Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Brown revolution »

Bonjour,
La « brown revolution », ou « révolution marron », couleur peau de vache, est une expérience assez insolite, menée au Zimbabwe. Elle vise à restaurer des sols et des écosystèmes dégradés en intégrant des troupeaux dans des paysages enclos. Le concept, qui bouscule l’idée que le bétail est l’ennemi de l’environnement, est porté par Allan Savory, biologiste zimbabwéen. En 2009, il fonde le Savory Institute, un organisme à but lucratif chargé de relayer la « brown revolution », une pratique environnementale née d’une vision holistique. Ce courant,  né dans les années 20, considère la nature come un « tout », où chaque élément influence les autres. Acquis à cette conception, Allan Savory considère que le changement climatique, la perte de la biodiversité, et la désertification des terres ne sont pas trois problèmes distincts, mais connectés. La dégradation de la biodiversité résulte de la désertification et du changement climatique, exacerbé par l’usage d’énergies fossiles. Dans ce contexte, s’il y a respect de la biodiversité, la désertification n’a pas lieu. Mais revenons à nos troupeaux, dont les sabots sont les outils de cette biodiversité. Dans un article publié par la Green Universtity, Allan Savory évoque d’immenses hordes de bisons, un défilé qui dure des heures, labourant les pâturages de leurs sabots, bien groupés pour échapper aux prédateurs. Ils piétinent l’herbe, tassent la végétation morte sur le sol, tandis que les graines utiles pénètrent  la terre pour germer. Ces plantes sont recouvertes d’un tapis de végétaux secs, qui favorise la pénétration de l’eau, et la retiennent. Cette humidité, qui tempère la surface du sol, stimule le renouvellement des prairies après le départ des bisons. Cette conception de la lutte contre la désertification se pratique dans des espaces clos et mouvants. Les bisons piétinent groupés, avant de partir fouler d’autres prairies. L’African Center For Holistic Management (ACHM), partenaire  de terrain du Savoy Institute, a expérimenté ce pâturage, très encadré, au Zimbabwe. (1) (2)

Au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment.  

L’expérience est développée dans la région de Dimbangombe, à proximité des Chutes Victoria sur le fleuve Zambèze, frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le Zimbabwe, situé en climat tropical, avec une saison des pluies d’octobre à mars, et une saison sèche équivalente,  est une terre de hauts plateaux, autrefois couvert de forêts. La pauvreté,  la croissance de la population, et des besoins en bois, pour brûler et pour construire, ont nourri la déforestation. Des sécheresses à répétition ont contribué à l’appauvrissement des sols. La situation est telle que l’UNEP (2008), le Programme des Nations Unies pour l’environnement, place l’érosion des terres agricoles et la déforestation au cœur de la problématique environnementale du Zimbabwe. (3) Près des Chutes Victoria, le projet, inscrit sur une exploitation de 2900 hectares, a redonné vie à l’écosystème du fleuve Dimbangombe. Les troupeaux, bétail et chèvres, ont d’abord été gonflés de 400%. Chaque jour, les bêtes ont été incitées à consommer des pâturages, en fonction du calendrier de renouvellement de cet écosystème. Pas de stress sur les troupeaux pour les maintenir sains et productifs. Il a fallu ensuite construire des infrastructures, légères et pratiques, pour accompagner la migration des animaux. Tout en les protégeant des lions, des léopards, des chiens sauvages, ou des hyènes, qui viennent rôder pendant la nuit. Chaque semaine, la ferme ambulante a été déplacée sur des sites différents, afin de multiplier les espaces de fertilisation, enrichis grâce aux sabots des animaux, et par leurs déjections. Malgré des sécheresses de 2004 à 2007, là où le sol était nu, l’herbe pousse à nouveau. La rivière s’est remise à couler dans un environnement reconstitué. ACHM Zimbabwe résume les lois d’un pâturage bénéfique « Un troupeau, au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment. »  (4)

Sans bétail, le désert.

