Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Agriculture mondiale: de l’eau, de la terre, et des options.

Hello world!


Publié le 31 mai 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau
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Les blés du Qatar.

Bonjour,

 

Le riche Qatar se préoccupe de sa sécurité alimentaire. Comme d’autres Etats pétroliers, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, il lui arrive d’acquérir des terres à l’étranger. Le Qatar achète de l’espace cultivable au Soudan, en Australie;  loue des terres aux Philippines ;  investit des millions de dollars dans des projets agricoles, au Kenya, au Brésil, en Argentine, ou en Ukraine. (1) (2) Mais le Qatar, qui importe 90% de ses besoins alimentaires, ambitionne aussi de convertir une partie de son désert en terre productive. Comme son voisin saoudien, il y a quelques années. Le Qatar National Food Security Programme (QNFSP), lancé en 2008 par le Sheikh Hassad Bin Khalifa Al Thani, doit démarrer en 2014, pour se développer sur une dizaine d’années. Il devrait couvrir 60 à 70% des besoins  alimentaires d’une  population d’environ 1,7 millions de personnes, 20% de citoyens qataris, les autres travailleurs émigrés.(2) Le Qatar, qui vit de la rente pétrolière, qui est assis sur la troisième réserve de gaz naturel au monde, et dont les citoyens peuvent se vanter d’un revenu confortable, se rêve déjà en potager. Le pays cultive le quart de ses fruits et légumes, tomates, concombres, aubergines, haricots, melons d’eau, ou fraises. (2) (3)

Désert.

Le Qatar, presqu’île désertique qui baigne dans le Golfe persique, est un tout petit pays. Environ 160 km de long, pour 80 km de large. Un pays plat qui culmine à une centaine de mètres. La végétation, quelques broussailles épineuses, quelques arbres, et des palmiers, est celle d’un désert. Un désert couvert de sables et de graviers, une terre balayée par les vents de sables et de poussières. Pour résumer la météo, quatre mois de forte chaleur, jusqu’à 50°C pendant  l’été,  quelques semaines de tempêtes de sable, et quelques pluies, en hiver et au printemps.(4) Moins de 80 mm par an, en moyenne. La surface cultivable, 11600 km², couvre 1% du territoire national. Les sols, à forte teneur en sel, sont ingrats. Et problème majeur de ce pays qui importe la quasi-totalité de ses céréales, environ 20.000 tonnes par an, l’eau. (2).

Aquifères.

Le pays compte de plus en plus sur la désalinisation de l’eau de mer pour couvrir ses besoins. Cette technologie produit déjà toute l’eau à usage domestique. Le Qatar National Food Security Programme compte d’ailleurs sur cette eau débarrassée de son sel pour irriguer les cultures. Une enquête d’Al Jazeera, sur la sécurité alimentaire du Qatar, révèle que le pays choisit l’énergie solaire, plutôt que l’énergie fossile, pour faire tourner ses unités de désalinisation. Gros producteur de CO² par habitant, et pays hôte de la dernière Conférence des Nations Unies sur le climat,  le pays tente d’adoucir l’image de ses excès. Selon Al Jazeera, la firme américaine Chevron teste une centrale solaire à Doha, la capitale. Et pour coller à un environnement où se mêlent chaleur, poussières, et sables, la firme évalue la réaction de panneaux solaires en provenance des Etats-Unis, d’Allemagne, du Japon, ou de Corée du Sud. (3) Mais en attendant une irrigation servie par l’énergie solaire adaptée, les fermiers du Qatar continuent de pomper l’eau contenue dans le sous-sol. Si le niveau des aquifères du pays est déjà en baisse, le Qatar National Food Security Programme promet de laisser les nappes se recharger en pluies, pour constituer les « réserves d’eau stratégiques du pays. » (2)

Fruits, légumes, poissons, poulets, œufs.

Le site du Ministère des Affaires étrangères, qui détaille le projet agricole,  promet une extension « horizontale », avec un soutien aux entrepreneurs,  et des investissements. La mise en culture  mélange les genres, une agriculture en plein champ, une production sous serre, et une production hydroponique. Cette technique , qui remplace la terre par un substrat artificiel, un gain pour la surface cultivable, promet de bien meilleurs rendements que la culture en  plein champ. Le gouvernement mise encore sur des fermes expérimentales, deux principales à l’heure actuelle, pour développer des semences localement adaptables. Dans ce pays, où il existait une petite agriculture, un élevage nomade, et la pêche, on comptait environ 400 fermes dans les années 70. En 2005, il y en a près d’un millier. Toujours en 2005, de source gouvernementale, il reste 650.000 hectares de terres arables à mettre en valeur, près de 69.000 le sont déjà. (5) Le pays compterait aujourd’hui 1400 exploitations, et,  portées par le Qatar National Food Security Programme, bientôt 3000. (2) Pendant que la production de fruits et légumes s’installe sur le marché interne, la production de poissons, de poulets – 7 millions de  volailles par an -, d’œufs, et de lait – 5 tonnes par jour absorbées localement – devraient satisfaire de plus en plus de consommateurs qataris. (5) La production de céréales, étape vers l’autosuffisance alimentaire, semble plus difficile, avis d’experts. (2)

Doutes.

En 2008, le voisin saoudien abandonne son rêve d’autosuffisance  en blé. Trop onéreux, trop gourmand en eau. La culture du blé, dont l’irrigation est nécessaire dans cet espace aride, a notamment bu 80% de  la nappe phréatique fossile, celle qui ne se recharge pas. Plus généralement, le niveau des nappes souterraines a dangereusement baissé dans les régions de production, alimentées par l’eau des forages. Cette agriculture forcée a encore provoqué la salinisation des eaux souterraines. Bilan, il faudra des décennies pour remplir à nouveau  les aquifères, et les débarrasser de leur sel. (6) L’Arabie Saoudite, qui a lancé sa production de blé dans les années 70, parvient au début des années 90 à produire le double de sa consommation intérieure. Le pays exporte l’autre moitié. Puis, changement de vision. En 2016, l’Arabie Saoudite compte importer la totalité de ses besoins en céréales. Interrogée par Al Jazeera, Zahra Babar, directeur de recherche à l’Université de Georgetown au Qatar, formule quelques retenues concernant le projet qatari: « Il y a un certain scepticisme sur la possibilité d’arriver à dessaler de grandes quantités d’eau pour l’irrigation »… « Je pense que nous pouvons espérer un certain succès. Mais cibler un certain niveau d’autosuffisance – 70% -, c’est un peu ambitieux. » (3)

Zéro import, zéro export.

