Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Jaitapur, après le nuage de Fukushima.

Bonjour,

A Jaitapur, l’accident de Fukushima stimule l’opposition indienne à l’atome. L’Inde, qui en matière de nucléaire civil a de grands projets, s’apprête à construire le plus gros complexe au monde sur la côte Ouest, à environ 400 km au Sud de Bombay. Plus exactement, sur la côte du  Konkan , à l’Ouest de l’Etat du Maharashtra, une réserve mondiale de biodiversité, ponctuellement secouée par des tremblements de terre. Ce projet, signé en décembre 2010, scelle un partenariat entre AREVA, l’entreprise nucléaire française, et la Nuclear Power Corporation of India Ltd (NPCIL). A l’horizon 2020, 6 réacteurs de type EPR, spécialité française, devraient produire 1 650 Mégawatt chacun, pour une capacité totale de 9 900 Mégawatt. Et un coût estimé supérieur à 10 milliards de dollars. Le projet, soutenu par le gouvernement du Maharashtra, doit avaler environ un millier d’hectares de terres agricoles, où poussent anacardiers, manguiers – qui produisent la fameuse mangue d’Alphonso -, légumes, millet, et riz. Il doit déraciner quelques dizaines de milliers de personnes, dont la plupart refusent de céder leurs terres. Les pêcheurs, employés sur 600 bateaux, qui ne connaissent pas d’autre métier, craignent pour leur activité : un périmètre de pêche restreint, dénaturé par les rejets de la centrale. Fin avril 2011, de violentes manifestations ont opposé la population locale et la police, faisant un mort et quelques dizaines de blessés. L’opposition au nucléaire se fait entendre ailleurs en Inde, à Kudankulam, dans le Tamil Nadu, à Mithi Virdi dans l’ouest du Gujarat, à Kovvada dans l’Andhra Pradesh, et à Haripur dans le Bengale occidental, partout où le gouvernement  projette des parcs nucléaires. La contestation est particulièrement vive à Kudankulam, où une centrale équipée de réacteurs russes de type VVR, technologie autrefois exportée dans les pays de l’ex bloc soviétique, devrait à terme rivaliser avec le site de Jaitapur, pour produire 9 200 Mégawatt. (2)

Une énergie « écologiquement bénigne ».

L’Inde, dépendante à 70% du charbon pour son électricité,  pourtant pionnière dans le renouvelable, mise aussi sur le nucléaire pour gommer les inégalités d’accès, et assouvir ses besoins croissants. Selon la Banque mondiale, la moitié des foyers indiens n’ont pas l’électricité. Entre les années 70 et 2006, la consommation aurait grimpé de plus 900%.  (3) Le nucléaire, matérialisé à l’échelle du sous-continent par une vingtaine de réacteurs peu rentables, produit moins de 3% de l’électricité. L’Inde, exclue du Traité de non prolifération en1974, puis empêchée par le Groupe des Fournisseurs Nucléaires (GFN),  doit attendre 2008 pour connaître la fin de l’embargo sur les matériels sensibles, décidée par les Occidentaux. Le marché indien s’ouvre aux technologies nucléaires civiles. Avec un objectif pour les dix années à venir, 6% d’électricité d’origine nucléaire. Le parc indien, qui produit moins de 5 000 Mégawatt, cible les 20 000 Mégawatt pour 2020.(2) Le nucléaire indien, émaillé de quelques incidents, Kalpakkam dans le Tamil Nadu en 1987 et 2002, Tarapur dans la Maharashtra en 1989 et 1992, Bulandshahr dans l’Uttar Pradesh en 1993, ou Kota dans le Rajasthan en 1995, conséquence probable d’un long isolement, communique désormais sur la sécurité. (5) A Jaitapur, chaque réacteur sera doté d’un système de sécurité indépendant, chaque réacteur sera opéré et maintenu séparément des autres. Argument qui vise à estomper un scenario « façon Fukushima »,  où les réacteurs ont lâché les uns après les autres. Promesse de transparence, le « Nuclear Regulatory Authority », organe indépendant, devrait remplacer le « Atomic Energy Regulatory Board » (AERB), soupçonné de relation étroite avec le « Département of Atmomic Energy», organe gouvernemental. Et sur le portail de l’énergie Indienne, à la rubrique « Nuclear Power Generation », l’atome est considéré comme une source d’énergie « écologiquement bénigne. »

Tremblements de terre et EPR.

Ce qui n’est pas tout à fait l’avis de tout le monde. Dont Greenpeace, qui regrette que l’un des joyaux du catalogue mondial de la biodiversité devienne le décor d’un complexe nucléaire, pas si « benin » que cela. Plus grave, l’activité sismique d’une région bien connue des géologues indiens, classée « zone à haut risque », ou « zone IV », par le « National Disaster Management Authority » (NDMA). L’organisation écologique rapporte que de 1995 à 2005, la région de Jaitapur a connu 92 tremblements de terre. Le plus dévastateur, enregistré en 1993, 6,2 sur l’échelle de Richter, a tué 9000 personnes. La proximité côtière éclaire encore la vulnérabilité du site.  Contre-attaque du NPCIL, ni le tremblement de terre de 2001 dans le Gujarat, 7,6 sur l’échelle de Richter, ni le tsunami de 2004, n’ont perturbé la sécurité des centrales voisines. (2) Mais à côté des risques naturels, matérialisés par  Fukushima, les opposants au projet dénoncent une formule « EPR » très coûteuse,  qui n’a toujours pas fait ses preuves. A Olkiluoto, en Finlande, des questions de sécurité contrarient la mise en service de la technologie « made in France. » Idem pour Flamanville, qui,  fâché avec le calendrier, s’annonce toujours plus cher. Interrogé par IPS, Laxminarayan Ramdas, l’une des voix de la « Coalition for Nuclear Disarmament and Peace » dénonce: « Le gouvernement fait la promotion d’un réacteur au prix exorbitant – de type EPR – qui n’a été avalisé par l’autorité nucléaire régulière d’aucun pays, dont la France. (…) Nous ne savons pas à qui ils essaient de faire plaisir” “( 2)

M.J.

Les acteurs d’une protestation, antérieure à Fukushima…

(1)”Fukushima Won’t Stop World’s Largest Nuclear Facility”, Ranjit Devraj, New Delhi, IPS, 29-04-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=55432
(2) ”Japan Quake Focuses Anti-Nuclear Message”, Ranjit Devraj, New Delhi, IPS, 14-04-2010,  http://ipsnews.net/news.asp?idnews=54835

(3) Université de Sherbrooke / Perspective Monde. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/IND/fr/EG.ELC.COAL.ZS.htmlhttp://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=IND&codeStat=EG.USE.ELEC.KH&codeStat2=x

(4) Nuclear Power in India, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Nuclear_power_in_India


Publié le 5 mai 2011 par marlene dans Actualité,Inde,Nucléaire
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