Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Géant hydraulique, small hydro, et géothermie…

Bonjour,

 

Au Costa Rica, 95%  de l’économie repose sur les énergies renouvelables. L’hydraulique,  environ 80% du mix énergétique, et la géothermie, 12%, font tomber la part du pétrole au dessous des 5%. (1) Deux projets, le barrage  de Diquis, annoncé pour être l’un des plus importants d’Amérique centrale et prévu pour 2016, et le barrage  de Revantazon, planifié pour 2019, devraient gonfler un peu plus la capacité hydraulique du Costa Rica. La Présidente  élue en 2010,  Laura Chinchilla, veut encore développer la géothermie et l’énergie solaire pour tendre vers l’objectif « zéro carbone » à l’horizon 2020. Le Costa Rica est le membre le plus actif des pays d’Amérique centrale – Guatemala, Honduras, El Salvador, et Nicaragua – tous soucieux d’augmenter la part du renouvelable dans le bouquet énergétique. En 2011, elle dépasse les 65%, largement dominée par l’hydro-électricité. Mais la région compte bien développer un  potentiel géothermique,  peut-être moins prometteur au Honduras. (1 )(2)

 

Le géant hydraulique

L’énergie hydraulique , alimentée par l’eau et ses cycles, et la géothermie , qui puise dans la chaleur de la terre, progressent  partout dans le monde. Même si leur part reste modeste.  En 2011, l’hydraulique produit  plus de 15% de l’électricité mondiale. Et moins de 1% pour la géothermie, utilisée aussi pour le chauffage. Il ne s’agit pas d’une révolution, mais d’un cheminement  pour se dégager des combustibles fossiles, et conquérir une certaine indépendance énergétique.  D’après une enquête du Worldwatch Institute, la Chine, le Brésil, le Canada, et la Russie mènent la production hydro-électrique, énergie primaire et électricité, avec plus de la moitié de la capacité mondiale en 2011. Le développement récent d’infrastructures  hydrauliques place la Chine en tête, suivie par le Vietnam, Brésil, le Canada. (3) Les barrages et les ouvrages  aménagés sur les grands fleuves du monde, le Colorado en Amérique du Nord, le Yangste en Chine, ou le Parana en Amérique du Sud,  racontent l’épopée de l’hydro-électrique. D’après la World Commission on Dams (2000),  environ 60% des fleuves majeurs sont contrariés par des ouvrages, ou déviés. Un processus qui aurait déplacé entre 40 et 80 millions de personnes dans le monde, et réduit considérablement le cours de certaines rivières, jusqu’à les empêcher d’atteindre la mer. L’hydraulique et ses barrages, qui malmènent  l’environnement et ses équilibres et qui déracinent les hommes, altèrent l’image d’une énergie pourtant réputée  « soft ».

 

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Small Hydro.

Les grands ouvrages, dont l’édification modifie les paysages des bassins-versants, bouleversent l’équilibre des sols. Un déboisement, par exemple, entraine ruissellement, érosion, et appauvrissement. Ces aménagements modifient l’équilibre fluvial, contrarient la migration des poissons, changent la composition chimique de l’eau. Ces constructions bouleversent les habitats voisins, et les espèces qui y sont attachées. Les communautés, dont les territoires sont inondés, sont expulsées. Le barrage des Trois Gorges, l’ouvrage le plus imposant jamais réalisé, a déplacé 1,2 milliards de personnes vivant dans plus 140 villes et 1300 villages. La violence de l’opposition à certains projets donne la mesure des bouleversements environnementaux, socio-économiques, et humains à venir. Dans certains cas, l’héritage architectural des communautés est englouti. Réputés pour produire une énergie « propre », leur construction exige des matériaux, le ciment, le fer, qui eux en consomment. Histoire de taille, ou de mesure, la « petite hydraulique » est réputée plus douce pour l’environnement. Construit au fil de l’eau, sans retenue importante, sans impact néfaste sur l’environnement et la vie qui s’y développe, le petit hydraulique a le vent en poupe. Entre 2005 et 2008, cette niche de l’industrie hydro-électrique  a bondi de presque 30%. Il se développe en Chine, plus de la moitié du marché actuel, en Inde , aux Etats-Unis. Il sert notamment le China Village Electrification Program qui prévoit d’électrifier 10.000 villages, pour alimenter 3,5 millions de ménages. Car autre avantage d’un ouvrage plus léger – aux vertus écologiques parfois discutées -, il permet d’amener l’électricité là où elle manque. (4)(5)

 

La route des volcans.

