Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Rougerie, sur les traces de Jules Verne.

Bonjour,

Difficile d’évoquer la conquête de l’eau – voir blogs précédents – sans parler de Jacques Rougerie. Inspiré par les profondeurs, influencé par le monde de Jules Verne et les voyages de quelques grands explorateurs, Théodore Monod, Paul Emile Victor, ou Jacques-Yves Cousteau, assisté par une équipe pluridisciplinaire, cet architecte français compose pour l’univers aquatique.(1) Il a réalisé nombre de projets pour l’espace littoral. Il imagine des structures pour habiter sous les mers. Il conçoit des engins pour étudier l’environnement sous-marin. Comme d’autres architectes dans les années 60, Rougerie réhabilite l’idée que la mer n’est plus un territoire « impénétrable », mais une entité à explorer, un «sixième continent » destiné à être habité.   Un autre lieu de vie. (2) En 1974, le magazine Architecture d’Aujourd’hui résume son projet : « Habiter la mer ». Dans les années 70, le projet Thalassopolis est l’occasion d’une réflexion sur la mutation de l’homme, conséquence d’une intégration au milieu aquatique. Déjà, il développe une vision environnementale. L’habitat marin, qui lie l’homme à la mer, implique connaissance et respect de ce milieu.  Son agence d’architecture reste fidèle à cet engagement : « A l’heure où la compatibilité des technologies et de l’environnement se pose comme l’un des grands défis du 21e siècle, l’agence Jacques Rougerie pose comme préalable et ligne d’équilibre essentiels au travail de son équipe la nécessaire approche sociologique, environnementale et écologique de tous ses projets architecturaux. » (3)

Quand Jacques Rougerie imagine l’espace littoral, il dessine des ports de plaisance, Marseille, Saint-Denis de la Réunion. Il conçoit un auditorium flottant pour la baie de Tokyo. Il détourne une plate-forme off-shore à Okinawa, île japonaise du Pacifique, qui devient centre culturel avec des galeries sous-marines et un théâtre, hôtel et thalassothérapie. Ce projet s’appelle Aquapolis. Le nom de Rougerie reste associé à l’aménagement portuaire de Brest, Océanopolis I en 1990, et Océaopolis II, dix ans plus tard. Au final, un complexe dédié à la mer, des côtes tempérées de Bretagne aux glaces du Pôle, en passant par les mers colorées de l’espace tropical. Des aquariums témoignent de la diversité de la faune marine. En Corse, à Porticcio, il réalise un village classe de mer, un centre sportif pour initier les enfants à l’univers sous-marin. Et quand Rougerie travaille « entre-deux-eaux », il conçoit le Musée sous-marin d’Alexandrie, une invitation à découvrir le patrimoine archéologique englouti d’Alexandrie, via un tunnel immergé. En lien, une vidéo sur l’itinéraire du projet.

Puis, Jacques Rougerie nous entraîne carrément dans les profondeurs marines. Pour la NASA, il imagine un village immergé à 20 ou 30 mètres de profondeur, un projet pour les Îles Vierges. Ce campement sous-marin, conçu pour un séjour long, pourra accueillir jusqu’à 250 personnes venues étudier les profondeurs. Les astronautes pourront s’y entraîner. Autre projet d’habitat, toujours aux Îles Vierges, une ferme sous la mer conçue pour paysans du futur, commande de l’Université d’Hawaï. En 1977, Galathée inaugure une série de projets d’abris sous la mer. Cette structure de 56m3, conçue pour 4 à 7 personnes, maintenue entre deux eaux, s’ouvre sur l’univers aquatique grâce à un grand hublot. Aquabulle, Hippocampe, d’autres refuges suivront, jusqu’à Seaspace. Entre habitat et observation scientifique, Seaspace est une maison sous-marine adaptée à plusieurs profondeurs, dont les conditions de séjour qui rappellent celles de l’espace. Puis, viennent les vaisseaux. Le projet Seaorbiter, mené en collaboration avec l’océanographe Jacques Piccard et l’astronaute Jean Loup Chrétien, est une structure verticale semi-submersible – 51 mètres de haut et 24 mètres de large – prévue pour accueillir 18 scientifiques. Ici encore, des conditions de vie proches de la vie spatiale. Jacques Rougerie, qui explore l’univers marin, révèle une forte inclinaison pour le monde spatial, encore un clin d’œil à Jules Verne.

Rougerie, une production hallucinante, le mieux c’est d’aller voir son site.

M.J

(1) »Jacques Rougerie : habiter la mer », Danielle Birck, RFI, 13-03-2008, http://www.rfi.fr/francefr/articles/099/article_63548.asp

(2) « Marine and Underwater Cities – 1960-1975 », Peter Raisbeck, Department of Architecture, University of Melbourne. From: Additions to architectural history. XIXth Conference of the Society of Architectural Historians, Australia and New Zealand, Brisbane- SAHANZ – 2002.

http://www.hydrosight.com/pdf/other/underwater_cities.pdf

(3) Jacques Rougerie – Architecte. http://www.rougerie.com/12.html


Publié le 25 septembre 2008 par marlene dans Architecure.,eau
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