Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Prévoir « la vague qui mange les gens »…

 

Bonjour,

Dans le sillage du tsunami de 2004, deux histoires. D’abord, celle des Simeulue, une communauté musulmane qui vit sur l’île du même nom, dans l’Océan Indien, à 150 kilomètres des côtes de Sumatra. Après le séisme du 24 décembre, cette  population insulaire sent qu’il est temps de se réfugier sur les hauteurs voisines,  à  quelques centaines de mètres. Bien vu, la vague déferle. Sur une population côtière d’environ 80.000 personnes, seules sept victimes sont comptées. Dans cette communauté, la mémoire du tsunami remonte à 1907, quand un tremblement de terre est  suivi d’une vague très meurtrière. De cette histoire sont nées d’autres histoires ; des monuments et des rassemblements commémorent la tragédie. Le souvenir de l’évènement, transmis aux jeunes générations, figure dans la mémoire collective. Le mot « smong », l’équivalent de « tsunami », intégré dans le lexique communautaire, en suggère le risque. La seconde histoire, celle des Moken , prolonge la première. Les Moken habitent les îles Suri au large des côtes de la Thaïlande et du  Myanmar, dans la Mer d’Andaman. Dans cette société de tradition nomade, qui maîtrise la mer et ses secrets,  une légende raconte  la  «vague qui mange les gens » .Ici, tout le monde sait qu’avant un tsunami, la mer recule, et les cigales cessent leur chant. En 2004, un Moken note un silence inhabituel. Il prévient les autres. Longtemps avant que la première vaque déferle, la communauté s’est groupée sur les hauteurs. Il y  peu de victimes. Pour les Moken, le tsunami est la « vague des sept rouleaux. » (1) (2)

 

Histoires de serpents.

Les tremblements de terre  et les glissements de terrain accompagnent l’histoire du Népal, et de ses habitants. En 1934, un séisme fait 20.000 victimes, dont la plupart au tout début du phénomène. L’inde est également touchée. Dans un poème qui raconte l’évènement, l’auteur décrit la mort d’innombrables serpents. Etrange. Le tremblement de terre se produit en hiver, alors que les reptiles sont supposés hiberner.(3) Au Népal, et dans l’ensemble de l’Himalaya, les communautés, de tradition orale, racontent les cataclysmes et les  inondations qui deviennent des histoires, des chansons, des poèmes, ou des proverbes. L’un des proverbes de la culture Terai au Népal, exposées aux inondations de la West Rapti River, dit : « Le serpent et la rivière ne courent pas tout droit ». (2) Un peu plus tard, une autre histoire de serpents. En 1975, les habitants de la ville de Haicheng, dans le Nord-Est de la Chine,  s’inquiètent de la présence inhabituelle de serpents à cette époque de l’année. Bien qu’il soit difficile d’associer ces signes avant-coureurs à l’attitude des Autorités, celles-ci décident d’évacuer la ville. Le séisme, qui intervient quelques semaines plus tard, ne fait que peu de victimes. (3)

 

Constructions et solidarités.

En 1999, les Nations Unie créent un Bureau pour la Réduction des Risques et des Catastrophes, UNISDR. Depuis, cet organisme tisse une toile d’araignée, où interviennent scientifiques, ONG, et communautés locales, afin de prévenir les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses, ou les cyclones qui menacent différentes régions de la terre. Les stratégies communautaires, réponse de terrain à un aléa récurrent, intéressent l’UNISDR . Une publication en détaille quelques exemples dans la région Asie-Pacifique. (2) Dans le Nord de l’Inde, dans les Etats de Jammu et du Cachemire, régions exposées aux séismes, les maisons traditionnelles sont construites pour résister. Ces techniques de construction s’appellent « Taq »,  ou « Dhajji dewari », un  patchwork mural composé de panneaux horizontaux, verticaux, ou diagonaux, qui présente une flexibilité qui fait défaut aux constructions modernes. En octobre 2005, lors du tremblement de terre qui secoue le Cachemire, ces bâtiments, conçus pour être secoués, sauvent des vies. Ailleurs, la communauté maîtrise l’aléa en s’organisant. Au Nord-Ouest du Pakistan, dans les districts de Manschra  et de Bettagram, l’altitude, le climat, le relief montagneux , isolent  les communautés.  Des terres infertiles et la pauvreté ajoutent au décor. Pour affronter les tremblements de terre, les pluies diluviennes, la neige, les glissements de terrain, et les inondations rapides, les populations n’ont que leur solidarité. En période de fortes pluies, quelques-uns surveillent le niveau des eaux, et préviennent les foyers exposés. Les familles plient bagage, et se réfugient chez un parent, ou un ami. Le retour à la normale est fêté par des spectacles, et des rituels. En Papouasie-Nouvelle Guinée, les villages Singas, situés sur l’une des rives de la Markham River, dépendent d’une rivière capricieuse. Deux inondations mémorables en 1998 et 2002.  Des maisons sur pilotis, qui s’élèvent au fil des crues et de leur fréquence, un usage planifié des terres cultivables, une solidarité pour la nourriture et l’environnement, révèlent l’adaptation à un milieu à la fois généreux et hostile. Incités à déplacer leur habitat sur les hauteurs, ils ont refusé. (2)

 

Lire les humeurs du ciel.

