Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Jacques Diouf, la finance, et la faim.

Bonjour,

Aujourd’hui dans Libération, qui demande à quelques intellectuels et artistes de s’exprimer à propos de la crise financière, un petit billet de Jacques Diouf, le patron de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. « L’ouragan financier menace la lutte contre la faim dans le monde » (1), c’est le titre. Faute de lien avec le papier, désormais c’est sur abonnement, rien à dire, je vous résume le problème. Jacques Diouf rapporte la surprise de nombreux chefs d’Etats, récemment réunis à New-York pour l’Assemblée générale des Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire et du Développement. Il s’étonne aussi. Comment peut-on trouver aussi facilement 1000 milliards de dollars, trois fois rien, 730 milliards d’euros, pour renflouer des établissements financiers américains et européens quand on peine à rassembler 30 milliards de dollars annuels pour doubler la production alimentaire, et rassasier une planète qui comptera plus de 9 milliards d’invidus en 2050 ? 30 milliards de dollars, c’est « 2,5% des dépenses militaires dans le monde », précise Jacques Diouf. Pendant ce temps, la crise financière galope toujours, on ne connait ni la fin du parcours, ni les pertes réelles. La faim dans le monde continue, elle aussi, sa course. Depuis la hausse des prix alimentaires, le nombre d’affamés s’est enrichi de 75 millions de personnes. Pour un actif global, sans doute sous-estimé, de 927 millions de personnes sous-alimentées, chiffre de 2007.

Pendant un peu plus d’une minute, Jacques Diouf pointe les obstacles à la réduction de la faim dans le monde avec un vocabulaire qui rappelle un peu celui des marchés: « investissements », « incitation à la production.. », « taxes », « droits de douane », « droits à l’exportations »…Juste retenir que c’est vraiment très compliqué d’obtenir des fonds…

M.J

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(1) »L’ouragan financier menace la lutte contre la faim dans le monde », Jacques Diouf, Libération, 8 octobre 2008.


Publié le 8 octobre 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
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La faim justifie peu les moyens.

Bonjour,

La crise alimentaire, un sujet qui me préoccupe, j’en ai déjà beaucoup parlé. Le sommet de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), réuni à Rome la semaine dernière pour tenter de définir une stratégie alimentaire mondiale, est un fiasco. Jean Ziegler, ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation est en colère : « l’intérêt privé s’est imposé, au lieu de l’intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d’aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre »… Selon Jean Ziegler, la Conférence n’a pas répondu à trois questions majeures: les biocarburants, la spéculation, et le soutien à une petite agriculture de subsistance dans les pays pauvres.

Le bilan se résume à deux promesses, un concentré de bonnes intentions. Le nombre de personnes souffrant de la faim devrait être réduit de moitié, d’ici  2015. Ce qui revient à régler, demain, le sort d’une bonne partie des 860 millions de personnes qui souffrent, aujourd’hui, de malnutrition. Autre promesse, 6,5 milliards de dollars de dons pour lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde. Dans le document final, Cuba a obtenu à l’arraché que « les aliments ne soient pas utilisés comme des armes de pression politique unilatérale ». Plus une mention pour un « droit à l’alimentation ». 

 

 

Il y a quelques semaines, Libération se rappelait de 1968, et titrait : « Sahel, le début de la faim ». 1968, c’est l’année qui annonce trois décennies de sécheresse, et un processus de désertification associé, dans cette bande aride qui évolue entre le Sahara, au nord, et l’espace tropical, au sud. Cette zone du continent africain, qui va de l’Atlantique à la Mer Rouge, s’appelle aussi Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, nord du Bénin, et du Nigeria, et plus à l’est, Tchad, et Soudan. En 1972, la sécheresse décime les troupeaux, et affame les populations. Jeune Afrique rapporte alors : « Le spectacle est devenu familier à Cotonou. On se bouscule, on se piétine, on se bagarre même pour pouvoir acheter quelques kilos de maïs. La nourriture de base dans le pays est devenue rare. La mesure locale (5 kilos environ) qui coûtait en temps normal 75 à 100 francs CFA s’achète aujourd’hui 750 à 825 francs ! »…Plus loin, « L’année suivante, les « guetteurs de famine de la FAO », comme ils sont surnommés, lancent un appel alarmant, relayé par les médias occidentaux : « Six millions d’hommes sont menacés de mort en Afrique ». Un tiers de la population sahélienne. Jeune Afrique écrit : « Un fléau d’un autre âge, la famine, menace hommes et bêtes. » ». 

