Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Windhoeck boit ses eaux usées.

Bonjour,

Autre éclairage sur l’eau, le recyclage des eaux usées, ou le « re-use » in English. C’est une méthode alternative, encore peu utilisée à l’échelle mondiale, 2% seulement des eaux potables. C’est un procédé coûteux, pratiqué surtout dans des espaces développés. Le Japon, Israël, certaines villes de l’ouest américain, Los Angeles, Tucson, Phoenix, et quelques cités européennes recyclent déjà une partie de leurs eaux souillées pour alimenter les chasses d’eau, irriguer les terres agricoles, et les jardins. Mais, le recyclage des eaux usées gagne du terrain, notamment dans les zones arides, en Chine, au Moyen Orient, en Afrique du Nord, et en Australie. L’eau recyclée, à usage industriel et domestique, est aussi une eau que l’on peut boire. A Singapour et à Windhoek, l’eau du robinet prend sa source dans l’égout.(1) Direction Windhoek.


La Namibie, flanquée de deux déserts, est l’un des pays les plus arides au monde. Windhoek, la capitale, est assise au coeur d’une région semi-désertique, à plus de 1500 mètres d’altitude. Le fleuve Okavango est à 750 kms, la mer à environ 300 kilomètres. La saison des pluies, de janvier à mars, y est incertaine. Elle se caractérise encore par une importante évaporation. Les sécheresses y sont longues, et fréquentes. Windhoeck compte environ 250.000 habitants, avec une croissance de 5% par an, principalement due à l’exode rural. Donc, une demande en eau qui augmente. A Windhoek, l’eau vient du ciel, avec des contretemps, du sol, et du recyclage. Depuis 1969, ses habitants boivent de l’eau recyclée, environ 35% de l’eau potable. (ICWR, 2005). C’est une situation unique au monde. C’est aussi une petite goutte d’eau dans un pays qui connait de gros problèmes d’approvisionnement. (3)

A Windhoek, l’eau qui coule au robinet n’est pas toujours de l’eau recyclée. La ville utilise cette source d’approvisionnement alternative par intermittence, pendant les pics de consommation estivale, ou en situation d’urgence, quand les pluies et les nappes phréatiques sont en panne. Cette eau, qui nécessite une technologie de traitement pointue, et un suivi scientifique sans faille, est trop chère. Environ le double du prix de l’eau traditionnelle. Pour en limiter les coût, la ville utilise des systèmes de conservation. Côté traitement, le programme est strict. Analyses chimiques, virales, bactériologiques, toxicité, un suivi continu qui intègre l’étude des causes de mortalité dans la ville. Ce procédé est encore soumis à une planification exigeante. Les industries sont localisées, et rassemblées, en fonction de la nature de leurs rejets. D’ailleurs, l’eau d’origine industrielle, traitée à part, n’est pas convertie en eau potable. Et pour mieux faire passer l’eau destinée à la consommation, l’eau recyclée est mélangée avec de l’eau normale.

L’exemple de Windhoek est en train de faire école. Denver (USA), Capetown (Afrique du Sud), et Sao Paulo (Brésil) travaillent à fabriquer de l’eau potable avec les rejets urbains. L’Australie, où tous les moyens sont bons pour renouveler une ressource qui manque( voir billet précédent), est en train de développer le « re-use » pour l’industrie, l’irrigation, et la consommation. Mais cette source d’eau douce, défendue par les écologistes car moins gourmande en énergie et plus respectueuse de l’environnement, n’est pas au goût de tout le monde. Beaucoup d’Australiens refusent de boire ce qui reste de l’eau d’égout, même dotée de toutes les garanties sanitaires. C’est le facteur « Yeurk », le frère du facteur « beurk ». Les habitants de Toowoomba, petite ville du Queensland, consultés par référendum, ont majoritairement refusé de boire de l’eau recyclée. Mais dans quelques mois, les habitants de Brisbane, la principale ville du Queensland, boiront de l’eau puisée dans les égouts…(4)(5)

M.J.

(1)http://www.astrosurf.com/luxorion/eau-preservation.htm – (2) », Marc Laimé, « Carnets d’eau », carnet du Diplo, 22 juin 2007- (3) http://www.iwaponline.com/wst/05501/0441/055010441.pdf (4) »De l’eau d’égout dans votre carafe », André Duchesne, La Presse, Brisbane, Australie, 7 octobre 2007.(5) http://www.news.com.au/dailytelegraph/story/0,22049,21132490-5011660,00.html


Publié le 15 janvier 2008 par marlene dans eau
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