Le développement durable, sous la direction d’Yvette Veyret, éditions Sedes, chap. 21, « Environnement et développement durable en Chine » par Frédéric Obringer.

 

 

L’auteur

Frédéric Obringer est chercheur au CNRS, au Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine, à Paris. Il a notamment participé au Dictionnaire de la Chine contemporaine dirigé par Thierry Sanjuan et paru chez Armand Colin en 2006.

 

Introduction

            Frédéric Obringer évoque dans ce chapitre du Développement durable la situation chinoise. On estime les émissions de CO2 de Chine à 22% du total mondial en 2007. Sa croissance économique est spectaculaire depuis 20 ans.  Les autorités ne parviennent pas à juguler la surchauffe économique ; le problème est que leur développement, basé sur l’exportation de production industrielle, nécessite toujours d’énergie. La Chine s’est cependant dotée de lois encadrant les développements industriel et urbain, et on parle de plus en plus de développement durable. La pollution est cependant un problème vaste : quel est l’état actuel en Chine, quelles solutions sont prises ?

 

Résumé

            Depuis la mise en place du pouvoir communiste de 1949, le pays base son économie sur l’industrie lourde, et depuis 1978, les réformes économiques le rendent encore plus polluant. Le problème est constitué de trois points : une croissance effrénée, une énorme population et des ressources naturelles relativement rares. Depuis 1978, la Chine a un taux de croissance annuel du PIB de 9,4%. La population est de 1,3 milliard d’habitants. On prévoit une baisse de 12% de la surface des terres arables d’ici 2050 ; la Chine a 2304 m3 d’eau par habitant : le tiers de la moyenne mondiale ; ses réserves en charbon et en pétrole sont mal utilisées ou en baisse.

            La superficie des forêts a baissé d’un tiers entre 1975 et 1993. On a pris des objectifs de reboisement. A cela s’ajoute le problème de l’érosion, des inondations meurtrières (le Yangzi en 1998 : 3 000 morts) causées par la déforestation. Les ressources hydriques, qu’on utilise pour l’irrigation, baissent. De plus, elles sont très polluées (60% impropres à la consommation). L’air est lui aussi pollué : 16 villes chinoises figurent parmi les 50 plus polluées au monde.

            Tout ceci a un coût : la pollution de l’eau et de l’air entraîne des dépenses de l’ordre de 8% du PIB. Le coût humain est énorme (100 000 empoisonnements par an).

            La lutte contre la pollution a commencé : par exemple dans le delta de la Rivière des Perles, région très industrialisée et polluée. Mais cette lutte est freinée par la priorité absolue que donne la Chine à la croissance économique. Dongtan est un projet de ville écologique. On a le projet de ne construire que sur 40% du territoire de l’île, le reste étant laissé à l’agriculture. L’architecture sera pensée dans une optique environnementale (bâtiments de 8 étages max.), les transports seront écologiques (bus, vélo, à pied, taxis électriques). Cependant, il y a polémique : cette île étant naturellement écologique, pourquoi y installer une présence humaine, même dite « écologique »? N’est-ce pas une vitrine pour le reste du monde?

            Depuis 30 ans, la Chine s’est dotée de nombreuses lois de protection de l’environnement, elle qui n’en avait auparavant aucune conscience : l’Agence nationale pour la protection de l’environnement (SEPA) acquiert en 1998 un rang équivalent à un ministère. Pour le Premier ministre Wen Jibao, les mentalités doivent évoluer. Si la Chine rencontre des obstacles dans la mise en place d’une industrie moins gourmande en énergie, c’est à cause des autorités locales et de groupes d’intérêt réticents. La SEPA a pris des mesures de sanctions vis-à-vis des villes les plus polluantes, des producteurs d’électricité les plus importants et des projets industriels non écologiques. Les solutions sont au niveau de l’éducation (guides dans les programmes scolaires), des ONG (en liaison avec la conservation et la protection de la nature ou s’occupant du développement urbain).

            Si le gouvernement encourage la protection de l’environnement, ce n’est pas gagné pour autant, du fait d’intérêts conflictuels, de tensions entre gouvernements centraux et locaux, du manque de mesures strictes pour inciter les entreprises à utiliser des technologies propres.

            C’est grâce à son intégration internationale que la Chine a pu peu à peu changer de comportement : elle est fidèle à cinq grands principes :

la protection de l’environnement ne peut être effective que lorsque le développement est atteint

les pays développés sont responsables de la dégradation globale

la Chine ne discute pas sa responsabilité

les pays développés doivent compenser ceux en voie de développement pour les efforts environnementaux qu’ils font

la souveraineté sur les droits en ressources naturelles doit être respectée

 

            Les problèmes environnementaux en Chine sont trop graves pour qu’on leur trouve une solution rapide. Sont en jeu la croissance économique, l’écologie planétaire et l’équilibre social. Pour que cela fonctionne, il faut une coopération internationale, des décisions cohérentes, il faut que la Chine réalise que les technologies propres sont un moteur pour la croissance.

 

Réflexion personnelle

La réflexion dont nous fait part Frédéric Obringer a l’avantage de nous aviser de tous les tenants et aboutissants de la situation chinoise. Il n’oublie pas non plus la politique de façade que mène ce pays. En effet, à titre d’exemple, la Chine a signé le protocole de Kyoto. Cependant, elle n’est pas un pays développé : ce protocole ne s’applique donc pas à elle. On peut effectivement y voir une preuve de bonne volonté, certes, mais surtout un habile acte de politique qui lui sert à s’éviter des reproches trop intensifs.

Le gouvernement chinois met également en avant son travail de protection des pandas, animal emblématique de la Chine, mais il s’agit de la démonstration de la protection d’un animal, alors que de nombreuses autres disparaissent ou risquent de disparaître, qu’elles soient chassées de leur territoire par la déforestation ou empoisonnées dans les rivières charriant des produits polluants.

Cette étude de F. Obringer est donc doublement intéressante : d’abord parce qu’elle nous offre un large panel d’exemples et de situations diverses, ensuite parce qu’elle se veut le plus objective possible.

 

Hubert Darbon

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