Confessions


La vie paraît courte, pourtant elle contient un tas d’histoires incroyables, que souvent les personnes cachent au fond d’elles. Allongé, faible dans mon lit, je sens peu à peu mes forces m’abandonner, je n’éprouve déjà plus l’usage de mes jambes. Je ressens le besoin de confier un moment de ma vie, oui un unique événement, mais le plus terrifiant et le plus sombre de mon existence. Quand il est mourant, un vieillard tel que moi n’a plus de honte à raconter ses frayeurs. Je tends la main à mes trois petits enfants pour les inviter à s’installer près de moi. Je leur dis avec un sourire : axa « – Mes chers petits, venez assister votre vieux grand-père une dernière fois. – Non, ne dis pas cela, me répondent-ils en chœur, car leurs voix légères n’en forment plus qu’une. » Je distingue à présent leurs petits yeux qui s’emplissent peu à peu de larmes. Je leur déclare : « -Mes enfants ne faites pas ces pauvres têtes, ce n’est pas ce que je veux voir en dernier, alors je vais vous raconter une histoire, une histoire étrange.

– Raconte-nous grand-père ! I – Alors écoutez bien ceci : « C’était durant mon voyage dans la Loire, au château de Chambord. J’avais l’intention d’effectuer cette visite pour ensuite la faire découvrir en classe à mes élèves, c’était un bon sujet de géographie. A la fenêtre de la voiture je regardais le paysage de plaines défiler devant mes yeux. J’avais hâte de découvrir ce château. Je souhaitais aussi rencontrer un autre chercheur ayant travaillé sur cet édifice et qui me servirait de guide.

J’aperçus enfin le château. En arrivant, mon guide m’accueillit chaleureusement et m’invita à entrer pour me restaurer. Après avoir bien dîné, je me retirai en m’excusant car je voulais me coucher, j’étais épuisé. Mes yeux lourds allaient se fermer lorsque j’entendis de gros pas boiteux au plafond. Je me demandai qui pouvait donc bien traîner à l’étage, étage dont j’avais appris lors du souper qu’il était abandonné. Je me redressai dans mon lit et me dis : i «Cette brute va m’empêcher de dormir ! » Les pas s’arrêtèrent et je m’endormis en me disant qu’un hibou ou une sorte d’oiseau nocturne avait dû s’aventurer dans la pièce d’en haut, qui ne devait d’ailleurs n’être qu’un vieux grenier délabré. Dans mon sommeil un rêve me saisit : J’étais seul dans le château, qui semblait vide. Une voix résonnait dans ma tête, une voix qui me fit frissonner. Soudain, je me mettais à avancer, malgré moi. Mes jambes me portaient toutes seules et cette voix dans mon crâne résonnait de plus en plus fort, m’ordonnait de faire demi tour, de faire le contraire des mouvements de mon corps. J’hurlais et je me sentais déboussolé. Je m’intéressais enfin où mes jambes me portaient. Incroyablement, elles m’emmenaient à l’étage où j’avais entendu les pas boiteux. La voix me criait, me hurlait de ne pas y aller, mais mes jambes me précédaient. J’entrais dans la pièce où les pas suspects insistaient et j’apercevais un ignoble, un immonde fantôme aux yeux rouge sang, un fantôme boiteux, dont on voyait la jambe coupée, remplacée par un pieux de bois rongé. Cette vision m’affola.

Je m’éveillai en sueur, mais glacé. Dans ma peur et mon affolement, je me précipitai en dehors de ma chambre afin de monter à l’étage du haut quand j’aperçus, au fond du couloir, mon guide qui me regardait étrangement. Je ne bougeai plus mais lui, arriva vers moi et s’assura que tout allait bien. Je retrouvai peu à peu mes esprits et le priai de m’excuser pour cette conduite. Nous allâmes nous habiller puis déjeuner.

Pendant la journée, nous fîmes la visite d’une partie du château, de l’aile droite, qui n’était d’ailleurs pas celle dans laquelle nous dormions. La visite et les explications de mon guide furent fort intéressantes mais je restais cependant troublé par mon rêve. A plusieurs reprises, j’aperçus un homme tassé et étrange m’observer. Cela m’agaça mais je finis par l’ignorer. La journée se termina bien, on mangea, on discuta longuement sur l’histoire du château, mais, bien que je fus historien, cette journée me parut longue et presque lassante.

