Brouillages et confusions

« Verticales » et « horizontales », les générations sont constituées d’êtres qui coexistent et qui, dans le même laps de temps, vivent parfois les mêmes événements mais avec un décalage d’âge d’autant plus important qu’elles ne se suivent pas directement ; ainsi des grands-parents et de leurs petits-enfants. De cet état de choses peuvent naître des situations complexes. Mais, de plus en plus, ce que l’on pouvait considérer, jusque vers les années 1960, comme des limites intergénérationnelles visibles, ont tendance, de l’avis de ceux qui les analysent, à le brouiller et à perdre de leur lisibilité.

La question des âges

II fut un temps où, dans les sociétés occidentales, on passait directement de l’enfance à l’âge adulte. La catégorie des « jeunes » fit venue s’intercaler, mais les contours de cette génération sont fluctuants. Certains, à trente ans, sont encore dépendants de leurs parents. D’autre part, les grands-parents se sentent jeunes, et leur image, comme leurs comportements, s’est modifiée ; les arrière-grands-parents peuvent devenir centenaires. Il se peut alors que cinq ou six générations existent et les mots font défaut pour désigner ces âges nouveaux ! Les familles recomposées, les divorces et les remariages font que certains pères sexagénaires ont des enfants de l’âge de leurs petits-enfants.

La médecine, qui aide à rester jeune, permet même à une femme soixante ans de procréer : comment, dans ces conditions, identifier clairement les générations ? Comment ne pas penser que les anciennes catégories sont devenues caduques ?

Le brouillage des frontières

L’accès au monde du travail a longtemps été considéré comme un seuil significatif de l’entrée dans l’âge adulte, mais actuellement, les difficultés rencontrées par les jeunes, surtout ceux qui sont peu diplômés, ont tendance à « étirer » la post-adolescence vers une période d’attente caractérisée par une suite de « petits boulots » de survie. Cette phase typique des périodes de crise dans les sociétés industrielles brouille les frontières. Et ce n’est pas le mariage – en diminution et en manque de crédibilité – qui constitue un seuil, mais le premier enfant, qui impose responsabilités et stabilité. Ainsi des limites nouvelles apparaissent, d’autres se déplacent.

Des transmissions remises en cause

Les brouillages dans les définitions se retrouvent aussi dans les diverses transmissions, dont les contenus varient avec l’évolution sociale, le progrès des communications, l’importance des loisirs. L’héritage culturel se trouve en concurrence directe avec les médias, avec cette culture «transversale» imposée par le groupe, déroutant parents et enseignants. Entre parents et enfants, il y a peut-être moins de conflits, mais cela vient d’une permissivité qui conduit à un « chacun chez soi » préjudiciable aux échanges et qui caractérise des modes de relations encore jamais expérimentés et de ce fait remplis d’incertitudes.