Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La pomme de terre, élue de l’année.

Bonjour,

En 2008, l’ONU invite la pomme de terre, quatrième sur le menu mondial, après le maïs, le blé, et le riz. Dans le cadre de cette année internationale IYP, la FAO propose aux photographes du monde entier de révéler le tubercule sous les angles les plus divers, biodiversité, culture, transformation, commerce, ou utilisation rationnelle des espaces cultivés. Ce concours, intitulé « Zoom sur un aliment mondial », vise à illustrer l’importance de la pomme de terre dans le système alimentaire, agricole, et économique, des pays en voie de développement. La montée en flèche du prix des céréales participe au succès d’une pomme de terre riche en énergie, et facile à cultiver.

Un tubercule qui a beaucoup voyagé…

Originaire des Andes péruviennes, la pomme de terre est une vieille patate d’environ 8000 ans. Au XVI° siècle, les Espagnols, partis chercher de l’or au Pérou, la ramènent en Europe. Cette culture, attestée en Espagne en 1573, commence à essaimer sur le continent, Italie, Angleterre, France, Pays-Bas… En Irlande, l’accueil est chaleureux, elle s’y développe dans un contexte frais et humide. Portée par l’expansion coloniale européenne, la pomme de terre continue de voyager, plaines alluviales du Bengale dans le sous-continent indien, Delta du Nil en Egypte, Massif de l’Atlas au Maroc, Australie, Amérique du Sud, Brésil et Argentine. En Asie, elle passe du Caucase au plateau d’Anatolie en Turquie, gagne la Russie, la Chine orientale, et s’avance sur la péninsule coréenne. A la fin des années 50, aux Etats-Unis, elle se transforme en frites pour Mac Donald. Dans les années 60, elle se développe en Chine, en Inde, et au Bengladesh. Connue en Afrique subsaharienne, elle descend vers le Cameroun, le Kenya, ou le Rwanda. Au XX° siècle, la pomme de terre est devenue l’un des principaux aliments de la planète. (1)

« L’aliment du futur »

Cultivée aujourd’hui dans plus d’une centaine de pays, sa production mondiale atteint les 320 millions de tonnes en 2007, chiffre record. L’Asie et l’Europe totalisent 80% de cette production. Depuis les années 90, le secteur de la pomme de terre, jusqu’alors monopolisé par l’Europe, l’Amérique du Nord, et les pays ex-soviétiques, a évolué. L’Asie, l’Afrique, et l’Amérique latine, ont multiplié leur récolte par plus de 5 depuis les années 60. En 2005, la production des pays en voie de développement, Chine et Inde en tête, a dépassé celle des pays développés. La Chine est devenue le plus grand champ mondial de pommes de terre. Côté rendements, l’Amérique du Nord reste en tête, plus de 40 tonnes à l’hectare. Contre une fourchette comprise entre 16 et 17 pour l’Asie, l’Océanie, et l’Europe, et seulement un peu moins de 11 tonnes à l’hectare pour le continent africain. (2) Pour les experts de la FAO, qui examinent le potentiel de la pomme de terre dans le cadre de cette Année internationale, la question des rendements n’est pas insurmontable. Il y a même beaucoup à attendre d’un tubercule qui pousse vite, s’adapte sur des sols difficiles, et qui consomme peu d’engrais. Une opportunité pour les pays en voie de développement. Réunis à Cuzco fin mars dernier par les Nations Unies, 90 experts ont discuté des stratégies à développer pour exploiter ce potentiel alimentaire, et économique. Selon eux, « La pomme de terre sera l’aliment du futur ».

La cause d’une émigration ancienne.

Pour moi, la pomme de terre reste liée à l’histoire de la diaspora irlandaise. Introduite à la fin du XVI°, elle s’est accommodée d’un climat doux et humide, de terres ingrates, et d’une multiplication des petites propriétés. Elle n’a pas besoin de grands espaces. Au fil du temps, la pomme de terre est devenue la principale nourriture des Irlandais. Au milieu du XIX° siècle, le mildiou s’attaque aux cultures, les mauvaises récoltes se succèdent. De 1846 à 1851, 500.000 à un million de personnes, selon les estimations, meurent de faim. Des épidémies, notamment le typhus, se développent. Autre conséquence majeure, l’émigration. La crise de la pomme de terre, probablement aidée par la brutalité de l’occupation anglaise, provoque le départ de deux millions de personnes vers la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie. Entre 1845 et 1851, l’Irlande perd le tiers de sa population. (3)

M.J

(1) FAO, 2008 (2) FAO, 2008 (3) Global Diasporas, An introduction, Robin Cohen, UCL Press, p 181.


Publié le 3 avril 2008 par marlene dans Developpement,faim
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