L’Europe et les candidats à l’élection présidentielle. 2. François Bayrou.

Dans un discours prononcé à Strasbourg, le 12 février 2007, suivi d’une conférence de presse, François Bayrou a expliqué sa conception de la construction européenne et la manière de relever les défis actuels. Après un rappel des étapes de la construction européenne où il montre que l’on est passé de l’Europe de la mystique portée par les pères fondateurs à l’Europe confisquée par les experts, il propose de mettre en oeuvre 8 grands chantiers : l’économie, la diplomatie, la défense, le climat et la biodiversité, l’énergie, l’immigration et le co-développement, la recherche et la culture, sans omettre de procéder à une réforme constitutionnelle européenne, par référendum. Ainsi, naîtra une Europe forte « capable de changer le monde« .

1. ANALYSE.

François Bayrou cite Charles Péguy qui disait : « Tout commence en mystique et tout finit en politique« . C’est un fil conducteur de son exposé où il évoque l’élan mystique des débuts de la création de la construction européenne porté par Robert Schuman, Jean Monnet, Konrad Adenauer ou Alcide de Gaspéri avant qu’elle ne soit confisquée par les experts ou les technocrates incapables d’écrire un traité institutionnel instituant une Constitution pour l’Europe qui soit lisible et donc accessible au plus grand nombre. De ce constat viendront les propositions pour sortir de la crise institutionnelle et politique que traverse l’Union européenne.

1. L’élan mystique des pères fondateurs.

1.1. La CECA facteur de réconciliation et de paix en Europe.

Il évoque le rôle de Robert Schuman dont il possède la photo qui a pris place sur son bureau en pensant que la situation de l’Europe aujourd’hui est le résultat  » d’une longue et magique histoire« . L’oeuvre de Robert Schuman repose sur un éclair de génie qui a consisté à dépasser le stade de l’armistice entre les belligérants en faisant réellement a paix. Pour cela, il ira chercher « le charbon et l’acier, c’est- à- dire les deux matières premières par lesquelles on s’était fait la guerre« , celles-ci étant mises en commun à la disposition des peuples qui composent la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) (1).

1.2. Un exemple à l’adresse de tous les peuples en guerre.

François Bayrou voit dans les inscriptions sur les monuments aux morts d’Alsace et de Lorraine notamment la volonté de se souvenir de cet évènement tragique qui a été la seconde guerre mondiale, mais, il s’agit aussi « de montrer à tous les autres peuples de la planète que toutes les haines étaient dépassables et que toute haine pouvait se changer en affection et en volonté de construire ensemble. »

Ce faisant, il pense à la situation au Proche-Orient et tout particulièrement à ses amis israéliens, palestiniens et libanais. Il voudrait pouvoir expliquer aux dirigeants syriens que « la paix est impossible à atteindre sauf si on décide de la dépasser ».

1.3. Le Marché Commun.

Selon François Bayrou, la réalisation du Marché Commun avec la création du Traité de Rome du 25 mars 1957 instaurant la Communauté Economique Européenne (CEE) relevait d’une intuition géniale même si de très grands esprits comme Pierre Mendès-France « a été un des sept parlementaires à voter contre le traité de Rome ». Elle permettait de ne pas rester sur l’échec de la Communauté Européenne de Défense (1952-1954) (2) .Le fonctionnement de la CEE a montré qu’il était possible « de bâtir une des économies les plus puissantes de la planète pour qu’on accepte que les frontières s’effacent, que les produits puissent circuler, que les entreprises prennent la taille de ce nouveau marché ».

1.4. La monnaie unique.

François Bayrou éprouve de la gratitude à l’égard des hommes qui ont permis la naissance de la monnaie unique découlant de la croissance des échanges économique au sein de la CEE. Il s’agit pour François Bayrou d’une oeuvre historique, car il souligne que  » il n’y a jamais eu, dans l’histoire des hommes, des peuples qui ont décidé de se doter souverainement d’une monnaie commune pour que puisse circuler entre eux le signe de la souveraineté ».

