Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La ronde des petits légumes de Singapour.

 

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Bonjour,

Avec un peu plus de 5 millions d’habitants ramassés sur un territoire d’à peine 700 km² , l’une des plus fortes densités urbaines au  monde , Singapour est un peu à l’étroit sur son territoire. La cité- Etat, qui refuse pourtant de sacrifier ses espaces verts, concentre ses industries et construit en hauteur pour se développer et pour habiter.  L’afflux d’immigrants, que l’on a dû loger dans des tours de plus en plus nombreuses, a encore réduit l’espace disponible pour les cultures. En 1988, l’urbanisation laisse  3% du territoire à la pratique agricole. (1) En 2007, l ’espace agricole représente 1,1 %  du territoire. (2) C’est dans ce décor urbain qu’en 2009, Jacky Ng imagine un projet agricole vertical. Depuis longtemps, Singapour mise sur l’agro- technologie et développe des cultures hors-sol, hydroponique et aéroponique, installées sur le toit des immeubles.  Cette production, qui s’ajoute à une petite agriculture traditionnelle, couvre 7% de la consommation du pays en produits potagers. Chaque jour, des légumes frais et des fruits arrivent du voisinage, Malaisie, Thaïlande, Philippines, ou d’un peu plus loin, Australie, Nouvelle Zélande, Chili, Israël. Singapour importe de la nourriture d’une trentaine de pays au total. En 2009 c’est la crise. Jack Ng cherche une solution pour rendre Singapour moins dépendante de l’étranger, et pour éviter l’envolée des prix sur le marché intérieur. Quelques amis agriculteurs contribuent à une réflexion qui aboutit  à un prototype de ferme verticale, 1000 m² pour expérimenter la pousse de petits légumes. Début 2011, résultat d’un accord entre Agri-Food et l’Autorité vétérinaire de Singapour (AVA) et l’entreprise de Jacky Ng, Sky-Green, la ferme verticale prend forme. Ce potager tropical de 3,5 hectares, du nom de « Go-Grow », devrait produire 5 fois plus de légumes qu’un potager horizontal. Avec des avantages environnementaux qui collent à l’époque. La structure se compose de tours de 6 mètres de haut – elles peuvent grimper jusqu’à 9 mètres -, divisées en paliers sur lesquels sont installés des bassins, destinés aux légumes. L’ensemble tourne autour d’une structure en aluminium, qui fait voyager les plantations de bas en haut, afin que toutes profitent au mieux de la lumière du soleil. Un système hydraulique, peu gourmand en énergie, actionne la rotation. L’eau, réintroduite dans le système hydraulique, est recyclée. L’irrigation des plantes est optimisée. Et gain de taille, l’espace. Depuis quelques semaines, de petits légumes destinés à la cuisine locale, des choux chinois, des épinards, et  des laitues s’arrachent sur les étals du Fair Price Finest, une chaine locale de supermarchés. Ces légumes, un peu plus chers que ceux importés, restent plus abordables que les « bio ». La production, environ une demi- tonne par jour,  pourrait quadrupler l’année prochaine. La ferme articulée, qui compte 120 tours, pourrait bientôt en compter 300. Prochaine étape, trouver des investisseurs pour développer un projet dont l’extension devrait coûter 27 millions de dollars Singapour – environ 17 millions d’Euros -. Singapour est un état riche  qui ambitionne, toutes méthodes de cultures confondues, de produire bientôt 10% de ses légumes sur place. (3) (4)  (5)

 

M.J

 

 

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(1) Mongabay, Singapore – Land Management and Development  http://www.mongabay.com/reference/country_studies/singapore/ECONOMY.html

(2)Worldstat Info –Singapore. http://en.worldstat.info/Asia/Singapore/Land

(3)Farming in the Sky in Singapore”, Kalinga Seneviratne, IPS, 08-12-2012 http://www.ipsnews.net/2012/12/farming-in-the-sky-in-singapore/

(4)“First commercial vertical farm opens in Singapore”, Olivia Siong, Channel New Asia, 24-10-2012 http://www.channelnewsasia.com/stories/singaporelocalnews/view/1233261/1/.html

(5)” Vertical farm produces 5 times more vegetables.” The Straight Times, 20-11-2011, http://www.eco-business.com/news/vertical-farm-produces-5-times-more-vegetables/

 


Publié le 18 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Singapour,Urbanisation
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Des villes chinoises trop éloignées de Copenhague.

