Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Yasuni, marchandage inédit.

Bonjour,

Marchandage inédit. Le gouvernement de la République d’Equateur  demande de l’argent à la communauté internationale pour ne pas exploiter une importante réserve de pétrole, endormie sous l’un des joyaux de la biodiversité mondiale.  L’histoire se passe dans Le Parc National Yasuní, classé Réserve Naturelle Mondiale par  l’UNESCO, en Amazonie équatorienne, une région difficile d’accès, arrosée par de nombreux affluents de l’Amazone et par le fleuve Napo, gorgée de pétrole. C’est sur ce territoire que vivent, depuis de longs siècles,  les Tagaeri et les Taromenane, deux peuples de culture Waoranie. Entre les fleuves et un prodigieux catalogue d’espèces, ils ont choisi l’isolement de la forêt, sans probablement se douter qu’ils étaient assis sur un gisement d’or noir.  La Ishpingo-Tambococha-Tiputini (ITT), c’est le nom  de ce gisement, renfermerait 900 millions de barils. (2) Le site LiveYasuni.org, qui défend  ces paysages et leurs habitants, prétend l’extraction difficile. Chaque baril de pétrole produirait l’équivalent de quatre barils d’eau, qu’il faudrait ensuite réinjecter dans le sous-sol. Avec des conséquences dévastatrices pour cet écosystème forestier, et les bassins versants de la région, déjà malmenés par d’autres exploitations pétrolières.  En 2007, le Président Rafael Correa, nouvellement élu, suspend le projet. Et décide de  monnayer  ce renoncement. Le gouvernement équatorien demande 3,6 milliards de dollars de dédommagement. Soit la moitié de la valeur nette des réserves évaluées, et la valeur économique des 407 millions métriques d’émissions de CO² épargnées par l’extraction et la combustion de ce pétrole. (3) L’Equateur, où l’agriculture pèse encore dans la balance commerciale, profite aussi de la rente pétrolière pour doper son économie.  Si la pauvreté n’est pas complètement éliminée, elle a cependant reculé de 40% en deux décennies. (4) Au 31 décembre dernier, 116 millions de dollars ont été collectés, sans doute de quoi geler temporairement le projet,  en attendant les 3 milliards et quelques qui manquent.  Dans un article daté du 31 décembre dernier, The Guardian évoque une mobilisation aussi internationale que variée. (5) Des pays donateurs, Chili, Colombie, Géorgie, Turquie, Pérou, Australie, Espagne ; des régions, en France, en Belgique – la seule Wallonie aurait versé deux millions de dollars – ; un banquier New-Yorkais qui aurait sacrifié un an de salaire ; ou quelques vedettes de cinéma, Bo Derek,  Leonardo Di Caprio, ou Edward Norton. Autre contributeur, récompensé par le Nobel de la Paix 2007 pour son engagement contre le réchauffement climatique, Al Gore, l’auteur de « Une vérité qui dérange ». Marchands de sodas et boutiques japonaises auraient également contribué à la collecte. Si le PNUD, le programme des Nations Unies pour le développement, impliqué dans la gestion des fonds collectés, ou la FAO, l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéressent à cette initiative, c’est qu’elle ne parle pas que d’argent frais. Le contrat, qui lie le gouvernement équatorien et les donateurs, s’il fonctionne un jour, vise à préserver cette partie de la forêt amazonienne, tout en stimulant une transition énergétique. Le déboisement sera interdit dans une quarantaine de zones protégées, une surface voisine de 5 millions de km². Soit près de 20% du territoire équatorien. (3) Les sols, menacés de dégradation, seront plantés d’arbres. La régénération de la forêt aura libre cours.  Le contrat comprend  encore un volet « développement humain »,  éducation, santé, formation, et emplois, écotourisme ou agro- foresterie. Sans oublier que les Tagaeri, les Taromenane, et leurs voisins, les Kichwa et les Naporuna, vivront bien plus tranquilles sans le scénario et les acteurs de l’exploitation pétrolière.  Cette transition énergétique annoncée, qui suppose de laisser dormir le pétrole et les émissions CO² associées, parie sur les technologies renouvelables, autre priorité de l’engagement. Mais le projet Yasuni, qui pourrait concrétiser un front contre la déforestation en Amazonie,  ouvrir la voie à une économie sans pétrole, fabrique aussi des sceptiques. Propos rapportés par The Guardian, Dirk Niebel, le Ministre allemand du développement commente le principe de payer pour ne pas exploiter du pétrole: « Cela introduirait une jurisprudence à l’orientation imprévisible. » (5) Le Nigeria, le Cameroun, et le Gabon, pays de forêts et de pétrole, intéressés par ce marchandage inédit, ne partagent pas cet avis. (5)