S’il est question de tendre vers l’autosuffisance alimentaire, afin de ne plus importer de nourriture dont l’envolée des prix a touché les résidents qataris, argument développé par Al Jazeera,  le Qatar National Food Security Programme vise aussi le « zéro exportation ». (3) « Si quelque chose est produit au Qatar, cette production ne doit pas être exportée afin de protéger nos ressources naturelles. Car la quantité d’eau requise pour produire de la nourriture, un pays comme le Qatar, qui est très sec, ne peut pas exporter d’eau sous forme de nourriture. », commente Fahad Bin Mohammed al-Attiya, à la tête du  QNFSP. (2)

 

M.J

 

Une ferme « high-tech » portable, conçue et construite au Japon, destinée au Qatar…

 

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(1) International Food Policy Research Institute (IFPRI)

http://www.ifpri.org/fr

IFPRI Policy Brief 13 • April 2009 http://www.ifpri.org/sites/default/files/bp013Table01.pdf

(2) “Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, Reuter, 06-01-2012 http://www.reuters.com/article/2012/01/06/us-qatar-food-idUSTRE8051V220120106

“Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, (Version longue) http://mideast.legalbusinessonline.com/files/File/Special%20Reports/The%20Brief/MAR%202012%20-%20Qatar%202012.pdf

(3) “Can Qatar’s food security plan ripen? ”, Rhodri Davies, Al Jazeera, 02-12.2012.

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2012/12/20121221237338571.html

(4) Wikipedia, Géographie du Qatar, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_du_Qatar,

World Fact Book 2008, Qatar Geography http://www.studentsoftheworld.info/infopays/wfb_fr.php3?CODEPAYS=QAT

(5)Qatar  – Ministry of Foreign Affairs – Agriculture http://english.mofa.gov.qa/details.cfm?id=92   / Qatar National Food Security Programme http://www.qnfsp.gov.qa/

(6) FAO Corporate document Repository – APPENDIX 8: COUNTRY CASE STUDY – WATER POLICY REFORM IN SAUDI ARABIA, Hamad M. H. Al-Sheikh, Department of Economics, King Saud University
Riyadh http://www.fao.org/docrep/006/ad456e/ad456e0e.htm


Publié le 12 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau,Pays du Golfe.
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Le Qatar rêve de fertiliser ses sables….

Bonjour,

Le Qatar poursuit son ambitieux programme de sécurité alimentaire”, titre un article de  l’UNCCD, la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Il esquisse la stratégie agricole d’un petit pays, handicapé par le désert et le manque d’eau, mais bien décidé à couvrir 70% de ses besoins alimentaires en 2023. (1)

Eau et productivité agricole.

Situé sur la rive sud du Golfe persique, le Qatar est une presqu’île d’un peu plus de 11000 km², 160 kilomètres de long pour 80km de large. Un petit territoire recouvert de sable qui se mesure à l’échelle de l’Île de France. C’est un  pays  assis  au niveau de la mer, qui culmine à un peu plus de 100 mètres dans le Jebel Dukhan, la chaîne de collines de la côte Ouest. C’est ici que se trouvent les principales réserves terrestres de pétrole. Le Qatar, qui vit sous le régime du désert, affiche des températures estivales qui oscillent entre 40 et 50°C. Si les faibles pluies, à peine 80 mm par an, donnent quelques couleurs à cet environnement aride, elles limitent les possibilités de l’agriculture.  Moins de 6% du territoire est cultivable. Irrigation de pénurie, sols pauvres, conditions climatiques extrêmes, manque de main d’œuvre saisonnière, et système de jachères qui laisse des terres incultes, l’agriculture qatare cumule les problèmes. Pour nourrir sa population, un million et demi d’habitants, le pays achète à l’étranger des milliers de tonnes de céréales,  riz blanchi, orge, blé, de la viande de volaille et de canard, des légumes frais, de l’huile, des graisses végétales, et quelques autres milliers de tonnes de farine de blé. (2) au total, le Qatar importe 90% de ses  besoins alimentaires, une dépendance qui pèse de l’argent et des contraintes. En 2008,  le pays lance un programme national de sécurité alimentaire  qui tient en deux mots, eau et productivité agricole. Et comme le pays est riche, il fait appel aux scientifiques et aux innovations technologiques. Universités, agences d’Etat américaines, dont l’USAID (United States Agency for International Development), planchent déjà sur le dossier de la sécurité alimentaire au Qatar. (1)

L’eau des Qataris.

Le Qatar, qui pompe sa nappe aquifère, est en train de réaliser que cette source d’eau, non renouvelable, est précieuse. Pour son agriculture, le pays envisage donc de développer un ambitieux programme de désalinisation d’eau de mer. Cette eau traitée devrait être utilisée pour recharger les nappes aquifères qui deviendront des réservoirs, sécurité de pays désertique. Le Qatar connait bien cette  technologie, qui assure actuellement 90% de sa consommation en eau potable. Le pays, qui souhaite adoucir son image de producteur de pétrole, pense aux énergies vertes pour faire tourner des usines de désalinisation, jusqu’alors alimentées au pétrole et au gaz naturel. A terme, les technologies de conversion, osmose inversée associée au  solaire , devraient permettre de couvrir la plupart des besoins de l’agriculture. Un parc d’énergie solaire est planifié à cet effet dans le sud du territoire,  région la mieux dotée en lumière. Pour diversifier ses sources, l’Emirat devrait développer un recyclage des eaux industrielles. Le Qatar réfléchit à rendre plus efficace une irrigation traditionnelle, par inondation, qui gaspille beaucoup d’eau. La technique du  goutte à goutte, pratiquée depuis l’antiquité, utilisée dans les espaces arides car économe en eau et en engrais, est l’une des pistes majeures de cette transition agricole. Cette efficience de l’eau pourrait s’articuler à une agriculture hydroponique, des cultures hors sol installées sur des substrats neutres et inertes, sable, billes d’argile, ou laine de roche. La culture de légumes sous serre, par exemple. Mais, cactus de taille dans cette aventure agricole, ne pas toucher à l’eau destinée à la consommation personnelle des Qataris.(1)

