Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les revendications du Japon sur la queue des Kouriles.

Bonjour,

 

La queue des Kouriles.

La dispute pour les îles Kouriles oppose la Fédération de Russie, qui a hérité de l’URSS, l’ex-Union soviétique, quatre îles réclamées par le Japon. Comme pour mieux souligner cette revendication territoriale, le Japon appelle ces îles les « Territoires du Nord ». Sur la carte, ces terres  qui ferment l’archipel des Kouriles , un arc insulaire qui s’étire sur 1300 kilomètres entre la Mer d’Okhotsk et le Pacifique Nord, semblent continuer l’insularité japonaise. Le dernier groupe d’îles en question prolonge d’ailleurs le cap de Nausappu, situé à l’Est d’Hokkaïdo, le territoire Nord de l’archipel nippon. Les îles de Kunashiri et d Etorofu sont les plus étendues, Shikoban  plus petite, et les Habomai sont des ilôts, dont l’un se situe à moins de 4 kilomètres des côtes japonaises. Occupées par la Russie, historiquement peuplées de communautés de langue japonaise, ces îles sont revendiquées par le Japon. La visite de Dmitri Medvedev, le Premier Ministre russe, sur l’île de Kunashiri au début de l’été 2012, épisode récent d’une querelle ancienne, n’a guère été du goût des Japonais. En apparence, ce différend rappelle une autre discorde en Mer de Chine orientale, entre la Chine et le Japon, qui se disputent les ilôts inhabités de Diaoyu/Senkaku, dont les environs sont dotés  de conséquents gisements de gaz et de pétrole. Mais la querelle des Kouriles, peuplées depuis longtemps, s’apparente plus à un héritage de la Seconde Guerre mondiale, quand décideurs et diplomates jouent avec les frontières en fonction des intérêts du moment. Même si la question de la pêche, la Mer d’Okhotsk est riche en poissons, n’est pas sans importance. (1) (2) (3)

 

Entre Russie et Japon.

En 1945, Yalta promet le Sud de l’île de Sakhaline et les Kouriles à l’Union soviétique de Staline, remerciement pour son offensive contre le Japon. Sans vraiment préciser le territoire de l’archipel. Un peu plus tard, le Traité de San Francisco (1951-1952) donne Sakhaline aux Soviétiques, et désigne les Kouriles Méridionales comme partie du territoire japonais. Lors des derniers jours de la guerre, l’URSS envahit les Kouriles. Plus de 17 000 Japonais sont expulsés de l’archipel, des civils et des soldats sont déportés  au Kazakhstan et en Ouzbékistan. L’URSS, qui pointe la présence américaine sur le sol japonais, met en doute la souveraineté du pays cet après-guerre. Staline refuse de  ratifier le Traité de San-Francisco. En 1946, le gouvernement soviétique confirme son gain territorial. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues. En 1951, l’URSS refuse toujours de signer un Traité de paix avec le Japon. D’un côté, les promesses de  Yalta confèrent un droit aux soviétiques sur les Kouriles, justifient les intéressés. Le Japon, qui a renoncé à ses prétentions sur les Kouriles par le Traité de San Francisco, prétend lui que les îles méridionales convoitées ne font pas partie de l’archipel.(1)(2) Dans la Géographie Universelle de R. Brunet (1994), dans un chapitre intitulé « Le Monde des îles », Philippe Pelletier interroge l’histoire de cette intermédiarité insulaire, entre Russie et Japon, qui ont su souvent s’entendre pour servir leurs intérêts.  Quelques dates tirées d’une histoire compliquée. (4)

 

Un voisinage longtemps équilibré.

En 1855, le Traité de Shimoda, signé entre la Russie des Tsars et le Japon des Shoguns, trace une frontière entre les îles Etorofu et Urrupu, située plus au Nord. Cet accord avalise le partage de Sakhaline entre les deux voisins. En 1875, le Traité de Saint-Petersbourg donne Sakhaline à la Russie, et les Kouriles au Japon. A l’issue de la guerre russo-japonaise (1904-1905), le Japon, vainqueur, prend le contrôle du sud de Sakhaline. Conquête non contestée par la Russie, et avalisée par le Traité de Portsmouth. Puis, les convoitises sur la Mandchourie contraignent à l’entente. En 1907, les deux pays s’engagent à respecter leurs frontières, avant de projeter leur zone d’influence respective en Corée, en Mandchourie, et en Mongolie. Le Japon, qui reconnaît l’URSS en 1923, une année après sa création, évacue ses troupes du Nord de  Sakhaline. Le Japon et la Russie coopèrent pour exploiter les richesses de Sibérie, les échanges s’intensifient. En 1925, l’URSS reconnaît le Traité de Portsmouth, et la présence japonaise dans le Sud de Sakhaline. Jusqu’en 1945, les deux pays travaillent, par intérêt partagé, à un voisinage équilibré. En aout 1945, Staline viole le pacte de non agression, signé avec le Japon en 1941. Lors des derniers jours de la guerre, l’armée soviétique se déploie dans son voisinage asiatique. L’archipel des Kouriles et le sud de Sakhaline sont occupés. (4)

 

Les aborigènes du Japon.

