Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Eau et corruption.

Bonjour,

Le Forum de l’eau vient de se terminer à Istanbul, en Turquie. L’eau, qui est un  » droit humain « (1), est source d’inégalités entre les hommes. Le quart de l’humanité n’a pas accès à l’eau potable. Et 40% doit se débrouiller avec ses eaux usagées. (2) L’eau, qui peine à s’imposer comme une priorité politique – l’un des objectifs de ce Forum organisé tous les trois ans-, est pourtant source de profits et de marchandages pas toujours très clairs. La corruption liée à la gestion de l’eau, thème abordé à Istanbul, a aussi fait l’objet d’un rapport de Transparency International .(2) L’ONG dénonce cette corruption qui contribue à polluer les cours d’eau, à assécher les nappes phréatiques, à réduire les récoltes, ou à choisir des infrastructures démesurées.

En Chine, l’argent destiné à la gestion de l’eau et au respect des normes environnementales serait, en partie, détourné par des fonctionnaires. Cette pratique contribuerait à expliquer l’état de la ressource dans les villes chinoises. D’après Transparency International, 90% des nappes aquifères et 75% des rivières y sont polluées. L’agriculture, qui consomme 70% de la ressource mondiale, signale encore mauvaise répartition et corruption.(2)Au Mexique, 70% des subventions destinées à l’irrigation, qui conditionne les récoltes, va surtout dans la poche des gros producteurs. Les autres, dont la vie dépend des champs, n’ont plus qu’à attendre les pluies. Transparency International rapporte que ce détournement des eaux par les plus riches, qui prive les nappes phréatiques et les pauvres, est un scénario habituel dans les campagnes d’Amérique et d’Asie. En Inde, la corruption augmenterait de 25% le coût des contrats d’irrigation.

Dans les pays en voie de développement, la corruption plombe de 30 à 40% la facture du raccordement à un réseau formel de distribution d’eau. A Manille, aux Philippines, il faut débourser trois mois d’un petit salaire pour profiter de l’eau courante. En Afrique subsaharienne, l’eau est appelée à devenir un luxe pour les deux-tiers des familles. (2) Et quand le réseau officiel, corrompu et trop cher, devient inaccessible aux plus pauvres, des distributeurs, moins officiels, interviennent. En Equateur et au Bengladesh, des mafias de l’eau contrôlent des territoires urbains, souvent ceux des familles les plus démunies. L’enquête de Transparency International souligne un paradoxe. Les habitants des quartiers pauvres de Jakarta, de Nairobi, de Manille, ou de Lima, ont souvent une facture d’eau plus élevée qu’un Londonien ou un New-Yorkais. Mais la corruption n’est pas réservée aux pays pauvres. En Europe, en Amérique du Nord, ou au Japon, le marché de l’eau brasse beaucoup d’argent. Ce qui réveille les convoitises et les petits arrangements.

Retour en Chine, ou les détournements sont à la mesure des projets. Le rapport évoque le barrage des Trois Gorges.  Une partie des fonds destinés à reloger les personnes déplacées par la réalisation de l’ouvrage aurait été détournée. Pour la seule province du Hubei, l’équivalent de 23 millions d’Euros aurait disparu. En Chine ou ailleurs, le marché des centrales hydroélectriques et des barrages, est une invitation à la corruption. L’importance des capitaux destinés à leur construction, la complexité du processus de conception, ou la diversité des intervenants, multiplient les zones d’ombre. Et donc, les occasions de fraude.

« La corruption rend l’eau insalubre, inaccessible et coûteuse », signale le rapport de Transparency International. Cette plaie, qui s’articule à la crise de l’eau, s’annonce aussi difficile à combattre que la sécheresse. Ou le réchauffement climatique.

M.J

L’accès à l’eau en Indonésie

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(1) «L’accès à l’eau est un droit fondamental de l’homme». En 2002, le Comité des Nations Unies pour les droits économiques, sociaux et culturels reconnaît l’existence d’un « droit à l’eau ». Ce « droit à l’ea » est une condition préalable aux autres droits, santé, nourriture, logement. Ce « droit » est largement oublié dans les pays en développement, et dans les pays développés.

(2) « Rapport Mondial sur la corruption 2008 », Résumé executif, Transparency International. http://www.transparence-france.org/e_upload/pdf/gcr2008_bookmarked_and_executive_summary_embargo.pdf

(3) Rapport mondial « l’eau dans un monde qui change », présenté en introduction au Forum d’Istanbul par le directeur général de l’UNSECO, Koïchiro Matsuura. http://www.unesco.org/water/wwap/index_fr.shtml


Publié le 23 mars 2009 par marlene dans eau
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