 

M.J

 

 

 

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(1) Equateur, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quateur_%28pays%29 http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quateur_%28pays%29

(2)Live Yasuni, http://www.liveyasuni.org/

(3)Initiative Yasuni ITT, Ambassade de l’équateur en France.http://ambassade-equateur.org/fra/?page_id=768 ( et id=776)

(4)« Pauvreté, pourcentage de la population vivant avec moins de deux dollars par jour (PPP) », Équateur, Perspective Monde, Université de Sherbrooke. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=ECU&codeTheme=2&codeStat=SI.POV.2DAY

(5)“World pays Ecuador not to extract oil from rainforest”, John Vidal, environment editor,  guardian.co.uk, 30-12-2011, http://www.guardian.co.uk/environment/2011/dec/30/ecuador-paid-rainforest-oil-alliance?intcmp=239


Publié le 5 janvier 2012 par marlene dans Climat,déforestation,énergie
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L’or noir, un mauvais filon pour le delta du Mississipi.

Bonjour,

La nappe de pétrole, qui s’échappe d’un forage off-shore planté dans le Golfe du Mexique, s’approche des marais du delta du Mississipi. Cette marée noire risque de fragiliser l’équilibre de zones humides, déjà malmenées par plus d’un siècle d’exploitation pétrolière.

Les bayous, au cœur du système deltaïque.

La côte de la Louisiane s’ouvre sur un système deltaïque, formé par un manteau de sédiments drainés par le Mississipi et les fleuves associés, le Missouri, l’Arkansas, l’Ohio. Ce delta, qui a récupéré des matériaux en provenance de tout le pays, s’est déplacé plusieurs fois  au cours d’une histoire longue d’au moins un million d’années. C’est un système littoral complexe, la plus vaste zone humide littorale des Etats-Unis, un mélange d’eaux douces et d’eaux salées.  La Louisiane compte environ 6600 km² de zones humides alimentées par les marées, et environ 3560 km² dominées par l’eau douce. (1) Cette diversité produit  des paysages de mangroves, baignées d’eaux salées et d’eaux douces, de lagunes, et de marais. C’est ici que se multiplient les bayous , des marais installés dans les méandres abandonnés du Mississipi, et de ses affluents. Cet écosystème, dominé par les eaux douces, constitué de sédiments meubles, ancré et oxygéné par un système racinaire, abrite des dauphins, des lamantins, des alligators, des hérons, des aigrettes, des écrevisses et des crevettes. Les oiseaux y font escale, les poissons viennent y pondre, les crabes et les crevettes y naissent. Les Bayous, ce sont des milliers de kilomètres de voies navigables qui  s’écoulent très lentement vers la mer à marée basse, et remontent à marée haute. Les Bayous, qui par extension désignent l’ensemble des paysages marécageux du Sud de la Louisiane, s’offrent aujourd’hui à la nappe de pétrole. Sale temps pour les hérons et les oiseaux migrateurs.

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Les stigmates du pétrole.

Il y a trois ans, Robinson Fulweiler, océanographe et spécialiste des milieux côtiers, est en mission dans les paysages deltaïques du Mississipi. Elle remarque : « La présence humaine interrompt la beauté naturelle et l’immensité  du littoral de la Louisiane. Au-delà des marécages et à l’extérieur des bayous, les plate- formes pétrolières semblent partout signaler les oléoducs souterrains. »(1) En 2006, Rodolphe De Koninck, géographe canadien, annonce 44 000 km d’oléoducs déployés à travers l’Etat, sans compter les 5500 km de gazoducs. L’industrie du pétrole, qui fait irruption dans le delta du Mississipi au début du siècle dernier, se développe surtout dans l’immédiat après-guerre. C’est aussi le temps des forages off-shore. Toujours en 2006, le géographe comptabilise 180.000 forages, en terre et en mer, fermés ou actifs. (2)Le pétrole, qui porte la Louisiane, 10% des réserves américaines connues, 3° producteur du pays, et 80.000 emplois en 2007, a laissé des stigmates dans le delta et aux alentours. (3) (2) Les installations pétrolières et les raffineries font désormais partie du paysage. L’extraction des hydrocarbures a contribué à affaisser les sols meubles de la plaine deltaïque. Le pétrole et l’aménagement du fleuve ont encore bouleversé les écosystèmes. La faune et la flore déclinent, les marais s’assèchent. Une dégradation qui nuit à la pêche, l’autre grande industrie de la Louisiane, qui fournit le quart des fruits de mer américains. C’est aussi le plus gros producteur de crevettes et d’huîtres du pays. (2) (3) Bien avant que la nappe d’huile se profile près de ce système côtier, l’eau salée envahissait des milieux plus à l’aise dans l’eau douce, les terres diminuaient, et des zones humides étaient définitivement inondées. .Depuis le début des années 30, on estime que la Louisiane a perdu environ 5000 km² de zones humides. On parle de l’équivalent d’un terrain de tennis qui disparaîtrait toutes les 15 minutes. (1)