D’après Philippe Pelletier, un petit tour en Préhistoire révèle des communautés de chasseurs-pêcheurs-agriculteurs qui essaiment dans le Sud de Sakhaline, dans les Kouriles, et dans le Nord-Est du Honshu. Vers le X° siècle, ces populations Aïnou sont repérées dans le Hokkaïdo. Les Japonais, qui commencent à coloniser le Sud de l’île commercent avec eux. Les bénéfices de ce commerce, les perspectives d’autres transactions avec les Chinois, via la Sibérie, et les richesses d’une région encore intacte, contribuent à attirer d’autres populations japonaises. La communauté Aïnou fait les frais de ce peuplement. Malmenée, exploitée, elle amorce un déclin. Face au nouvel ordre qui s’impose, les révoltes sont vaines. Philippe Pelletier évoque un « ethnocide ».Au début du XIX° siècle, une immigration orchestrée par le pouvoir japonais, vise à développer Hokkaïdo. Il s’agit aussi d’occuper ce territoire, qui voisine avec la Russie. La communauté Aïnou ne résiste pas à une politique d’assimilation musclée. Isolée, sa population décline rapidement. Les Aïnous, plus de 21.000 1807, 16.000 au milieu du XIX° siècle, 18.000 personnes en 1917, ne sont plus que 16.000 après la Seconde Guerre mondiale.(4) C’est en 1946  que les Aïnous obtiennent les mêmes droits que les Japonais.(5) Pourtant, un siècle plus tôt,  lors du Traité de Shimoda, le Japon, qui veut garder les Kouriles, prétend que les Aïnous qui vivent sur ces territoires depuis longtemps sont Japonais, (5)

 

Peu d’enthousiasme pour le Japon.

« Les Territoires sont-ils ou non japonais ? », s’interroge Philippe Pelletier. « La question prend tout son sens lorsqu’on évoque enfin l’existence des Aïnous, les premiers occupants des Kouriles. Etorofu, la principale des îles incriminées, n’est-elle pas le symbole de la résistance des Ainous contre la colonisation japonaise ? » (4) Aujourd’hui les Aînou, Ainou et métissés, sans doute plus de 20.000 personnes, sont l’une des minorités d’un archipel des Kouriles dominé par les populations russes. En novembre 2005, le Hokkaïdo Shimbun effectue un sondage auprès des populations des trois îles des Territoires du Nord, la quatrième étant  inhabitée. Les personnes interrogées doivent donner leur avis sur l’éventualité d’un retour sous souveraineté japonaise. 80% des résidents de l’île d’Etorofu, et 63% de ceux de Kunashiri s’y opposent. Quand plus de la moitié des insulaires de Shikotan, réputés  plus en contact avec des populations connaissant le Japon, le souhaiterait. (2)

M.J

 

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(1) Wikipedia, Iles Kouriles, / http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Kouriles

(2) Northern Territories / Kuril Islands

http://www.globalsecurity.org/military/world/war/kuril.htm

(3) “Un contentieux insulaire mjeur en Extrème-Orient les Kouriles”, Elisabeth Fouquoire-Brillet, Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d’Histoire Militaire, Institut d’Histoire des Conflits Contemporains, non daté. http://www.stratisc.org/strat_050_FOUQUOIREJ.html 

(4)- Gentelle P., Pelletier Ph. (dir. Brunet R.) – Chine, Japon, Corée – Géographie Universelle – Belin/Reclus – 1994,  « Livre deuxième: Le Japon -Première partie: Des îles et des idées -Chap. 1. Le monde des îles » , Philippe Pelletier, p225-230 http://www.mgm.fr/PUB/GUV5.html

(5) Histoire des Ainous, Exposé rédigé par Jolan, Juin 2004. http://www.buta-connection.net/phpBB2/images-exposes/ainous2/Ainous_Partie2.pdf

 

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Publié le 8 octobre 2012 par marlene dans Histoire.,Japon,Russie,Territoire
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Pollution en Russie: les révélations du lac Baïkal.

