Présentation du thème
Même s’il ne décide pas d’établir son arbre généalogique, chaque être est conduit, à divers moments de sa vie, à s’intéresser à la notion de « génération ». Ce terme met en effet en jeu son identité, ses origines et donc ce qu’il est et ce qu’il doit à la lignée à laquelle il appartient.
• UNE NOTION COMPLEXE
Chacun se perçoit comme un élément constitutif d’une filiation dont il porte différentes marques sous la forme de l’hérédité. Cette appartenance tantôt rassurante, tantôt inquiétante, est riche de déterminations dont certaines restent insoupçonnées. Elle impose un rang durable – on est définitivement enfant, parent et grand-parent – et une position qui varie avec le temps.
Mais l’inscription dans une lignée, c’est-à-dire à la fois dans l’Histoire et dans une « histoire familiale » dont chacun est à la fois acteur et instrument involontaire, se double de l’appartenance à un groupe qui n’est pas lié par la succession dans le temps mais par un temps partagé.
Chacun se trouve alors soumis, par sa seule existence, à un ensemble d’influences extérieures, modes diverses, idéologie, goûts, courants de pensée, mouvements esthétiques… qui conditionnent des choix et des comportements. On les croit individuels et originaux : ils sont en réalité la conséquence de l’environnement, de l’époque. Par « les » générations auxquelles il appartient simultanément, chaque être se trouve ainsi au centre de déterminations diverses : elles sont familiales, historiques, culturelles, sociales. Elles font de lui ce qu’il est.
• INTERROGATIONS ET INCERTITUDES
Cependant, cette complexité suscite interrogations et incertitudes.
Sur le plan individuel, d’abord, il est important d’être conscient des responsabilités qu’imposé la lignée : transmission des valeurs familiales, mais aussi prise en charge d’une hérédité. Il y a des histoires de famille lourdes à porter ; des secrets emprisonnent ceux qui en sont les détenteurs. Comment transmettre et que transmettre dans de telles situations ?
De manière plus large, ensuite, faire partie d’un groupe dont on partage les modes et les goûts sans toujours les avoir choisis n’est-il pas une forme d’entrave à la liberté ? Comment être soi, devenir soi, quand on est ainsi « attaché » par des liens ?
Sur le plan de la succession des âges, enfin, est-il possible, est-il souhaitable d’établir des seuils précis et rigides ? Certes, ils ont valeur de repères et permettent de mieux se retrouver par rapport au déroulement de la vie. Mais la vie elle-même, et les différentes évolutions sociales, se chargent de montrer que les limites sont régulièrement transgressées et déplacées : ainsi en est-il des nouveaux types de relations entre parents et adolescents. Ainsi en est-il du brouillage des familles recomposées, de la longévité des « seniors » et des entrées tardives dans le monde du travail.
Les données sociales et économiques sont à l’origine de bouleversements qui rendent difficile le maintien de catégories établies par la tradition. Faut-il le regretter ?