Canada, Mexique, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, ou Nouvelle Zélande, la pratique holistique concerne aujourd’hui un peu plus de 16 millions d’hectares dans le monde. Le Savory Institute forme des « missionnaires», éducateurs et consultants, qui travaillent en Namibie, au Kenya, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie. Le Savory Institute cherche à conquérir de nouveaux territoires pour y développer sa pratique de restauration des écosystèmes, et conquérir l’approbation du monde scientifique. Reste une vision holistique qui bouscule quelques idées reçues. « Au cours du dernier million d’années, nous n’avons développé que trois outils majeurs pour gérer notre environnement en général. Ces outils sont la technologie, le feu, et le repos biologique ». résume Allan Savory dans une publication de  l’UNEP,(5). Or, la technologie, qui ne peut remplacer le cycle végétatif des prairies, n’est pas la bonne option. Le feu, utilisé depuis toujours pour la santé des pâturages, les oxyde, les expose, et libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. Quant au repos des terres dans des espaces soumis aux pluies saisonnières, il favorise l’oxydation, la mort des végétaux, la nudité des sols, la désertification, et le changement climatique. La vision holistique veut que ces terres là soient dérangées par des troupeaux pour se reconstituer. Sans l’intervention du bétail, elles tournent rapidement au désert.

M.J

(1) “Holistic Management, A New Framework for Decision Making »
by Allan Savory with Jody Butterfield” http://www.greenuniversity.net/Ideas_to_Change_the_World/AllanSavory.htm

(2) Africa Center for Holistic Mangement, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Center_for_Holistic_Management

(3) « Africa: Atlas of Our Changing Environment »  , The United Nations Environment Programme (UNEP), 2008. http://na.unep.net/atlas/africa/downloads/chapters/Africa_Atlas_French_Intro.pdf

(4) Grazing Planning – Africa Center for Holistic Management (ACHM), Zimbabwe. Moving cattle « in one herd, to the right place, for the right reasons, at the right time ». From a Video by Seth J. Itzkan

(5) « We need a brown revolution”, Allan Savory, Healthy soil, healthy earth,, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf


Publié le 18 janvier 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Agriculture.,Biodiversité,Climat,déforestation,Désertification.,eau,elevage
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La décennie des déserts.

Bonjour,

En Chine, réputée pour être l’un des plus beaux exemples de désertification de la planète, la région des « Trois Nord », Nord-Est, Nord, Nord-Ouest, est à 98% désertique. Ce constat englobe le désert de Gobi et les terres gagnées par les sables. Selon Lester Brown, Directeur du Worldwatch Institute, entre 1950 et 1975, chaque année, 3600 km2 de sols sont devenus infertiles. Au cours du demi-siècle passé, le sable a colonisé plus de 24.000 villages, chassant les populations. A l’échelle du pays, 30% du territoire est convoité par le désert. (1) En Inde, 68% des terres de l’Etat du Gujarat est soumis à la désertification, ou à un processus de dégradation des sols. Une situation plus alarmante que celle du Rajasthan voisin, 66% de déserts dont une grande partie du Grand Désert Indien. Au Gujarat, l’érosion  hydrique, la salinisation, la dégradation de la végétation, ou l’action du vent, ont épuisé les terres. Un cheptel de plus de 18 millions de têtes a favorisé cet appauvrissement du milieu. (2) La démographie, plus de bouches à nourrir, et l’élevage, des troupeaux plus gros, rendent la désertification très lisible dans les pâturages africains. Entre 1950 et 2007, le continent a vu sa population passer de 227 à 960 millions d’habitants. Le bétail a suivi une courbe analogue pour atteindre 824 millions de têtes au début de ce siècle. La désertification, facile à cartographier au Moyen Orient et en Asie Centrale, a franchi les frontières de l’espace en développement. Les écosystèmes de l’Europe méditerranéenne, surexploités et asséchés, sont rongés par la salinisation et soumis à des sécheresses plus fréquentes. L’olivier, dont l’huile tient la vedette d’une cuisine à la mode, très gourmand en eau et abondamment irrigué, est accusé de convertir doucement certaines régions d’Italie, de Grèce, d’Espagne, ou du Portugal, en petits déserts. En Espagne, 35% du territoire risque la désertification. (3)

Un espace vital contenu dans une vingtaine de centimètres….

