Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’IUCN liste les espèces menacées…

Bonjour,

Lynx ibérique, cerf du Père David, hutia de Cuba, diable de Tasmanie, phoque de la Mer Caspienne, Orang-Outan des forêts indonésiennes, plus quelques autres, un mammifère sur quatre risque de disparaître. L’IUCN, l’Union internationale pour la Conservation de la nature, qui tient Congrès à Barcelone jusqu’au 14 octobre, vient de publier sa liste rouge des espèces menacées d’extinction. Comme chaque année depuis 1963. Cette année, environ 2000 chercheurs ont tracé dans les principaux écosystèmes de la planète pour mettre à jour le catalogue mondial de la biodiversité. Cette collecte d’informations, qui renseigne aussi sur les oiseaux, les amphibiens, et les plantes, invite à mobilisation sur pour les mammifères. Sur les 5487 espèces que compte la planète, 1141 seraient en danger, dont 188 en « danger critique d’extinction ». Situation la pire d’une hiérarchie qui compte encore deux catégories, « en danger », et « vulnérable ». Pour comparaison, depuis les années 1500, 76 mammifères ont disparu des écosystèmes planétaires. Julia Marton-Lefèvre, directrice de l’IUCN, commente cette évolution : « Au cours de notre vie, des centaines d’espèces pourraient disparaître en fonction de nos propres actions, ce qui constitue un signe alarmant  sur l’état des écosystèmes où elles vivent ».

Sur-exploitation des ressources naturelles, urbanisation croissante, pollutions diverses, dont l’introduction d’espèces exotiques qui asphyxient certains écosystèmes, la modification des habitats précipite le déclin des espèces. Cette dégradation environnementale touche 40% des mammifères de la planète. Cette perte d’habitat se combine souvent avec des facteurs aggravants. Le phoque de la Mer Caspienne, touché par la dégradation de son milieu marin, réchauffement climatique et pollution due à l’extraction pétrolière, est aussi victime de la chasse. Il passe de « vulnérable » à « en danger ». Les primates d’Asie, menacés par les incendies et le défrichement des forêts tropicales, sont aussi des proies intéressantes pour ceux qui font commerce de viande et de substances destinées à la médecine traditionnelle chinoise. Le lynx ibérique, tête de liste IUCN, espèce « en danger critique d’extinction »,  victime des camions qui traversent son territoire, décline surtout faute de proies. Les lapins et les lièvres représentent 90% de son alimentation. Le diable de Tasmanie, qui grimpe d’une catégorie pour se classer « en danger », serait victime d’un cancer facial qui a décimé 60% de sa population au cours de la dernière décennie.

Reste un constat plutôt encourageant, développer des mesurer de protection permet de « repeupler » une espèce. Selon l’IUCN, 5% des mammifères en danger regagnent en population dans un environnement reconstitué, et sans prédateur. Ainsi, la situation du cheval sauvage de Mongolie, disparu du désert de Gobi dans les années 60, s’améliore grâce à une mobilisation internationale. Dans les années 90, on a réintroduit l’espèce et l’on s’efforce de restaurer son habitat. L’éléphant d’Afrique, dont les effectifs augmentent, illustre encore les « bienfaits » d’un programme de protection. Ce regain, perceptible en Afrique australe et orientale, peut cependant dissimuler un déclin sur le reste du continent. L’état des lieux établi par l’IUCN, pourtant très documenté, révèle aussi un manque d’information. Pas facile de suivre l’ensemble des espèces qui peuplent la planète, sans compter celles qui restent à découvrir. Par exemple, on ne sait pas grand-chose de 836 mammifères, ce qui pourrait gonfler le nombre d’espèces en danger. Priorité donc à la recherche, pour étayer l’information sur ces populations mal connues, caractériser les dangers qui les guettent, et développer des plans de protection adaptés.

L’IUCN, qui intervient sur beaucoup de terrains, travaille à la reconstitution de nombreux écosystèmes dans le monde, et à la préservation de nombres d’espèces en péril. Et c’est plutôt bien. Ce qui me choque, c’est la débauche de moyens pour développer des plans de protection des espèces et des habitats dans des espaces, où les populations sont pauvres. Exemple, en Afrique.  Si la reconstitution des écosystèmes est un moyen de lutter contre la pauvreté à long terme, objectif revendiqué par les acteurs de la préservation, les sommes d’argent dépensées éludent souvent des besoins plus urgents. L’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, le besoin d’avenir dans les villages de brousse passe après les copulations des grands singes dans un environnement restauré. Je sais, ce n’est pas la même enveloppe. A propos de cette rivalité entre les hommes et les espèces menacées, Sylvie Brunel, géographe, écrit : « Ils sont comme nous, nous sommes comme eux », la fin de l’exception humaine légitime la protection des grands singes dans leurs milieux de vie naturels, et l’absence de hiérarchisation entre le « bébé » gorille et le bébé…humain. Les droits des animaux concurrencent désormais les droits de l’homme…. » (1)

M.J

(1) » A qui profite le développemen durable », Sylvie Brunet, Larousse, « A dire Vrai », 2008, p 100.


Publié le 7 octobre 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité,Ecosystèmes.
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