la fonction d’habitat de la terre.

M.J

(1) « L’injection d’azote: pour casser une dépendance coûteuse » / « The Nitrogen Fix:Breaking a Costly Addiction”, Fred Pearce, Yale Environment 360, 05-11-2009, http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2207

(2) « Sea ‘dead zones’ threaten fish”, Alex Kirby, BBS News, 29-03-2004 http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/3577711.stm


Publié le 19 octobre 2010 par marlene dans Agriculture.,Pollution de l'eau
Tags :: , ,