Sécheresses, désertification, biocarburants, spéculations, déséquilibre du commerce alimentaire, le problème de la faim a toujours beaucoup d’explications, suscite beaucoup d’indignation, prétexte à bonnes intentions, mais n’inspire pas beaucoup de vraies solutions. Il a raison d’être en colère, Jean Ziegler.

M.J


Publié le 9 juin 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
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Brasilia discute crise alimentaire et agrocarburants.

Bonjour,

Le développement des agrocarburants pourrait menacer l’accès à la nourriture des populations les plus démunies d’Amérique latine. La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, en discussion à Brasilia avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, évoque une possible crise alimentaire régionale. Dans un contexte de flambée des prix alimentaires et d’émeutes de la faim, le Brésil, gros producteur mondial d’éthanol, est mis à l’index…

50 millions d’affamés.

Si la pauvreté et la malnutrition ont reculé en Amérique latine et aux Caraïbes, près de 300 millions de personnes survivent avec plus ou moins de difficultés. C’est-à-dire la moitié de la population totale. Dans cette partie du continent américain qui cultive et exporte beaucoup de produits agricoles – l’Amérique latine produit 40% d’excédents -, l’équilibre alimentaire reste cependant fragile. Plus de 52 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, soit 1 personne sur 10. (1) Si la région a été épargnée par les récentes émeutes de la faim qui ont secoué Haïti, quelques morts, des centaines de blessés, et une crise politique, une nouvelle hausse des prix alimentaires pourrait augmenter la malnutrition de ces américains les plus pauvres.(2) La région présente un contexte économique et agricole tendu, beaucoup de pays d’Amérique centrale importent de la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, la FAO s’inquiète d’une accélération de la filière de ces carburants issus de l’agriculture, qui réclament terres cultivables, eau, et engrais.

Détourner eau, terres cultivables, et capitaux.

« ..à court terme, il est fort probable que l’expansion rapide de la production des biocarburants au niveau mondial ait des répercussions importantes sur le secteur agricole en Amérique latine. », précise le rapport de la FAO, rendu public à Brasilia.(1) Dans ce rapport, la FAO évoque notamment la question de l’eau, qui fait pousser les cultures, et participe à la transformation de l’éthanol. La canne à sucre et le palmier à huile, principales sources pour les agrocarburants, sont aussi les plus assoiffés. Ce qui n’excuse pas les autres cultures, maïs, yuca, soja, ricin, ou coton, même si elles consomment en moyenne trois fois moins. Cette eau, détournée des robinets dans les habitations, pourrait encore faire défaut à l’agriculture. La FAO craint encore que les cultures destinées aux biocarburants confisquent des terres à vocation agricole, et absorbent des capitaux. Ce qui pourrait perturber les productions agricoles, et jouer sur les prix alimentaires, privant les ménages les plus démunis. (3) Le Brésil, second producteur mondial d’éthanol après les Etats-Unis, focalise une opposition grandissante à l’extension des surfaces agricoles dédiées aux carburants. La déforestation de l’Amazonie nourrit encore le débat.

Lula se défend.