2. Quand L’Europe des experts prend le pouvoir, à Bruxelles.

2.1. Une lente dérive.

Pour François Bayrou, « Peu à peu, sans nous en apercevoir, à partir de bonnes intentions, nous avons laissé le grand idéal européen se réserver ou n’être contrôlé que par des experts« . Cette dérive est à l’origine d’un éloignement des citoyens qui n’ont plus compris cette Europe qui s’est perdue dans la litanie des normes produisant « des règlements sur le bruit des tondeuses à gazon« , servant à « régler la questions des phares automobiles, à embêter les fabricants de fromages au lait crû, à régler la taille des oeufs et à embêter ceux qui faisaient des marchés sur la place des villes« . Alors, les citoyens français ont pris l’habitude de considérer que Bruxelles avait pour vocation « d’empêcher les autres à vivre comme ils vivaient« . François Bayrou voit dans ce hiatus « une des plus grande tragédies de notre temps« . L’Europe a inspiré de la crainte aux Français qui la ressentent aussi comme opaque et lointaine. Peut-être que cette évolution aurait été différente si Milan avait été choisie comme capitale de l’Europe. Pour François Bayrou, cela n’aurait pas eu la même signification aux yeux de l’histoire européenne de juger que « c’est Milan qui nous embête« , plutôt que Bruxelles.

2.2. L’exemple du Traité instituant une Constitution pour l’Europe.

Si François Bayrou reconnaît que « l’inspiration du texte de la Constitution européenne est juste« , il reconnaît que les Européens ont eu à se prononcer sur un texte « proprement, simplement et complètement illisible », y compris pour ses auteurs ajoute – t- il. Il en a résulté que les Français ont eu le sentiment qu’ils tombaient dans un piège. Ils l’ont interprété comme un moyen de leur forcer la main pour leur faire approuver le choix du modèle économique de « l’ultralibéralisme » et celui de remettre en cause leur identité européenne en faisant adhérer la Turquie, ce d’autant que le Parlement français « a été exclu de la réflexion« .

3. Le choix d’une Europe « pour changer le monde« .

Dans sa conférence de presse, le candidat à l’élection présidentielle s’est prononcé en faveur d’une Europe politique forte « capable de changer le monde« . François Bayrou ne se contente pas d’une Europe qui a pour ambition de faire du commerce, mais soit capable de peser sur le destin du monde en cherchant à résoudre les grand problèmes et en faisant émerger « un monde plus juste« . Les 8 grands chantiers qu’il identifie appellent des réponses qui doivent concourir à forger une Europe politique.

3.1. Les 8 grands chantiers.

3.1.1. L’économie.

L’adoption d’une monnaie commune n’emporte pas pour autant des politiques budgétaires communes, ni une fiscalité harmonisée en Europe. François Bayrou fustige le dumping fiscal des Etats membres de l’UE et plaide en faveur d’une harmonisation des taux d’impôt sur les sociétés, à l’égard des 13 pays membres de la zone euro (le 1er janvier 2007, la Slovénie est devenue le 13ème membre de la zone euro).

3.1.2. La défense.

Il considère qu’il n’est plus possible de « continuer à bâtir des défenses nationales » ce qui implique une démarche européenne en raison de la faiblesse des budgets nationaux et l’absence d’économies d’échelle. Et d’évoquer le thème de la force de frappe nucléaire, à propos de laquelle il convient de réfléchir  » à la manière dont nous traitons notre armement nucléaire dans le cadre européen« .

3.1.3. Une stratégie diplomatique.

A propos du conflit du Darfour qu’il qualifie de « premier génocide du XXIème siècle« , il déplore l’absence de coordination des actions de certains Etats européens (France, Grande-Bretagne, Italie, qui séparément connaissent cette région, notamment le Tchad et le Soudan). Et de souligner que le vide suscité par la désunion européenne est comblé par les Chinois « qui ont décidé que partout en Afrique où il y aurait du pétrole, il y aurait désormais l’influence de leur immense puissance« . Sans vouloir faire disparaître la diplomatie française, il plaide pour « une action concertée des diplomaties européennes » qui pourrait jouer un rôle au Proche-Orient en servant de garant pour contrebalancer l’influence américaine, considérée comme une menace. Sur France-Inter, dans l’émission « Le téléphone sonne« , du 1er mars 2007, Jean-Louis BOURLANGES, député européen et membre de l’0UDF, soutient cette manière de concevoir le rôle de l’Europe.

