Chemins détournés et parcours initiatique

Problématique

C’est dans le domaine spatial que la notion de détour se révèle le plus facilement identifiable et visible. Les cartes et représentations picturales en témoignent et, en l’absence d’images, les récits et évocations de voyage mettent en jeu l’imagination par l’importance des notations diverses indiquant chemins et routes.

Un thème récurrent dans la mythologie et la littérature

La mythologie et la littérature offrent d’innombrables récits dans lesquels les héros se voient confrontés à des épisodes qui sont autant de déviations, de crochets ou de dédales… Ces péripéties, qui se doublent de dangers et de découvertes, pour, et bien d’autres, pourraient simplement être considérées comme le résultat du hasard ou le produit de l’imaginaire de leurs auteurs. Mais ces aventures cachent la plupart du temps des significations que le lecteur ou le spectateur doit chercher pour en tirer un enseignement, s’il ne se laisse pas simplement charmer par le caractère aventureux des récits. Détournés de leur destination par une divinité, dans le cas d’Ulysse, ou par un narrateur philosophe, pour Candide, les héros vivent une succession de mises à l’épreuve de leur caractère humain et de leur liberté. Opposés aux forces divines, à celles de la providence ou à celles des hommes, ils font l’expérience de la vie dans son plus haut degré de complexité et parfois d’incohérence. Et il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que Thésée soit représenté sous la forme d’un chevalier, et le Minotaure sous les traits d’un dragon : la mythologie se prolonge dans l’idéal chevale­resque et chrétien.

Du motif du labyrinthe à la connaissance de soi

Quelle meilleure représentation de la vie et de la liberté que celle du labyrinthe et des capacités qu’il exige. Le Dictionnaire des symboles permet de saisir diverses significations de cette forme extrême du détour : entrée dans un monde symbolique, recherche difficile et souvent mise en échec d’un hypothétique chemin, dépassement de soi dans l’effort pour trouver sa voie, quête d’une vérité, réflexion sur la liberté. La plupart des récits de voyages et d’errances, imaginaires ou réels, conduisent à une certaine forme de connaissance de soi et de son environnement. Et il importe peu que B. Cendrars ait ou non effectué son voyage dans le Transsibérien), ou qu’Yves Bonnefoy ne dise ni qui est son voyageur ni quelle est la ville découverte. Dans le premier cas, seules comptent les associations de mots, de sons et d’images qui détournent sans cesse l’attention du lecteur vers un imaginaire étonnant. Dans le second, l’expérience de découverte d’une ville révèle – à travers son universalité -celle de tout voyageur, qui se laisse porter par un trajet à la fois familier et déconcertant, né simultanément d’un souvenir retrouvé et de la nouveauté.