Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« La laiterie du Berger », la petite entreprise de « Baba ».

Bonjour,

“ La laiterie du Berger” est une petite entreprise familiale qui a réussi le pari d’exister au Sénégal, un pays où le négoce du lait est compliqué, un pays qui importe plus de la moitié de sa consommation. Ce petit projet de développement, économique et humain, porte peut-être l’espoir, même lointain, d’une vraie production nationale.

Production locale, packaging européen.

« La particularité de la Laiterie du Berger est qu’elle achète son lait sur place, auprès des éleveurs locaux alors que les autres travaillent à partir de lait en poudre importé. », explique Bagoré Bathily, le directeur, sur le site de l’Agence française de Développement (AFD), partenaire financier du projet. (1) Le lait frais est collecté, matin et soir, dans le village de Ronkh, près de Richard Toll, dans le Nord du Sénégal, à la frontière de la Mauritanie. Une politique d’insémination a dopé la production. Mais, l’une des prouesses du projet a sans doute été d’impliquer des éleveurs peuhls, semi-nomades, habitués à un petit élevage transhumant, dans une collecte de lait efficace. La transformation, lait frais pasteurisé, lait caillé, ou yaourt, est réalisée dans une usine située à proximité. Suivi vétérinaire des bêtes, collecte sous contrôle, ou conditionnement des produits, la chaîne de l’hygiène est respectée. La production, packaging européanisé, est ensuite acheminée vers Dakar, une métropole habituée au lait en poudre importé de France et de l’Union européenne, consommé en boisson diluée et en yaourt. Faute de pouvoir bousculer les habitudes alimentaires de tous les Dakarois, question d’échelle et question de prix, la Laiterie du Berger satisfait une clientèle plutôt aisée, soucieuse de consommer local. L’entreprise, qui peut transformer jusqu’à 10.000 litres de lait frais par jour, emploie une cinquantaine de personnes, et implique 600 éleveurs, chiffres de l’AFD. L’élevage, envisagé comme une épargne, un vache c’est de l’argent, ou signe de prestige social, est aussi devenu source de revenus : « Avant, j’étais obligé de vendre mes vaches pour subvenir à mes besoins. Aujourd’hui, c’est la vente du lait qui me le permet. » (1) L’histoire de cette petite laiterie industrielle raconte qu’il est possible de tirer parti de l’élevage local pour réduire la dépendance alimentaire.

Elevage dispersé.

Avec plus de trois millions de têtes de bétail, chiffres de 2005, l’élevage sénégalais affiche un potentiel. (2) La production locale, estimée autour des 120 millions de litres de lait par an, un peu moins du tiers de la consommation actuelle, empêchée par contraintes géographiques, climatiques, ou culturelles, pourrait sans doute faire mieux. .(3) Dans une communication sur le sujet, Awa Diallo – à la tête d’une structure qui regroupe 20.000 femmes engagées dans l’élevage, le DINFEL – liste les difficultés d’une filière locale, essentiellement nourrie par un élevage extensif basé sur la transhumance. Au Sénégal, la production est faible, irrégulière car tributaire des saisons et des pâturages. Les troupeaux sont éclatés dans la zone sylvo-pastorale du Nord-Est, le Ferlo, dans le Bassin arachidier, et au Sud. Ils sont éparpillés au gré des villages, des campements d’éleveurs, ou séparés par la transhumance. Le lait est difficilement collecté au bout de routes pas toujours praticables. Autre contrainte, le climat, qui altère vite une production qui manque de camions frigorifiques. Et handicap de taille, un bétail génétiquement peu performant pour le lait. Même si le secteur se modernise, la Zone des Niayes où de petites entreprises visent le marché dakarois, quelques villages du bassin arachidier orientés vers un élevage plus intensif et la sélection des bêtes, une filière de lait reste à mettre en place à l’échelle nationale. Quelques précurseurs ont essayé, l’Union des Coopératives de Saint Louis dans les années 70, le GIE Coplait des Niayes dans les années 80, ou plus récemment, Nestlé, implanté dans la zone sylvo-pastorale, avec une dizaine de centres de collecte équipés de réservoirs et de frigos. Mais, faute d’une production suffisante et régulière, ou vaincus par la concurrence de la poudre de lait importé, tous ont jeté l’éponge.(4)

Politique fiscale, ou insémination.

En 2008, c’est la crise alimentaire. L’envolée du prix du lait importé fait naître quelques espoirs chez les professionnels sénégalais. La production locale, débarrassée de sa concurrente étrangère pourrait, enfin, devenir compétitive Avec un petit coup de pouce de l’Etat. Manque de chance, le gouvernement sénégalais détaxe les importations, cadeau fait au lobby laitier, mais condition d’un lait accessible au plus grand nombre dans les boutiques de quartiers. Entre 2008 et 2010, la facture de produits laitiers achetés en Europe hésite entre 40 et 50 milliards de CFA, soit 60 à 80 millions d’Euros.(3)(5). Pendant ce temps, les taxes continuent de plomber les laiteries locales. Un article publié par Le soir de Bamako, daté de novembre 2008, détaille les amertumes de la filière sénégalaise. (3) S’il est question des charges infligées aux petits industriels locaux, handicap pour développer la filière, il est aussi question d’espoir et d’indépendance alimentaire. « Nous sommes en mesure de couvrir, en moins de dix ans, les besoins du pays en lait, si la volonté politique se manifeste. », optimise Bagoré Bathily. « Moins de dix ans », espoir repris par Awa Diallo, la Présidente du DINFEL, qui attend que le gouvernement « mette en place un véritable programme de développement laitier ». Côté gouvernement, Malick Faye, alors Directeur au Ministère de l’élevage, partage aussi cet espoir, « une dizaine d’années »…« si le rythme actuel de l’insémination artificielle suit son cours, la facture des importations de lait devrait progressivement connaître une forte baisse, sans même l’intervention de l’Etat. »  Heureusement, Bagoré Bathily, entrepreneur, endetté, est aussi vétérinaire.

M.J

« Baba » évoque son projet….

http://www.dailymotion.com/video/x9j1p3

(1) « La laiterie du Berger : Appuyer une PME et développer la production locale de lait. » Agence française de Développement, http://www.afd.fr/jahia/Jahia/lang/fr/home/Portail-Projets/pid/11101

(2) «Aperçu de l’agriculture sénégalaise », http://www.au-senegal.com/L-agriculture-senegalaise.html

(3) « Importations de lait au Sénégal : Les producteurs nationaux “boivent la tasse », Oumar Diawara, Le Soir de Bamako, 21-11-2008. http://www.malijet.com/actualite_economique_du_mali/importation_de_lait_au_senegal_les_producteurs_nationaux_boivent.html

(4) « La filière lait au Sénégal : enjeux et perspectives »- Communication présentée par Madame Awa Diallo, Présidente du Directoire National des femmes en élevage du Sénégal à l’occasion de la Table Ronde de New Delhi sur le lait., 4-08-2009- Document WORD.

(5) Sénégal-business. Production laitière: une politique nationale pour réduire les importations. http://senegal-business.com/2010/04/production-laitiere-une-politique-nationale-pour-reduire-les-importations/


Publié le 7 avril 2010 par marlene dans Afrique,Agriculture.,crise alimentaire
Tags :: , ,