Pour Luc Gnacadja, le secrétaire executif de l’UNCCD, l’organisme des Nations Unies qui combat la désertification, la productivité des terres est une question essentielle, « Le plus grand défi environnemental de notre temps ».(4) Une menace pour les écosystèmes et la sécurité alimentaire qui tient dans une vingtaine de centimètre de sol, située entre nos pieds et la début de la couche stérile. Quelques centimètres qui nous permettent de produire de la nourriture et de l’eau, de faire pousser des forêts, ou de stocker du carbone pour adoucir le réchauffement climatique. Depuis le début des années 80, à l’échelle planétaire, cette couche productive continue de disparaître au rythme de 1% par an. (4) Or le renouvellement de cet écosystème est un processus lent. Lester Brown estime qu’il faut entre 200 ans et un millénaire pour enrichir à nouveau 2,5 cm de sol. Le substrat qui a permis aux civilisations de se développer, 16 cm ou plus, s’est formé au cours d’un long processus géologique, à peine dérangé par l’activité humaine. Sa dégradation s’est accélérée avec la multiplication des communautés humaines et des troupeaux. L’érosion des sols, peut-être1 mm par an, n’est pas toujours perceptible. Ce qui l’éloigne des priorités. Mais au bout de quelques années, le sol perd quelques dizaines de millimètres qui mettront des siècles à se reconstituer. Avant d’être complètement stérile, la terre, privée d’eau, de matières organiques, et de nutriments, devient moins généreuse. Un espace agricole qui fonctionne avec la moitié de ses matières organiques donnera 25% de céréales en moins. Selon la FAO, l’équivalent de 10 millions d’hectares de terres productives, rongés par l’érosion ou saturés d’eau et de sel, disparaissent chaque année. Et 20 millions supplémentaires deviennent carrément infertiles. (1)

Des guerres et des arbres.

L’UNCCD, qui vient de lancer la Décennie des Déserts et de la Lutte contre la Désertification, place l’érosion des sols en perspective avec les projections démographiques. Comment faire pour nourrir une population mondiale augmentée de 2 milliards en 2050, addition qui pousse l’humanité vers les 9 milliards ? La  production de nourriture, qui devra augmenter de 40%, devra aussi s’accommoder d’un territoire estimé à 11% des terres de la planète, amputé d’espaces devenus stériles. Avec un déséquilibre de départ, une désertification mondiale différenciée, accentuée dans l’espace en voie de développement. La dégradation des terres, articulée à des sécheresses plus fréquentes, pourrait produire des conflits pour la terre comme au Darfour, en Somalie, multiplier les tempêtes de sable comme celles qui voyagent du désert de Gobi jusqu’aux poumons des habitants de Séoul, en Corée, ou favoriser des crises alimentaires. La sécheresse en Australie annonce une envolée des prix en 2007-2008. Celle de Russie crée les mêmes effets en 2010. Luc Gnacadja, Béninois, ex- Ministre de l’Environnement, rêve d’une aide au développement qui associerait la désertification aux autres crises, insécurité alimentaire, pauvreté, eau, énergie, et changements climatiques. Lors du discours prononcé à Londres pour annoncer la décennie de la désertification, il rappelle qu’en 2007, 80% des conflits armés se déroulent dans des régions vulnérables, ou affectées par la désertification. Il rêve aussi à « Plus d’hommes, plus d’arbres », comme au Kenya, au Niger, ou en Inde, où l’on plante des arbres pour limiter l’érosion des sols. Sans oublier la « Grande Muraille verte » qui doit ceinturer le continent africain, de Dakar à Djibouti. (5)