Le bush en colère…

En attendant une agriculture productive, le Qatar projette des colonies agricoles en territoire étranger. En Afrique, où l’Emirat a acheté 40.000 hectares de terres au Kenya, avant de convoiter d’autres espaces agricoles au Soudan. (3) En Asie, la Qatar Investment Authority (QIA) – le fonds d’investissement souverain de l’Etat – crée des Joint-Ventures avec les gouvernements du Vietnam et d’Indonésie. Des contrats similaires, qui associent les pays d’accueil et leur attribuent une aide au développement, sont en négociation en Malaisie et aux Philippines. Une formule assez inédite qui, pour l’instant, semble contenter tout le monde. (4)  Autre son de clache, en juin 2011, un article paru dans the Age, un quotidien australien édité à Melbourne, dénonce l’offensive du Qatar dans l’Etat du Victoria. La firme Hassad Foods, le «bras agricole » du petit Emirat, souhaite acquérir plus de  8000 hectares de  pâturages à moutons et de terres cultivables, pour une somme de 35 millions de dollars. On parle de l’une des plus importantes transactions de terres pastorales dans l’histoire récente du Victoria. L’accord, pourtant consenti par les vendeurs, a soulevé une vague d’indignation dans le bush. Un partie de l’opinion australienne, sensible à la question de la sécurité alimentaire et préoccupée l’irruption d’étrangers sue leurs terres, demande une législation plus stricte. (5)

L’argent et l’eau.

L’article de l’UNCCD établit un parallèle entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, deux agricultures contrariées par le désert et le manque d’eau. Après deux décennies, l’Arabie Saoudite, qui importe 80% de son alimentation, vient d’abandonner sa course à l’autosuffisance.(6) Un  mirage jugé trop coûteux. Depuis, le Royaume saoudien achète des terres agricoles en Asie, en Afrique, se résignant à l’idée que la nourriture des Saoudiens sera produite à l’étranger. Cité dans l’article, Elie Elhadj, spécialiste du Moyen-Orient, expose les limites d’une agriculture «produced in the desert » : « Cette expérience montre simplement que la combinaison de l’argent et de l’eau peut même faire fleurir le désert, jusqu’à ce que l’argent et l’eau manquent. » (1) Même si la taille du Qatar, sa démographie, et une pluviosité à peine mieux dotée que celle de son voisin saoudien, rendent un peu moins irréaliste cette quête à l’autosuffisance.
M.J

La péninsule arabique est un quasi-désert, où les habitants ont toujours lutté pour avoir accès à l’eau douce.. De l’eau potable à l’irrigation, la désalinisation de l’eau de mer permet aujourd’hui de couvrir la plupart des besoins.  Mais ces unités de production ont un coût environnemental assez élevé…Un reportage d’AlJazeera.

 

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(1) Towards self-sufficiency: Qatar pursues ambitious food security programme,Healthy soil, healthy earth, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf

(2 FAOSTAT, 2009, Importations agro-alimentaires : http://faostat.fao.org/desktopdefault.aspx?pageid=342&lang=fr&country=179 Production : http://faostat.fao.org/DesktopDefault.aspx?PageID=339&lang=fr&country=179
(3)« The great Land Grab », Rush for World’s Farmland, Threatens Food Security for the Poor
Shepard Daniel with Anuradha Mittal, Oakland Institute, 2009
http://www.oaklandinstitute.org/pdfs/LandGrab_final_web.pdf
(4)“Land grab or development opportunity?”, Agricultural investment and
international land deals in Africa,Lorenzo Cotula, Sonja Vermeulen, Rebeca Leonard and James Keeley , FAO, IIED and IFAD, 2009 http://www.ifad.org/pub/land/land_grab.pdf
(5)”Qatar land grab angers bush”, Cameron Houston and Royce Millar, The Age, 19-06-2011
June 19, 2011http://www.theage.com.au/victoria/qatar-land-grab-angers-bush-20110618-1g99l.html

(6) Service d’exportation agroalimentaire, Profile du secteur de l’agroalimentaire1 – Riyad, Arabie saoudite, Agriculture et agro-alimentaire Canada, Mai 2010 http://www.ats.agr.gc.ca/afr/4631-fra.htm


Publié le 26 janvier 2012 par marlene dans Agriculture.,eau,Pays du Golfe.
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« Hippo Water Roller »: une petite idée qui roule facile.

Bonjour,

Dans certaines campagnes d’Afrique du Sud, il arrive de croiser un drôle d’animal muni d’un long cou et équipé d’un réservoir, poursuivi par une femme qui l’oblige à parcourir des pistes accidentées, ou à franchir des obstacles difficiles. Cet animal de brousse,  étrange et domestiqué,  s’appelle un Hippo Water Roller, présentation en images Sa mission, transporter de l’eau, jusqu’à 90 litres en une seule fois, pour une charge voisine de 10 kg. Soit l’équivalent de cinq seaux de 20 kg chacun, un fardeau porté sur la tête.  Il allège la sacrément la tâche des femmes habituées à parcourir plusieurs kilomètres pour se ravitailler au point d’eau le plus proche, avec souvent plusieurs aller- retours par jour. Il leur évite aussi une accumulation de seaux d’eau qui se compte en années, et qui finit par peser sur la colonne vertébrale. Malgré de gros efforts après l’Apartheid pour développer une politique de l’eau, de nombreuses régions rurales d’Afrique du Sud restent oubliées. (1) Dans les campagnes pauvres, environ 7 millions de personnes, et sans doute plus, ne disposent pas d’une source d’eau  à proximité. Ce qui signifie aussi que quelques millions de femmes et d’enfants marchent beaucoup pour rapporter l’eau nécessaire au ménage.(2) (3) Une corvée fatigante, qui ne permet pas toujours de satisfaire les besoins journaliers. C’est dans ce contexte de pénurie et d’asservissement que Pettie Petzer et Johan Joner, deux ingénieurs sud-africains, imaginent au début des années 90 une autre façon de transporter l’eau. Ils l’appellent alors « Aqua Roller ».  Le corps, fabriqué en polyéthylène, sert à la fois de roue et de réservoir. Il est surmonté d’une poignée de fer qui permet de le tirer, ou de le pousser, selon les difficultés du terrain. Poussé en territoire miné, il peut aussi sauver des vies. Cet « hippopotame » tout-terrain, évocation du « cheval du fleuve » en Grec ancien, s’est fait un nom dans le monde du design. En 1992, le «Cullinan Design Award ; en 1997 le « Design For Development Award »; et en 2005 le « Index Design To Improve Life Award ».(1) En 2010, près de 30.000 rollers ont été distribués, en Afrique du Sud surtout, mais aussi e Namibie, ou dans le Nord de la Somalie, via le PAM, le programme alimentaire mondial. Une enquête révèle que chaque roller facilite la vie de 7 personnes, plus tous ceux qui bénéficient d’une eau plus légère. Le projet est introduit par IMBUVU, « Hippo » en langue Zoulou, une organisation qui travaille à alléger la pauvreté avec des solutions simples.(4) Il est ensuite porté par INFOTECH, une entreprise spécialisée en technologies de l’information, qui reconnaît l’utilité sociale de l’invention, et collecte des fonds. Le Hyppo Water Roller, trop cher pour un paysan sud-africain, est financé par des donateurs. Aux Etats-Unis, la  Hippo Water International, une ONG, s’en charge. (1) Toujours au Etats-Unis, Emily Pilloton, designer industriel, assure la promotion du roller, via sa Fast Company. Elle en a acheté 75 pour un village d’Afrique du Sud. C’est aussi elle qui remarque les dysfonctionnements d’un marché qui ne demande pourtant qu’à grandir. Une production peu efficace, 75 rollers utilisables pour 120 fabriqués. Un coût de transport trop élevé, des roues volumineuses qui voyagent à vide. (5) Et, sur le terrain, des containers détériorés, rafistolés avec des sacs plastiques. Quelques fausses notes pour une technologie simple, qui porte une petite révolution sociale. Question de moyens.

