Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des « e-déchets » mieux traités chez les autres…

Bonjour,

Les « e-déchets »  sont mieux traités chez les autres. C’est pour cela que le monde occidental, Europe et Etats-Unis en tête, envoie ses vieux frigos, ses imprimantes en fin de vie, ou ses ordinateurs devenus obsolètes, vers les pays en voie de développement. Chaque année, des millions de tonnes de déchets électroniques, chiffres en hausse , sont débarqués en Chine, en Inde, ou en Afrique. Et c’est souvent sous prétexte d’une aide à l’informatisation que les Africains récupèrent des ordinateurs, juste bons à ouvrir pour en récupérer les composants. La question du « recyclage » des « e-déchets » est au cœur de ce drôle d’échange « Nord-Sud ».

Quand les « e-déchets » prennent le bateau….

Dans un monde qui consomme de plus en plus d’ordinateurs et de téléphones portables, à durée de vie de plus en plus courte, le tas de « e-déchets » gonfle à vue d’œil. D’après Greenpeace, chaque année, 20 à 50 millions de tonnes de déchets électroniques sont produits dans le monde. Un volume qui augmente de 3 à 5% par an. Pour se faire une idée plus précise, chaque jour, 350.000 téléphones cellulaires et 130.000 ordinateurs sont jetés à la poubelle aux Etats-Unis. (1) De l’autre côté de l’Océan, l’Europe produit environ 8,7 millions de tonnes de « e-déchets ».(PNUE) L’Asie alimente aussi la décharge, 12 millions de tonnes par an. (Greenpeace) L’Inde, pays récepteur, est aussi producteur, 150.000 tonnes par an. (Toxics Alert) Côté recyclage, c’est plus flou. Aux Etats-Unis, une grosse partie du matériel électronique usagé, peut-être 80%, s’exporte par bateau.(1) En Europe, 70% de ces déchets bien encombrants disparaissent dans la nature. Ils s’accumulent plus probablement dans un train, ou s’entassent dans des conteneurs chargés sur un bateau, à destination d’un port africain. (2)

Le ventre empoisonné des ordinateurs.

Après avoir longtemps été expédiées en Chine, en Inde, au Pakistan, en Russie, les cargaisons de « e-déchets » accostent aussi dans les villes portuaires du continent africain, Lagos, Nairobi, Accra, Cotonou, ou Lome. Chaque mois, 500 conteneurs de matériel informatique sont débarqués au Nigéria. (BAN) Au Kenya, on en dénombre une cinquantaine par an, principalement en provenance des Etats-Unis et de Grande Bretagne. (3) Le Ghana est également devenu une destination de choix pour l’informatique déclassée par les Américains et les Européens. (4) En Afrique, où les ordinateurs sont en principe promis à un seconde vie, dans les écoles, les hôpitaux, ou les cybercafés, le matériel débarqué est souvent bon pour la casse. Selon le PNUE, 25% à 75% des ordinateurs qui arrivent chaque mois dans le port de Lagos sont inutilisables. Alors, pour récupérer les composants et les quelques bouts de cuivre qu’ils iront vendre, les pauvres de Lagos, de Nairobi, ou d’Accra désossent ces carcasses à mains nues, et à visage découvert. Ils ne savent pas que ces déchets électroniques contiennent du plomb, du mercure, ou du cadmium. Ils ne savent pas non plus que le plastique brûlé, utilisé pour isoler les fils électriques, libère des substances très nocives. Le paysage encaisse aussi.

Une législation internationale impuissante.

Ce recyclage, bon marché pour les fabricants et les utilisateurs, est aussi le lot de Delhi, de Karashi, et de nombre de petites villes indiennes ou chinoises, improvisées en dépotoirs. La ville de Guiyu , en Chine, est même devenue une plate-forme logistique pour le retraitement des déchets. Des paysans y brûlent des circuits sur des feux de charbon pour récupérer du plomb, pendant que d’autres utilisent de l’acide pour extraire de petits bouts d’or. « Vous voyez des femmes assises brûler des adaptateurs d’ordinateurs portables, avec des rivières de cendres qui dégoulinent des maisons », commente Jim Puckett, fondateur du BAN. (1)Le Basel Action Network est une organisation qui dénonce ces flux de marchandises empoisonnées, pourtant règlementés par la juridiction internationale. La Convention de Bâle, en vigueur depuis 1992, interdit tout échange de déchets contenant des matières toxiques. Chaque pays doit, en principe, traiter sa production sur son sol. Parenthèse, les Etats-Unis n’ont pas signé la Convention. En 2006, la Conférence de Nairobi, qui fait le point sur le transit des déchets dangereux, constate que la Convention de Bâle ne fonctionne pas. A l’échelle européenne, deux textes règlementent le cycle des « e-déchets » (DEEE et ROHF) De son côté, Greenpeace publie un état des lieux trimestriel de la politique de recyclage des entreprises. Pas brillant. Au dernier classement (2008), Nokia qui a implanté 5000 points de collecte de cellulaires usagés à travers 124 pays, arrive en tête. Sony, qui doit recycler la moitié de ses portables et de ses TV, surtout dans les pays riches, peut mieux faire. En bas de liste, Nintendo, avec un zéro pointé en matière de « e-waste. »

M.J

Electronic Waste, Chine et Inde.

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(1) “E-Waste Not”, by Bryan Walsh, Time

http://www.ban.org/ban_news/2009/090108_ewaste_not.html

(2) « Novethic/ Recyclage ordinateurs : le cadeau empoisonné. »

http://www.novethic.fr/novethic/v3/article.jsp?id=117862

(3) http://www.contaminations-chimiques.info/?2007/11/06/168-vu-du-kenya-nos-dechets-electroniques-detruisent-la-sante-de-centaines-d-enfants

(4) http://www.geo.fr/environnement/actualite-durable/le-ghana-poubelle-pour-les-e-dechets-25740


Publié le 26 mars 2009 par marlene dans Actualité,déchets,Préjudice écologique,Santé.
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