Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le Sakurajima, un voisin explosif.

Bonjour,

L’Islande, et les cendres qui brouillent l’espace aérien, nous rappellent que les volcans ne sont pas toujours des reliefs endormis. Au Japon, archipel volcanique assis sur la ceinture de feu du Pacifique , on en compte environ 200, dont une cinquantaine en activité, et une dizaine à risques. Zoom sur le Sakurajima, l’un des volcans les plus turbulents de l’archipel.

Un volcan bien réveillé.

Trois éruptions majeures accompagnent l’histoire du Sakurajima , un ilôt volcanique de 80 km² qui a commencé à se constituer il y a 13 000 ans, à quelques encablures de Kagoshima, et de l’île de Kyushu, 1471, 1779, et 1914. Celle de 1914 , la  plus démonstrative, la plus récente, et la plus connue, interrompt brutalement un siècle de sommeil. Le 12 janvier 1914, après plusieurs alertes, un énorme nuage de fumées, accompagné de détonations, s’élève à 18 kilomètres au dessus du volcan. A Kagoshima, de l’autre côté du détroit, un séisme associé tue une dizaine de personnes, et fait quelques centaines de blessés. Retour sur l’île-volcan où deux énormes coulées de lave, échappées de fissures ouvertes à Est et à Ouest, avalent les villages et les cultures, avant de plonger dans la mer. Cette lave qui s’écoule dans l’eau comble partiellement le détroit qui sépare le volcan de la ville de Kagoshima. Et depuis l’éruption de 1914, Sakurajima est reliée à l’île de Kyushu par un isthme, ce qui n’empêche pas de prendre un ferry pour aller à Kagoshima, vingt minutes de traversée. En 1914, sur la – désormais – presqu’île, les dégâts sont énormes, maisons enfouies sous les cendres, bâtiments écroulés, brûlés par les nuées ardentes, aux toitures crevées par les bombes de feu. Sur les 18 villages voisins du volcan, 7 ont disparu. Il n’y pas de victime parmi les habitants, évacués à temps. Le volcan est à peine calmé que la population commence à regagner Sakurajima,  pour y vivre à nouveau. Trois décennies plus tard, en 1946, le volcan récidive. Une coulée de lave s’échappe vers la mer, de fortes explosions accompagnent ce réveil. Et depuis 1955, les habitants de Sakurajima composent avec les très fréquentes manifestations du volcan, plus de 200 explosions par an, une moyenne qui peut grimper jusqu’à 400. Et faire le grand écart. En 2009, il y a eu 669 avertissements, contre 80 l’année précédente.

Anticipation, précaution, réaction.

Depuis 1960, les scientifiques prennent le pouls d’un volcan très suivi, peut-être l’un des mieux étudiés au monde. La plupart des explosions sont repérées 2 à 6 heures à l’avance. Les quasi-insulaires ont appris à vivre avec ce voisin turbulent qui passe son temps à couvrir de poussières le linge qui sèche – d’ailleurs rarement exposé -,  à lancer des projectiles sur les vitres des maisons, ou à viser les pare-brises des voitures. Les écoliers sont d’ailleurs équipés de casques, ils ont ordre de se replier sous leur pupitre en cas d’alerte. A Sakurajima, on cultive l’anticipation, la précaution, et la réaction. L’évacuation des habitants, minutée et orchestrée, est répétée chaque 12 janvier, référence à l’éruption de 1914. Trois ferries sont prêts à rejoindre Kagoshima. Quand 8 autres sillonneraient le détroit en sens inverse pour embarquer les habitants menacés par une activité plus sérieuse. Quatre heures, pas plus, pour déserter l’île. Des abris de béton armé protègent les habitants des fréquentes  projections – surprise. Sur les flancs du volcan, canaux de collecte, digues, et bassins doivent canaliser et freiner les coulées boueuses d’origine volcanique. Dans la baie de Kagoshima, tsunamis et séismes sont détectés En attendant, Karujima est une halte touristique. On s’y plonge les pieds dans des sources d’eaux chaudes, on y mange de minuscules mandarines, les komikans, pendant que de l’autre côté de l’île fertilisée par le volcan, des légumes géants épatent les visiteurs. Avant de reprendre le bateau, un détour par le musée du volcan s’impose. En lien, Kagoshima Live Camera, avec vue sur les agitations du volcan.

S’accommoder d’un voisin instable.

En octobre 2000, un nuage de fumées s’élève à 5000 mètres d’altitude, alerte, la ville de Kagoshima se couvre de cendres. En 2006, le volcan se réveille à nouveau, crachant une colonne de fumées qui s’élève à 2000 mètres. Quelques jours auparavant, la télé a annoncé la nouvelle, sans réussir à imposer un sujet de conversation. Pas de quoi affoler une population prête à déguerpir à tout moment. Combien sont-ils accrochés aux flancs du volcan ou établis en périphérie, environ 9000 habitants, peut-être plus ?  Ils habitent là. Sans doute pas assez  riches pour tout recommencer, ailleurs. Ou peut-être parce qu’ils aiment leur île. Dans un blog, une habitante de Sakurajima évoque son attachement à un volcan qui « donne de l’énergie » à ses habitants. (1) Sentiment partagé par la population de Kagoshima. Le volcan qui menace est aussi un protecteur: « Les gens de Kagoshima pensent que le Sakurajima les protège des gros tremblements de terre. Il entre en éruption et libère de l’énergie au dessous de nous, comme ça nous n’avons pas à nous soucier d’eux. » (1)

M.J

http://www.dailymotion.com/video/x83qzi

Sources :

« Volcans du Monde », Maurice et Katia Kraft, L’Odyssée, Flammarion, novembre 1987, pp77-84.

« Des calamités et des hommes », Philippe Pelletier, in « Chine, Japon, Corée » Géographie Universelle, (sous la direction de Roger Brunet), Belin-Reclus, 1994 – pp263-265.

Saurajima, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Sakurajima

(1)   “My lovely Sakura-jima”, 23-06- 2006 http://mirai33.xanga.com/499168987/item/ La plupart des liens relatifs au volcan proviennent de ce blog.


Publié le 18 mai 2010 par marlene dans Japon,Volcans.
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