M.J

What does an idea look like ?

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(1)Hippo Water Roller, Wikipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Hippo_water_roller – Hippo Water Roller Project, http://www.hipporoller.org/

(2)« In rural South Africa, ‘hippos’ carry the load -A new invention has made the difficult task of transporting water a little easier. », Nicole Itano, The Christian Science Monitor, 05-04-2002. http://www.csmonitor.com/2002/0405/p07s01-woaf.html

(3)Water supply and sanitation in South Africa, Wikipedia.http://en.wikipedia.org/wiki/Water_supply_and_sanitation_in_South_Africa

(4) “Imvubu’s  Hippo Water Roller – Facilitate Water Access in Rural African Communities”, RotoWorld, Magazine For the Rotational Moulding and Plastic Design Industries, Volume VI, Issue 1- 2010
http://www.moldingraphics.com/pdf/Hippo%20Roller.pdf

(5) Fast Company – Hippo Roller / Blog http://www.fastcompany.com/blog/alissa-walker/designerati/project-hs-hippo-roller


Publié le 7 décembre 2010 par marlene dans Afrique,eau
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Histoire de la bouteille d’eau….

Bonjour,

Bouteille d’eau ou eau du robinet ? Eclairage.

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Publié le 17 septembre 2010 par marlene dans Développement durable,eau
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Chine: une agriculture qui pollue.

Bonjour,

L’agriculture empoisonne l’eau en Chine. C’est le constat d’une première étude nationale sur les sources de pollution, communiquée il y a quelques jours par Pékin. Les  fertilisants et les pesticides utilisés pour doper et protéger les cultures seraient plus néfastes pour l’environnement que les rejets industriels. (1) Le développement d’une agriculture productive, amorcé dans les années 80, s’est accompagné d’une utilisation massive, et anarchique, de produits chimiques, destinés à accroître les rendements. Beaucoup de paysans, notamment dans le Sud du pays, utilisent ces additifs pour valoriser des lopins de terre d’environ un demi-hectare. Ces mauvaises pratiques agricoles se déclinent à l’échelle d’un immense territoire, encore largement rural. La terre, qui employait 80% de la population chinoise dans les années 60, occupe aujourd’hui environ 40% des actifs. (2)(3) Cette agriculture, vieille de 5000 ans, empêchée par un certain nombre de contraintes naturelles, reliefs, climats, avancée des déserts, installée dans la partie Est du territoire,a pour mission de nourrir une population qui dépasse largement le milliard.(2) Une tâche énorme dont elle ne peut s’acquitter sans la mécanisation des exploitations, ni sans ces engrais et ces pesticides qui gonflent la production. Cette étude environnementale, menée pendant deux années, montre que trois décennies de mauvaises pratiques agricoles ont laissé des traces dans l’environnement, et notamment dans l’eau. Elle révèle que près de la moitié de la quantité de DCO – demande chimique en oxygène, marqueur du degré de pollution des eaux – provient de l’agriculture. On lui attribue encore 67% des rejets de phosphates et 57% des nitrates . (1) L’agriculture participerait donc activement à une pollution qui souille 95% des nappes phréatiques, et 70% des lacs et des rivières, estimations antérieures à l’étude.(4) Les industriels de la chimie, qui poussent les agriculteurs à la consommation – exemple, CNOOC , leader des fertilisants chargés en nitrates –, contribuent à ce gâchis. La multiplication de troupeaux et des fermes aquacoles, viande et poisson désormais au menu d’une civilisation habituée aux céréales, pèsent encore sur l’environnement. Une autre étude, parue quelques jours plus tard dans la revue Science, montre que l’usage croissant de fertilisants à base de nitrates entraîne une acidification des sols. Ce qui, à terme, pourrait ruiner des terres qui n’auront même plus besoin d’engrais puisque rien n’y poussera. (5)

L’agriculture « bio »? En 1990, les Autorités lancent le programme « Green Food », « garanti » avec moins d’engrais et de pesticides, mais non validé en Europe.  En 2005, le « bio » devient plus « bio », deux millions d’hectares sont plantés, 1400 structures agricoles sont certifiées. On  prédit de beaux jours au « bio » chinois, mais avec 0,02% de la production agricole – dont la moitié est exportée –, il reste à l’état d’échantillon. (6) (7)

M.J.

