Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Seascapes »

Bonjour

New-York, une nuit de l’année 1980, Hiroshi Sugimoto s’interroge:”Quelqu’un peut-il aujourd’hui voir une scène tel que l’homme primitif pourrait l’avoir fait? ”(1) Il poursuit sa réflexion: ”Cent mille ou un million d’années plus tôt, le Mont Fuji aurait-il semblé si différent qu’il est aujourd’hui? ”(1) Malheureusement, les hauteurs sont parfois soumises à des accidents morphologiques au cours de leur histoire. Comme ce voisin du Mont Fuji, le Mont Hakone, qui à la suite d’une éruption explosive voit l’un des de ses flancs s’effondrer pour donner naissance à un lac de cratère, le lac Ashi . “Deux rivaux en hauteur – quelle magnifique vue cela doit avoir été.”(1) regrette encore Hiroshi Sugimoto qui imagine le Mont Hakone à côté du Mont Fuji.  Il est en quête d’un paysage qui a traversé les âges sans bouleversement topographique. Un paysage immuable. Et il pense à la mer. En 1980, Hiroshi Sugimoto commence son voyage à travers le temps, et à travers le globe, pour photographier des paysages marins tels qu’ils ont pu apparaître aux premiers spectateurs. Cette collection, déclinaison de blancs, de gris, et de noirs, traversés par une ligne d’horizon nette ou estompée, révèle des paysages tous à peu près semblables, et tous absolument différents. Le dernier date de 2002.

 

Hiroshi Sugimoto, photographe japonais, architecte, le Go-Ho-Shrine ,  est né à Tokyo en 1948. Il partage sa vie entre New York et sa ville natale. Très tôt il lit André Breton, qui le conduit au Surréalisme et au Dadaïsme. Il s’intéresse aussi au travail de Marcel Duchamp  qui lui inspire “Concptual Forms”, (2004) une série sculptures façonnées à partir de formules mathématiques. Depuis le début de sa carrière, il accumule les séries. “Dioramas” (1975-1999) envisage une histoire photographique du monde, où les scènes primitives empruntées au Musée américain d’Histoire naturelle de New York, servies par une technique méticuleuse, semblent réelles. “Theaters” http://www.sugimotohiroshi.com/theater.html   (1975-2001), qui capture un film avec un appareil photo au risque de le faire disparaître de l’écran, “Chamber of Horrors”  (1994-1999), scènes de meurtres et d’exécutions saisies au Musée de cire de Madame Trussauds à Londres, “Architecture  (1997-2002), qui interprète quelques formes architecturales du début du XX° siècle, ou “Praise in Shadows”  (1988), qui restitue la lumière douce des bougies à l’époque de l’électricité, liste incomplète qui  témoigne d’un œil avide. A la façon de ‘Seascapes”, chacune de ces séries naît d’un postulat particulier, un monologue intérieur qui conduit le processus créatif. Avec sans doute une intention, celle d’utiliser la photographie pour capturer, le plus fidèlement et le plus objectivement, l’apparence du monde. (1)

 

Sur son site, Hiroshi Sugimoto revient sur deux éléments essentiels de la série « Seascapes »: “Mystère des mystères, l’eau et l’air sont ici avant nous dans la mer. Chaque fois que je vois la mer, je sens un sentiment de sécurité apaisant, comme visiter la maison de mes ancêtres, j’embarque pour un voyage d’observation.”

M.J

 

 

(1) Cette introspection créatrice est tirée de l’introduction à la série Seascapes, exposée dans l’ouvrage “Hiroshi Sugimoto”, Kerry Brougher and Pia Müller-Tamm, Catalogue designed by Takaaki Matsumoto, ed. Hatje Cantz, 2010 – “Seascapes”, 1980-2002, p108  à 143.

(2) “Hiroshi Sugimoto”, Kerry Brougher and Pia Müller-Tamm, Catalogue designed by Takaaki Matsumoto, ed. Hatje Cantz, 2010.


Publié le 4 juin 2012 par marlene dans Océans,photographie
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« When the floods came ».