J’allai me coucher et comme je ne parvenais pas à nouveau à dormir, je pris un livre. Soudain, les pas de la veille retentirent au plafond, un frisson étrange me traversa la nuque et se termina dans mon dos. J’eus de nouveau des sueurs froides. Pour ne pas céder à cette frayeur noire, je repris mon livre et essayai, autant que je pus, d’ignorer ce bruit qui à présent me traumatisait. Comme s’il avait senti mon inattention, le bruit s’arrêta et je m’endormis immédiatement. Le même cauchemar me prit, mais cette fois le fantôme ricana.

Je me réveillai comme la veille, en sueur, glacé mais cette fois terrorisé. Mon rêve s’était de plus en plus précisé, les meubles, les murs, tout était si précis que je croyais ce rêve presque réel. Je n’osai plus bouger avant d’être totalement calmé. Je me levai, m’habillai, puis sortis de ma chambre quand j’aperçus devant ma porte le vieil homme tassé qui m’avait espionné la veille. Il eut un sourire un peu démoniaque qui me fit penser un très court instant à celui du fantôme de mon cauchemar. Tout alla très vite, l’homme fondit sur moi, m’attrapa par le col de ma chemise, rapprocha son visage et me hurla, alors que je n’étais qu’à quelques centimètres de lui : « Vous le savez ! Il existe autant chez moi que dans vos rêves ! Vous l’avez vu jeune homme n’est-ce-pas ? Vous le connaissez maintenant, le maître, le maître de ce château, le boiteux ! Vous l’avez vu ! Vous l’avez vu ! ». Le vieillard serrait tellement mon col qu’il commença sans le vouloir à m’étrangler. Mon guide nous aperçut et retira l’homme de son étreinte, de mon cou. Il fit partir cet individu avec quelques insultes. Ensuite il m’expliqua que c’était un ancien valet étant resté longtemps au château et prétendant voir un vieux maître du château qui aurait soi-disant jeté sa malédiction sur lui.

Une nouvelle journée se déroula, entre les visites, les repas copieux et les longues discussions. Le soir, je me livrai à un test pour trouver l’auteur de ce fameux bruit qui me tourmentait depuis deux nuits. Je me cachai dans une malle se trouvant dans le grenier délabré. Cette pièce, étrangement, était identique de celle de mes rêves, alors que je n’y étais jamais entré. J’attendis, seul dans cette malle et dans l’ombre. Les pas retentirent et se rapprochèrent. Je voulus ouvrir le couvercle de la malle et affronter la vérité, quelle qu’elle soit. Bizarrement, une force, comme si quelqu’un s’y appuyait, m’empêchait de soulever le couvercle. Je poussai de toutes mes forces, j’étais empli de colère. Quand, tout à coup, le couvercle s’ouvrit enfin et je vis pendant seulement une seconde, une nuée de poussière se transformer en une sorte de vision, la vision du fantôme boiteux que je n’eus pas le temps de considérer en entier. Ensuite, plus rien, comme une sorte de trou noir, et je m’évanouis.

Quand je me réveillai, j’étais allongé sur le ventre, devant ma porte de chambre, sans savoir comment j’étais descendu du grenier jusqu’à ma chambre. Je me souvins soudain de la vision du fantôme, peut-être n’était-ce que de la poussière, mais j’avais peur, une frayeur intense que je n’avais encore jamais ressentie avant ces quelques jours. Je voulais fuir, au plus vite, et rentrer chez moi. Je remerciai mon guide et mes hôtes rapidement puis je m’engouffrai dans une voiture qui me ramena chez moi. Je n’ai jamais parlé de ce voyage à mes élèves. »

Mes petits enfants me regardent à présent avec de grands yeux écarquillés. Je leur dis :

« -Maintenant je suis soulagé, je vous remercie mes petits.

-Ton histoire est incroyable grand-père, s’étonnent-ils tous en chœur. »

Je leur fais signe d’aller jouer, de partir un peu. A présent, mon âme est libre, en paix, et je l’attends, oui j’attends la mort sans peur, je l’ai déjà vue, j’ai peut-être même vu pire à cause de cette histoire. En quelques jours la vie d’un homme peut basculer, je le sais mieux que quiconque.

Lisa B.- 4A

Commentaires (1)

Steinmann Camillest mars 2010 at 18:03

Quelle nouvelle ! Je l’ai lue et beaucoup apréciée. Quel suspens et quelle histoire étrange ! Le pauvre grand-père… Il est soulagé maintenant …

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