Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » – Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » – Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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Gaz de pauvres et gaz de riches.

Bonjour,

« Par ces temps qui courent, habiter Dakar ou sa banlieue ne change rien. Partout on souffre du manque de gaz. Les femmes éprouvent d’énormes difficultés pour faire bouillir la marmite. », écrit le Soleil le 2 février dernier. Le quotidien sénégalais rapporte que, depuis quelques jours, la capitale manque de gaz et de charbon de bois. Problèmes d’approvisionnement. Les Sénégalaises courent les boutiques du voisinage pour trouver l’improbable bouteille de butane qui permettra de faire à nouveau frémir la marmite. Faute de combustible, les gosses filent à l’école le ventre vide. En attendant un retour à la normale, annoncé pour bientôt.

Difficultés d’approvisionnement et de stockage des hydrocarbures, envolée des prix du pétrole, mauvais réseau d’électricité, pannes à répétition quand l’accès existe, la « sécurité énergétique » des Sénégalais est une équation à multiples inconnues. Côté des ménages et du fourneau, c’est biomasse ou butane. Déforestation ou gaz. Pour empêcher que le bois alimente le feu de la marmite, en brousse et en ville, le gouvernement sénégalais développe depuis longtemps une politique de « butanisation ». Dès 1974, il détaxe les importations d’équipements. A partir de 1987, il décide de subventionner le combustible, conditionné en bouteilles de 2,7 kg, et 6 kg. Avec pour conséquence une entrée en force des bouteilles de butane dans les cuisines sénégalaises. La consommation augmente de plus de 500% entre 1987 et 1998. Cette transition « butane », qui a particulièrement bien marché en ville, a eu moins de succès en brousse. Problèmes d’approvisionnement, manque d’argent, ou habitude de vie, les ruraux ont continué à faire des feux de bois. Reste une « démocratisation » de la bouteille de gaz plutôt positive. Mais la subvention « butane », dopée par la hausse de la consommation et celle des prix des produits pétroliers,  coûte cher au gouvernement sénégalais. Il décide alors de couper progressivement cette aide. (1) En 2008, il annonce la fin des subventions sur les bouteilles de butane. Ses arguments, l’évasion des bouteilles sénégalaises vers des pays frontaliers, où, non subventionnées elles sont vendues plus chères. Un petit trafic, source de revenus. Autre raison officielle, cette aide de l’Etat n’aurait pas introduit cette source d’énergie dans les foyers les plus pauvres.  L’annonce de la suppression du programme de « butanisation  » est une mauvaise nouvelle pour beaucoup de Sénégalais.

Début décembre 2008, même scénario à Bamako, les Maliens s’épuisent à trouver une bouteille de gaz chez les revendeurs. Le gouvernement malien, engagé dans une politique de « butanisation » similaire à celle du Sénégal, plus de butane moins de bois, peine à payer ses fournisseurs. D’où une rupture périodique de l’approvisionnement, un feuilleton à répétition. Voilà, c’est l’occasion d’avoir une pensée pour les fumeurs – dont je suis – qui peuvent se restaurer, ou boire un verre, en plein hiver, dans la douceur d’une terrasse réchauffée par des braseros électriques, ou par des appareils à gaz. Yves Cochet, député Vert à l’origine d’un projet de loi visant à interdire les terrasses chauffées, explique que « chauffer la rue » est « symbolique » d’un « gaspillage occidental bête ». C’est le moins que l’on puisse dire.

M.J

(1) ENDA (Energie, Environnement, Développement), Débat sur la sécurité énergétique du Sénégal), Concept Note, décembre 2007.- « Rapport gaz butane –« Etude portant sur les coûts d’approvisionnement, de conditionnement, de transport et de distribution du gaz butane au Sénégal », Janvier 1999, Bureau d’Etudes Sow et Sagna, pour le Ministère de l’Environnement et le Ministère de l’energie. http://www.riaed.net/IMG/pdf/Version_rapport_gaz_butane_avec_resume_et_page_de_garde.pdf


Publié le 4 février 2009 par marlene dans Actualité,Afrique,énergie
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