Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Teshima, des poussières noires au béton blanc.

 

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Bonjour,

Encerclée par les îles principales de Honshû au Nord, de Shikoku au Sud, et de Kyûshû à l’Ouest, la  Mer intérieure du Japon a les allures tranquilles d’un immense lac. On y dénombre plus  de 3000 îles, petites ou grandes, solitaires ou groupées, la plupart plantées de pins  plongent leurs verts mousseux dans les bleus subtiles d’une Mer intérieure qui n’en est pas vraiment une. La Mer intérieure de Seto, son vrai nom, communique en réalité avec l’océan Pacifique. A L’est de ce paysage insulaire, entre l’île de Shodoshima, plus imposante,  et la petite Naoshima, un autre petit bout de terre d’une quinzaine de km², Teshima.  Au guidon d’un vélo  électrique loué près du débarcadère, on en fait le tour en moins d’une heure. Trois lignes de ferry mènent à Teshima, celui qui vient de Shodoshima accoste toutes les deux heures dans le petit port le plus proche. Teshima, un peu plus de 1500 habitants au début des années 2000, sans doute encore un peu plus de 1000 aujourd’hui, des pêcheurs et des paysans, souffre des mêmes maux que ses voisines insulaires. La  population vieillit ou s’exile, l’économie se traîne. Ceux qui restent envisagent avec curiosité ces  jeunes branchés, lainage sobre, Wayfarer, et chaussures Repetto, venus admirer l’une des perles architecturale de l’art contemporain, En 2010, Teshima est l’une des sept îles retenues pour le Setouchi Art Festival, une manifestation censée la tirer de son ennui.  Depuis, Teshima est devenue célèbre. Mais sa renommée est bien antérieure à sa  reconversion artistique. (1)(2)(3)

 « Island of waste ».

Dans les années 80, Teshima est connue comme le pire exemple de décharge industrielle illégale au Japon. On l’appelle « Island of waste », l’île aux déchets. En 1975, une société de retraitement des rejets industriels s’installe sur la côte Ouest de l’île.  Très vite, les insulaires s’opposent à cette activité qui pollue. D’ailleurs, la Préfecture de Kagawa ne donne pas son aval. En 1978, la société qui prétend recycler seulement des substances non dangereuses, renouvelle sa demande d’autorisation auprès de l’administration. Qui finalement accepte. En réalité, des quantités astronomiques de poussières nocives et d’huiles usagées sont déversées dans la nature, brûlées en plein air au lieu d’être retraitées.  La police préfectorale enquête. La société, qui cesse son activité, laisse des collines de déchets toxiques derrière elle. Au début des années 90, une analyse y révèle la présence de cadmium, de plomb, d’arsenic, de mercure, de PCB, ou de dioxines. Une formule chimique très enrichie qui s’est invitée dans le sol et la nappe d’eau souterraine de cette partie de l’île. Aujourd’hui, Teshima raconte l’histoire de ce  Japon en plein boom économique, rapidement dépassé par la profusion de ses déchets, industriels et urbains, et qui ne sait qu’en faire. La tentation est grande de les stocker dans des îles dépeuplées, situées à proximité des sites de production. La côte de la Mer Intérieure, où se sont développées Osaka, Kobe, ou Hiroshima, est l’une des plus industrialisées de ce  Japon.  En 2000, l’affaire de Teshima était en cours de règlement. Un mur étanche devait protéger l’océan des eaux polluées produites par la décharge. Les 600.000 tonnes de déchets devaient être recyclées dans la composition de ciment, sur l’île de Naoshima, l’autre site couru de l’art contemporain dans la Mer Intérieure de Seto. (4) (5)

Coquillage de béton blanc.

Posé come une goutte d’eau à proximité des rizières en terrasses, le Teshima Art Museum indique un changement dans le paysage insulaire. Radical, mais en douceur. Le bâtiment, un coquillage de béton blanc inséré dans le sommet d’une colline verte, voisine avec la mer qui se montre en chemin.  Pour pénétrer dans la structure, assez grande, environ 40 mètres sur 60, il faut chausser de petits chaussons gris. Sur les points les plus élevés du bâtiment, deux ouvertures sur le paysage invitent l’air, la lumière, et les bruits extérieurs. Sur le sol de béton poli et traité, qui explique les petits chaussons, des gouttes d’eau perlent par de petits trous. Portées par la topographie du sol,  elles se mélangent pour former une tâche plus importante, qui coulera doucement pour s’échapper par un autre orifice, percé dans le béton. Cette fontaine perpétuelle rythme le temps qui passe. L’œuvre, qui résulte d’une collaboration entre l’artiste Rei Nato et l’architecte Ryue Nishizawa, fait écho à ce paysage insulaire, baigné par la mer et douché par les pluies. C’est pour profiter de cette expérience sensorielle inédite que les petits Japonais branchés débarquent sur l’île de Teshima.  (6)

 

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Un peu plus loin, de l’autre côté du petit port qui accueille le ferry de Shodoshima , un pavillon de bois assis sur une plage. Christian Boltanski y expose « Les archives du cœur », une compilation de battements de cœur enregistrés  en France, en Tasmanie, en Allemagne, en Corée, ou au Japon. Dans un laboratoire sonore, installé face à la mer, il faut mettre un casque pour écouter des cœurs qui battent encore, ou peut-être plus. Battements réguliers ou arythmies, étrange compilation.  Boltanski archive ici la petite musique intime d’une partie de l’humanité. Vous, si vous souhaitez l’enregistrement de votre rythme cardiaque. A côté, dans une pièce noire, une ampoule clignote au rythme assourdissant d’un cœur en mouvement. (7)

 

M.J

 

(1)Seto Inland Sea, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Seto_Inland_Sea

(2) Teshima Island, Japan-guide.com, http://www.japan-guide.com/e/e5440.html

(3)Inland Sea of Japan, factanddetails.com, http://factsanddetails.com/japan.php?itemid=963&catid=25&subcatid=171

(4)The Teshima Island Industrial case and its process towards  resolution, Hiroshi Takatsuki, 10-06-2002, Special Feature: Conference Report, Integrated Management for Hazardous Waste.    http://www.bvsde.paho.org/bvsacd/cd43/isla.pdf

(5) “Teshima Island waste dispute nears end”  , The Japan Times Online, 27-05-2000 http://www.japantimes.co.jp/text/nn20000527b6.html

(6) Teshima Art Museum, Benesse Art Site Naoshima, http://www.benesse-artsite.jp/en/teshima-artmuseum/index.html

(7)”Les archives du coueur”, Benesse Art Site Naoshima  http://www.benesse-artsite.jp/en/boltanski/index.html


Publié le 24 avril 2012 par marlene dans Art,Japon,Préjudice écologique
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