Environnement
Un blog sur la géo-environnement

RIO+20, RIO+vert.

Bonjour,

Après Stockholm en 1972 et Rio en 1992, le RIO+20 est la troisième grande rencontre internationale, organisée par les Nations Unies, sur le thème d’un développement plus doux pour la planète et ses habitants. « The future we want », l’intitulé de la Conférence annonce son ambition. Après des rencontres  préparatoires, amorcées en mai, prolongées mi-juin, la partie décisive de ce sommet se tiendra  du 20 au 22 juin 2012, à Rio de Janeiro, la capitale économique du Brésil. On y attend les représentants de plus de 190 pays, les dirigeants du Brésil, de la Russie, de la Chine, ou de l’Inde, sans doute ceux de la France et de  l’Espagne. Mais pas sûr d’y voir Barack Obama. Au total, 50.000 participants, secteur privé, ONG, bailleurs de fonds, et représentants de la société civile se croiseront dans les rues de la métropole brésilienne. Le Sommet des Peuples, rassemblement alternatif en quête de  justice sociale et environnementale, se tiendra en marge de la rencontre de l’ONU. Si le premier RIO s’est intéressé aux changements climatiques et à la biodiversité, thématiques pour lesquelles il a fait date, le second devrait préciser le concept d’économie verte .(1)

Entre deux Rio.

Entre les deux Rio, vingt ans, et une planète plus malmenée. Le « Living Planet Report 2012 » du WWF (World Wildlife Fund) rapporte une dégradation alarmante de la biodiversité, moins 28% entre 1970 et 2008, à peu près l’écart entre les deux Rio. Avec une situation plus alarmante dans l’espace tropical, dont les paysages ont perdu plus de la moitié de leur biodiversité. Conséquence de ce gâchis, une personne sur six dans le monde souffre de malnutrition. L’empreinte écologique, qui révèle la pression humaine sur les ressources renouvelables, signale une surconsommation des écosystèmes depuis les années 70. Il faut aujourd’hui un an et demi pour que les ressources consommées en une année se renouvellent. Un décalage emmené par les pays les plus riches. En vingt ans, les émissions de carbone ont augmenté de 40%. Avec une démographie gonflée de deux milliards de personnes vers le milieu du siècle, la pression sur les écosystèmes et la progression de la pauvreté risquent fort de s’aggraver. Faute d’imaginer une nouvelle façon de courir après le bien-être, c’est le clash. Si l’humanité entière vivait façon « américain moyen », il faudrait quatre planètes pour régénérer sa consommation annuelle de ressources naturelles. (2)

Un RIO+20 pour adoucir les perspectives.

Le Rio+20 doit poser les bases d’une économie verte qui réduit la pauvreté sans détruire l’environnement, et promouvoir le concept de « bonne gouvernance ». La vision d’une société mondiale moins inéquitable et moins agressive avec la nature  devrait se dessiner. Il s’agit d’une nouvelle étape sur la voie d’un « développement durable », entendu comme une terre encore préservée, ou restaurée, destinée à l’usage des générations futures. Cette réflexion collective devra notamment permettre de repenser l’articulation « production-consommation », et l’adoucir en y intégrant des critères de développement humain. La Conférence cible une thématique environnementale large, qui intègre les océans, les villes durables, l’eau, l’énergie, l’agriculture durable, la sécurité alimentaire, ou les incertitudes liées aux conséquences du  réchauffement climatique. Le Rio+20, qui pose le concept « d’économie verte » à l’échelle mondiale, devrait en envisager les contextes régionaux, les mécaniques, et les possibilités: un vivier d’emplois et des opportunités d’insertion sociale. Les pays pauvres devront être accompagnés par les plus riches dans cette transition verte. Si la communauté internationale ouvre une voie commune, cible des objectifs de consommation ou de production, développe des moyens pour mesurer les efforts accomplis, le processus transitoire pourrait démarrer dès 2015. (1) (3) (4)

Economie verte.