La géothermie s’inscrit dans la Ceinture de Feu Pacifique , et suit la route des volcans, actifs ou non. En 2010, plus d’une vingtaine de pays valorisent la chaleur de la terre pour produire de l’électricité. La cartographie de la capacité de production (2010), place les Etats-Unis en tête – 28% de la capacité mondiale (3) -, suivies par les Philippines, l’Indonésie, le Mexique, l’Italie, et la Nouvelle Zélande. Le plus grand complexe géothermal au monde, The Geysers, se situe à plus d’une centaine de kilomètres au Nord de San Francisco en Californie, dans les montagnes de Mayacamas  Mais la part d’électricité d’origine géothermique dans la production nationale bouscule la carte. L’Islande, les Philippines, le Salvador prennent la tête – entre 25 et 30% -, suivis par le Kenya et la Nouvelle Zélande  –  autour de 10%.  (6) En Islande, la géothermie alimente encore 90% du chauffage. D’ailleurs, plus de 70 pays ont choisi cette technologie, qui convient parfaitement au chauffage alternatif .(3)  Parmi les pays ciblés pour le développement de  la géothermie, le Chili. Assis sur un axe volcanique, le pays compte plus de 300 sites, avec un potentiel convertible en électricité ou voué à une utilisation directe. Les fluides renfermés dans le sous-sol chilien, situés à moins de 300 mètres de profondeur, peuvent atteindre 150°C, et promettent une exploitation d’une cinquantaine d’années. (7)

 

Le Rift africain.

Sur le continent africain, la Vallée du Grand Rift offre un potentiel énorme à la géothermie. Le Kenya, Djibouti, la Tanzanie exploitent déjà cette ressource. L’Ethiopie étudie sérieusement cette possibilité. La Banque de Développement Ethiopienne, aidée par la Banque mondiale, projette d investir 20 millions de dollars pour amorcer une exploitation, portée par le secteur privé. Cette énergie doit compenser un ralentissement attendu de l’électricité d’origine hydraulique. En cause, des pluies moins abondantes et des sécheresses. Les hauts plateaux d’Ethiopie, qui offrent une eau abondante, ont favorisé le développement de l’hydraulique. L’eau permet de produire plus de 85% de l’électricité du pays. La Banque mondiale aide le Kenya à développer  une alternative à l’hydraulique, afin de renforcer sa capacité électrique. Le gouvernement investit à fond dans la   « géothermie »,  moins soumise au climat de plus en plus aride de l’Afrique orientale. (8) (9)

 

M.J

 

 

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Première vidéo / Source: Alex de Sherbinin (CIESIN) et Bernhard Lehner (Department of Geography, at McGill University). Il a fallu des années pour constituer ce catalogue des barrages. Il représente plus de 5000 réservoirs dans le monde.
http://csdms.colorado.edu/wiki/Movie:…

(1)Finding Sustainable Alternatives to Large Hydropower in Central America CDKN / Climate and Development knowledge network, CDKN Latin America, from World Watch Institute website, 07-08-2012http://cdkn.org/2012/08/finding-sustainable-alternatives-to-large-hydropower-in-central-america/

(2)Le développement des projets d’énergie géothermique en Amérique centrale, mars 2012,Tresor Direction Générale, Publication des Services économiques. http://www.tresor.economie.gouv.fr/File/337930

(3)« Hydropower and Geothermal Growth Slows », Evan Musolino Revolt, Worldwatch Institute, 02-12-2013, http://blogs.worldwatch.org/revolt/hydropower-and-geothermal-growth-slows-2/