Bonjour,

Après le Brésil et l’Inde, troisième « cliché » avant  Copenhague, la Chine, cet autre grand pays émergent, non soumis aux contraintes de réductions de gaz à effet de serre, édictées par le protocole de Kyoto. Tout est parti d’une phrase lue dans un article de Libération,  intitulé   « Chine, l’inflation des milliardaires »: «Récession ou pas, cet enrichissement n’est pas prêt de s’arrêter car le vaste mouvement d’urbanisation de la Chine ne fait que commencer, et c’est cela qui nourrit la croissance» (1). La démographie, la mobilité des populations, le vacarme des chantiers, l’irrationnel,  cette phrase m’a semblé effrayante. Les chiffres confirmaient. De 1980 à 2005, le nombre de citadins a pratiquent doublé en Chine, il pourrait atteindre le milliard d’ici à une vingtaine d’années. (2) Chaque année dix millions de ruraux se laissent porter vers des villes qui gonflent à vue d’oeil. Et chaque année, il faut convertir 20 milliards de m² supplémentaires en logements pour accueillir ces déracinés. (3) Si cette urbanisation est un indicateur de croissance, elle révèle aussi un cancer environnemental. La construction, qui avale quantité d’eau et de ciment, qui confisque des sols à l’agriculture, est une industrie gourmande en énergie. Selon la Chinese Society for Urban Studies (CSUS), les villes consommeraient plus de 55% de l’énergie nationale, et produiraient une part à peu près équivalente de CO².(4) En Chine, c’est le charbon, grand ami du réchauffement climatique, qui alimente les chantiers et éclaire les logements. Pour la CSUS, qui vient de rendre un rapport sur la « stratégie de développement des éco-cités à faibles émissions », la Chine ne peut pas continuer sur cette voie-là. « Le modèle courant d’extension urbaine arrive à son seuil critique. Il ne répond plus aux nouvelles exigences de l’urbanisme », commente  Wu Yin, vice président du CSUS et universitaire  qui réfléchit à une reconversion du paysage urbain chinois. (4)

« Dessine – moi une cité-modèle. »

En 2005, une délégation chinoise visite Bedzed, une petite communauté urbaine au sud de Londres, engagée sur la voie du « zero energie » et du « no carbone. »Un échantillon remarquable d’ éco – cité. Les Chinois, soucieux de croissance économique mais attentifs au credo environnemental, décident de transposer le modèle. Dongtan, la première grande cité écologique au monde, sera érigée sur l’île de Chongming,  dans l’estuaire du Yangtze,  face à Shangaï, comme pour dissiper l’image d’une métropole clinquante et énergivore. La société britannique de conseil en ingénierie ARUP, qui signe un contrat de plusieurs milliards de dollars avec la Shangaï Industrial Investment Corporation (SIIC) conduit le projet. La première phase doit coïncider avec l’Exposition universelle de Shangaï, en 2010. Cette cité – vitrine, dopée aux renouvelables, solaire et éolien, devrait atteindre l’autonomie énergétique. Les transports en commun, équipés de piles à hydrogène combustible,  et les véhicules particuliers, comptés et alimentés au biocarburant, devraient encore adoucir un environnement dominé par les espaces verts. Petite touche bio, les potagers aménagés en périphérie. Avant le milieu du siècle, ce nouvel ilôt de 86 km² devrait accueillir un demi-million de personnes. Mais ce projet, symbole d’une conversion à l’écologie urbaine, met du temps à démarrer. La crise financière de 2008, qui ne semble pourtant pas arrêter l’autre urbanisation, quelques histoires de corruption, et le choix d’asseoir Dongtan sur d’anciens marais, fondation incertaine, expliqueraient un  retard qui s’éternise. (4)

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En attendant les cités – modèles planifiées, moins gourmandes en énergie,  moins agressives pour l’environnement, il y a urgence à loger ces millions de migrants qui fuient la pauvreté des campagnes pour soutenir l’essor économique du pays. Il est question de stabilité sociale. En annonçant  son intention de réduire son « intensité carbonique » de 40 à 45% d’ici à 2020, et par rapport à 2005, Pékin fait déjà un effort.