M.J

(1) “Soil erosion threatens to leave Earth hungry”, John Vidal, Guardian Weekly, 14-12-2010. http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/14/soil-erosion-environment-review-vidal

(2) 2. “68% of Gujarat land is turning into desert; it’s 66% in Rajasthan’s case!”, Jumana Shah, DNA, 27-12-2009. http://www.dnaindia.com/india/report_68pct-of-gujarat-land-is-turning-into-desert-it-s-66pct-in-rajasthan-s-case_1327930

(3) TV chefs blamed for turning Mediterranean into a desert as demand for olive oil surges, This is London, 14-12-2010http://www.thisislondon.co.uk/news/article-23544950-tv-chefs-blamed-for-turning-mediterranean-into-a-desert-as-demand-for-olive-oil-surges.do#readerComments

(4) « Desertification is greatest threat to planet, expert warns », Damian Carrington, The Guardian, 16-12-2010,http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/16/desertification-climate-change

(5) “At the European launch of the United Nations Decade for Deserts and the Fight against Desertification (2010-2020), Statement of Luc Gnacadja, London, 16-12-2010http://www.unccd.int/publicinfo/docs/Europe%20Launch_of%20UN-DDD%20-%20London_16%20Dec%2010.pdf


Publié le 6 janvier 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Désertification.
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Désertification: les ressources du Sahel.

Bonjour,

« Il n’y a plus de brousse, il n’y a plus de bêtes sauvages, les gens sont devenus nombreux, les pluies ont diminué, la terre est fatiguée ». Constat d’un paysan sahélien. (1) La désertification des terres, thème mondial de la décennie 2010-2020, met en relation « aridité » et « pauvreté ». « Le Million d’oubliés », une publication des Nations Unies, et de l’UNCCD, l’organisme qui combat la désertification, souligne que dans certaines régions le bien être des populations, l’alphabétisation des femmes et la survie des enfants, décline quand l’aridité augmente. Au Ghana, qui a  divisé par deux la grande pauvreté et la faim, très en avance sur le calendrier des Objectifs du Millénaire, des poches de misère résistent dans les régions les plus arides du pays. Mais ces paysages privés d’arbres, aux sols enfouis sous une épaisse croûte stérile, qui n’ont rien à offrir, ni aux gens, ni au bétail, sont aussi un cliché. Une étude sur le Sahel, synthèse de plusieurs projets de restauration de terres dégradées dans quatre pays, Niger, Burkina Faso, Mali, et Sénégal, révèle des paysages reverdis après plusieurs années d’efforts,  un peu de savoir-faire, et quelques moyens. (1) La désertification n’est pas toujours irréversible. On ne le dit pas assez.

Zaï, cordon pierreux, et demi-lune.

Le Sahel, vaste frange située au Sud du Sahara,  traverse l’Afrique d’Ouest en Est, du sud de la Mauritanie au sud du Soudan. Les sécheresses successives des décennies 70 et 80, combinées à une démographie galopante –  la population double tous les vingt ans en moyenne -, ont épuisé les sols. C’est pourtant dans ce contexte désolé que l’action conjuguée des gouvernements, des bailleurs de fonds, des ONG, sans oublier l’implication des agriculteurs, a contribué à reconstituer quelques oasis productifs. Au Niger, entre 1985 et 2005, plus de 250.000 hectares de terres auraient été réhabilitées. Sur le Plateau central du Burina Faso, l’étude estime que 300.000 hectares de terres ont retrouvé leur fonction nourricière. Au Sénégal, dans une région épuisée par une longue tradition de culture d’arachides, plus de 200 hectares ont été restaurés. A l’échelle d’un village. La stratégie globale de ces projets, réhabilitation de terres dégradées, optimisation de la ressource en eau, recharge des nappes phréatiques, vise à augmenter le potentiel agricole d’une population qui continue de gonfler. Des techniques, simples à développer avec quelques moyens et un suivi, répondent à chaque contexte. Au Mali et au Burkina-Faso, on a privilégié la culture Zaï. Dans un trou, au diamètre et à profondeur variables, on ajoute du compost que l’on recouvre d’une fine couche de terre après les pluies, avant d’y placer la graine. Cette pratique, qui collecte les eaux de pluies et de ruissellement, qui protège la plante des intempéries, augmente les rendements, et réactive les propriétés du sol. Les cordons pierreux, de petits murets d’une vingtaine de centimètres de haut qui longent les sillons et accompagnent les pentes du terrain, permettent de retenir l’eau. La demi-lune, autre élément de ce dispositif, dessine un demi cercle, dont le creux récupère l’eau captée par les bras de l’ouvrage. Ces techniques, et quelques autres, sont les outils de ce que Inter-réseaux Développement rural, un organisme attentif à ces réalisations, appelle : « Une révolution silencieuse de l’agriculture du Sahel ».