(4)The Hydro Industry’s Proven Authority, HydroWorld.com, small hydro. http://www.hydroworld.com/industry-news/small-hydro.html

(5) Small Hydro, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Small_hydro

(6) Installed Geothermal Electric Capacity (2010) in Wikipedia, Geothermal electricity. http://en.wikipedia.org/wiki/Geothermal_electricity

(7)“Chile has excellent potential for both high and medium temperature geothermal projects.” http://www.hotrockltd.com/irm/content/exploration_chile.html

(8) “World Bank Gives Kenya $118 Million for Geothermal Development”

eBoom Staff , 07-07-2010, http://www.energyboom.com/geothermal/world-bank-gives-kenya-118-million-geothermal-development

(9) « Ethiopia to Develop its Geothermal Energy Potential with a Grant from the World Bank », AtisSun News, 15-02-2013, http://www.atissun.com/blog/18418/ethiopia-to-develop-its-geothermal-energy-potential-with-a-grant-from-the-world-bank/


Publié le 1 mars 2013 par marlene dans Barrages,Climat,Ecosystèmes.,energies alternatives
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Géothermie, un courant alternatif.

Bonjour,

Lester R. Brown, encore lui, annonce la fin du pétrole. Dans son livre « Plan B », le chef du Earth Policy Institute  nous invite à une sobriété énergétique. Il recommande de nous préparer à changer nos modes de vie. Et dans un monde où charbon et réchauffement climatique sont inconciliables, il fait l’éloge des énergies renouvelables. Le nucléaire, trop cher sans subventions, et trop risqué –  l’ouvrage est écrit avant Fukuoka –  est mis sur la touche. «  Notre futur sera donc inévitablement modelé par les énergies renouvelables.. », écrit-il avant de convoquer les acteurs de cette transition énergétique souhaitée, « énergie éolienne, panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, centrales solaires thermiques, énergie géothermique, énergie hydraulique, énergie des marées, et biocarburants. » (1) En juin 2011, le site de l’Earth Institute, qui réactualise les propositions du « Plan B »,  fait l’éloge de la géothermie (2). Une énergie renouvelable aussi inépuisable que la terre qui la produit,  encore largement sous-exploitée.

Tour du monde.

La géothermie, manifestation d’une radioactivité naturelle enfouie dans les couches profondes de la terre, parfois signalée en surface par des sources d’eaux chaudes ou par des geysers, , cumule les avantages. Pratiquement sans émissions, elle peut être exploitée pour produire une électricité quasi-constante, chauffer les bâtiments et les serres agricoles, ou donner un petit coup de pouce à l’aquaculture. C’est l’Italie, qui en 1904, expérimente la première les possibilités énergétiques de son sous-sol pour produire de l’électricité. Aujourd’hui, plus d’une vingtaine de pays tirent profit de cette chaleur terrestre, au fil d’une géographie qui  s’étire sur la « ceinture de feu », passe par le grand rift africain, Kenya, Rwanda, Ouganda et remonte vers l’axe oriental de la Méditerranée, Italie, Hongrie, Roumanie, Turquie, Israël.  Chili,  Pérou, Equateur, Colombie, Amérique centrale, Mexique, Ouest des Etats-Unis, Hawaï,  Canada, Russie, Chine, Corée du Sud,  Japon, Philippines, Indonésie, Australie, Nouvelle Zélande signalent une cartographie Pacifique étendue, et plutôt bien dotée en ressources.  A ajouter sur la carte, l’Islande,  où les sources d’eaux chaudes, associées à la culture insulaire, chauffent plus de 90% des résidences. Mais la carte postale pourrait venir du Japon, qui compte plus de 5 500 Onsens publics, lieu de rencontre et de détente.

De la lumière pour 800 millions de personnes.