« Les productions utilisées pour l’éthanol ne sont pas responsables de la hausse des prix alimentaires. » (4) Le Président brésilien Lula Da Silva, en visite à la Hague jeudi dernier, a devancé la critique. Il a ajouté que Haïti, récent théâtre d’émeutes, pourrait tirer profit de d’une industrie tournée vers les carburants d’origine végétale. « Les biocarburants, un remède contre la pauvreté », c’est l’argument que développe le Brésil, qui tire grand profit de cette industrie, et de ses débouchés. (4) Le pays s’emploie à exporter la recette « agrocarburant » en Amérique latine et en Afrique, pour dynamiser les campagnes, et tenter d’éradiquer la pauvreté. Pour Lula, si les prix alimentaires flambent, c’est que la consommation progresse en Chine et en Inde, devenues plus prospères. « Regardez Haïti, aujourd’hui. Nous pourrions voir prospérer l’île si un pays émergent comme le Brésil pouvait y développer un partenariat pour investir dans ce pays, et y produire du biocarburant ». (4) Pour beaucoup d’observateurs, Lula reste l’homme du programme « Faim Zéro », développé dans un pays qui compte quelques millions d’affamés. (http://www.alterinfos.org/spip.php?article1079)

Fidel Castro et Jean Ziegler…

Tous les pays de la région ne partagent pas l’enthousiasme du Brésil sur le dossier des agrocarburants. A Brasilia, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, et Cuba, ne se sont pas privés de critiquer la « recette Lula ». Il y a un an, Fidel Castro, encore président de Cuba, publiait deux articles dans le quotidien Granma, organe lié au Parti communiste cubain. Il prédisait des catastrophes si l’on poursuivait la production de biocarburants à partir de cultures alimentaires, et annonçait la mort prématurée de trois milliards de personne. En cause, les Etats-Unis, qui transforment le maïs en carburant. (3) En début de semaine, Jean Ziegler, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, déclarait encore sur les ondes du Bayerischer Rundfunk, une radio allemande :« La fabrication de biocarburants est aujourd’hui un crime contre l’humanité » (5) Pour Jean Ziegler, les subventions agricoles devraient d’abord servir les cultures de subsistance…

M.J

Jean Ziegler précise ses positions sur les agrocarburants…En prime, un bonus, involontaire, sur la pollution…


(1) Trentième Conférence régionale de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes- Brasilia, 14-18 avril 2008- (2) « Food prices may fuel latin America malnutrition », Raymond Colitt, International Herald Tribune –Reuters, 15 avril 2008- (3) « La FAO met en garde contre les agrocarburants », R. Colitt, W.Brandimarte, tr. E Faye, Reuters, 15 avril 2008.-(4) « Brazil leader denies biofuels hiking food prices », CNN, AP, 16 avril 2008-(5)AFP-Berlin, 16 avril 2008.


Publié le 17 avril 2008 par marlene dans Actualité,biocarburants,faim
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La faim secoue le monde en développement.

Bonjour,

Mauritanie, Cameroun, Burkina Faso, Ethiopie, Indonésie, Egypte, Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Madagascar, Philippines, ou Haïti, la hausse des prix alimentaires a provoqué des émeutes. En Haïti, secoué par de violentes manifestations, 5 morts et 200 blessés, le gouvernement est tombé. Au Pakistan et en Thaïlande, l’armée contrôle les champs et les entrepôts. A Manille, aux Philippines, l’armée surveille la distribution de riz dans les quartiers pauvres de la ville. Le Bengladesh, pays importateur de riz, ne satisfait plus la demande intérieure.La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, étend encore cette géographie des pays vulnérables au Nigeria, au Soudan, à l’Ouganda, l’Ethiopie, le Mozambique, le Sri Lanka, le Bengladesh, le Tadjikistan, l’Arménie, ou à la Russie, et la liste n’est pas finie. Actuellement, les émeutes de la faim agitent plus d’une trentaine de pays dans le monde. Pour Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, c’est la crise alimentaire « la plus grave depuis 15 ans. » (1)

Une menace pour la survie des familles les plus pauvres.