Multiplication d’arbres au Niger.

Au Niger, la restauration des terres dégradées et une meilleure pratique agricole ont fait grimper les rendements, avec des résultats variables selon les régions. Dans la zone de Keita, la récolte de céréales a augmenté de 20%. Les paysans rapportent que les techniques du Zaï et de la demi-lune ont permis de produire jusqu’à 4 fois plus de mil. Au Burkina Faso, la collecte des eaux a permis des rendements de 30% à 100% supérieurs, selon les techniques utilisées. Depuis les années 80, la mise en valeur des terres a favorisé les cultures maraîchères, destinées aux marchés urbains. Au Niger et  au Burkina Faso surtout, grâce à une meilleure maîtrise de l’eau. Mais aussi au Sénégal, en fixant les dunes côtières des Niayes, la région qui va de Dakar à Saint Louis, afin de protéger les cuvettes maraîchères qui représentent 80% de la production du pays. Malgré une déforestation dominante à l’échelle régionale, des espaces de reboisement sont apparus. Au Mali, où les agriculteurs ont commencé à protéger la régénération spontanée de leurs arbres, après 1994, et l’application d’une nouvelle législation. Reconnus propriétaires des arbres plantés dans leurs champs, ils en ont interdit l’accès aux bûcherons. Au Niger et au Mali, il a d’ailleurs été constaté qu’il était, à la fois, moins cher et plus efficace, d’inciter à la régénération des arbres, plutôt que d’en planter. Ce qui n’est pas forcément vrai ailleurs. Mais, enseignement de cette étude, les agriculteurs entretiennent mieux leurs arbres, quand ils en ont la responsabilité. En attendant la Grande Muraille verte , ce mur végétal qui doit relier Dakar à Djibouti pour faire barrière au désert, vaste chantier continental, chaque projet de reboisement compte. L’une des grandes réussites de la région, le développement spectaculaire des systèmes agro -forestiers du Niger. Dans certaines zones, entre 1975 et 2005, il y a quinze à vingt fois plus d’arbres. Plus de cinq millions d’hectares sont passés au vert. L’étude salue ce renouveau: « Il s’agit de la plus grande transformation de l’environnement au Sahel, sinon en Afrique.»

Ces initiatives, fragments d’un paysage exposé au changement climatique, visent à stimuler l’agriculture locale, et lutter contre la pauvreté. Il s’agit aussi de développer les villages pour freiner l’exode des jeunes vers des grandes villes, déjà saturées. Dans les zones densément peuplées, la croissance démographique, qui induit une saturation foncière, impose une limite à ces projets. Reste un arsenal de techniques, héritées des grandes sécheresses, qui permettent de s’adapter à des pluies capricieuses, des vents de poussières malvenus, ou des températures plus élevées. « Dans les débats autour de la question de l’adaptation aux changements climatiques au Sahel, il est important de ne pas réinventer la roue et de bâtir sur ces acquis. », avertissent les rédacteurs de cette étude sur le Sahel. (1)

M.J

Comabattre la désertification au Mali

Pour fouiller le dossier:

(1) « La transformation silencieuse de l’environnement et des systèmes de production au Sahel. Impact des investissements publics et privés dans la gestion des ressources naturelles. », Edwige Botoni, Chris Reij, mai 2009. Etude soutenue par le Centre For International Cooperation (CIS), Vrije Universiteit Amsterdam, et le Comité Permanent Inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le  Sahel.

http://www.agrhymet.ne/PDF/etude%20sahel.pdf


Publié le 30 septembre 2010 par marlene dans Afrique,Agriculture.,Désertification.
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Chine, entre sables et eaux.

