Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les blés du Qatar.

Bonjour,

 

Le riche Qatar se préoccupe de sa sécurité alimentaire. Comme d’autres Etats pétroliers, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, il lui arrive d’acquérir des terres à l’étranger. Le Qatar achète de l’espace cultivable au Soudan, en Australie;  loue des terres aux Philippines ;  investit des millions de dollars dans des projets agricoles, au Kenya, au Brésil, en Argentine, ou en Ukraine. (1) (2) Mais le Qatar, qui importe 90% de ses besoins alimentaires, ambitionne aussi de convertir une partie de son désert en terre productive. Comme son voisin saoudien, il y a quelques années. Le Qatar National Food Security Programme (QNFSP), lancé en 2008 par le Sheikh Hassad Bin Khalifa Al Thani, doit démarrer en 2014, pour se développer sur une dizaine d’années. Il devrait couvrir 60 à 70% des besoins  alimentaires d’une  population d’environ 1,7 millions de personnes, 20% de citoyens qataris, les autres travailleurs émigrés.(2) Le Qatar, qui vit de la rente pétrolière, qui est assis sur la troisième réserve de gaz naturel au monde, et dont les citoyens peuvent se vanter d’un revenu confortable, se rêve déjà en potager. Le pays cultive le quart de ses fruits et légumes, tomates, concombres, aubergines, haricots, melons d’eau, ou fraises. (2) (3)

Désert.

Le Qatar, presqu’île désertique qui baigne dans le Golfe persique, est un tout petit pays. Environ 160 km de long, pour 80 km de large. Un pays plat qui culmine à une centaine de mètres. La végétation, quelques broussailles épineuses, quelques arbres, et des palmiers, est celle d’un désert. Un désert couvert de sables et de graviers, une terre balayée par les vents de sables et de poussières. Pour résumer la météo, quatre mois de forte chaleur, jusqu’à 50°C pendant  l’été,  quelques semaines de tempêtes de sable, et quelques pluies, en hiver et au printemps.(4) Moins de 80 mm par an, en moyenne. La surface cultivable, 11600 km², couvre 1% du territoire national. Les sols, à forte teneur en sel, sont ingrats. Et problème majeur de ce pays qui importe la quasi-totalité de ses céréales, environ 20.000 tonnes par an, l’eau. (2).

Aquifères.

Le pays compte de plus en plus sur la désalinisation de l’eau de mer pour couvrir ses besoins. Cette technologie produit déjà toute l’eau à usage domestique. Le Qatar National Food Security Programme compte d’ailleurs sur cette eau débarrassée de son sel pour irriguer les cultures. Une enquête d’Al Jazeera, sur la sécurité alimentaire du Qatar, révèle que le pays choisit l’énergie solaire, plutôt que l’énergie fossile, pour faire tourner ses unités de désalinisation. Gros producteur de CO² par habitant, et pays hôte de la dernière Conférence des Nations Unies sur le climat,  le pays tente d’adoucir l’image de ses excès. Selon Al Jazeera, la firme américaine Chevron teste une centrale solaire à Doha, la capitale. Et pour coller à un environnement où se mêlent chaleur, poussières, et sables, la firme évalue la réaction de panneaux solaires en provenance des Etats-Unis, d’Allemagne, du Japon, ou de Corée du Sud. (3) Mais en attendant une irrigation servie par l’énergie solaire adaptée, les fermiers du Qatar continuent de pomper l’eau contenue dans le sous-sol. Si le niveau des aquifères du pays est déjà en baisse, le Qatar National Food Security Programme promet de laisser les nappes se recharger en pluies, pour constituer les « réserves d’eau stratégiques du pays. » (2)

Fruits, légumes, poissons, poulets, œufs.