M.J

(1) « Chine, l’inflation des milliardaires », Philippe Grangereau, Libération, 26-10-2009. http://www.liberation.fr/economie/0101599263-chine-l-inflation-des-milliardaires

(2) “In China, overambition reins in eco-city plans” , Simon Montlake, The Christian Science Monitor, 23-12-2008, http://features.csmonitor.com/environment/2008/12/23/in-china-overambition-reins-in-eco-city-plans

(3) « La Chine dans le processus de Copenhague: la difficile inclusion d’un grand émergent », Blandine Barreau, Johanne Buba, Centre d’analyse stratégique, Département de la recherche, des Technologies, et du Développement  durable, Juin 2009, Complément 2C. http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/BarreauetBubarapportTirole.pdf

(4) « China maps out low carbon eco-city strategy », Ni Yuanjin , China.org.cn, 23-10-2009 -D’après une enquête de la Chinese Society for Urban Studies (CSUS), octobre 2009.Enquête de 2006, menée sur 287 districts urbains, constitués autour de préfectures. . http://www.china.org.cn/environment/2009-10/23/content_18757609.htm


Publié le 4 décembre 2009 par marlene dans Actualité,Chine,Copenhague,Urbanisation
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L’eau, un autre territoire pour la ville.

Bonjour,

Des maisons sur l’eau aux Pays-Bas, des quartiers flottants au Canada ou aux Etats-Unis, des aéroports asiatiques posés sur des îles artificielles, des projets délirants à Dubaï ou au Qatar, la mer ouvre l’espace urbain. L’idée n’est pas nouvelle. Le premier site de Mexico, l’ancienne capitale de l’Empire Aztèque, posée sur une île du lac Texcoco, voisine avec des îles artificielles destinées aux cultures. Dans le Japon isolationniste du XIX° siècle, Dejima est une terre gagnée sur la mer dans la baie de Nagasaki, qui devient un lieu de commerce avec les Néerlandais. Autre exemple, Ellis Island, une île artificiellement étendue pour faire face à l’afflux d’immigrés qui débarquent à New-York à la fin du XIX° siècle. (1) Aujourd’hui, une poignée d’urbanistes et d’architectes travaillent à repousser les limites de la ville sur l’eau. Cette évolution urbaine, réponse au réchauffement climatique, au manque d’espace,  au prix de l’immobilier, est une solution de pays riches. L’expansion de Monaco et les créations insulaires de Dubaï n’ont pas grand-chose à voir avec les cités flottantes du Delta du Mekong, ou les quartiers bricolés sur l’eau de Lagos.

L’eau, un territoire urbain à coloniser.

« On nous parle beaucoup de l’effet de serre, de la fonte des glaciers d’Antartique et des glaces de l’océan Arctique. Certains estiment même que le niveau des océans pourrait très rapidement monter de 5 mètres or, on a découvert que 30 p.cent des habitants de la planète habitent à moins de 10 km d’un littoral. Il serait peut-être temps de songer à bâtir sur caissons flottants et d’envisager de construire des îles flottantes, comme d’autres, avant nous, ont mis leurs maisons sur des pilotis. Rappelons que 71 p.cent de la surface du globe est couverte par les océans, et que les terres émergées occupent 134 millions de km2. » (2) Cette vision est de Paul Maymont, architecte et urbaniste français, qui a beaucoup travaillé sur les métropoles du futur. En 1959, il conçoit une étude de ville flottante pour Kyoto. Au Japon, dans les années 60, on ne pense pas encore au réchauffement climatique. C’est le manque de place qui porte la création. Kisho Kurokawa imagine la « Floating City », une cité construite en spirale sur un lac près de Narita, afin de soulager Tokyo. Kiyonori Kitutake propose lui une « Marine City », une « ville-océan », encore un projet aquatique où les tours sont conçues pour recevoir des logements supplémentaires dans leur partie supérieure.(3) Ces fantasmes architecturaux sont restés dans les cartons. A Monaco, c’est encore le manque de place qui pousse à l’aménagement du quartier de Fontvieille. A l’origine, Fontvieille n’est qu’une étroite langue de sable dans la partie occidentale de la Principauté, au pied du rocher. Un demi-siècle plus tard, le quartier, remblayé, s’étire sur 23 hectares. Fontvieille, quartier commerçant et centre d’emplois, habitat luxueux et middle-class, a pratiquement été entièrement gagné sur la mer. Une digue flottante permet encore de recevoir les bateaux de croisière. Problème de profondeur, les nouveaux aménagements du quartier, Fontvieille II, seront flottants. Monaco, qui compte sans doute poursuivre son expansion sur l’eau,  vient d’élaborer un POM, un plan d’occupation de la mer.(4) Si les quartiers flottants qui se développent aux Pays-Bas, au Canada, aux Etats-Unis, ne sont finalement pas très nombreux à l’échelle mondiale, ils ouvrent une perspective intéressante. Construire sur l’eau permet de densifier la ville, alternative à l’étalement urbain, avec les besoins en énergie et la production de CO² associés.