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(1)“Chinese farms cause more pollution than factories, says official survey”, Jonathan Watts, The Guardian, 9-02-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/09/china-farms-pollution

(2) »L’Agriculture en Chine », Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_Chine

(3)” Economie de la République populaire de Chine”, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_R%C3%A9publique_populaire_de_Chine

(4) « En Chine, la guerre de l’eau aura bien lieu »,  Frédéric Koller, Université de Laval, in Le Temps, Genève, 06-01-2006 http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/F/cause/lectures/chine__la_guerre_de_l%27eau.htm

(5) In « Chinese farming practices are acidifying soil.”, Jeremy Hance, mongabay.com
11-02- 2010
http://news.mongabay.com/2010/0211-hance_acidsoils.html

(6) « Agriculture chinoise : utilisation massive de pesticides et développement du bio »,Vannina Pomonti de Pékin (Chine), Novethic,15/01/2007http://www.google.fr/search?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=org.mozilla%3Afr%3Aofficial&hs=WI1&q=pesticides+agriculture+chine&btnG=Rechercher&meta=&aq=f&oq « Le bio “made in China”, Le Courrier : Quotidien Suisse Indépendant,  18-07-2006. http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=41838


Publié le 17 février 2010 par marlene dans Agriculture.,Chine,eau,Préjudice écologique
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Agrocarburants, boire ou conduire ?

Bonjour,

Agrocarburants: boire ou conduire ? C’est la question posée par une étude américaine de la Rice University de Huston, intitulée ‘The Water Footprint of Biofuels : a Drink or Drive Issue ?”(1) Selon cette équipe de chercheurs, l’extension de cultures destinées à produire des agrocarburants pourrait affecter les ressources en eau, et dégrader la qualité des nappes souterraines. Cette étude met l’accent sur l’énorme quantité d’eau avalée par cet agro -business, et par la pollution aquifère occasionnée par l’emploi de fertilisants, de pesticides, et autres produits chimiques. Elle encourage donc les dirigeants à se soucier un peu plus de «l’empreinte -eau » laissée par ces cultures à grande échelle. Cette « empreinte -eau » résume deux inconvénients majeurs. Les pénuries liées à une explosion des cultures, nécessitant toujours plus d’irrigation. Et la pollution croissante de l’eau occasionnée par le drainage des produits chimiques employés, sans oublier l’érosion des sols. (2)

Une consommation d’eau différenciée.

Aux Etats-Unis, leader mondial d’agrocarburants principalement issus du maïs, la production a explosé au cours de la dernière décennie. Elle est passée de 1,7 milliards de gallons en 2001 à 3,9 en 2005, pour atteindre les 9 milliards en 2008. (3) (4) La consommation d’eau a suivi. Elle aurait augmenté de 246% entre 2005 et 2008. (5) Si les besoins en eau pour faire pousser ces plantes sont généralement élevés, ils ne sont pas les mêmes selon les conditions environnementales, les pratiques agricoles, et les variétés de culture. Et selon les Etats. D’après le rapport de la Rice University, Au Nebraska, il faut 50 gallons d’eau pour irriguer le maïs nécessaire à produire le carburant qui fera avancer une voiture, de consommation moyenne, d’un mile. Quand il n’en faudra que 23 dans le Nevada, toujours pour un carburant à base de maïs. Mais, au Texas, il faudra 115 gallons d’eau pour arroser le sorgho, qui produira la même quantité d’éthanol. (2)

Une plante moins assoiffée.

Les auteurs du rapport de la Rice University , qui trouvent cependant de bonnes raisons pour continuer à produire des carburants d’origine végétale, moins de pétrole importé et sources d’énergies diversifiées, brossent le portrait de la plante idéale. C’est simple. Elle devra être moins assoiffée, moins gourmande en pesticides, fertilisants, et autres substances chimiques. Il s’agira donc de trouver les plantes adaptées aux conditions environnementales locales, avec la pluie comme mode d’irrigation. C’est-à-dire, qu’il faudrait oublier le maïs dans les régions où il s’adapte mal. Mieux, le rapport propose l’option « Panic Raide », une céréale sauvage qui pousse en abondance aux Etats-Unis, et qui pourrait produire de l’éthanol. D’autres solutions à base de cellulose, déchets agricoles et forestiers, devraient être exploitées. Avantages majeurs, une matière première importante disponible un peu partout sur le territoire américain, sans les pressions environnementales. Moins de terres agricoles, moins de produits chimiques, et moins d’eau. Argument écologique complémentaire, utiliser le carburant là où il est produit (2)

Un nouvel équilibre.

La relation entre la production massive d’agro-carburants et les besoins en eau fait débat. En août 2007, à Stockholm, lors de la Semaine Mondiale de l’Eau, des experts avaient craint que le développement de la bioénergie absorbe des ressources indispensables au développement de l’agriculture vivrière. Avertissement repris par les chercheurs de la Rice University. Pedro Alvarez, le rédacteur du rapport, rappelle que pour produire un kg de pain, il faut 1000 litres d’eau, et 10.000 pour un kg de viande. La démographie planétaire renforce l’argument. Selon lui, dans un monde plus peuplé, les décideurs devront réglementer l’usage de l’eau, en fonction des besoins de l’agriculture et de l’élevage. Alvarez parle d’un nouvel équilibre: consommer moins de pétrole, sauver les revenus des fermiers, tout en préservant l’eau indispensable à l’agriculture. (6)

M.J

“Ethanol, the inconvenient truth”, l’eau et bien d’autres défauts…

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(1) Introduction au rapport: http://cohesion.rice.edu/centersandinst/shellcenter/research.cfm?doc_id=11975

(2) « Rice U. researchers ask if biofuels will lead to a ‘drink or drive’ choice – Report weighs balancing biofuels and water resources », June 2009, http://www.rice.edu/nationalmedia/news2009-06-12-biofuelandwater.shtml

(3)  Wipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Ethanol_fuel_in_the_United_States

(4) 1 US gallon = 3,785 litres.

(5) « Bioproducts and Biosystems Engineering », Y. Chiu, B. Walseth, S. Suth, Univerrsité du Minnsota, in « Biocarburants : une soif qui pèse sur les reserves des Etats-Unis », BE Etats-Unis 162, 17-04-2009. http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58699.htm

(6) “Researchers Say Increased Biofuel Production Could Harm Water Resources”, VOANews.com, , 23 June 2009 http://www.voanews.com/english/2009-06-23-voa62.cfm


Publié le 29 juin 2009 par marlene dans Actualité,biocarburants,eau,Non classé
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Eau et corruption.