Ces tensions, qui perturbent les pays les plus pauvres, résultent d’une hausse insoutenable des prix. Jacques Diouf, qui se réfère à l’index FAO, rapporte une augmentation de 58% pour les produits alimentaires en un an, et de131% pour les céréales (1). Une augmentation qui rend les produits de première nécessité, riz, blé, maïs, huile de cuisson, ou lait, inaccessibles aux ménages les plus déshérités de la planète. Dans un article paru dans le Monde, Laetitia Clavreul et Alain Fauges rapportent que le budget alimentation des familles des pays les plus pauvres représentent 60% à 90% de leurs revenus, contre 10 % à 20 % pour les ménages des pays développés.(2) Une petite augmentation du riz, du blé, ou de l’huile, qui remet en cause la survie de ces familles, surtout en ville, et c’est l’explosion. Et c’est bien cette explosion qui inquiète les organisations internationales.

« ..Ce genre de situation se finit parfois en guerre »…

Jean Zigler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, interviewé par Libération, prédit : « On va vers une très longue période d’émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables. Avant la flambée des prix déjà, un enfant de moins de 10 ans mourait toutes les 5 secondes, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées ! C’est une hécatombe annoncée. » Robert Zoellick, le Président de la Banque Mondiale avait prévenu, cette crise alimentaire pourrait signifier « sept années perdues » dans la lutte contre la faim. La Banque mondiale, qui prépare un vaste plan contre la faim, le compare au « New Deal » américain, mis en place après la grande dépression des années 30. L’organisation invite les pays membre à se mobiliser rapidement pour éviter que 100 millions de pauvres, issus des espaces les plus pauvres, ne le deviennent un peu plus. La faim et ses émeutes préoccupe encore le FMI (Fonds Monétaire international). Dominique Strauss Kahn, son directeur général, prévient : « Comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situation se finit parfois en guerre. »(3)

Sécheresses, pénuries, et spéculations.

Pour Jacques Diouf, cette crise alimentaire résulte d’une conjugaison de facteurs climatiques, mauvaises récoltes, sécheresses en Australie et au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine, et froid exceptionnel en Chine. Les stocks alimentaires sont au plus bas, la démographie mondiale progresse. La Chine et l’Inde, qui s’enrichissent, mangent plus, et mieux. Les agrocarburants, dont les surfaces rivalisent avec celles de l’agriculture traditionnelle, ajoutent un peu plus à ce désordre. Jacques Diouf signale que cette hausse des prix alimentaires résulte, aussi, de la spéculation financière. (4) Une spéculation encore soulignée par Jean Ziegler, qui dénonce le rôle de la bourse des matières premières de Chicago, aux règles trop permissives. Au passage, il épingle le FMI, qu’il accuse de ne pas soulager la dette des pays pauvres.

Après le Cameroun, le Burkina Faso, des émeutes contre la vie chère se sont déroulées en Côte d’Ivoire, et au Sénégal…

La FAO a lancé une Initiative pour lutter contre la flambée des prix alimentaires (IFPA). L’organisation apporte un soutien technique aux pays en développement, pour aider les agriculteurs à améliorer leur production. Cette intervention a déjà commencé au Mozambique, au Burkina Faso, en Mauritanie, et au Sénégal. En Afrique subsahélienne, et au Sénégal, le pays de Jacques Diouf, la soudure qui approche pourrait accentuer cette tension alimentaire. La soudure, c’est cette période pendant laquelle les stocks de céréales de paysans s’épuisent, avant de nouvelles récoltes, prévues de juillet à septembre. C’est aussi l’époque où les prix des céréales, devenues plus rares, augmentent.

(1) « Jacques Diouf : de nouvelles émeutes de la faim », JDD, 13 avril 2008.

(2) « Matières agricoles: des hausses de prix explosives », Laetitia Clavreul, Alain Faujas, Le Monde, 04-04-2008.

(3) «Crise alimentaire : la Banque mondiale sonne l’alarme », AFP, Washington, 13-04-08

(4) Le Monde: http://www.lemonde.fr/web/chat/0,[email protected],[email protected],0.html


Publié le 15 avril 2008 par marlene dans Actualité,faim
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La pomme de terre, élue de l’année.

