Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Biodiversité, à force d’en parler…

Bonjour,

L’ONU vient de tenir conférence sur la biodiversité, à Bonn. Deux semaines pour faire le point sur la destruction des ressources animales, et végétales. En 2002, la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) , née en 92 lors du Sommet de la terre de Rio, avait promis de ralentir la destruction du patrimoine naturel mondial. Six ans plus tard, la biodiversité est toujours malmenée. Dans la dernière version du rapport « 2010 and beyong : Rising the Biodiversity Challenge » , présenté à Bonn, WWF rappelle que plus d’un quart de toutes les espèces animales ont disparu depuis 1970. Le WWF, qui a répertorié 4000 espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères, de reptiles, et d’amphibiens, estime qu’entre 1970 et 2007, les animaux terrestres ont diminué de 25%, les espèces marines de 28%, et 29% pour les habitants des eaux douces. La disparition de la biodiversité, c’est aussi l’effet « boule de neige », celui qui bouscule l’équilibre naturel, perturbe la chaîne alimentaire des habitats biologiques, et pousse les espèces à s’adapter, migrer, ou disparaître. Même si l’étude reconnaît que certaines espèces connaissent un regain, le processus global d’extinction continue. Les progrès promis pour 2010 par la CDB, ralentir le rythme d’appauvrissement de la biodiversité planétaire, devront attendre.

Pêche industrielle, demande énergétique, désertification, et déforestation, et leurs conséquences, production de CO² et dégradation du climat, participent à la destruction de la faune et de la flore à la surface de la planète. La déforestation a d’ailleurs été développée à Bonn. Les écosystèmes forestiers, qui abritent plus de moitié de la diversité biologique de la planète, sont sur-exploités, ou détruits. WWF, qui dénonce l’industrie du bois, épingle encore les plantations industrielles, soja et huile de palme, qui s’installent à la place des forêts. Selon le WWF, 13 millions d’hectares de forêts sont détruites chaque année, avec près de 20 % des gaz à effet de serre en prime. Les forêts tropicales, particulièrement riches, sont aussi les plus menacées. En Indonésie, en Afrique, en Amérique, la déforestation avale l’équivalent d’un terrain de football toutes les deux secondes. (1)
La biodiversité, c’est aussi l’agriculture, et l’accès à la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire, Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique, a souligné: « La protection de la biodiversité mondiale est essentielle à l’approvisionnement alimentaire mondial.  » Et, « Si le taux actuel d’extinction continue, il sera difficile de fournir suffisamment de nourriture à une population mondiale qui devrait atteindre neuf milliards d’ici la moitié du siècle. » (2) Depuis un demi siècle, les surfaces cultivées se sont très rapidement étendues, un record comparé aux deux siècles précédents. La dégradation des écosystèmes a suivi le même rythme. La biodiversité ne concerne pas que les 4000 tigres du Bengale, chiffres de 1984, elle parle d’eau, de nourriture, de médicaments, ou de conditions de vie décente pour des millions d’individus.

Hamid Zakri, professeur à l’université de Kebangsaan en Malaisie, et ancien membre de la Convention sur la diversité biologique, doute de l’intérêt porté à la biodiversité, classée bonne dernière des préoccupations environnementales. Depuis 2000, époque de ses doutes, la cause a sans doute fait plus d’adeptes. Mais, toujours en 2000, il s’interroge : « Mais lorsque la voie de la conservation de la nature s’éloigne de celle des avantages économiques, en proposant des mesures qui préserveraient des biens écologiques au détriment du développement, quel chemin les parties choisiront-elles ?… » Et puisqu’on parle d’argent, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel rapporte que chaque année, la disparition d’espèces animales et végétales représente 6% du PNB mondial, l’équivalent de 2000 milliards d’euros. (3)M.J

(1) http://www.amisdelaterre.org/Les-forets-tropicales-en-danger.html (2)« Not enough done to protect biodiversity », Julio Godoy, Inter Press Service, 21 mai 2008 (3)La journée internationale de la diversité biologique 22 Mai 2008, Bonn, le 22 mai 2008- (4)« « Almost 200 countries attend biodiversity conference », AP, Taipei Times, May 20, 2008.


