François Lamoureux (1946-2006)

Décédé, le 26 août 2006, à l’âge de 59 ans, François LAMOUREUX aura marqué de sa stature tant intellectuelle que physique la construction européenne au cours de ce dernier quart de siècle.Ce charentais, né le 17 décembre 1946, à Roumazières, de formation juridique avait soutenu une thèse d’Etat consacrée à « l’application du droit constitutionnel international par les juridictions françaises« .1. Un remarquable fonctionnaire européen débutant.

Dès son arrivée à la Commission européenne, à Bruxelles, en raison de ses débuts exceptionnels, il est remarqué par le Secrétaire Général de la Commission européenne, Emile Noël (1958-1987) (décédé en 1996).2. Au service de Jacques Delors.
2.1. La rédaction de l’Acte Unique Européen.

Fin 1984, il rejoint l’équipe du nouveau Président de la Commission européenne, Jacques Delors, désigné par François Mitterrand. Entré en tant que Chef-Adjoint de son cabinet, il en gravira tous les échelons pour devenir Directeur-adjoint. Dés son arrivée, il s’attaque à la première réforme des traités depuis la signature du Traité de Rome du 25 mars 1957 en co-rédigeant l’Acte Unique Européen (AUE) . Dans l’hommage funèbre que lui rend Jacques DELORS, lors de son enterrement, http://www.notre-europe.eu/fr/dans-lactualite/publication/francois-lamoureux-1/ celui-ci écrit :« La créativité de François fit merveille pour que toutes les dimensions de notre projet fussent traités : l’économique, le social, le monétaire, l’environnement. Ce ne fut pas sans difficultés, ni sans coups de théâtre, notamment à la veille des réunions de ceux qui décident, les Chefs d’Etat et de Gouvernement réunis en Conseil européen. Mais François était là avec tous ses trésors cachés. Et c’est ainsi que nous pouvions parer les coups, rappeler les faits passés et si besoin est, contre-attaquer Ce fut décisif, à Milan en juin 1985, pour mettre sur les rails ce traité de l’Acte Unique ».

2.2. Aux côtés de Mme Edith CRESSON.


Au moment où il travaille à la rédaction du Traité de Maastricht, en 1991-1992, il retourne en France pour aider Mme Edith Cresson, Premier Ministre, dont il partageait l’enthousiasme, à réorganiser son cabinet, mais il se heurtera à une partie de l’Administration française. Lorsque Edith CRESSON est nommée par François Mitterrand, Commissaire européen à la Recherche et à l’éducation, il devient son directeur de Cabinet. Avant la chute de la Commission Santer (1995-1996), il s’opposera à Mme Edith CRESSON à propos de la nomination comme expert de René Berthelot, dentiste à Châtellerault, qui ne possédait par les titres requis pour exercer cette fonction
.2.3. La préparation des élargissements de l’UE.


De 1996 à1999, il est promu au poste de Directeur-général-adjoint aux Relations Extérieures. Il s’occupera de l’immense chantier de la préparation des pays candidats qui devait conduire à l’adhésion de 10 Nouveaux Etats Membres (NEM), le 1er mai 2004, puis à deux de plus (la Bulgarie et la Roumanie), le 1er janvier 2007. Jacques DELORS déclare à cet égard que : « A cette fin, il eut le mérite de mettre en branle des équipes pluridisciplinaires et faire avancer décisivement le processus jusqu’en 1999.« 
2.4. Le Père de Galliléo.


Lors de la chute prématurée de la Commission en mars 1999, les Etats et le Parlement européen trouve un successeur à Jacques SANTER en la personne de Romano PRODI, ancien Premier Ministre italien. Au sein de la Commission Prodi il est promu à la fonction de Directeur Général aux Transports sous la direction de la Vice-Présidente de la Commission, Commissaire européenne, l’espagnole Mme Loyola de PALACIO (1950-2006) (1). Durant 5 ans, il a formé avec celle-ci « un couple aussi improbable que soudé et productif » selon les termes de la nécrologie que lui consacre la fondation « Notre Europe », créée et présidée par Jacques DELORS. A ce poste, il sera le Père du projet Galliléo concurrent européen du GPS, qui assure l’indépendance de l’Europe en matière de navigation par satellites, qui n’aurait pas vu le jour sans son obstination et sa volonté d’aboutir à un accord.
2.5. Le lancement de l’Europe de l’énergie.