Des aéroports insulaires.

Le Japon, qui met sa technologie au service de sa conquête d’espace, développe des aéroports sur l’eau. Une autre façon de soulager ses villes. En 1994, l’aéroport international du Kansaï, relié à la terre ferme par un pont de plus 3 kilomètres, entre en service dans la baie d’Osaka. Si ce terminal reste une prouesse technologique, il est aussi l’un des ouvrages les plus chers au monde. Le tassement exagéré de l’île artificielle pendant les travaux, et ses solutions techniques, ont considérablement augmenté son coût. (1) Ce qui n’a pas empêché le Japon de concevoir deux autres aéroports sur l’eau, Nagasaki et Ch?bu en 2003. Des contraintes urbaines ont également poussé Hong-Kong à déménager son aéroport hors de la ville. Fini l’atterrissage entre les immeubles et la baie de Kowloon, avec une vue dans l’intimité des appartements. Depuis 1998, une île artificielle, construite à partir de deux vestiges insulaires, accueille le nouvel aéroport. Le relief accidenté de l’archipel a encore plaidé pour cette délocalisation. (1) Hong-Kong, dont l’économie est ligotée au trafic aérien, confrontée au manque d’espace, a ainsi réussi à exporter un peu plus loin ses nuisances urbaines. Dans une interview à « Cyber archi », Jean-Philippe Zoppini, architecte français impliqué dans les recherches sur l’habitat flottant et les îles artificielles, exploite cette perspective : « La première qui me vient à l’esprit concerne le troisième aéroport français. Selon moi, l’idée de construire un aéroport terrestre loin de la capitale est une aberration. Pourquoi ne pas imaginer une plate-forme aéroportuaire dans l’Atlantique, à quelques encablures des côtes, qui permettrait de relier tous les continents ? Il n’y aurait pas de nuisances de bruit, pas de gens à exproprier plus ou moins contre leur gré et il y aurait une liaison à partir de cette plate forme vers toutes les capitales d’Europe. Quand on connaît le prix d’un aéroport, il n’y aurait rien d’extraordinaire à le concevoir de cette façon… » En lien, cet entretien qui traite aussi des conditions et des techniques de l’habitat marin. 

Des îles artificielles pour nantis.

Aux Emirats Arabes Unis, la ville s’expose sur l’eau. A Dubaï, Palm Island, une archipel artificiel construit façon « palmier », le summum du kitsch, a permis d’ajouter de prolonger l’espace côtier de 125 km. S’il s’agit de créer de l’espace urbain, il est aussi question de prestige, 2000 villas, 500 appartements, 200 boutiques de luxe, et une vingtaine de palaces.(1) Et toujours dans le style Disneyland, « The World », encore en construction. C’est un immense planisphère composé de 300 îles artificielles, une cartographie de la planète lisible depuis l’espace. Tourisme, habitat, ou écrins à célébrités, ces îles sont à vendre entre 10 et 45 millions de dollars US, surfaces comprises entre 23 000 et 83 000 m².(1) Pendant que Abu Dhabi destine l’île de Saadiyat à l’art, Guggenheim, Le Louvre, le Musée national, la Cité des Arts, le Musée maritime, et convoque quelques grands noms de l’architecture mondiale, Franck Gehry, Jean Nouvel, Zaha Hadid, Tadao Ando, le Qatar se lance aussi dans la course à l’île artificielle.(1) « The Pearl » , un archipel de 4 millions de km², est une ville en train de sortir de l’eau, 7600 logements prévus pour accueillir 30.000 habitants.(1)