Bonjour,

En 2008, l’ONU invite la pomme de terre, quatrième sur le menu mondial, après le maïs, le blé, et le riz. Dans le cadre de cette année internationale IYP, la FAO propose aux photographes du monde entier de révéler le tubercule sous les angles les plus divers, biodiversité, culture, transformation, commerce, ou utilisation rationnelle des espaces cultivés. Ce concours, intitulé « Zoom sur un aliment mondial », vise à illustrer l’importance de la pomme de terre dans le système alimentaire, agricole, et économique, des pays en voie de développement. La montée en flèche du prix des céréales participe au succès d’une pomme de terre riche en énergie, et facile à cultiver.

Un tubercule qui a beaucoup voyagé…

Originaire des Andes péruviennes, la pomme de terre est une vieille patate d’environ 8000 ans. Au XVI° siècle, les Espagnols, partis chercher de l’or au Pérou, la ramènent en Europe. Cette culture, attestée en Espagne en 1573, commence à essaimer sur le continent, Italie, Angleterre, France, Pays-Bas… En Irlande, l’accueil est chaleureux, elle s’y développe dans un contexte frais et humide. Portée par l’expansion coloniale européenne, la pomme de terre continue de voyager, plaines alluviales du Bengale dans le sous-continent indien, Delta du Nil en Egypte, Massif de l’Atlas au Maroc, Australie, Amérique du Sud, Brésil et Argentine. En Asie, elle passe du Caucase au plateau d’Anatolie en Turquie, gagne la Russie, la Chine orientale, et s’avance sur la péninsule coréenne. A la fin des années 50, aux Etats-Unis, elle se transforme en frites pour Mac Donald. Dans les années 60, elle se développe en Chine, en Inde, et au Bengladesh. Connue en Afrique subsaharienne, elle descend vers le Cameroun, le Kenya, ou le Rwanda. Au XX° siècle, la pomme de terre est devenue l’un des principaux aliments de la planète. (1)

« L’aliment du futur »

Cultivée aujourd’hui dans plus d’une centaine de pays, sa production mondiale atteint les 320 millions de tonnes en 2007, chiffre record. L’Asie et l’Europe totalisent 80% de cette production. Depuis les années 90, le secteur de la pomme de terre, jusqu’alors monopolisé par l’Europe, l’Amérique du Nord, et les pays ex-soviétiques, a évolué. L’Asie, l’Afrique, et l’Amérique latine, ont multiplié leur récolte par plus de 5 depuis les années 60. En 2005, la production des pays en voie de développement, Chine et Inde en tête, a dépassé celle des pays développés. La Chine est devenue le plus grand champ mondial de pommes de terre. Côté rendements, l’Amérique du Nord reste en tête, plus de 40 tonnes à l’hectare. Contre une fourchette comprise entre 16 et 17 pour l’Asie, l’Océanie, et l’Europe, et seulement un peu moins de 11 tonnes à l’hectare pour le continent africain. (2) Pour les experts de la FAO, qui examinent le potentiel de la pomme de terre dans le cadre de cette Année internationale, la question des rendements n’est pas insurmontable. Il y a même beaucoup à attendre d’un tubercule qui pousse vite, s’adapte sur des sols difficiles, et qui consomme peu d’engrais. Une opportunité pour les pays en voie de développement. Réunis à Cuzco fin mars dernier par les Nations Unies, 90 experts ont discuté des stratégies à développer pour exploiter ce potentiel alimentaire, et économique. Selon eux, « La pomme de terre sera l’aliment du futur ».

La cause d’une émigration ancienne.