Publié le 30 mai 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité
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La Birmanie sinistrée.

Bonjour,

Quelques jours de vacances, à peine, un ordinateur en panne, et la Birmanie en tête. Le cyclone Nargis qui a dévasté la côte Sud de la Birmanie – devenue le Myanmar – et le vaste delta de l’Irrawaddy, est sans doute l’une des pires catastrophes,  naturelles et humaines, de ces dernières années. Près 62.000 morts et disparus selon l’AFP, bilan encore provisoire qui esquisse une partie du désastre une dizaine de jours après la catastrophe. Près de deux millions de personnes, sans-abri, attendent toujours les secours.  Bilan désastreux, les Autorités birmanes auraient tardé à diffuser des bulletins météo alarmants en provenance de l’Inde, 48H00 avant le passage du cyclone. Des informations erronées, sur la route et l’intensité de la tempête tropicale, auraient encore brouillé les alertes météo. Les habitants d’une région qui concentre près de la moitié de la population de Birmane, pourtant habitués à ces manifestations tropicales, n’étaient pas préparés à affronter un tel déchaînement climatique. Au total, près de 5000 km² de terres ont été inondées, et une cinquantaine de localités touchées par les effets du cyclone. Certaines régions du delta de l’Irrawaddy sont détruites à 80%.(1) Des images satellites montrent une géographie modifiée.
 

La junte détourne l’aide.

Le delta de l’Irrawaddy, situé sur la pointe Ouest, s’ouvre la Mer d’Andaman, et l’Océan Indien. Comme l’ensemble des plaines deltaïques, en Asie et dans le monde, c’est une zone très peuplée. Difficile de trouver des estimations, mais la presse évoque 24 millions de personnes dans la zone touchée par le cyclone.(1) Une autre source estime que 6 millions d’habitants vivent dans la zone de l’embouchure. Et que Rangoon, l’ex-capitale, compte 6,5 millions d’habitants. (2) Peu importe les chiffres, ces zones deltaïques, fertiles et aménagées, attirent de fortes populations, et concentrent les cultures. Le delta de l’Irrawaddy est  le « bol de riz » de la Birmanie. Selon la FAO, la région sinistrée par le cyclone produisait 65% du riz birman. Désastre alimentaire confirmé, 80% de l’aquaculture du pays provient du delta de l’Irrawaddy, et  50% de l’élevage, volailles et porcs. La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, réclame 10 milliards de dollars US pour assister les communautés d’agriculteurs et de pêcheurs, désoeuvrés par le cyclone Nargis. Cinq des régions les plus sinistrées, Ayeyarwady, Rangoon, Bago, Mon, et Kayin, sont aussi celles qui produisaient les plus grosses quantités de riz et de poissons du pays. La FAO craint pour la sécurité alimentaire du pays. C’es aussi l’avis de l’aide internationale, freinée par la junte militaire. Il y a quelques jours, le Programme alimentaire mondial (PAM) suspendait ses livraisons, après la décision de la junte militaire birmane de saisir deux cargaisons de biscuits énergétiques, destinés à la population.(3) Selon l’ONU, une dizaine de jours après la catastrophe, les opérations de secours n’ont permis de répondre qu’à 10% à 20% des besoins en eau potable, vivres et matériels.(AFP) Déjà, une catastrophe sanitaire se dessine.

Cyclones et climat.

Si le cyclone Katrina, qui a ravagé la Nouvelle Orléans en 2005, a introduit l’idée d’une relation entre la crise climatique et l’activité cyclonique, la question fait débat dans le monde scientifique. Si le nombre de cyclones et de tempêtes tropicales dans les l’ensemble des bassins de la planète est resté stable des années 70 aux années 90, leur intensité aurait augmenté.