Les pêcheurs, au chômage, multiplient les barrières flottantes à l’entrée des marais pour empêcher la nappe de les pénétrer. Ils veulent protéger leur environnement, qui est aussi leur gagne-pain. Dans la presse, certains témoignent de la colère. Mais dans un pays addict au pétrole, dans une région qui en vit, il se dégage aussi un certain fatalisme : « C’est comme les ouragans, (…) nous sommes habitués à ce qu’ils nous touchent, puis nous nettoyons, et la vie continue. » (4)

M.J

(1) United States Geological Survey (USGS) and the Louisiana Department of Fish and Wildlife (LDWF) Louisiana, d’après « The Louisiana Wetlands: An Introduction -Science Tales from the Red Stick. », Robinson Fulweiler, December 2007. http://www.thenakedscientists.com/HTML/articles/article/thelouisianawetlandsanintroduction/

(2) » Le delta du Mississippi : une lutte à finir entre l’homme et la nature » Rodolphe De Koninck, Herodote, N°121 – Menaces sur les deltas, (deuxième trimestre 2006), pp33-36 http://www.herodote.org/spip.php?article223

(3) Gouvernement de Louisiane. http://doa.louisiana.gov/about_economy.htm

(4) “Oil spill’s human impact: Oil and fish define south Louisiana’s working life”, Bill Sasser,  Venice, Louisiana, The Christian Science Monitor, 01-05-2010http://www.csmonitor.com/USA/2010/0501/Oil-spill-s-human-impact-Oil-and-fish-define-south-Louisiana-s-working-life


Publié le 5 mai 2010 par marlene dans Actualité,Préjudice écologique,USA
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Alaska: du pétrole et des ours.

Bonjour,

Espèce menacée par la fonte des glaces, l’ours Blanc vient d’obtenir un territoire sur les marges arctiques de l’Alaska. Un habitat protégé qu’il devra partager avec les compagnies pétrolières, leurs forages, et leurs pipe-lines pas toujours très étanches….

La mascotte du réchauffement climatique.

Les Etats-Unis accordent un bout de banquise, des terres côtières, et un chapelet d’îles, 520 000 kilomètre carrés, l’équivalent d’une petite France métropolitaine, à sa colonie d’ours blancs d’Alaska. Déclaré « espèce menacée » en mai 2008, l’ours polaire est devenu « espèce protégée » depuis fin octobre. Si les contours restent à dessiner, l’administration Obama souhaite tourner la page « Bush », qui avait refusé ce territoire à ses ours, bien moins intéressants que l’exploitation pétrolière. Mais, « réserve d’ours » ou  pas,  Shell, Total, British Pétroléum, Exxon, ou Arco, bien implantés sur la frange Nord de l’Alaska, n’ont guère l’intention de suspendre leurs activités. La Shell vient d’ailleurs d’obtenir l’aval du Département de l’Intérieur pour forer en Mer de Beaufort. Une nouvelle qui dépite Brendan Cummings du Centre pour la Diversité biologique, l’une des organisations environnementales qui a mené le combat juridique en faveur de ce mammifère, devenu mascotte d’une jeunesse sensibilisée au réchauffement climatique : « Pour que les ours polaires survivent à une fonte des glaces rapides, nous devons protéger leur habitat, et non le transformer en zone industrielle polluée. » (1)

Une saison de chasse écourtée.

