Marie ou Jeanne ?

Il y a environ quatorze ans, Marie, ma sœur, mit au monde, une petite fille prénommée Jeanne. Cette naissance eut lieu un vendredi treize Novembre, étrangement, le même jour que celui de la naissance de sa mère. Ma sœur décéda des suites de son accouchement. Le père de la petite était parti, quand Marie lui avait annoncé qu’elle était enceinte. J’accueillis donc ma nièce à Paris où je vivais avec mon mari.

Les premières années, la nuit je me souviens, je me réveillais en sursaut car j’entendais Jeanne crier sans cesse : « maman ».

Je voyais ses yeux bleus dans le noir, terrifiée par ce qu’elle venait de rêver.

-Que t’arrive-t-il ?

-C’était horrible ! J’ai rêvé qu’une femme était morte en mettant au monde son enfant et, son petit ami l’avait abandonné quand elle était enceinte.

Je ne lui avais jamais raconté la mort subite de sa mère. Le lendemain, je regardais des photos étalées sur la table-basse dans le salon quand, Jeanne entra dans la pièce. Elle désigna, de son doigt, une photo de ses parents. Elle dit d’un ton calme :

-C’est les deux personnes dont j’ai rêvé hier.

Et elle repartit dans sa chambre, sans dire un mot.

Je m’étonnai de son comportement étrange et j’en parlais alors avec mon mari.

Les années passèrent. Elle était de plus en plus étrange et parlait très souvent de sa mère. En classe troisième, elle partit trois jours en classe de neige à Val-Thorens. Un journée après son départ, je reçus un coup de fil de son professeur, qui m’annonçait une mauvaise chute de Jeanne et ajoutait qu’elle était partie en hors piste alors que son moniteur le leur avait interdit.

-Nous l’avons faite transporter à l’hôpital de Chambéry, dit-il.

Dès qu’il prononça le mot hôpital je commençais à faire mes bagages pour la rejoindre à Chambéry. Je pris aussi quelques un de ses vêtements, quand je fis tomber un carnet. Je l’ouvris. Bizarrement elle avait la même écriture que sa mère. Je ne m’attardais pas plus sur ce détail et je continuai à faire son sac.

J’arrivai à l’hôpital, je demandai au médecin son état.

-Votre fille est seulement blessée au bras, son traitement ne sera pas long.

J’étais surprise qu’il dise « votre fille » mais ma priorité était de voir Jeanne. Je rentrai dans sa chambre, elle était contente de me voir.

-Dis, maman s’était bien cassé le même bras que moi ?

-Comment sais-tu ça ?

-C’est la femme qui est dans mes rêves qui me l’a dit, tu sais celle que je t’avais montré quand j’étais petite !

J’étais bouche-bée. Je voulais en savoir plus mais, elle me dit, avant que j’ai pu lui poser la moindre question qu’elle se sentait très fatiguée.

Le lendemain, nous retournâmes à Paris. Je racontai à mon mari l’épisode de l’hôpital. Nous décidâmes de consulter un psychologue qui nous affirma que Jeanne n’avait aucun problème mental, mais qu’elle lui avait dit qu’elle avait lu le journal intime de sa mère.

Quelques années plus tard elle nous annonça que tout cela était faux, qu’elle n’avait jamais lu le journal de sa mère mais qu’elle était certaine que tous les événements qu’elle racontait étaient vrais.

Elle nous révéla aussi qu’elle allait être maman. Les mois passèrent et elle s’affaiblissait de jour en jour. Le grand jour arriva elle mit au monde des jumeaux qu’elle appela Thomas et Maëlys et elle mourut.


Coline S. et Malory A.

Commentaires

Vous devez vous connecter pour faire un commentaire.