3.1.4. Le changement climatique.

Il affirme que l’on est en présence d’un fait scientifique qui nous impose d’agir. C’est pourquoi, après avoir dénoncé la responsabilité une société de gaspillage qui utilise de façon irréfléchie « du pétrole, du gaz, du charbon, des énergies fossiles de telle sorte que l’homme a provoqué « un épuisement, en quelque dizaines d’années, des réserves que la planète avaient constituées en quelques millions d’années« , il plaide pour une action concertée des pays européens.

Ils doivent parler aux pays riches et traiter de cette question « respectueusement et amicalement avec les pays pauvres« . Il dénonce le refus des Etats-Unis de ratifier le protocole de Kyoto, car en fait, ils cherchent à faire passer leur mode de vie avant une nécessaire discipline planétaire.

3.1.5. L’énergie.

Il indique que trois pays, la Norvège, l’Algérie et la Russie, assurent l’essentiel de la fourniture de l’Europe en gaz, sachant que la Russie, à elle seule, fournit 50% des besoins de l’Europe. Il souhaite mettre en place une politique européenne de l’énergie qui contribue à l’indépendance de l’UE. Cette politique continuera de reposer sur l’énergie nucléaire, une des sources d’énergie les plus propres en ce qui concerne la consommation des gaz à effet de serre. Aussi, réfute t-il la proposition formulée par la candidate socialiste de diminuer de plus de 50% la part de la fourniture de l’électricité nucléaire dans notre bilan énergétique national, car cela reviendrait à ne pas tenir les engagements de Kyoto et à procéder à l’ouverture de centrales à charbon.

3.1.6. La recherche.

Il remarque que le succès de Boeing dans la lutte avec Airbus tient à l’avance obtenue en matière de matériaux composites, – domaine ou l’Europe était pionnière – qui n’a été rendue possible que parce que le gouvernement américain lui a offert des crédits de recherche illimités. Il s’agit que l’Europe « prenne la tête d’une politique de recherche à la hauteur de nos responsabilités » ce qui conditionne en partie son taux de croissance à venir.

3.1.7. Immigration et co-développement.

Il affirme que si les mesures appropriées ne sont pas prises, les immigrés se rendront en Europe par tout moyen  » à pied, à cheval, en voiture, ils viendront à la nage, ils viendront en rampant  » (3).
Il faut donc mettre en place une politique de co-développement afin que ceux-ci « puissent nourrir et équiper leurs pays « . Cela implique de modifier les règles du commerce international afin d »éviter un exode rural dans les pays en voie de développement. Il est causé par  » le déversoir des millions de tonnes de céréales que nous leur envoyons dont les prix se sont effondrés à cause des subventions américaines et disons-le aussi, des subventions européennes « .

3.1.8. La culture.

En matière culturelle, le candidat centriste à la Présidence de la République déclare que s’il est élu à la Magistrature Suprême, il «  fera ratifier la Charte de la protection des langues et cultures régionales de la France« . Le fait qu’il soit un Béarnais attaché à ses racines n’est pas pour rien dans cette intention. A cette entreprise, il associera « les Alsaciens et les Bretons, les Languedociens et les Corses  » considérant que ces langues « appartiennent au patrimoine national de la France« .

4. UN TRAITE CONSTITUTIONNEL ADOPTE PAR REFERENDUM.

4.1. La convocation d’une Conférence Intergouvernementale par la Présidence allemande.

François Bayrou estime que la présidence allemande devra constater que la ratification du traité instituant une Constitution européenne n’a pu recueillir toutes les signatures des 27 Etats membres (4) et que par conséquent, elle devra considérer que ledit traité ne peut entrer en vigueur en l’état. Il estime que l’Allemagne qui préside l’Union européenne du 1er janvier au 30 juin 2007 devrait dire, par l’intermédiaire de la Chancelière Angela Merkel, qu’elle convoque « une conférence intergouvernementale et que cette conférence des Etats européens va examiner les objections faites à ce texte, qu’elle va garantir que l’on peut trouver des voies pour que l’Europe devienne l’affaire des citoyens…. « 

4.2. Le texte proposé.

Il devra s’agir « d’un texte lisible par tout le monde, court, compréhensible et offrant les garanties démocratiques nécessaires« .