Bonjour,

A la fin de l’été 2010, des inondations dévastent le nord-ouest et le centre du Pakistan, avant de menacer la province du Sindh, dans le sud du pays. Les eaux ont déjà fait 16.000 morts, et perturbé la vie de 12 millions de personnes. Dans le Sindh, près de 400.000 personnes vivant sur les rives de l’Indus sont déplacées dans des camps, quand elles acceptent d’abandonner maisons et bétail, pour y attendre de l’aide. Des centaines de villages sont noyés, des milliers d’hectares de cultures sont inondées. L’eau emporte aussi les tombes des ancêtres dans ses excès. A l’échelle du Pakistan, ce sont les plus violentes  inondations depuis près d’un siècle. (1) Quelques mois plus tard, en janvier 2011, le Queensland, dans le nord-est de l’Australie, connaît également des inondations. La ville de Rockhampton, qui compte plus de 75.000 habitants, est piégée sous 9 mètres d’eau. Plus d’une vingtaine de villes, réparties sur un territoire équivalent à celui de la France et de l’Allemagne, sont immergées, ou coupées du reste du pays. Environ 200.000 personnes sont affectées, beaucoup sont évacuées, on dénombre environ 70 disparus, et une dizaine de morts. Les routes et les voies de chemin de fer sont inondées, les récoltes détruites, et l’industrie du charbon en panne. En Australie, cette catastrophe est qualifiée de « désastre aux proportions bibliques. » (2) En 2010, quelques semaines après les inondations, Gideon Mendel, photographe et cinéaste, passe quelques temps dans la province de Sindh. Avant de s’envoler pour le Queensland, au début de l’année 2011. Témoignage en images de ces deux catastrophes distantes de quelques milliers de kilomètres, séparées par un gros écart de développement, mains nues contre engins motorisés pour déblayer, tentes de fortune contre gymnase propre pour les réfugiés, mais partout un quotidien à la dérive et le désarroi sur les visages. (3)

When the floods came…

Gideon Mendel, né en 1959 en Afrique du Sud, devient photographe de presse en 1983. Il s’installe à Londres, cumule les prix. En 1996, il est récompensé par la fondation « Eugène Smith Grant » à New-York,  sélection qui valorise une approche humaniste,  pour son travail sur le SIDA en Afrique.

M.J

(1) “Pakistan issues flooding ‘red alert’ for Sindh province”, BBC News, 07-08-2010, http://www.bbc.co.uk/news/world-south-asia-10900947

(2) “Australia’s Queensland faces ‘biblical’ flood”, BBC News, 01-01-2011. http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-pacific-12102126

(3) « When the floods came: Australia and Pakistan”, Gideon Mendel, The Guardian Co UK, 02-04-2011. http://www.guardian.co.uk/environment/video/2011/apr/02/australia-pakistan-floods


Publié le 7 avril 2011 par marlene dans Catastrophe naturelle.,photographie
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Manufactured landscapes.

©http://www.edwardburtynsky.com/

Bonjour,

« Manufactured landscapes » est un voyage terrifiant qui commence par un très long travelling dans une immense unité de production. La caméra y détaille des chaines de montage interminables, auxquelles est arrimée une armée de playmobils habillés en jaune, chacun absorbé par sa tâche d’esclave de la croissance chinoise. Cette monotonie oppressante est interrompue par la voix off d’Edward Burtynsky, photographe canadien qui porte ce documentaire, signé Jennifer Baichwal.

Edward Burtynsky, c’est le photographe des paysages défigurés, excavés, ou gavés de détritus. Il capture et esthétise les désordres environnementaux, pour souvent les faire basculer dans l’abstrait. Son travail restitue, en très grand format, ces espaces dénaturés par l’homme et ses activités, mines de nickel ou d’uranium, fleuves saturés de boues douteuses, usines gigantesques et froides, dépotoirs sans fin et sans fond, pétroliers en démolition, ou urbanisation rapace. Burtynsky, qui photographie les souillures de la planète, est un artiste engagé. Il aime la nature, regrette son exploitation anarchique et destructrice.

©http://www.edwardburtynsky.com/

Le documentaire s’attarde dans cette Chine asphyxiée par la croissance et ses rejets, saccagée et expulsée par le projet pharaonique du Barrage des Trois Gorges, et nous emmène au Bengladesh, où des carcasses de pétroliers attendent d’être désossées. Burtynsky au travail est sans doute le fil d’un documentaire qui hésite entre dégradation environnementale, portrait d’artiste, et condition humaine. « Manufactured Landscapes » évoque aussi ces milliers de destins embarqués, malgré eux, dans cette machine à défigurer le monde, ou occupés à faire disparaître les rebuts d’une civilisation du « jetable ».

Quelques images du film…

M.J.


Publié le 17 janvier 2008 par marlene dans Art
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