ghislain

La ville d’Istanbul est une mégapole qui diffère de Venise par les diversités de son site et par les différentes propriétés de sa situation. En cela, cette ville nous invite à repenser les rapports entre qualités géographiques et dynamiques culturelles.

Son caractère atypique pourrait se résumer à ses multiples ponts, témoignages d’un cosmopolitisme qui plus que jamais fait parti de l’image qu’Istanbul donne à voir aux touristes ; une image qu’elle revendique et sur laquelle elle joue en tant que capitale européenne de la culture 2010 et à l’heure où la Turquie demande son entrée, si controversée, dans l’Union Européenne. Ainsi, le pont de Galata au premier plan reliant le quartier occidental au nord et la vieille ville au sud, aujourd’hui paradoxalement la plus récente en raison des multiples incendies dont elle a été victime au cours des siècles, et celui en arrière plan reliant l’Asie à l’Europe et enjambant le Bosphore, témoignent de la situation privilégiée d’une ville carrefour de civilisations, une ville de transit aux portes de la riche Europe si attirante,  qui à l’heure de la mondialisation polarise les flux humains, de marchandises et de capitaux.

En effet, Istanbul présente un paysage sans cesse remodelé et aménagé : la topographie y est historique comme les rivages tous artificialisés et remodelés par remblaiements et réajustements successifs comme le montrent les habitations en front de mer visibles sur la photographie. Ainsi les variations infinies de cette topographie démultiplient les perspectives toujours marquées par le rôle prépondérant d’un Bosphore, formant un axe définissant une croisée des chemins à la fois nord-sud et est-ouest. Celui-ci est emprunté par un million de travailleurs par jour, venant aussi le week-end en famille pour se distraire, qui utilisent quelques 150 navires publics ou privés (présents sur la photo), et participe de manière inhérente au développement économique de la ville.

Cependant force est de constater qu’Istanbul de par la diversité de ses quartiers, de par les degrés de gradation que présentent l’est et l’ouest, reste représentative d’une opposition nord-sud et manifeste de profondes disparités. Ainsi, dans les centres historiques à l’image de Galata, la topographie, la hauteur, et l’exposition des bâtiments sont des variables cruciales de la géographie socioculturelle : les terrasses avec vue fixent la vie sociale et de ce fait les élites occupent les hauteurs. La ligne de crêtes des collines que l’on aperçoit derrière le pont sur la rive asiatique est ainsi essentiellement occupée par les milieux aisés, loin des inconvénients de la ville et bénéficiant d’une vue remarquable sur l’estuaire. La mise en tension de ces différents pôles est au fondement de la fécondité et de la dynamique urbaine.

Aujourd’hui, sur désormais plus de 5000 km2, au sein desquels l’Istanbul touristique ne représente pas le vingtième, la ville s’impose plus que jamais comme un exemple du gigantisme métropolitain, partagé entre des cultures très diverses dont témoignent son développement, marqué par une ségrégation historique qui perdure, et son architecture combinant tradition et innovation venue d’Europe.

Ghislain Le Masson (HK AL)

Étiquettes : , , , ,

Laisser une réponse :

Vous devez être connecté pour poster un commentaire...