Bonjour,

Amélioration de la qualité de l’air à Beijing, et émergence d’une « conscience environnementale » du public pékinois, bilan des JO d’après le « Quotidien de Guangzhou ». Mais la fête est finie, et la capitale chinoise se retrouve face au désert de Gobi, un géant de pierres et de sables étendu sur 1,3 million de km². En 2000, Ron Gluckman, un reporter américain basé en Chine, écrit : « Le désert s’étend dans les vallées chinoises, ensable les rivières, et consume les précieuses terres cultivables. Beijing tente de répondre en développant des campagnes de reforestation massive, mais le Grand Mur Vert pourrait ne pas arrêter le sable, qui pourrait couvrir la ville dans quelques années. » Beijing, offerte aux tempêtes de sables devenues plus fréquentes entre 2000 et 2004, voit le désert se rapprocher au rythme de 3 kilomètres par an. (1)

http://www.youtube.com/watch?v=zi9s-jum9Uk

Beijing au cœur d’une guérilla.

En 2003, Lester R. Brown, de l’Earth Policy Institute, évoque une guerre. La Chine contre le désert. Et Beijing au centre d’une guérilla : « Les vieux déserts avancent, de nouveaux se forment, comme les forces d’une guérilla qui frappent de façon inattendue, forçant Beijing à se battre sur plusieurs fronts. » Antérieur à 1950, le processus de désertification s’est emballé depuis. Chaque décade voit le phénomène s’accélérer. Selon l’agence de protection environnementale chinoise, le désert de Gobi aurait gagné plus de 52 000 km² de 1994 à 1999. Il se situe aujourd’hui aux portes de la ville, à environ 160 kilomètres, et 70 kilomètres en certains endroits. Certains villages alentour sont déjà ensevelis. (2) En 2002, Beijing a connu l’une des plus violentes tempêtes de sable de son histoire. La ville s’est enveloppée d’un nuage marron, il est devenu difficile de respirer sans masque. Ces tempêtes de sable, en provenance des steppes du nord et du désert de Gobi, ont continué leur route, vers la Corée du Sud, et le Japon. Elles auraient même traversé le Pacifique pour créer de magnifiques couchers de soleil sur la côte Ouest de la Californie. (3)

Nuages de sables sur la route de la soie.

Si Beijing est la ville la plus exposée, la désertification rend stérile plus du quart de l’espace chinois. Selon un rapport de l’ONU (2002), la désertification avancerait de 3 600 km2 par an, une progression presque deux fois plus importante qu’à la fin des années 80. La situation est particulièrement préoccupante en Mongolie intérieure, au Ningxia, et dans la région de Gansu , où les habitants fuient le désert qui avance. En Mongolie intérieure, la désertification touche et convoite plus d’un tiers de la superficie de la région autonome. Dans la province de Gansu, environ 4000 villages devraient être abandonnés aux sables (4). Le West Bank Corridor, autrefois partie de la route de la soie, a troqué les marchandises exotiques contre des nuées sablonneuses à destination des régions rurales et des villes de l’Est. (3) A l’Ouest, dans la province de Xinjiang , deux autres déserts progressent, le Taklimakan et le Kumtag. (2) Dans la région de Guizhou, autre région touchée au sud-ouest de la Chine, près d’un demi -million de personnes pourraient être expulsées par l’érosion des sols, autre variante de la désertification. (5)

Agriculture, élevage, et réchauffement climatique.