Le site du Ministère des Affaires étrangères, qui détaille le projet agricole,  promet une extension « horizontale », avec un soutien aux entrepreneurs,  et des investissements. La mise en culture  mélange les genres, une agriculture en plein champ, une production sous serre, et une production hydroponique. Cette technique , qui remplace la terre par un substrat artificiel, un gain pour la surface cultivable, promet de bien meilleurs rendements que la culture en  plein champ. Le gouvernement mise encore sur des fermes expérimentales, deux principales à l’heure actuelle, pour développer des semences localement adaptables. Dans ce pays, où il existait une petite agriculture, un élevage nomade, et la pêche, on comptait environ 400 fermes dans les années 70. En 2005, il y en a près d’un millier. Toujours en 2005, de source gouvernementale, il reste 650.000 hectares de terres arables à mettre en valeur, près de 69.000 le sont déjà. (5) Le pays compterait aujourd’hui 1400 exploitations, et,  portées par le Qatar National Food Security Programme, bientôt 3000. (2) Pendant que la production de fruits et légumes s’installe sur le marché interne, la production de poissons, de poulets – 7 millions de  volailles par an -, d’œufs, et de lait – 5 tonnes par jour absorbées localement – devraient satisfaire de plus en plus de consommateurs qataris. (5) La production de céréales, étape vers l’autosuffisance alimentaire, semble plus difficile, avis d’experts. (2)

Doutes.

En 2008, le voisin saoudien abandonne son rêve d’autosuffisance  en blé. Trop onéreux, trop gourmand en eau. La culture du blé, dont l’irrigation est nécessaire dans cet espace aride, a notamment bu 80% de  la nappe phréatique fossile, celle qui ne se recharge pas. Plus généralement, le niveau des nappes souterraines a dangereusement baissé dans les régions de production, alimentées par l’eau des forages. Cette agriculture forcée a encore provoqué la salinisation des eaux souterraines. Bilan, il faudra des décennies pour remplir à nouveau  les aquifères, et les débarrasser de leur sel. (6) L’Arabie Saoudite, qui a lancé sa production de blé dans les années 70, parvient au début des années 90 à produire le double de sa consommation intérieure. Le pays exporte l’autre moitié. Puis, changement de vision. En 2016, l’Arabie Saoudite compte importer la totalité de ses besoins en céréales. Interrogée par Al Jazeera, Zahra Babar, directeur de recherche à l’Université de Georgetown au Qatar, formule quelques retenues concernant le projet qatari: « Il y a un certain scepticisme sur la possibilité d’arriver à dessaler de grandes quantités d’eau pour l’irrigation »… « Je pense que nous pouvons espérer un certain succès. Mais cibler un certain niveau d’autosuffisance – 70% -, c’est un peu ambitieux. » (3)

Zéro import, zéro export.

S’il est question de tendre vers l’autosuffisance alimentaire, afin de ne plus importer de nourriture dont l’envolée des prix a touché les résidents qataris, argument développé par Al Jazeera,  le Qatar National Food Security Programme vise aussi le « zéro exportation ». (3) « Si quelque chose est produit au Qatar, cette production ne doit pas être exportée afin de protéger nos ressources naturelles. Car la quantité d’eau requise pour produire de la nourriture, un pays comme le Qatar, qui est très sec, ne peut pas exporter d’eau sous forme de nourriture. », commente Fahad Bin Mohammed al-Attiya, à la tête du  QNFSP. (2)

 

M.J

 

Une ferme « high-tech » portable, conçue et construite au Japon, destinée au Qatar…

 

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(1) International Food Policy Research Institute (IFPRI)

http://www.ifpri.org/fr

IFPRI Policy Brief 13 • April 2009 http://www.ifpri.org/sites/default/files/bp013Table01.pdf

(2) “Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, Reuter, 06-01-2012 http://www.reuters.com/article/2012/01/06/us-qatar-food-idUSTRE8051V220120106

“Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, (Version longue) http://mideast.legalbusinessonline.com/files/File/Special%20Reports/The%20Brief/MAR%202012%20-%20Qatar%202012.pdf

(3) “Can Qatar’s food security plan ripen? ”, Rhodri Davies, Al Jazeera, 02-12.2012.

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2012/12/20121221237338571.html

(4) Wikipedia, Géographie du Qatar, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_du_Qatar,

World Fact Book 2008, Qatar Geography http://www.studentsoftheworld.info/infopays/wfb_fr.php3?CODEPAYS=QAT

(5)Qatar  – Ministry of Foreign Affairs – Agriculture http://english.mofa.gov.qa/details.cfm?id=92   / Qatar National Food Security Programme http://www.qnfsp.gov.qa/

(6) FAO Corporate document Repository – APPENDIX 8: COUNTRY CASE STUDY – WATER POLICY REFORM IN SAUDI ARABIA, Hamad M. H. Al-Sheikh, Department of Economics, King Saud University
Riyadh http://www.fao.org/docrep/006/ad456e/ad456e0e.htm


Publié le 12 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau,Pays du Golfe.
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