Génération et transmission

L’idée de succession, élément commun aux différentes définitions, conduit logiquement à celle de transmission. Que se transmet-on d’une génération à l’autre ? Quels problèmes cela pose-t-il ?

Différentes formes d’héritage

À l’intérieur de la famille, la première transmission est celle du nom, qui fixe une filiation, officialise une reconnaissance et définit une origine et une identité. L’enfant abandonné, dépourvu de patronyme et de patrimoine, doit se construire ce que personne ne lui a donné, un nom, un passé, une histoire. Transmettre un nom, qui s’accompagne d’un patrimoine génétique, c’est aussi inscrire un être dans une lignée dont il convient d’adopter les valeurs, les croyances, le mode de vie, les comportements. Cela se fait par l’éducation. Don Diègue (Le Cid de Corneille) rappelle à son fils la prédominance de l’honneur sur les sentiments personnels ; le père de dom Juan définit les impératifs moraux de la noblesse. La transmission du patronyme et des valeurs se complète d’enseignements divers, et d’éléments d’une histoire familiale, dont on sait, depuis Freud, qu’elle prend parfois la forme d’une mythologie construite de récit en récit. L’héritage peut être constitué de lourds secrets de famille ou d’une malédiction tragique que chacun cherche à détourner. D’autres transmissions sont nécessaires sur le plan de la collectivité : souvenirs historiques, mémoire, témoignages), mais aussi environnement durable dans lequel puissent vivre les générations à venir.

Déterminisme ou liberté ?

On comprend alors pourquoi les transmissions, outils de pérennisation, sont aussi des facteurs de ruptures. Il arrive que l’inscription dans une filiation constitue une contrainte, prenne la forme d’impératifs insupportables, ou pèse trop lourd sur celui qui doit les supporter et qui s’en trouve redevable. Pierre Bourdieu, sociologue, parlant des « contradictions de l’héritage », évoque ainsi le poids de certains choix paternels dans l’orientation d’un adolescent. Les faits et les causes ne manquent pas pour bousculer des trajectoires prédéterminées installées dans la continuité : le contexte social, économique, politique parfois, qui vient bouleverser, par des évolutions rapides, des données supposées solides ; une volonté d’émancipation des jeunes de la tutelle familiale ou au contraire la peur de l’autonomie ; le sentiment que l’éducation imposée constitue un carcan ; le désir de faire ses preuves par soi-même.

Sans doute faut-il souhaiter que l’héritage reçu des générations précédentes, et qui sera transmis aux suivantes, constitue un apprentissage de l’autonomie et de la liberté plutôt que le vecteur d’un destin préétabli.