La désertification, définie par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), résulte de «la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines.» Avec une conséquence immédiate, l’appauvrissement des écosystèmes, et l’épuisement des terres cultivables. Les causes de la désertification du territoire chinois, portées par la pression démographique, sont multiples. Elles combineraient une intensification des activités agricoles, avec les effets du réchauffement climatique. Lester Brown insiste sur les ravages causés par le développement de l’élevage – depuis les années 50, la taille des troupeaux a été multipliée par 3 -, qui entraîne surpâturage et dégradation des sols. D’autres chercheurs accusent plus globalement développement urbain, et industrialisation. Après les questions, les réponses. En 1978, l’administration des forêts lance le projet de la Grande Muraille verte. Les Chinois sont invités à planter des arbres pour ériger une grande bande forestière dans le nord-est et le sud-est du territoire, 9 milliards d’hectares doivent être reboisés en 10 ans. Au début des années 90, le projet connaît une nouvelle impulsion, cinq millions d’arbres supplémentaires doivent apparaître dans le paysage chinois, d’ici à 2010. A terme, l’objectif est de ceinturer le nord de l’espace chinois sur 4500 km, de la province du Heilongjiang, située aux confins nord-est, jusqu’au au Xinjiang, situé à l’extrême ouest. (6)

Entre sables et eaux.

Pour porter ce projet, qui devrait aboutir en 2050, le gouvernement a incité les paysans chinois à planter des arbres, contre rétribution. Concernant l’efficacité de ce reboisement, les sources multiplient les échelles de terres gagnées sur le désert. Une source rapporte que les surfaces désertiques auraient reculé de 37 000 km², sur plus 2,5 millions de km² de terres stériles.(7) Selon une autre source, sur les 3,3 millions de km² censés arrêter les sables de Gobi, seuls 100 000 km2 seraient sous contrôle, soit l’équivalent de l’avancée du désert depuis les années 1950.(8) Difficile de parier sur l’efficacité d’un reboisement dans les régions arides du nord ouest de la capitale, le manque d’eau travaille contre le projet. La FAO (2007), qui évoque les tempêtes de poussières qui enveloppent Beijing pour s’envoler très loin, parle de décennies avant de voir les effets de ces «efforts de reverdissement ». Lester Brown prédit une guerre difficile, pas facile de réduire les troupeaux. Et si restaurer les terres gâchées est un défi techniquement réalisable, il coûtera une fortune à une puissance également engagée sur le front de l’eau. La Chine, qui en manque là où les besoins sont élevés – les ¾ des exploitations agricoles se concentrent au nord tandis que les ressources hydriques sont au sud -, projette de la construction de grands projets de transfert d’eau nord –sud ( SNWTP/ South-North Water Transfer Project ).Ces grands travaux devraient atténuer la pénurie d’eau en Chine du Nord, et protéger l’environnement. Entre le sable et l’eau, Lester Brown formule le dilemme chinois: « Stopper l’avancée du désert demandera un immense effort financier et humain, qui obligera le gouvernement chinois à faire un choix difficile: où construire les coûteux projets de détournement des eaux sud – nord, ou combattre les déserts qui progressent vers l’est et qui peuvent envahir Beijing. »

M.J.

Sources:

(1) http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=33187&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html (2) http://www.earth-policy.org/Updates/Update26.htm (3) http://www.smhric.org/SMW_19.htm (4)http://www.vertigo.uqam.ca/vol5no2/art9vol5no2/dominique_simard.html (5) http://www.liberation.fr/actualite/terre/246759.FR.php http://www.rfi.fr/actufr/articles/066/article_36998.asp (6) http://www.planetpositive.ch/version_2_0/news/articles/1180/_construction_d_une__grande_muraille_verte__en_chine.html(7) http://www.rfi.fr/actufr/articles/066/article_36998.asp (8) http://www.ql.umontreal.ca/volume11/numero5/mondev11n5a.html


Publié le 2 septembre 2008 par marlene dans Chine,Désertification.
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