« Les mangroves protègent les hommes qui protègent les mangroves. » 

La question de la mangrove, et de la déforestation des zones côtières exposées, est une piste plus certaine. Elle avait déjà été soulevée lors du Tsunami de 2004. Pour nombre d’observateurs, la disparition de la mangrove dans la zone du delta de l’Irrawaddy, aurait accentué le phénomène du cyclone. Ou plutôt, ne l’aurait pas freiné. Une étude réalisée en 2004, après le Tsunami, a révélé que les zones protégées par une mangrove en bonne santé avaient moins souffert, moins de destructions et moins de morts, que les zones offertes aux vagues par la déforestation.(4) En 2005, lors du troisième symposium sur les zones humides asiatiques (Asian Wetlands symposium ), des experts ont montré que la mangrove, rempart aux vagues, avait atténué l’impact du tsunami. Les mangroves, qui freinent l’érosion marine, retiennent aussi les sédiments en colonisant les vasières, ce qui permet, au moins, de stabiliser la ligne de rivage. Et au plus, de l’étendre. (5) « Les mangroves protègent les hommes qui protègent les mangroves ».


Une mangrove malmenée par la déforestation et l’activité de la crevette.

Dans le Delta de l’Irrawaddy, les rizières se sont installées à la place des forêts de mangrove. Il y a longtemps. La Birmanie est alors un gros producteur mondial de riz. Quand la junte militaire s’installe au pouvoir en 1962, le pays arrête les exportations, et les riziculteurs sont obligés de vendre sur le marché intérieur, à un prix plus bas que les cours. Aujourd’hui, la déforestation dans les montagnes du centre, qui dégrade les sols et amorce des processus de sédimentation dans le fleuve Irrawaddy, participe à la disparition de la mangrove du delta. La vase qui s’y dépose fragilise les systèmes de mangroves. Le ravage est tel que la mangrove de Birmanie apparaît comme l’une des plus dégradées de l’Indo – Pacifique. D’autre part, les exploitations industrielles de poissons et de crevettes, destinées à l’exportation, ont colonisé les zones de mangroves. L’activité de la crevette, peu respectueuse des hommes et de l’environnement, s’est rapidement développée depuis une dizaine d’années, notamment sur la zone côtière. Cette activité, conjuguée aux taux de sédimentation, pourrait faire disparaître la mangrove de Birmanie. (6)

« Nous craignons une seconde catastrophe si nous ne sommes pas capables d’apporter une aide rapide et un effort logistique comparable à notre réponse au Tsunami », craint Elisabeth Byrs, porte parole des Nations Unies pour les Affaires humanitaires. L’avertissement est diffusé par The Irrawaddy  News Magazine

 M.J

 

(1) « Birmanie : un million de sinistrés », Jacques Follorou, Olivier Truc, Le Monde, 9 mai 2009- « Quand la Birmanie acceptera-t-elle de l’aide ? », François Meurisse, Libération, 8 mai 2008- (2) »A look at Myanmar’s cyclone-devastated Irrawaddy delta », Associated Press, 6 may 2008-(3) Romandie News – 9 mai 2008- (4) « Magrove loss put Burma at Risk », Mark Kinver, BBC News, O6-05-2008- (5) « De l’importance des liens géographie physique/ géographie humaine pour comprendre les risques de subermersion des deltas surpeuplés », Sylvie Fanchette, Hérodote, N°121, 2° trimestre 2006, p 14- (6) «  Birmanie : la déforestation en amont et la culture de la crevette détruisent les mangroves. », Bulletin du WRM. N°65- Asie/ Décembre 2002/ http://www.wrm.org.uy/bulletinfr/65/Asie.html

 


Publié le 14 mai 2008 par marlene dans Actualité,Climat,déforestation
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