Bonjour,

Le Forum de l’eau vient de se terminer à Istanbul, en Turquie. L’eau, qui est un  » droit humain « (1), est source d’inégalités entre les hommes. Le quart de l’humanité n’a pas accès à l’eau potable. Et 40% doit se débrouiller avec ses eaux usagées. (2) L’eau, qui peine à s’imposer comme une priorité politique – l’un des objectifs de ce Forum organisé tous les trois ans-, est pourtant source de profits et de marchandages pas toujours très clairs. La corruption liée à la gestion de l’eau, thème abordé à Istanbul, a aussi fait l’objet d’un rapport de Transparency International .(2) L’ONG dénonce cette corruption qui contribue à polluer les cours d’eau, à assécher les nappes phréatiques, à réduire les récoltes, ou à choisir des infrastructures démesurées.

En Chine, l’argent destiné à la gestion de l’eau et au respect des normes environnementales serait, en partie, détourné par des fonctionnaires. Cette pratique contribuerait à expliquer l’état de la ressource dans les villes chinoises. D’après Transparency International, 90% des nappes aquifères et 75% des rivières y sont polluées. L’agriculture, qui consomme 70% de la ressource mondiale, signale encore mauvaise répartition et corruption.(2)Au Mexique, 70% des subventions destinées à l’irrigation, qui conditionne les récoltes, va surtout dans la poche des gros producteurs. Les autres, dont la vie dépend des champs, n’ont plus qu’à attendre les pluies. Transparency International rapporte que ce détournement des eaux par les plus riches, qui prive les nappes phréatiques et les pauvres, est un scénario habituel dans les campagnes d’Amérique et d’Asie. En Inde, la corruption augmenterait de 25% le coût des contrats d’irrigation.

Dans les pays en voie de développement, la corruption plombe de 30 à 40% la facture du raccordement à un réseau formel de distribution d’eau. A Manille, aux Philippines, il faut débourser trois mois d’un petit salaire pour profiter de l’eau courante. En Afrique subsaharienne, l’eau est appelée à devenir un luxe pour les deux-tiers des familles. (2) Et quand le réseau officiel, corrompu et trop cher, devient inaccessible aux plus pauvres, des distributeurs, moins officiels, interviennent. En Equateur et au Bengladesh, des mafias de l’eau contrôlent des territoires urbains, souvent ceux des familles les plus démunies. L’enquête de Transparency International souligne un paradoxe. Les habitants des quartiers pauvres de Jakarta, de Nairobi, de Manille, ou de Lima, ont souvent une facture d’eau plus élevée qu’un Londonien ou un New-Yorkais. Mais la corruption n’est pas réservée aux pays pauvres. En Europe, en Amérique du Nord, ou au Japon, le marché de l’eau brasse beaucoup d’argent. Ce qui réveille les convoitises et les petits arrangements.

Retour en Chine, ou les détournements sont à la mesure des projets. Le rapport évoque le barrage des Trois Gorges.  Une partie des fonds destinés à reloger les personnes déplacées par la réalisation de l’ouvrage aurait été détournée. Pour la seule province du Hubei, l’équivalent de 23 millions d’Euros aurait disparu. En Chine ou ailleurs, le marché des centrales hydroélectriques et des barrages, est une invitation à la corruption. L’importance des capitaux destinés à leur construction, la complexité du processus de conception, ou la diversité des intervenants, multiplient les zones d’ombre. Et donc, les occasions de fraude.

« La corruption rend l’eau insalubre, inaccessible et coûteuse », signale le rapport de Transparency International. Cette plaie, qui s’articule à la crise de l’eau, s’annonce aussi difficile à combattre que la sécheresse. Ou le réchauffement climatique.

M.J

L’accès à l’eau en Indonésie

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(1) «L’accès à l’eau est un droit fondamental de l’homme». En 2002, le Comité des Nations Unies pour les droits économiques, sociaux et culturels reconnaît l’existence d’un « droit à l’eau ». Ce « droit à l’ea » est une condition préalable aux autres droits, santé, nourriture, logement. Ce « droit » est largement oublié dans les pays en développement, et dans les pays développés.

(2) « Rapport Mondial sur la corruption 2008 », Résumé executif, Transparency International. http://www.transparence-france.org/e_upload/pdf/gcr2008_bookmarked_and_executive_summary_embargo.pdf

(3) Rapport mondial « l’eau dans un monde qui change », présenté en introduction au Forum d’Istanbul par le directeur général de l’UNSECO, Koïchiro Matsuura. http://www.unesco.org/water/wwap/index_fr.shtml


Publié le 23 mars 2009 par marlene dans eau
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Erik Orsenna, emporté par les eaux….

Bonjour,

Erik Orsenna est parti en voyage, tout le monde le sait, deux ans passés à courir la planète pour enquêter sur « L’avenir de l’eau » (1), le titre de son carnet de route. Son périple commence par l’Australie, l’île-continent asséchée par de longues années sans pluie, et qui voit ses deux plus belles rivières, le Darling et le Murray, pompées par les fermiers et privées par des barrages, se tarir un peu plus. Et dans ce pays riche qui compte ses gouttes de pluie, un fermier désespéré se suicide tous les quatre jours. A Calcutta, l’eau est complice du choléra, cette bactérie qui voyage et prospère dans des quartiers surpeuplés, sans accès au robinet et sans réseau d’assainissement. Au Bengladesh, l’eau c’est le « flood », cette inondation qui puise sa force dans la langue anglaise et la mousson pour submerger les chars, ces îles provisoires du lit du Brahmapoutre. En Israël, la Mer morte agonise. Au Chili, on attrape le brouillard qui enveloppe les côtes du Pacifique dans de grands filets pour en récupérer les gouttelettes. Aux Etats-Unis, le Colorado pompé par l’agriculture et l’urbanisation, Los Angeles, Sans Diego, Phoenix, Tucson, s’épuise. A côté, Las Vegas, hôtels, casinos, et pelouses verdoyantes, détient le record mondial du gaspillage, 1000 litres par personne et par jour. Le Maghreb va terriblement manquer d’eau, prédiction du GIEC, en attendant on pompe dans la nappe phréatique du Sahara, qui n’est pas inépuisable. Et ce désert, que l’on croyait bien installé au nord du continent africain, traverse la Méditerranée, Barcelone manque d’eau. Au Sénégal, on rêve d’ensemencer les nuages avec de l’iodure d’argent pour récolter leurs précieuses gouttes sur le sol, mais les nuages ont aussi leurs humeurs.