The world

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Des îles flottantes.

Après les îles artificielles, les îles flottantes. Le Japon développe le projet « Megafloat » , une structure destinée à accueillir des populations sinistrées ou un aéroport. Ce concentré de superlatifs en innovation technologique, 300 à 1000 mètres de long selon les versions, habitat ou terminal, 60 mètres de large, un petit bout de territoire flottant présenté comme respectueux du milieu marin, et résistant aux séismes. Dommage, le site reste muet sur l’actualité du projet. Jean Philippe Zoppini est aussi le concepteur du projet « AZ », A pour le constructeur Alstom et Z pour Zoppini. Ce bâtiment, 300 mètres de large, 400 mètres de long,  78 mètres de haut, est conçu pour résister à une météo violente, vagues de plus de 10 mètres et cyclones. Cette île d’acier qui se déplace seule, clin d’œil à Jules Verne, avancera à une vitesse de 10 nœuds, environ 18 km/h. Dotée d’un lagon central, d’un héliport, d’une marina accessible à des bateaux venus de l’extérieur, elle pourra accueillir jusqu’à 10.000 passagers. Plus l’équipage, entre 3000 et 5000 personnes. Cette création est conçue pour voguer d’escale en escale, autour de la planète. Le site de Jean Philippe Zoppini en présente 2 versions. Cette réalisation devrait être présentée à l’exposition universelle de Shangaï, en 2010. Concurrent de taille mais pas de style, le « Freedom Ship », un monstre flottant,  plus de 1300 m de long pour 220 m de large, une giga-baleine propulsée avec des moteurs électriques. Architecture lourde, une barre d’immeubles posée sur une barge à fond plat, pour une capacité d’accueil de 100.000 habitants, plus 20.000 employés et 30.000 visiteurs occasionnels, là on s’étonne que ça ne coule pas…

M.J

(1) Wikipedia

(2) « Préface des dix ans du Séminaire », Paul MAYMONT, Correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, architecte, urbaniste, Membre del’Académie d’Architecture, Fondateur et ancien président du conseil d’administration de l’Ecole d’Architecture Paris-Grand Palais-Tolbiac http://www.olats.org/schoffer/maympref.htm

(3) « Made in Tokyo », “Les Métabolistes”, Frédéric Gaudron, Weblog.http://www.fgautron.com/weblog/archives/2007/06/06/les-metabolistes/

(4) « L’océan, nouvelle frontière de l’urbanisme », Cyberarchi.com, http://www.cyberarchi.com/actus&dossiers/batiments-publics/divers/index.php?dossier=103&article=447

(5) »La ville fottante », Sciences et Vie Junior, N°134, novembre 2000, from http://www.fabien-laloyer.fr/0511ville_flottante.html


Publié le 22 septembre 2008 par marlene dans Urbanisation
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L’Afrique grandit vite.

Bonjour,

L’Afrique vient de faire le point sur sa démographie. Du 10 au 14 décembre dernier, la Cinquième conférence sur la population africaine a réuni experts et scientifiques à Arusha, en Tanzanie. Un prétexte pour rappeler quelques grandes tendances, explosion démographique, urbanisation rapide, et fuite des cerveaux.

L’Afrique, c’est d’abord un « grand bond démographique ». Au cours du XX° siècle, le continent a multiplié sa population par 5, ou par 7, selon les sources.Cette démographie, qui pèse environ 770 millions de personnes, devrait passer à deux milliards autour de 2050, avec une croissance annuelle supérieure à 2%. (1) (2)Cette progression est particulièrement nette en Afrique sub-saharienne, où une trentaine de pays révèlent une forte fécondité, avec plus de cinq enfants par femme.(1) D’ici quatre à cinq décennies, l’Afrique sub-saharienne pourrait compter environ 1,7 milliard d’habitants. (3).