L’ours polaire, imposant représentant de son espèce – il peut mesurer jusqu’à 3,50 mètres et peser jusqu’à 600 kilos -, essaime autour du cercle arctique et sur les terres voisines.  On le rencontre dans cinq pays, au Danemark (Groënland), en Norvège, en Russie, au Canada, et aux Etats-Unis, à l’Ouest et au Nord de l’Alaska. Les colonies les plus importantes vivent dans le grand nord américain, en Mer de Beaufort, dans la Baie d’Hudson, et dans la Baie de Baffin. L’ours blanc, grand nageur, aime vivre sur les étendues glacées qui couvrent les mers en hiver. Il y guette le phoque, dont la graisse constitue son régime de base. Il s’y repose aussi. Son territoire, qui se limite presque à la banquise, est menacé par la fonte des glaces. En Alaska, au delà du cercle polaire, les températures moyennes ont augmenté de 1,6 °C depuis 1950, contre 0,3 °C  pour le reste de la planète. Un record climatique qui raccourcit déjà la saison de chasse de l’ours blanc. (2) Selon l’IUCN, l’Union mondiale pour la Nature, la population d’ours polaires, estimée autour de 20-25.000, pourraient diminuer de 30 % d’ici une cinquantaine d’années. Plus pessimiste, le U.S. Geological Survey (USGS) – rapports de septembre 2007 – prédit que les deux tiers des populations mondiales de phoques auront disparu d’ici le milieu du siècle. (3)

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Addiction au pétrole.

Aux Etats-Unis, l’Alaska est une vieille réserve d’or noir. En 1923, le Président Warren Harding délimite une « Réserve nationale de pétrole » au nord du territoire. (4) Aujourd’hui, l’Alaska contribue à environ 17% de la production du pays. A l’Est de la réserve nationale, Prudohe Bay,  est devenu le plus gros gisement du continent américain http://en.wikipedia.org/wiki/Prudhoe_Bay_Oil_Field. BP, Conoco Philips, et Exxon, s’y partagent le sous-sol. Un pipe-line, le TAPS, relie la côte arctique à Valdes, un port de la côte Sud, épargné par les glaces en hiver. Le pétrole qui s’y écoule traverse l’Alaska du Nord au Sud, sur plus de 1200 kilomètres. En mars 2006, un employé de BP y a découvert une rupture. Environ un million de litres de pétrole ont souillé les paysages de toundra. (5) Mais l’Alaska reste une réserve d’or noir. En 2003, Bush tente de déplacer la prospection sur l’Alaska’s Artic National Wildlife Refuge, une réserve naturelle. Sans succès. Aux Etats-Unis, la demande augmente, après 2005 Bill Clinton ouvre l’exploitation vers l’Ouest de la National Pétroleum Reserve. Total, qui vient d’acquérir des terres à White Hills, à une quarantaine de kilomètres au Sud-Ouest de Prudohe, poursuit son exploration. (6)(7) Aujourd’hui, c’est la Shell qui débarque, autorisée par le Département de l’Intérieur à explorer en Mer de Beaufort. Habitat des baleines, des morses, des phoques, de l’ours polaire, la zone de prospection est pourtant déjà malmenée par le réchauffement. Brendan Cummings, du Centre pour la Diversité biologique, ne décolère pas: « Le Département de l’Intérieur est schizophrène, déclarant son intention de protéger l’habitat Arctique de l’ours polaire, et en même temps, sacrifie cet habitat à notre addiction au pétrole » (1) Selon l’IFAW, le fonds international pour la préservation des animaux, c’est un autre service du Département de l’Intérieur qui autorise les chasseurs d’ours, originaires des Etats-Unis, à ramener leur trophée après une escapade dans le nord canadien. (8)

M.J

(1)” White House protects polar bears with Alaska ‘critical habitat’ designation”, Suzanne Goldenberg, The Guardian, 22-10-2009.  http://www.guardian.co.uk/environment/blog/2009/oct/22/alaska-polar-bear-barack-obama

(2) « L’Alaska, avant-poste du changement climatique », Matthieu Auzanneau, Le Monde, 04-04- 2007

(3) “The Polar Bear Protection Act”, IFAW http://www.ifaw.org/ifaw_international/join_campaigns/national_regional_efforts/ifaw_in_action_united_states/the_polar_bear_protection_act/index.php

(4) Carte extraite de “Alaska” http://lettres-histoire.ac-rouen.fr/histgeo/alaska.htm

(5) Futura Science, 15 mars 2006. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/terre-3/d/une-fuite-de-petrole-sans-precedent-en-alaska_8466/

(6) Wikipedia / Alaska http://fr.wikipedia.org/wiki/Alaska

(7) Total exploitation Alaska http://www.enerzine.com/10/4465+une-nouvelle-zone-dexploration-en-alaska-pour-total+.html

(8) Selon le IFAW, depuis 1997, le « U.S. Fish and Wildlife Service”, qui dépend du Département de l’Intérieur et qui s’occupe de la gestion et de la protection de la faune, a accordé 970 permis d’importation de trophées de chasse, tête, et peau d’ours, aux Etats-Unis.


Publié le 5 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Pôles.,USA
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