Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les souillures de la Yamuna.

Bonjour,

Le Yamuna est un long fleuve de 1370 kilomètres, qui prend sa source dans l’Himalaya, coule en direction du sud-est, traverse la ville de Delhi sur 22 kilomètres, avant de se jeter dans le Gange. Environ 57 millions de personnes dépendent de ses eaux, principalement pour irriguer leurs terres agricoles. La Yamuna s’appelle également Jumma, Jamma, ou Yamma selon les dialectes, est l’une des Sept rivières sacrées de l’Inde. C’est aussi l’un des fleuves les plus pollués au monde. Autre caractéristique, Yamuna change d’article selon son statut, fleuve ou rivière….

La poubelle de Delhi.

C’est à Delhi que le fleuve devient un dépotoir. La ville y déverse ses ordures, ses eaux usées, ses carcasses d’animaux, et sa longue liste de détritus. Les logements, légaux ou illégaux, installés sur les berges du fleuve, y ajoutent leurs déchets, et leurs eaux souillées. Les usines de textile, de cuir, de produits pharmaceutiques et chimiques y rejettent les résidus non traités de leur industrie. Le fleuve, apprivoisé entre deux barrages, est soumis à un débit lent pendant neuf mois de l’année. Conséquence, les ordures y stagnent, jusqu’à polluer les nappes phréatiques voisines. Heureusement, l’eau est pompée à l’entrée de la ville, quand la Yamuna n’est pas encore cet immense cloaque, car le fleuve alimente 70% des besoins de Delhi. Les villages situés en aval ont moins de chance, leur eau passe par Delhi.

Les pauvres, désignés coupables.

La faune et la flore n’ont pas résisté à ce désastre écologique qui court depuis une quinzaine d’années, au moins. Dès 1993, les Autorités indiennes lancent le Plan d’action pour la Yamuna. Objectif, nettoyer le fleuve avant 2010, année où Delhi doit organiser les Jeux du Commonwealth. La Cour Suprême demande aux Autorités locales d’interdire aux industries de rejeter leurs effluents polluants dans le fleuve. Les logements illégaux, installés sur le bord du fleuve, doivent disparaître. En 2001, la Mairie de Delhi intervient pour que les déchets soient traités dans de petits centres, avant d’être rejetés. Selon un militant de l’association DelhiGreen, l’initiative, est plutôt heureuse, mais insuffisante. Les sites de retraitement des déchets se révèlent incapables d’absorber la quantité croissante de rejets industriels et ménagers. Pour lui, la municipalité de Delhi aurait préféré imputer la pollution de la Yamuna aux habitants des bidonvilles riverains, pariant que leur évacuation serait la solution à ce désastre sanitaire. (1)

Les riches, pas forcément innocents…

Je suis tombée sur une vidéo, in English, qui développe un avis similaire. En 2000, le Gouvernement indien informe que les 62000 bidonvilles accrochés sur les bords de la Yamuna représentent la principale source de pollution. Or, selon les auteurs de la vidéo, la pollution générée par ces habitats précaires serait inférieure à 1% . Alors, la faute à qui ? Seulement 43% des déchets déversés dans la Yamuna seraient retraités. La vidéo souligne que seulement 55% de la population de Delhi est connectée au réseau de retraitement des eaux résiduaires. Les autres, ceux qui peuvent s’offrir un raccordement, ceux qui peuvent ouvrir le robinet pour se laver les dents, se doucher, rejettent leurs eaux souillées dans la Yamuna. 80% de leurs eaux usées retournent dans le fleuve, sans être traitées. Les pauvres, dont la qualité de vie est liée à l’existence du fleuve, doivent vivre avec la pollution des riches, conclusion de cet exposé…

Un plan sanitaire gourmand…

En attendant, certains ont pris leur calculette. Ce Plan d’Action pour la Yamuna, lancé il y a 14 ans, aurait coûté 18 milliards de roupies (environ 310 millions d’Euros ), pour finalement pas grand chose. Dans un éditorial du Times of India, le calcul est plus précis: « Sachant que la rivière traverse la ville sur 22 kilomètres, un rapide calcul montre que, pour chaque kilomètre, on a dépensé un milliard de roupies (environ 17,3 millions d’Euros) sans qu’il y ait la moindre amélioration. » L’éditorialiste, qui s’interroge sur la destination des subventions allouées pour la Yamuna, remet en question l’aptitude des Autorités à développer un plan sanitaire, accompagné d’un réseau adapté, et efficace. (2)

Pendant ce temps, la France s’engage à surveiller ses rivières polluées aux PCB, des produits chlorés toxiques, soupçonnés d’être cancérigènes. Utilisés dans l’industrie, ils étaient ensuite rejetés et oubliés dans les fleuves et les rivières de France. Une pratique, interdite en 1987, qui a duré plusieurs décennies. Assez de temps pour ces produits s’accumulent au fond des rivières, polluent les sédiments, et les poissons qui y vivent. Et maintenant…Les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture, à l’origine de cette initiative nationale, ne proposent pas de solution miracle pour se débarrasser de ces rejets, et de leurs effets-retard. Le plan prévoit de mesurer cette pollution dans une dizaine de départements, et trois fleuves, le Rhône, la Seine, et la Somme. Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, il ne s’agit pas dépolluer, mais de gérer l’héritage…

M.J

(1) « Le Fleuve Yamuna, récit d’un désastre », Nina Roy, 6-02-08, News et informations sur l’Inde -http://www.aujourd’huilinde.com (2) « La Yamuna, rivière sacrée à l’agonie », The Times of India, édito, in Courrier International, 6 février 2008.


Publié le 8 février 2008 par marlene dans eau,Préjudice écologique
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