Cette poussée démographique s’explique par une forte fécondité. L’Afrique, et notamment la zone sub-saharienne, n’a pas accompli cette transition démographique qui régule les populations dans la plupart des espaces en voie de développement. L’Amérique latine, ou l’Asie, ont mieux négocié leur mutation démographique. En Afrique, les femmes continuent à avoir beaucoup d’enfants. Cette spécificité s’explique par des facteurs socio-culturels, des mariages précoces, une tradition de grandes familles, des femmes vouées à la maternité, et sans doute un accès plus difficile à la contraception. Quand 60% des femmes d’Amérique latine et d’Asie bénéficient d’une contraception moderne, 10 à 20% des Africaines y ont accès. (1) Le manque de politique démographique, promouvoir des méthodes contraceptives ou valoriser la famille réduite, entretient cette fécondité soutenue.

Cette conférence sur la population africaine a permis de nuancer une idée répandue dans les années 2000. Si plus de 20 millions d’Africains vivent avec le virus du VIH (3), la pandémie du SIDA ne devrait pas inverser le dynamisme démographique du continent. Le taux de prévalence, ou le nombre de personnes infectées par le virus, est passé de 9% en 2001, à 6% aujourd’hui. (1) Si la situation reste beaucoup plus préoccupante en Afrique australe et orientale, régions les plus touchées par le SIDA, l’évolution de la maladie ne devrait que ralentir l’évolution de la population. L’efficacité des programmes de lutte contre la maladie, l’information et la distribution de préservatifs, ont vraisemblablement contribué à limiter l’impact démographique du SIDA.

Ce dynamisme démographique, conjugué au manque de perspectives dans les zones rurales, devraient doper l’urbanisation. Avec une croissance urbaine supérieure à 3% – voire beaucoup plus dans certaines régions -, on suppose que d’ici 2030, près de la moitié de la population africaine sera citadine, contre 40% actuellement.(2) L’émigration vers les villes de jeunes adultes, en quête de meilleures conditions de vie, gonflera des villes déjà bricolées, et peu préparées à cet afflux de population. Cette surpopulation de quartiers précaires, sans aménagement sanitaire, promet une misère urbaine difficile à gérer. Ce continent, à l’urbanisation inégale, compte déjà une quarantaine de villes de plus d’un million d’habitants. Et quelques monstres urbains, Lagos, Le Caire, ou Johannesburg.

La fuite des cerveaux inquiète encore les Africains. Selon l’OIM ( Office international des migrations), depuis 1990, au moins 20.000 personnes désertent chaque année le continent africain. Le profil classique du déserteur est l’étudiant qui décide de ne pas rentrer dans un pays, souvent instable, à la fin de ses études. La faute à qui ? A ces dirigeants qui ne font pas grand chose pour rendre leur pays attrayant ? Ou à ces étudiants qui misent sur les conditions professionnelles occidentales, au détriment du développement de leur pays d’origine? La stabilité politique est un argument fréquemment avancé. Reste une idée, inciter les émigrés à investir dans leur pays d’origine, tout en continuant à vivre à l’étranger. Une idée intéressante pour une conférence africaine qui associait, population et développement.(4)

M.J

(1) » Afrique: le grand rattrapage démographique. », John May, Jean Pierre Guengant, propos recueillis par Jean Pierre Turquoi, Le Monde, 16 – 17 décembre 2007. (2) « Adopter une approche de l’urbanisation en Afrique centrée sur les populations », Carole rakodi, Chronique des Nations Unies, Volume XLIV, 2006.(3) L’Union pour l’etude de la population africaine (UEPA), Cinquième conférence sur la population africaine, www.uaps.org.(4) « Que font les gouvernements pour arrêter la fuite des cerveaux? », Aimable Twahirwa, Inter Press Service News Agency, 26 décembre 2007.


Publié le 28 décembre 2007 par marlene dans Afrique/ population.
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