L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, définit l’économie verte comme « l’une dont le but est d’améliorer le bien être de l’humanité et l’égalité sociale, tout en réduisant considérablement les risques environnementaux et les pénuries écologiques. » (3) Mais le document signale encore l’élasticité d’un concept  qui peut associer plus librement croissance et environnement. Cette notion d’économie verte s’est imposée dans les discussions internationales au cours des dernières années. La crise financière lui a donné un second souffle. La promesse d’un développement respectueux des écosystèmes, réducteur de pauvreté, est compatible avec celui, plus ancien, de « développement durable » Mais l’instauration de ce nouvel ordre économique, qui noircit les rapports de l‘ONU et absorbe les spécialistes en hypothèses, comporte pas mal d’inconnues. Ce bouleversement des échanges mondiaux, plus défavorable aux pays en voie de développement, pourrait inciter au protectionnisme, déréguler le système de coopération internationale, et renforcer les inégalités.(3) Veronica Couto, l’une des responsable brésilienne du Sommet des Peuples, démasque le concept : «Le modèle économique que l’on déguise aujourd’hui en vert cherche à soumettre tous les cycles vitaux de la nature aux règles du marché et à la domination de la technologie, de la privatisation et de la marchandisation de la nature et de ses fonctions» (5) Un monde où l’eau douce des rivières, les sols fertiles, ou les parcelles de forêts primaires, évaluées pour les services rendus, seront convertis en valeur monétaire ?  Le REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation programme), le programme des Nations Unies qui rémunère les forêts encore debout, récompense pour le carbone stocké, illustre cette marchandisation et ses dérives. Au Pérou, au Kenya, au Congo, en Ouganda, en Indonésie, le REDD ouvre la porte aux compagnies forestières et aux Etats, qui misent sur la valeur carbone des forêts, au détriment des  populations qui exploitent des parcelles depuis des générations, sans titre de propriété.

S’entendre, ou ne pas s’entendre.  

Le premier RIO, la Conférence de Copenhague sur le climat, puis celle de Durban, ont révélé des discordes entre les pays riches, et les autres. Les seconds, au développement plus tardif, ne veulent pas porter la charge environnementale accumulée des premiers, accusés de polluer depuis les débuts de l’industrialisation. Le RIO+20 va probablement poser la question du partage des efforts pour engager cette transition verte. De même qu’il pourrait insister sur la mutation verte et le recul de la pauvreté, au détriment d’autres dossiers, changement climatique ou énergie. La crise financière peut encore vider les promesses et les engagements de ce RIO+2, pour en faire une étape de plus vers une transition. Encore reportée.

M.J

 

 

(1)RIO+20 , United Nations Conference on Sustainable Develoment, Objective and themes, http://www.uncsd2012.org/rio20/objectiveandthemes.html

(2)Living Planet Report2012, Biodiversity, biocapacity, and better choices, WWF http://awsassets.panda.org/downloads/1_lpr_2012_online_full_size_single_pages_final_120516.pdf

(3) The Transition to a Green Economy: Benefits, Challenges and Risks from a Sustainable Development Perspective, Summary of Background Papers,José Antonio Ocampo,Columbia University,Division for Sustainable Development, UN-DESA, United Nations Environment Programme, UN Conference on Trade and Development http://www.uncsd2012.org/content/documents/Transition%20to%20a%20Green%20Economy_summary.pdf

(4) A Green Economy Knowledge-Sharing Platform: Exploring Options, Executuve summary, PDF, http://www.uncsd2012.org/content/documents/290A%20Green%20Economy%20Knowledge%20Platform_ExecSum%20only.pdf

(5) El Moudjahid (Algérie), Sommet de RIO+20 : La planète contre les peuples ?, M. Koursi, 03-06-2012 http://www.elmoudjahid.com/fr/flash-actu/7545

 


Publié le 15 juin 2012 par marlene dans Actualité,Brésil,Développement durable
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