4.3. Adoption par référendum.

Sur ce point il fait part de son désaccord avec Nicolas Sarkozy, partisan « d’adopter ce texte par le Parlement, sans en parler aux Français« . En effet, il organisera un référendum car « ils ont voté, ils ont le droit d’être informés de la suite des évènements« . Si on procédait autrement, pour le candidat centriste, le risque serait grand de « creuser un fossé désormais impossible à effacer entre le peuple des citoyens français et l’aventure européenne qui, après tout, est faite pour lui« . Lors de sa conférence de presse, il a indiqué que ce référendum pourrait voir le jour, à l’occasion des élections parlementaires européennes de juin 2009.

CONCLUSION.

François Bayrou termine son discours en proclamant haut et fort que « le monde a besoin d’Europe« . Sa conviction repose sur le fait que « c’est la première fois dans l’histoire de l’univers que l’on aura construit une puissance qui ne sera pas une puissance de domination. » L’Europe peut devenir un modèle. Elle doit répondre aux attentes des peuples qui espèrent qu’elle joue un rôle de médiateur au Proche-Orient. En Amérique Latine, l’Europe pourra apparaître comme « modèle de ce que peut être une organisation du continent » et en Afrique, « il y aura une union africaine qui aura les mêmes inspirations, les mêmes règles, la même volonté de vivre ensemble que nous avons eue en Europe. »

Enfin, le succès de la construction européenne telle que la conçoit François Bayrou a besoin d’une « France en bonne santé » qui « règle ses problèmes pour qu’elle redevienne l’acteur majeur qu’elle n’aurait jamais cessé d’être dans l’évolution de notre continent« .

2. COMMENTAIRE.

1. La nostalgie d’une Europe organisée.

Il y a quelque chose de gaullien dans le discours de François Bayrou qui ne se sera pas contenté de sauter sur sa chaise en s’écriant « l’Europe, l’Europe« , mais aura tenté de présenter aux Français une Europe, organisée et taillée sur mesure, comme un jardin à la française (En se reportant au site de l’INA on pourra regarder la vidéo du Général de Gaulle qui évoque la nécessaire organisation de l’Europe, qui en 1965, ne compte 6 Etats fondateurs seulement). Avec François Bayrou, la résistance prend forme, se basant sur une dénonciation rigoureuse et exhaustive des insuffisances de la construction européenne. Le temps des maîtres à penser l’Europe est achevé (Pierre Pfimlin, (ancien Maire de Strasbourg, ancien Ministre, ancien Président du Conseil, ancien Président du Parlement européen), Robert Schuman, Jean Monnet, Valery Giscard d’Estaing) et François Bayrou, orphelin, veut dire à sa manière qu’il est fidèle à sa famille MRP de l’époque, ou centriste actuellement, en donnant un nouvel élan à l’Europe.

2. Un projet qui se veut fédérateur et populaire.

On serait en présence d’un simple projet technocratique si François Bayrou n’entendait pas faire lever une Europe des citoyens, associés plus étroitement à cette oeuvre de longue haleine. Ces propos parfois incantatoires font vibrer un public acquis (exemple : « Je suis pour que nous ayons une action diplomatique concertée, pas que nos diplomaties disparaissent ! Dieu me garde de vouloir faire disparaître la diplomatie française. C’est une de nos fiertés, mais il faut une action concertée des diplomaties européennes de manière que nous puissions bâtir quelque chose de sérieux et de conséquent ») parce que l’Europe se prête bien à cette pratique lettrée de la politique qu’est celle de François Bayrou. A la fin, il convient de fixer un but unificateur en déclarant qu’il s’agit de « parler à la France de ces raisons de croire en l’Europe…afin de « rassembler les Français autour d’un grand projet européen pour notre avenir national ».

Parce qu’en politique la ligne droite n’est pas le plus court itinéraire pour aller d’un point à l’autre, le candidat centriste entend bien tracer son sillon et prendre son temps qui à emprunter des chemins de traverse pour faire reconnaître son rôle et ses idées européennes. Car, on l’a compris, en cas d’élection à la présidence de la République, François Bayrou entend peser sur le choix des Français en s’engageant dans la campagne référendaire pour obtenir la ratification du Traité constitutionnel, là où précisément, l’actuel Président de la République à échoué.

