Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Lester R. Brown, la Chine, et le haricot de soja.

Bonjour,

 

Lester R. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute, penseur pionnier et analyste des questions d’environnement, examine les conséquences de la consommation croissante de graines de soja en Chine. Cinq chiffres introduisent ce point de vue, publié sur le site du Earth Policy Institute début janvier. (1) En 1995, la Chine produit 14 millions de tonnes de soja. Elle en consomme 14 millions. En 2011, elle récolte toujours 14 millions de tonnes de haricots de soja. Mais en nécessite 70 millions. La différence, 50 millions de tonnes de graines de soja, est importée. (1)

 

Le soja serait apparu dans les campagnes de Chine orientale, il y a 3000 ans. Dans un précédent article, Lester Brown l’introduit deux millénaires plus tôt. (2) Peu importe. Le soja, qui traverse les siècles et voyage sur le continent, devient l’une des principales sources de protéines de l’Est asiatique. Au début du XIX° siècle, il s’aventure vers les Etats-Unis. Mais il faut attendre la Seconde moitié du XX° siècle pour  que cette culture se développe sur le sol américain. (2) Aujourd’hui les Etats-Unis sont, à la fois, le premier producteur mondial de soja, 90 millions de tonnes en 2010, et le premier exportateur, autour des 35 millions de tonnes. En 2010, les USA, le Brésil , et l’Argentine, produisent plus de 80% du soja mondial. Bien loin devant la Chine, quatrième producteur mondial. (FAO, 2012) Grande particularité du soja, son adaptabilité à une grande variété de sols et de climats. Il pousse à la fois dans les campagnes tropicales du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande et du Nigeria, et sur les terres plus froides d’Hokkaido, dans le Nord du Japon, ou du Quebec. (2) (3)

 

Côté look, le soja est une plante grimpante de la famille du haricot, qui arrivé à maturité, ressemble effectivement au haricot . Sa vocation première est de produire de l’huile alimentaire, chaque graine en contient 22%. Après extraction, le grain est utilisé pour l’alimentation. Les produits à base de soja représenteraient 60% de la production mondiale de nourriture, animale et végétale confondues. (3) Glucides, lipides, calcium, magnésium, plus quelques vitamines, on lui attribue de grandes vertus nutritives. Le soja est un ingrédient majeur de la cuisine chinoise et japonaise. Il est aussi une source de protéines dans le menu végétarien. Mais la part la plus importante de nourriture contenue dans le  haricot de soja est destinée à l’industrie animale, sous forme de farine ou de tourteaux. C’est ici que recommence l’analyse de Lester  Brown. (3) (4)

 

Pour Lester Brown, la demande croissante en haricots de soja à l’échelle mondiale reflète la consommation croissante de protéines animales. Le soja, mélangé à d’autres céréales, généralement du maïs, augmente la rentabilité de l’industrie de la viande. En d’autres termes, le soja permet à l’investissement « grains » d’être plus rapidement converti en bœuf ou en poulet. L’appétit grandissant des Chinois pour la viande , le lait, ou les œufs, exige les qualités nutritives du soja dans le menu animal. Les Chinois l’utilisent encore pour l’élevage porcin – la moitié des porcs de la planète sont engraissés en Chine – ; pour nourrir les poulets – une industrie en plein boom- ; et de plus en plus pour l’élevage de poissons. D’où l’importance des importations chinoises de soja. Un soja que la Chine aurait pu produire. (1)

 

1995, moment-clé pour Lester Brown. Cette année-là, les Chinois décident d’emmener le pays vers l’autosuffisance en céréales. La grande famine des années 1959-1961 est encore vive dans certaines mémoires. Et la Chine ne souhaite pas dépendre de l’extérieur pour ses produits alimentaires de base. La production de céréales , vivement encouragée et subventionnée, décolle. Celle du soja stagne. Si la Chine avait produit les 70 millions de tonnes consommés en 2011, il lui aurait fallu, calcule Lester Brown, convertir le tiers de ses terres céréalières en terres à soja. Et importer des céréales. L’hypothèse d’une Chine peuplée d’1,3 milliards d’habitants, en quête d’un régime alimentaire amélioré, devrait doper les importations de haricots de soja dans les années à venir. (1)

 

Or, constate Lester Brown, quand le rendement du blé est pratiquement multiplié par 3 au cours de la seconde moitié du XX° siècle, celle du soja ne fait que doubler. La multiplication par 16 de la production de  soja, au cours de la même période, résulte principalement de l’extension des cultures. Le monde récolte plus de soja car, tout simplement, il en plante plus. «  C’est ici que se pose le problème. », prévient Lester Brown. « La question devient alors : où  les haricots de soja seront-ils plantés ? » (1)

 

Les terres dédiées au soja dépassent celles couvertes de blé aux Etats-Unis. Le soja occupe plus d’espace agricole que toutes les autres céréales au Brésil. La culture du soja est en passe de devenir deux fois plus étendue que celle des autres céréales en Argentine. L’Argentine serait même dangereusement en train de tendre vers une monoculture du soja. Les Etats-Unis, principal producteur et exportateur de fèves de soja, seraient au maximum de leur capacité. La seule possibilité pour produire plus de soja sur le sol américain serait de convertir des terres à maïs ou à blé. S’il existe de la terre encore disponible pour le soja, c’est au Brésil. Dans le Bassin d’Amazonie, ou dans le Cerrado , cette immense savane qui accueille 5% de la biodiversité de la planète. (1)