Voyage d’écrivain, quelques personnages parcourent le récit. Ingrid, la sémiologue convertie à l’élevage en Australie, qui sait que le jaune, couleur de sécheresse, condamne son bétail. Nicolas Fornage, inspecteur de barrages, sillonne le monde pour en apprécier les impacts, il y a les productifs et les inutiles, question de géographie, de climat, et question politique. En Israël, Sammy Boussiba pense que les algues pourraient sauver l’humanité, à moins qu’elles ne la débarrassent des moustiques responsables du paludisme. Simha Blass, le génial inventeur de l’irrigation au goutte-à- goutte, connaissait déjà la valeur de la ressource. Sur les bords d’un Lac Tchad miniaturisé, la vache Kouri s’inquiète pour son avenir de nageuse. Le scarabée de Namibie a un don pour capter les gouttelettes nécessaires à sa survie, question de carrosserie. Au Bengladesh, en Israël, ou sur les hauteurs de l’Himalaya, l’eau devient géopolitique. Les guerres de l’eau ont de beaux jours devant elles, prédit Erik Orsenna, pression démographique explique. C’est peut-être en Chine que l’écrivain-voyageur bouscule le plus notre relation occidentale à la géographie, née d’un territoire tempéré, proportionné, et docile. La Chine, terre de démesure et de caprices, trop de pluies en été, trop peu d’eau au sud, un tiers des rivières polluées, une obsession des inondations, une tradition de grands travaux hydrauliques, et une vedette, le barrage des Trois Gorges sur le fleuve Yangtsé, 2310 mètres de long, 1,2 millions de personnes déplacées, et 600 km² de terres agricoles et de forêts noyées.(2) C’est aussi en Chine que l’on apprend que le plus grave à venir pour l’humanité n’est peut-être pas le manque d’eau, mais le manque de terres cultivables.

Erik Orsenna et l’eau, le voyage n’est pas vraiment fini puisqu’il continue sur son blog, beaucoup de petits textes à feuilleter. Avec en prime un pub pour son livre, une belle enquête qui donne envie de partir avec lui, une prochaine fois..Orsenna intervient encore sur le site de la Fondation Hulot, encore des histoires d’eaux.

M.J

(1) « L’avenir de l’eau » – Petit précis de mondialisation II, Erik Orsenna, Fayard, octobre 2008, 416 p.

(2) Wikipedia


Publié le 20 novembre 2008 par marlene dans Actualité,eau
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L’eau, un autre territoire pour la ville.

Bonjour,

Des maisons sur l’eau aux Pays-Bas, des quartiers flottants au Canada ou aux Etats-Unis, des aéroports asiatiques posés sur des îles artificielles, des projets délirants à Dubaï ou au Qatar, la mer ouvre l’espace urbain. L’idée n’est pas nouvelle. Le premier site de Mexico, l’ancienne capitale de l’Empire Aztèque, posée sur une île du lac Texcoco, voisine avec des îles artificielles destinées aux cultures. Dans le Japon isolationniste du XIX° siècle, Dejima est une terre gagnée sur la mer dans la baie de Nagasaki, qui devient un lieu de commerce avec les Néerlandais. Autre exemple, Ellis Island, une île artificiellement étendue pour faire face à l’afflux d’immigrés qui débarquent à New-York à la fin du XIX° siècle. (1) Aujourd’hui, une poignée d’urbanistes et d’architectes travaillent à repousser les limites de la ville sur l’eau. Cette évolution urbaine, réponse au réchauffement climatique, au manque d’espace,  au prix de l’immobilier, est une solution de pays riches. L’expansion de Monaco et les créations insulaires de Dubaï n’ont pas grand-chose à voir avec les cités flottantes du Delta du Mekong, ou les quartiers bricolés sur l’eau de Lagos.

L’eau, un territoire urbain à coloniser.

« On nous parle beaucoup de l’effet de serre, de la fonte des glaciers d’Antartique et des glaces de l’océan Arctique. Certains estiment même que le niveau des océans pourrait très rapidement monter de 5 mètres or, on a découvert que 30 p.cent des habitants de la planète habitent à moins de 10 km d’un littoral. Il serait peut-être temps de songer à bâtir sur caissons flottants et d’envisager de construire des îles flottantes, comme d’autres, avant nous, ont mis leurs maisons sur des pilotis. Rappelons que 71 p.cent de la surface du globe est couverte par les océans, et que les terres émergées occupent 134 millions de km2. » (2) Cette vision est de Paul Maymont, architecte et urbaniste français, qui a beaucoup travaillé sur les métropoles du futur. En 1959, il conçoit une étude de ville flottante pour Kyoto. Au Japon, dans les années 60, on ne pense pas encore au réchauffement climatique. C’est le manque de place qui porte la création. Kisho Kurokawa imagine la « Floating City », une cité construite en spirale sur un lac près de Narita, afin de soulager Tokyo. Kiyonori Kitutake propose lui une « Marine City », une « ville-océan », encore un projet aquatique où les tours sont conçues pour recevoir des logements supplémentaires dans leur partie supérieure.(3) Ces fantasmes architecturaux sont restés dans les cartons. A Monaco, c’est encore le manque de place qui pousse à l’aménagement du quartier de Fontvieille. A l’origine, Fontvieille n’est qu’une étroite langue de sable dans la partie occidentale de la Principauté, au pied du rocher. Un demi-siècle plus tard, le quartier, remblayé, s’étire sur 23 hectares. Fontvieille, quartier commerçant et centre d’emplois, habitat luxueux et middle-class, a pratiquement été entièrement gagné sur la mer. Une digue flottante permet encore de recevoir les bateaux de croisière. Problème de profondeur, les nouveaux aménagements du quartier, Fontvieille II, seront flottants. Monaco, qui compte sans doute poursuivre son expansion sur l’eau,  vient d’élaborer un POM, un plan d’occupation de la mer.(4) Si les quartiers flottants qui se développent aux Pays-Bas, au Canada, aux Etats-Unis, ne sont finalement pas très nombreux à l’échelle mondiale, ils ouvrent une perspective intéressante. Construire sur l’eau permet de densifier la ville, alternative à l’étalement urbain, avec les besoins en énergie et la production de CO² associés.