Pour moi, la pomme de terre reste liée à l’histoire de la diaspora irlandaise. Introduite à la fin du XVI°, elle s’est accommodée d’un climat doux et humide, de terres ingrates, et d’une multiplication des petites propriétés. Elle n’a pas besoin de grands espaces. Au fil du temps, la pomme de terre est devenue la principale nourriture des Irlandais. Au milieu du XIX° siècle, le mildiou s’attaque aux cultures, les mauvaises récoltes se succèdent. De 1846 à 1851, 500.000 à un million de personnes, selon les estimations, meurent de faim. Des épidémies, notamment le typhus, se développent. Autre conséquence majeure, l’émigration. La crise de la pomme de terre, probablement aidée par la brutalité de l’occupation anglaise, provoque le départ de deux millions de personnes vers la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie. Entre 1845 et 1851, l’Irlande perd le tiers de sa population. (3)

M.J

(1) FAO, 2008 (2) FAO, 2008 (3) Global Diasporas, An introduction, Robin Cohen, UCL Press, p 181.


Publié le 3 avril 2008 par marlene dans Developpement,faim
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Davos: les riches se penchent sur l’agriculture des pauvres.

Bonjour,

Le forum de Davos, 38ème édition, grande messe économique et diplomatique gâchée par la crise financière, vient de se terminer. On y a aussi discuté « insécurité alimentaire », et « crise de l’eau ». Les stocks mondiaux de nourriture sont à leur plus bas niveau depuis les années 80.

Soutenir les petits agriculteurs.

Le problème se formule en quelques données. La demande alimentaire mondiale, portée par une démographie en augmentation, est elle aussi à la hausse. A l’horizon 2050, il faudra nourrir 9 milliards d’individus, contre 6 aujourd’hui. Ce qui n’est pas tout à fait le cas, plus de 850 millions de personnes souffrent actuellement de la faim. Les conflits, les sécheresses, les inondations, l’appauvrissement des sols, le manque de ressources en eau, multiplient les crises alimentaires mondiales. Ce déficit alimentaire est encore aggravé par une flambée des cours des produits agricoles, et par le développement des agro-carburants, dopé par un pétrole cher. Actuellement, une quarantaine de pays pauvres connaissent des difficultés alimentaires. Des émeutes ont eu lieu en Indonésie, au Yémen, en Mauritanie, au Sénégal, et en Guinée. Dans son bulletin « Perspectives de l’alimentation », publié en novembre 2007, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que les pays les plus pauvres,  en déficit alimentaire, ont dépensé 25% de plus qu’en 2006 pour leurs importations alimentaires. Pour la FAO, et Jacques Diouf son directeur, il y a urgence à soutenir les petits agriculteurs et leur famille, dans un monde où 70% des pauvres vivent de la terre.

« Sil y a l’eau, tout marche ».

Des projets, il y en a, des grands et des petits. La FAO a lancé un vaste programme pour aider les petits agriculteurs des pays pauvres à acheter des semences et des engrais, destinés aux cultures vivrières. La FAO en appelle aux donateurs et aux investisseurs privés, pour financer ce qui pèse trop lourd pour le budget d’un cultivateur. Autre initiative, celle de l’AGRA (Alliance pour une Révolution verte en Afrique) qui développe un programme pour améliorer la fertilité des sols. Une enveloppe de 180 millions de dollars US est destinée à plus de quatre millions de petits exploitants africains, pour restaurer un peu plus de 6 millions d’hectares de sols épuisés. Et un exemple, au Nord du Sénégal, dans la région de Matam. Ce petit projet qui mêle agriculture et maraichage, initié par un émigré rentré au pays, vise à redonner vie à des terres devenues incultes par manque d’eau. « S’il y a l’eau, tout marche », confie l’artisan du projet. L’eau, indispensable à l’agriculture, est l’autre crise planétaire envisagée à Davos. Une crise qui sera aggravée par le réchauffement climatique.

M.J.

« Investir dans l’agriculture pour la sécurité alimentaire », une vidéo de la FAO. Zoom sur le Mozambique, où l’investissement privé à boosté l »agriculture.


Publié le 29 janvier 2008 par marlene dans Actualité,Agriculture.
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