Et s’il ne prétend pas fédérer les Européens en devenant le premier Président du Conseil européen, comme le prévoit le traité européen, il fait savoir que plusieurs dirigeants européens peuvent exercer cette fonction et de citer les noms de Romano Prodi, Jean-Claude Junker, Angela Merkel ou Guy Verhofstadt, tous d’anciens ou d’actuels chef de Gouvernement de leurs pays respectifs et car « cette équipe pourra conduire l’Europe, là où elle a désappris à aller ».

3. Une critique qui ne remet pas en cause les fondements de l’Europe.

Ces critiques égrènent les défauts parfois congénitaux de la construction européenne, mais si l’ultralibéralisme est dénoncé, François Bayrou ne va pas jusqu’à prôner la remise en cause de l’Europe libérale et du droit de la concurrence européen qui est son bras armé, avec la Commission européenne à sa tête. Les idées radicales ne sont pas l’apanage de François Bayrou, homme de la modération, des solutions raisonnables, des synthèses improbables et des alliances de circonstances.
L’Europe sociale reste absente des 8 chantiers annoncés, alors que c’est celui dont les citoyens ressentent de plus en plus l’urgence, dès lors, notamment, qu’ils sont conduits à travailler dans un autre pays de l’UE, ou à séjourner durant les vacances. C’est que l’on touche à des particularités nationales qui cèdent lentement et à des compétences limitées de l’UE en la matière. Faut-il un salaire minimum européen, une retraite minimale européenne ou encore une protection sociale de base européanisée ? Si l’Europe sociale reste encore le parent pauvre de la construction européenne, c’est précisément parce qu’elle est perçue par les acteurs économiques comme un coût immédiat supplémentaire par l’entreprise, le producteur ou le consommateur avant d’être une condition sine qua none du bien-être de la population, qui porte en lui la croissance future de l’économie européenne.
Il ne peut y avoir d’Europe forte sans moyens financiers et budgétaires à la hauteur de ses ambitions. On aurait aimé que François Bayrou se prononce clairement sur le poids que doit représenter le budget de l’UE à 27 et si les ressources de l’UE doivent continuer à reposer sur une part nationale (75%) et européenne (25%) comme actuellement. Qui est prêt à payer et combien pour des politiques européennes qui ne profiteront pas nécessairement en totalité à son pays, mais à l’ensemble de l’Europe ? Faut-il, par exemple, comme Dominique Voynet le suggère porter le plafond des dépenses budgétaires de 1,27% du RNB communautaire à 2% pour disposer d’un effet de levier au niveau européen et éviter le saupoudrage des crédits ?

4. Quand les préoccupations nationales ne sont pas toutes à faites absentes du débat.

Ces idées portent en germe une contestation de la pratique politique européenne de l’actuel Gouvernement français qui sont aussi la poursuite de la critique parfois virulente à l’égard du quinquenat du Chef de l’Etat français. Ce même discours comporte une partie sur le poids de la dette publique française qui, au demeurant, n’est pas conforme aux règles fixées par le Traité de Maastricht de 1992, tout comme le déficit budgétaire qui excédait, jusqu’à récemment, le plafond autorisé.

Cette remontrance prend sa racine, en 2002, lors de la naissance de l’UDF, dernier carré de ceux qui ont refusé de céder aux sirènes de l’UMP, parti conçu sur le modèle de la CDU-CSU allemande pour fédérer les partis de droite et du centre. Depuis cette date, progressivement, il n’aura de cesse de se démarquer de l’action du Gouvernement, en allant jusqu’à voter la censure contre le Gouvernement dirigé par Dominique de Villepin, pour, lors de cet campagne présidentielle, prendre son envol, s’appuyant sur l’autonomie de l’UDF, si chèrement acquise.