 

« Pour le dire simplement, sauver la forêt d’Amazonie dépend maintenant de la réduction de la demande en haricots de soja en stabilisant la population mondiale le plus vite possible. Et pour les gens les plus riches de la planète, cela veut dire manger moins de viande et ainsi infléchir la demande de haricots de soja. » (1)

 

M.J

 

 

 

(1) “China’s Rising Soybean Consumption Reshaping Western Agriculture”, Analysis by Lester R. Brown, Washington, 09-01-2013 http://www.ipsnews.net/2013/01/chinas-rising-soybean-consumption-reshaping-western-agriculture/ Article du Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/

(2) “The United States and China: The soybean connection”, by Lester R. Brown, provided by Worldwatch Institute / Dec. 99 http://www.sdearthtimes.com/et1299/et1299s12.html

(3) Soybean International Commodity Profile, Prepared by P. Thoenes Markets and Trade DivisionFood and Agriculture Organization of the United Nations http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/257994-1215457178567/Soybean_Profile.pdf

(4) Soja, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Soja

 Plus :

« La vague déferlente du soja brésilien », Hervé Théry, CNRS/ IRD Universidade de Brasilia, Centro de Desenvolvimento Sustentavel ; (CDS), Mappemonde N°74 (2-2004) http://mappemonde.mgm.fr/num2/articles/art04204.html

Major Crops Grown in the United States, 2000, United States Environmental Protection Agency. http://www.epa.gov/oecaagct/ag101/cropmajor.html


Publié le 16 janvier 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,elevage
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2,6 milliards de bovins. Et moi et moi et moi…

Bonjour,

L’élevage consomme l’environnement. Avec l’agriculture, il occupe environ 70% des terres agricoles mondiales. En Amérique centrale, en Amazonie, la forêt recule sous la pression croissante des troupeaux, et des besoins en terres agricoles pour leur alimentation. L’élevage pompe de l’eau douce, 9% des besoins annuels mondiaux.(1) Il produit des gaz à effet de serre. Déforestation, extension de pâturages, conversion de terres en production fourragère, carburant, chauffage, sa contribution CO² s’élève à 9% du total mondial. Plus que les transports. Fermentation entérique des ruminants ou fermentation des déjections, l’élevage compte pour 37% des émissions mondiales de méthane. Sans oublier les 65% d’oxydes nitreux, ou protoxyde d’azote, ces résidus de fertilisants industriels azotés qui distillent leurs effluents dans les écosystèmes, terrestres et marins. Un poison tenace qui plombe dangereusement la facture environnementale de l’élevage. (2) La FAO, qui tient compte d’une population plus nombreuse, plus riche dans les pays émergents, et plus exigeante sur la qualité du menu, estime que la production de viande devrait doubler d’ici, à 2050. Concrètement, les troupeaux de bovins passeraient de 1,5 milliard de têtes à 2,6 milliards. Progression analogue pour les caprins et les ovins, dont le nombre gonflerait jusqu’à 2,7 milliards de têtes. (3) Une étude canadienne , qui envisage l’impact environnemental de l’élevage pour les quarante années à venir, contrarie ces perspectives. L’enquête, qui fouille trois pistes, les émissions de GES, la capacité du globe (biomasse), et le cycle mondial de l’azote, tire le signal d’alarme. Si nous continuons à engraisser plus de bétail pour la viande, l’élevage utilisera 70 à 80% de la capacité de la terre à absorber la pollution, vers le milieu du siècle. Ce qui laissera peu de place pour d’autres activités humaines, la production d’énergie, les transports, qui rivalisent déjà pour que la terre puisse absorber leurs effluents. Combiner notre appétit pour la viande avec nos activités polluantes pourrait dépasser le seuil de tolérance de la planète.(4) L’étude dénonce une grande déconnection entre l’ampleur de l’impact environnemental, plus de terre, plus d’eau, plus de GES, plus de fertilisants à base d’azote, et la production de bétail annoncée. Même avec une projection optimiste. Cette recherche, qui conseille moins de nitrates, plus d’engrais naturels, et une agriculture productive aux décideurs, prescrit surtout un régime alimentaire mondial allégé en viande. De 19 à 42% en moins par assiette en 2050, calcul qui tient compte de la croissance attendue de la population et des revenus. Un régime alimentaire nécessaire éviter à la planète de se transformer en un vaste pré d’embouche. (5)

M.J

(1) La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2009 – 4. Elevage et environnement. FAO http://www.fao.org/docrep/012/i0680f/i0680f04.pdf

(2) « The Nitrogen Fix:Breaking a Costly Addiction”, Fred Pearce, Yale Environment 360, 05-11-2009, http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2207

(3) « Vers un élevage plus durable »- « La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture » analyse l’évolution rapide de la production mondiale de l’élevage 18-02-2010, http://www.fao.org/news/story/fr/item/40117/icode/

(4) Stressing the planet, Melissa Hennigar, Dalnews.dal.ca, 05-10-2010 http://dalnews.dal.ca/2010/10/05/beef.html

(5) « Meat diets pose environmental danger: report », Gerard Wynn, Reuters, 04-10-2010 http://www.reuters.com/article/idUSTRE6935Q520101004


Publié le 15 octobre 2010 par marlene dans Ecosystèmes.,elevage,FAO
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