 Bonjour,

La pollution du lac Baïkal intéresse la justice russe, et la presse le fait savoir. Mi-mars, le Parquet général, informé par les services de l’environnement (Rosprirodnadzor), a ordonné une enquête sur les excès environnementaux d’une usine de cellulose située à Baïkalsk, en Sibérie, en bordure du lac Baïkal. L’usine y déverserait ses eaux usées, hautement polluées, et puiserait illégalement dans la première réserve d’eau douce au monde. Cette unité de production est contrôlée par Basic Element, et l’oligarque Oleg Deripaska, première fortune de Russie, et visiblement moins bien classé en matière de développement durable. Une information  intéressante dans un pays, très bien classé en matière de pollutions et de dégradations environnementales. Et pas très enclin à en parler.(1)

20% des réserves mondiales d’eau douce

Le lac Baïkal est installé dans la dépression la plus profonde de la surface du globe, une véritable mer intérieure, un volume équivalent à la Baltique. Sa taille favorise un système de vagues, de courants réguliers, et un microclimat dans cette région froide. On l’appelle Perle de Sibérie. Pendant six mois de l’année, il gèle, et devient l’œil bleu de la Sibérie. Le lac Baïkal, alimenté par 365 rivières, est surtout un immense réservoir d’eau douce, 20% des réserves mondiales de surface, 80% des eaux douces de Russie, le plus grand lac d’Eurasie. Environ cinquante mille personnes vivent sur les rives du Baïkal sur des sols pauvres, pommes de terre et poisson au menu. La grande ville la plus proche s’appelle Irkoutz. Le Baïkal, qui produit l’une des faunes d’eau douce les plus riches et les plus inattendues, est classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. Avec en vedette, le phoque de Sibérie. Ce patrimoine écologique exceptionnel lui vaut encore le surnom de Galapagos de la Russie.

Des déchets qui continuent de s’accumuler.

 En 1966, Basic Element plante une usine de cellulose sur les bords du Baïkal, les bois sibériens fournissent la matière première. L’usine alimente l’industrie soviétique, puis s’ouvre à la Chine. Aujourd’hui, le marché chinois absorbe la quasi-totalité de la cellulose produite sur les rives du lac. Les Services de l’environnement lancent une enquête, et notent que « l’usine concernée rejette illégalement dans le lac des eaux usées dans lesquelles le taux  des éléments polluants dépasse les normes », et « utilise les ressources du lac sans autorisation officielle ». (1) La Banque Mondiale avait pourtant accepté de financer un « cycle fermé de circulation des eaux ». Projet non réalisé selon le Rosprirodnadzor, qui précise que l’usine continue de fonctionner illégalement, en regardant les déchets s’accumuler à ses abords. L’an dernier, le gouvernement a lancé un plan de fermeture du site. Projet avorté. Les déchets produits par l’usine de cellulose seraient directement allés dans le Baïkal. Et cette solution n’aurait pas évité les rejets des communautés riveraines, qui participent aussi aux souillures du Baïkal. (2)

 La tradition du « secret environnemental ».

 Une étude récente, basée sur l’évolution d’une population de phoques depuis 1992, révèle que certains produits chimiques, notamment des dérivés fluorés appelés PFC, seraient en train de contaminer la faune et la flore du Baïkal. Ce rapport souligne encore que la contamination du Baïkal par ces dérivés fluorés reste un phénomène mal connu. Un déficit d’information qui contraste avec d’autres cas analogues, en Amérique du Nord, ou en Europe de l’Ouest. Qu’il s’agisse de pollution, de contamination alimentaire, ou de déchets nucléaires, le gouvernement russe reste discret. En 2006, ARTICLE 19, une organisation internationale  dénonce cette tradition du « secret environnemental », une discrétion et une désinformation qui évitent aussi aux Autorités de réagir. Chaque année, la pollution ferait 300.000 victimes en Russie. L’affaire du lac Baïkal, un petit pas vers la « glasnost »(3) ?

M.J

« Le lac Baïkal, océan sans fin au milieu des terres de Sibérie.. » 

(1) « Pollution du lac Baïkal: le parquet va vérifier les activités d’une usine », AFP/ Moscou, 13-03-2008-(2) « Russia tells plant polluting lake Baikal to clean up », James Kilner, Reuters, 27-03-2008. (3) Glasnost: transparence.


Publié le 10 avril 2008 par marlene dans Non classé
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