Des aéroports insulaires.

Le Japon, qui met sa technologie au service de sa conquête d’espace, développe des aéroports sur l’eau. Une autre façon de soulager ses villes. En 1994, l’aéroport international du Kansaï, relié à la terre ferme par un pont de plus 3 kilomètres, entre en service dans la baie d’Osaka. Si ce terminal reste une prouesse technologique, il est aussi l’un des ouvrages les plus chers au monde. Le tassement exagéré de l’île artificielle pendant les travaux, et ses solutions techniques, ont considérablement augmenté son coût. (1) Ce qui n’a pas empêché le Japon de concevoir deux autres aéroports sur l’eau, Nagasaki et Ch?bu en 2003. Des contraintes urbaines ont également poussé Hong-Kong à déménager son aéroport hors de la ville. Fini l’atterrissage entre les immeubles et la baie de Kowloon, avec une vue dans l’intimité des appartements. Depuis 1998, une île artificielle, construite à partir de deux vestiges insulaires, accueille le nouvel aéroport. Le relief accidenté de l’archipel a encore plaidé pour cette délocalisation. (1) Hong-Kong, dont l’économie est ligotée au trafic aérien, confrontée au manque d’espace, a ainsi réussi à exporter un peu plus loin ses nuisances urbaines. Dans une interview à « Cyber archi », Jean-Philippe Zoppini, architecte français impliqué dans les recherches sur l’habitat flottant et les îles artificielles, exploite cette perspective : « La première qui me vient à l’esprit concerne le troisième aéroport français. Selon moi, l’idée de construire un aéroport terrestre loin de la capitale est une aberration. Pourquoi ne pas imaginer une plate-forme aéroportuaire dans l’Atlantique, à quelques encablures des côtes, qui permettrait de relier tous les continents ? Il n’y aurait pas de nuisances de bruit, pas de gens à exproprier plus ou moins contre leur gré et il y aurait une liaison à partir de cette plate forme vers toutes les capitales d’Europe. Quand on connaît le prix d’un aéroport, il n’y aurait rien d’extraordinaire à le concevoir de cette façon… » En lien, cet entretien qui traite aussi des conditions et des techniques de l’habitat marin. 

Des îles artificielles pour nantis.

Aux Emirats Arabes Unis, la ville s’expose sur l’eau. A Dubaï, Palm Island, une archipel artificiel construit façon « palmier », le summum du kitsch, a permis d’ajouter de prolonger l’espace côtier de 125 km. S’il s’agit de créer de l’espace urbain, il est aussi question de prestige, 2000 villas, 500 appartements, 200 boutiques de luxe, et une vingtaine de palaces.(1) Et toujours dans le style Disneyland, « The World », encore en construction. C’est un immense planisphère composé de 300 îles artificielles, une cartographie de la planète lisible depuis l’espace. Tourisme, habitat, ou écrins à célébrités, ces îles sont à vendre entre 10 et 45 millions de dollars US, surfaces comprises entre 23 000 et 83 000 m².(1) Pendant que Abu Dhabi destine l’île de Saadiyat à l’art, Guggenheim, Le Louvre, le Musée national, la Cité des Arts, le Musée maritime, et convoque quelques grands noms de l’architecture mondiale, Franck Gehry, Jean Nouvel, Zaha Hadid, Tadao Ando, le Qatar se lance aussi dans la course à l’île artificielle.(1) « The Pearl » , un archipel de 4 millions de km², est une ville en train de sortir de l’eau, 7600 logements prévus pour accueillir 30.000 habitants.(1)

The world

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Des îles flottantes.

Après les îles artificielles, les îles flottantes. Le Japon développe le projet « Megafloat » , une structure destinée à accueillir des populations sinistrées ou un aéroport. Ce concentré de superlatifs en innovation technologique, 300 à 1000 mètres de long selon les versions, habitat ou terminal, 60 mètres de large, un petit bout de territoire flottant présenté comme respectueux du milieu marin, et résistant aux séismes. Dommage, le site reste muet sur l’actualité du projet. Jean Philippe Zoppini est aussi le concepteur du projet « AZ », A pour le constructeur Alstom et Z pour Zoppini. Ce bâtiment, 300 mètres de large, 400 mètres de long,  78 mètres de haut, est conçu pour résister à une météo violente, vagues de plus de 10 mètres et cyclones. Cette île d’acier qui se déplace seule, clin d’œil à Jules Verne, avancera à une vitesse de 10 nœuds, environ 18 km/h. Dotée d’un lagon central, d’un héliport, d’une marina accessible à des bateaux venus de l’extérieur, elle pourra accueillir jusqu’à 10.000 passagers. Plus l’équipage, entre 3000 et 5000 personnes. Cette création est conçue pour voguer d’escale en escale, autour de la planète. Le site de Jean Philippe Zoppini en présente 2 versions. Cette réalisation devrait être présentée à l’exposition universelle de Shangaï, en 2010. Concurrent de taille mais pas de style, le « Freedom Ship », un monstre flottant,  plus de 1300 m de long pour 220 m de large, une giga-baleine propulsée avec des moteurs électriques. Architecture lourde, une barre d’immeubles posée sur une barge à fond plat, pour une capacité d’accueil de 100.000 habitants, plus 20.000 employés et 30.000 visiteurs occasionnels, là on s’étonne que ça ne coule pas…

M.J

(1) Wikipedia

(2) « Préface des dix ans du Séminaire », Paul MAYMONT, Correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, architecte, urbaniste, Membre del’Académie d’Architecture, Fondateur et ancien président du conseil d’administration de l’Ecole d’Architecture Paris-Grand Palais-Tolbiac http://www.olats.org/schoffer/maympref.htm

(3) « Made in Tokyo », “Les Métabolistes”, Frédéric Gaudron, Weblog.http://www.fgautron.com/weblog/archives/2007/06/06/les-metabolistes/

(4) « L’océan, nouvelle frontière de l’urbanisme », Cyberarchi.com, http://www.cyberarchi.com/actus&dossiers/batiments-publics/divers/index.php?dossier=103&article=447

(5) »La ville fottante », Sciences et Vie Junior, N°134, novembre 2000, from http://www.fabien-laloyer.fr/0511ville_flottante.html


Publié le 22 septembre 2008 par marlene dans Urbanisation
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