L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, a beaucoup travaillé avec des communautés africaines. Beaucoup d’Africains, initiés lisent les prévisions météorologiques inscrites dans la nature. Ils connaissent, par exemple, la route des tempêtes et celle des vents dominants, une annonce qui permet de construire un toit, d’aménager un coupe-vent, ou d’ériger des murs, avec un peu d’avance sur le mauvais temps. Une bonne lecture des corridors de pluie permet de se préparer à l’orage. Connaître la couleur des nuages porteurs de grêlons, savoir qu’une tempête peut succéder à une sécheresse, ou que la lumière d’une première pluie peut annoncer un désastre, est une mémoire héritée d’une longue observation des cieux africains. Cette lecture ancestrale permet aussi de repérer un chant d’oiseau qui annonce la nouvelle saison. Ce bulletin météo note encore la hauteur des nids d’oiseaux près des rivières, annonciateur d’inondations ; ou la multiplication des mites, signe d’une sécheresse à venir. Quand une  position du soleil coïncide avec  la présence d’une certaine espèce d’oiseau près d’une rivière, la saison des pluies arrive. A défaut de pouvoir toujours parer aux aléas du climat, ces informations peuvent être utiles pour le calendrier des cultures. (1)


Insulaires et scientifiques.

Sur l’île d’Ambae, le plus grand volcan de Vanuatu est doté de deux lacs de cratères, le lac Voui et le lac Lakura, l’un bleu, l’autre vert. Endormi pendant près de quatre siècles, Ambae semble se réveiller en 1991. Au dessus des lacs jumeaux qu’il survole, un pilote de la Vanair, la compagnie aérienne locale, remarque une surface en ébullition. A proximité, la végétation est brûlée. Quelques jours plus tard, les signes s’affirment, émanations de soufre, eaux aux couleurs changeantes. Les insulaires n’ont rien remarqué. Eveillé, le volcan multiplie les secousses pendant trois années. En 1995, l’affaire semble plus grave. Les eaux du lac bouillonnent, un panache de fumée s’élève sur 2 à 3 kilomètres dans le ciel, les secousses se répètent. L’évacuation de l’île est envisagée. Les géophysiciens de l’ORSTOM – devenu l’IRD, l’Institut de Recherche pour le Développement –  prédisent l’éruption de l’Ambae,  70 chances sur cent. Mais le volcan continue de somnoler.(4) Un chercheur néo-zélandais, qui travaille sur les risques volcaniques, et avec les communautés d’Ambae, reprend l’histoire. En 1995, la France – Vanuatu est lié à la France par l’histoire et la Francophonie – dépêche un navire pour évacuer les insulaires. Mais ceux-ci n’ont pas décelé les signes habituels qui annoncent l’éruption du volcan, le lac qui change de couleur, le départ soudain des oiseaux, ou les fourmis qui colonisent la végétation. Effrayée par le navire français, la population s’enfuit sur les hauteurs. (3) Dix  ans plus tard, en 2006, le lac Voui se colore à nouveau d’un rouge, jugé inquiétant…(5)


MJ.

 

 

 

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(1) The Wave That Eats People – The Value of Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction, David Singh, UNISDR, 09-08-2011http://www.unisdr.org/archive/21236

(2) “Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction: Good Practises and Lessons Learned from Experiences in the Asia-Pacific Région”;  ISDR (International Strategy for Disaster Reduction ),  Kyoto University,  European Union, 2008. http://www.unisdr.org/files/3646_IndigenousKnowledgeDRR.pdf

 (3)“Snakes and folk tales meet science in disaster warning”,Smriti Mallapaty, SciDev Net, 21-11-2012, http://www.scidev.net/en/agriculture-and-environment/features/snakes-and-folk-tales-meet-science-in-disaster-warning.html?utm_source=link&utm_medium=rss&utm_campaign=en_agricultureandenvironment

(4) Ambae Volcano, Vanuatu Tourism Office, 2011. http://vanuatu.travel/fr/discover-the-islands/volcans/ambae-volcano.html

(5)« Vanuatu : Ambae et le lac Voui », earth-of-fire, le blog de Bernard Duick, 05-10-2010 http://earth-of-fire.over-blog.com/article-vanuatu-ambae-et-ambrym-57995700.html

 


Publié le 29 novembre 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Catastrophe naturelle.,Climat,Volcans.
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