5. Un risque sérieux d’un nouveau Traité constitutionnel moins novateur que le précédent.

« Qui veut faire l’ange fait la bête » dit Pascal. S’il s’agit de remettre le métier sur l’ouvrage en convoquant une nouvelle CIG, rien n’indique que les résultats seront plus probants que la fois précédente. Il ne faut pas oublier que la précédente GIG qui s’est réunie à Rome en octobre 2004 a avalisé à 95% les propositions contenues dans le projet de Traité constitutionnel établi par la Convention européenne, présidée par Valéry Giscard d’Estaing. L’ancien Président de la République avait su dégager des compromis inespérés et faire reculer ne serait-ce que de quelques centimètres, l’égoïsme des Etats. Il en était résulté un texte comportant de nombreuses avancées consacrant la voie des petits pas qui marque les changements européens depuis l’Acte Unique Européen de 1986.

Il est à craindre que les Chefs d’Etats entre eux écrivent un nouveau traité qui repose sur le plus petit dénominateur commun, en l’absence de représentants du Parlement européen, de la Commission européenne, des Parlements nationaux, du Comité des Régions ou de la société civile, comme comportait la Convention précitée, capables de faire prendre en compte l’intérêt général européen.

A supposer que par une ruse dont l’histoire est coutumière que ledit Traité constitutionnel comporte des dispositions qui améliorent le texte précédent, encore faut-il que les 27 Etats membres le ratifient pour qu’il entre en vigueur. La Pologne, la Grande-Bretagne ou la République tchèque qui se sont cachés derrière le non français et hollandais pour ne pas se prononcer, seraient-elles capables de dire oui à une pareille Constitution européenne ?

En termes de délais, entre la convocation de la CIG par la Présidence allemande et la dernière ratification, il faut compter de 4 à 3 ans dans le meilleur des cas (1 an s’agissant de l’élaboration du texte et

Or, il y a urgence pour l’Europe, à sortir de cette ornière constitutionnelle, ce qu’à compris Nicolas Sarkozy. C’est pourquoi, à notre sens, un traité comportant les dispositions institutionnelles permettant à l’UE de fonctionner à 27 est une solution provisoire acceptable (Voir le mini-traité proposé par Nicolas Sarkozy d&taillé dans notre article précédent). Naturellement, le parallélisme des formes commande que les Français soient à nouveau associés par référendum à cette décision par le Chef de l’Etat, issu de l’élection du 6 mai 2007.

(1) Elle a été crée par le Traité de Paris, signé le 18 avril 1951 et ratifié le 14 mai 1952, conçue pour une période de 50 ans.

(2) La CED.

(3) Cette manière de présenter les mouvements migratoires a été reprise mot pour mot par François lors de sa prestation télévisée à TF1, le lundi 26 février 2007; dans l’émission « J’ai une question à vous poser« .

(4) 18 sur 27 depuis la ratification de la Finlande, le 6 décembre 2006.

Prochain article. Dominique VOYNET.

2 Responses to “L’Europe et les candidats à l’élection présidentielle. 2. François Bayrou.”

  1. […] Ce constat constaté, il semble judicieux de se projeter vers le prochain quinquennat et de regarder quelles sont les propositions de nos candidats à deux chiffres (dans les sondages). Europe bien pâle dans les programmes comme l’exprime Versac. Hormis le vétéran d’extrême droite dont la vision se résume à « évacuons tout ce qui n’est pas français de souche », les trois autres se présentent comme euro-convaincus et devraient, me semble-t-il, s’attaquer à ce problème de fond : comment relancer l’Europe concrètement auprès des français ? Mais que ce soit Ségolène, François ou Nicolas, leur besace respective reste relativement maigre de concrétitude. On y trouve multiples volontés sur les évolutions constitutionnelles, les négociations à mener avec nos partenaires sur tel ou tel sujet (environnement, sécurité, culture, …) et j’en passe. Bref, les recettes restent les mêmes. La France et l’Europe divorcent elles  ? Car côté projet qui me donne envie de me lever le matin pour l’Europe, on repasse. Oui, il faut régler ces problèmes de gouvernance à 25 et plus ! Oui, il serait fantastique de parler d’une voix au niveau international. Mais ce serait déjà tellement bien qu’on se « sente » tous européens, au fond des tripes, et que l’on vive chaque jour cette Europe au lieu de croire que nous ne faisons que la subir. […]

  2. […] L’Europe et les candidats à l’élection présidentielle : sur le blog d’Euroidées de Philippe Deloire – François Bayrou, – Ségolène Royal, – Nicolas Sarkozy. […]

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