Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« negaWatt », des solutions pour le « negaNucléaire ».

Bonjour,

« Par ailleurs, le scénario negaWatt prévoit une fermeture progressive des centrales nucléaires existantes jusqu’à 2035, sans remplacement par des centrales de 3° génération dont la conception ne règle pas les principaux problèmes liés à cette technologie : pas de sécurité passive, pas d’avancée concernant le problème des déchets et l’épuisement de la ressource en uranium, aucune valorisation de la chaleur créée. », lit-on dans le document de synthèse du scénario negaWatt, version 2006. (1) L’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, qui n’en finit pas de finir, crédite tragiquement cette proposition. Même si  le « non au nucléaire », version radicale, n’est pas tout à fait le fond de commerce de negaWatt. L’argument, plus ancien, documenté par plus d’une vingtaine d’experts et de professionnels de l’énergie, et quelques dizaines d’ingénieurs, construit autour du bouquet énergétique « sobriété, efficacité, renouvelables », propose une sortie en douceur de l’atome. Il ne s’agit pas d’un retour à la bougie, il faut bien de l’énergie pour continuer à faire tourner le monde, mais il s’agit de casser le dogme « produire toujours plus d’énergie pour en consommer plus. »  Dans son scénario 2006, réactualisation du document 2003, negaWatt jette les bases d’une société plus sobre, plus inventive pour réduire le gaspillage, et plus audacieuse pour exploiter ses ressources inépuisables. L’association parie d’ailleurs sur le « negaWatt », concept qui fait de l’abstinence énergétique la plus accessible, et la plus infaillible, des ressources.

Premier tableau de cette alternative énergétique, la sobriété, une proposition qui est souvent affaire de bon sens. Exemples, préférer la lumière naturelle pour l’éclairage, régler le chauffage pour une chaleur suffisante mais sans excès, consommer des fruits et légumes de saisons, produit localement. En matière d’électricité, la sobriété passe par une chasse au gaspillage. Les particuliers, les entreprises, les villes sont invités à réduire l’éclairage inutile. Avec à la clé, une baisse annuelle de la consommation de 0,2% à 0,5%, selon les secteurs. Concernant le parc de logements neufs, la sobriété commande d’en réduire la surface, pour tendre vers les 75m² en 2050, contre 117 m² actuellement. Un habitat plus petit, destiné à des familles moins nombreuses, qui laisse plus d’espace par individu, 45m² au lieu de 38m² actuellement. Et qui permet de construire plus de logements, 31 millions en 2050 contre 25 en 2005. Concernant les transports, il s’agit de repenser la mobilité, à l’échelle de villes trop étendues, de favoriser le co-voiturage, le télétravail, et le sport. La marche et le vélo, alternatives aux transports collectifs, sont particulièrement adaptés aux trajets courts. Un petit effort des piétons et des cyclistes permettrait de tendre vers les 16% de kilométrages parcourus en ville, au lieu des 9% actuels.

Second tableau, l’efficacité énergétique. Ce qui revient à améliorer le rendement énergétique de nos bâtiments, de notre environnement domestique – froid, éclairage, électroménager -, de notre bureautique, et de nos transports. Il s’agit aussi de renouveler les équipements les plus gourmands en énergie. Sur le papier, un parc de logements neufs dessinés pour l’efficacité, contraints à des normes thermiques, permettrait de tomber la consommation à 29 kWh/m² en moyenne, au lieu d’une centaine actuellement. Cette efficacité suppose aussi de remplacer le chauffage électrique des bâtiments, et celui qui alimente l’eau chaude, par d’autres sources de chaleur, encore plus performantes.  En matière de transports, cette efficacité se décline par des voitures moins gourmandes. Pour transporter les marchandises, le rail et les voies fluviales s’imposent.  Et dans un scénario qui fait tout pour contenir le trafic aérien, on met un peu plus de marchandises sur les trains, et on taxe les trajets « low-costs ». L’efficacité énergétique permettrait « de réduire d’un facteur 2 à 5 nos consommations d’énergie et de matières premières », promet le scénario negaWatt. Sans révolution technique, puisque toutes les solution existent déjà.

Troisième tableau, complémentaire des deux précédents, miser sur le renouvelable pour produire de l’énergie. Inépuisables, bien réparties, sans grand dommage pour l’environnement, et largement sous-exploitées, elles collent parfaitement au scénario. Le  photovoltaïque, l’éolien, l’hydraulique, la co-génération, ou la biomasse, bouquet complété par le gaz naturel,  présentent une alternative énergétique crédible, inscrite sur le long terme, « sans épuiser notre planète.» Il faudrait encore fouiller les possibilités des énergies de la mer, ou celles de la géothermie en roches profondes. Mais, en variant les combinaisons et en développant les ressources, la production d’énergie renouvelable pourrait presque être multipliée par 5, à l’horizon 2050. Sans exploiter tout le potentiel, et sans rupture technologique. Attention, le scénario ne vaut que si la demande en électricité se stabilise. Et pour atteindre un bouquet alternatif de 80% en 2050, il faut que la demande énergétique tombe. Ce qui est possible en s’interrogeant un peu sur nos besoins de consommation réels.

Le scénario negaWatt, qui promet encore un « paysage énergétique  profondément renouvelé »,  pour l’instant à l’échelle nationale, nous débarrasse aussi doucement du nucléaire. Tout simplement, parce que nous n’en avons plus besoin pour produire de l’électricité. Exit également les centrales thermiques, fioul et charbon, et leurs émissions de gaz à effet de serre. Des emplois, moins d’argent pour s’éclairer, se chauffer, se déplacer, des postes qui pèsent lourd pour les plus démunis, le scénario esquisse aussi planète plus viable. Pour maintenant, et pour plus tard. En attendant le prochain document, prévu pour le milieu de l’année 2011, l’association rebondit sur l’accident de Fukushima : « Le scénario négaWatt n’est pas basé sur une sortie d’urgence du nucléaire faisant suite à une catastrophe ou à une décision politique soudaine : il est de la responsabilité d’un État de droit, soucieux de sa population, d’avoir dans ses cartons un plan B pour faire face à une telle hypothèse qui s’apparenterait à une situation de guerre. » (2)

M.J

(1) Scenario negaWatt 2006, Document de synthèse, version 1.0.2, 16 décembre 2005, NW 2006 V031, Association negaWatt http://www.negawatt.org/telechargement/Scenario%20nW2006%20Synthese%20v1.0.2.pdf

(2)Negawatt, 20-03-2011 http://www.negawatt.org/


Publié le 1 avril 2011 par marlene dans Actualité,energies alternatives,Nucléaire
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