Avec 3100 Mégawatts en 2010, les Etats-Unis, emmenés par la Californie, sont les principaux producteurs d’électricité géothermique. Soit un peu plus du tiers d’une capacité mondiale estimée autour des 11000 mégawatts. La présidence Obama a réveillé une ressource énergétique, un peu oubliée pendant une vingtaine d’années. Aujourd’hui, la géothermie est en plein boom. Plus d’une centaine de  projets devraient doper la production américaine de  1 400 Mégawatts. A l’Ouest du pays, en Californie, au Nevada, en  Utah, terres traditionnelles de la géothermie, mais aussi à l’Est, en Louisiane, au Mississipi, ou au Texas, Etat souvent associé à l’Industrie pétrolière. Dans le Pacifique Sud, les Philippines ont développé une capacité de 1 900 Mégawatts, soit 17% de leurs besoins en électricité. L’archipel compte bien fouiller un peu plus les possibilités de son-sol pour dépasser les 2 500 Mégawatts en 2015. Beaucoup plus ambitieuse, l’Indonésie, qui veut multiplier par 10 sa capacité de production en 2025, pour atteindre les 12 000 Mégawatts. Et couvrir 70% de sa consommation en électricité. Le gouvernement veut se détourner des sources d’énergie fossiles, charbon et pétrole, en pariant sur l’énorme potentiel de son sous-sol. Le scénario 2025 n’exploiterait que les 2/5° de la ressource géothermique. Le Japon de l’après-Fukushima, qui dispose lui aussi d’un sous–sol très généreux – avec une capacité estimée à 69 000 Mégawatts par Lester Brown (1) – pourrait recourir à la terre pour produire de la lumière. Si le Mexique, et les autres pays situés plus au Sud du continent américain, convertissaient cette énergie, ils pourraient probablement couvrir leurs besoins en électricité. Un rapport de la Geothermal Energy Association / (GEA), publié en 1999,  identifie une quarantaine de pays en capacité de produire leur électricité avec la géothermie. Une reconversion énergétique qui permettrait d’éclairer 800 millions de personnes.

Kenya.

Le gros problème de la géothermie, c’est son coût. L’exploration, le forage, et la construction d’unités de production demandent d’énormes  investissements. A envisager sur le long terme. Au fil des années d’exploitation, ces centrales, qui fonctionnent à bas coût, sans énergie fossiles, sont appelées à devenir aussi compétitives que leurs cousines, nourries au fuel ou au nucléaire. Autre avantage, une électricité continue, sans apport fossile. La technologie EGS , pour Enhanced Geothermal Source,  mise au point aux Etats-Unis dans les années 70, qui consiste à creuser à grande profondeur dans des réservoirs naturels pour en stimuler le potentiel, et démultiplier la ressource, pourrait bien ouvrir des horizons à l’exploitation géothermique. En 2008, un rapport de l’US Geological Survey estime que l’EGS pourrait exploser le potentiel américain, et produire jusqu’à 13 fois le volume de ses ressources actuelles. Cette technologie, testée en Australie, en France, aux Etats-Unis, et au Royaume Uni, suscite de gros espoirs pour les années à venir. L’EGS pourrait faire de la géothermie un investissement rapidement rentable, et accélérer la production d’électricité d’origine terrestre. Mais, nous sommes encore loin du compte car la géothermie pourrait, toutes technologies confondues, produire l’équivalent de 4,6 millions de Megawatts, de quoi faire tourner deux fois l’industrie mondiale. Plus modeste, le Kenya, qui découvre la géothermie dans les années 60, couvre actuellement 20% de ses besoins en électricité. Le pays, qui a bien compris l’intérêt de la ressource, compte satisfaire sa demande en 2030, et exporter le surplus.

 

M.J

 

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(1)« Le plan b » – Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008,  Editions Pluriel, Hachette Littérature,  p 72, p 296.

(2) Plan B Updates, “Geothermal Power Heating Up Worldwide”,  J. Matthew Roney, 16-06-2011  http://www.earth-policy.org/plan_b_updates/2011/update98


Publié le 18 novembre 2011 par marlene dans Climat,energies alternatives
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