En 2000, avec Romano PRODI, Vladimir POUTINE, le Vice-Premier Ministre russe,Viktor KRISTENKO et Loyola de PALACIO, il sera l’architecte du lancement du Dialogue énergétique avec la puissante Fédération de Russie. En tant qu’interlocuteur unique avec son homologue russe Viktor KRISTENKO, il fera preuve de diplomatie et aboutira à un succès dans cette mission fondamentale et ce jusqu’en décembre 2005. Malgré ses efforts, il connaîtra une déception en ne voyant pas naître cette Europe de l’énergie dont il avait pressenti la nécessité en formulant moult propositions. Elle s’avère d’autant plus indispensable dans un environnement mondial marqué par la hausse du prix du pétrole, le retour du nationalisme russe sous Poutine et le développement lent des énergies renouvelables
.2.6. L’échec de « Pénélope« .


De 2002 à 2003, il est le principal inspirateur de « Pénélope » pour une Constitution européenne qui est un projet alternatif aux travaux menée par la Convention sur l’avenir de l’Europe, présidée par Valéry Giscard d’Estaing. Rédigé par le Commissaire européen, Michel Barnier, chargé des fonds structurels et de Réforme des Institutions, ce document, entre autres, augmentait les pouvoirs de la Commission européenne en donnant plus d’ampleur à son rôle de proposition des textes et en lui conférant un réel pouvoir de gouvernance économique ce qui lui aurait permis de tenir tête au Conseil. Ce travail monumental ne sera soutenu que timidement par Romano PRODI et il lui sera reproché un excès d’ambition fédéraliste, même s’il s’agissait d’un document précis, cohérent et puissant, qualités qui ont fait défaut au projet de Traité instituant une Constitution pour l’Europe présentée par Valery GISCARD D’ESTAING à l’opinion publique en juin 2003.
3. Le départ de la Commission Barroso (2004-2009).


En 2005, à l’occasion du turn-over régulier qui s’applique à tous les fonctionnaires de la Commission, le Président conservateur, le Portugais José Manuel Durao Barroso, décide de le mettre au placard. Dans son article intitulé Mort d’un Européen daté du 27 août 2006, Jean Quatremer, dans son blog les Coulisses de Bruxelles note, parlant de l’actuel Président de la Commission européenne : « Il se débarrasse ainsi d’un gêneur qui n’a jamais hésité à faire connaître ses désaccords, ce qui a effrayé beaucoup de nouveaux Commissaires qui n’avaient aucune envie de se faire envoyer en plein visage leur médiocrité et leur manque de courage politique, les deux allant souvent de pair. BARROSO, avec la complicité active du Français Jacques BARROT, le Commissaire aux Transports, en a profité pour réécrire, au premier semestre 2006, le « livre blanc » sur les transports légué par Lamoureux : la priorité donnée au rail a été biffée à la grande satisfaction des nouveaux Etats membres et du secteur routier »…
4. Un technocrate engagé et exigeant.


Travailleur indomptable, ne comptant pas ses forces, il s’est engagé très tôt en tant que militant, il prit des responsabilités au sein de la Fédération Socialiste de Gironde et prenait des risques à chaque étape de son parcours, à propos desquels Jacques DELORS pense, à ce sujet, « qu’il a payé pour cela » conscient que certains l’avaient catalogué ou stigmatisé. Si il faisait preuve d’un caractère rugueux, détestant la médiocrité, l’ancien Président de la Commission, se souvient des moments privilégiés qu’il a passé avec son collaborateur faits de moments pour le travail et hors travail au cours desquels il évoque « une personne si affectueuse, j’allais dire si tendre à travers son regard« . Ce regard était celui aussi du marin qui mettait sa passion en franchissant les passes du Bassin d’Arcachon pour gagner la haute mer, synonyme de liberté et de responsabilité. Il savait aussi se battre, sur le plan associatif, pour préserver les rivages.Ce père de quatre enfants, emporté par un cancer du poumon, laissera le souvenir selon Jacques Delors « d’un infatigable militant, toujours en quête d’innovation qui permettra une percée pour l’Europe, toujours en osmose avec l’évolution du droit en Europe, toujours présent en coeur et en esprit au sein du combat politique qui était le sien ».
Sa disparition n’a pas laissé insensible nombre d’internautes si l’on en croit le nombre de commentaires qui a accompagné le blog de Jean Quatremer sous le titre « Mort d’un Européen » (cliquer sur actualité, colonne de droite, et remonter jusqu’à la date du 03.09.2006.) qui portent tant sur le rôle de François Lamoureux que sur l’avenir de la construction européenne.A paraître. Loyola de Palacio (1950-2006).

Notes(1) Décédée le 12 décembre 2006, Mme Loyola de Palacio est une grande figure de la construction européenne à laquelle nous consacrerons un portrait très prochainement.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.