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Chapitre extrait du livre de Yvette Veyret et Jacqueline Jalta. Développements durables : 12 leçons. Autrement, 2010

Introduction :Le développement durable est un objet politique, dont l’ambition est d’établir un meilleur ajustement entre trois pôles, social, économique et social. L’eau, en tant que ressource rare, naturelle et épuisable en est l’un des enjeux ; cependant, la nature n’est pas la seule responsable des manques d’eau dans certains pays 

1)Les besoins et les usages de l’eau.

 Domestique (10%), agricole (70%), industriel (20%).

*Le 6ème de la population n’a pas accès à l’eau :2 milliards de personnes vivent dans des pays à stress hydrique, c’est-à-dire dont les ressources sont inférieures à 1700 m3 par an.

*Ce n’est pas seulement la rareté mais la mauvaise gestion qui explique souvent l’absence d’accès ou de raccordement à l’eau des populations.(cause de maladies et de victimes).

* L’augmentation de la demande en eau concerne tout d’abord l’irrigation.

*La disponibilité en eau douce par Etat révèle de grandes inégalités entre les pays, inégalités régionales et sociales : la disponibilité en eau ne signifie pas que les populations en disposent, les raisons naturelles ne sont donc pas les facteurs uniques : les périmètres d’irrigation se sont multipliés en Chine, en Inde, aux Etats-Unis (l’agriculture participe tout d’abord à la nourriture de l’humanité.) mais impliquent une révision des méthodes pour éviter le gaspillage. De plus les mégalopoles ont une demande en eau sans cesse croissante : Riyad.

 -L’eau domestique notamment doit être potable, alors que l’eau est souvent polluée : sur le pourtour de la Méditerranée, 80% des eaux usées sont rejetées dans la nature. : la gestion des eaux usées est donc une nécessité.

 2)Des solutions existent-elles pour un accès à l’eau dans le futur ?

Les Sommets pour l’environnement ont tous admis la nécessité de diviser par 2 d’ici 2015 la proportion des personnes n’ayant pas accès à l’eau et de généraliser un assainissement de base, mais beaucoup de pays surtout en Afrique subsaharienne demeurent loin de l’objectif indiqué. Il faut distinguer les pays dont la ressource est rare, pour des raisons naturelles ou à cause d’une forte demande, et les pays capables de mobiliser des ressources. Les questions relatives à l’eau lient aspects sociaux et environnementaux. Une bonne gestion nécessite de concilier protection de la ressource, pérennité économique et équité sociale.

*Il s’agit d’abord de réduire les pertes (à Mexico, elles dépassent la consommation journalière d’une ville comme Rome.)

*L’agriculture utilise beaucoup d’eau pour assurer la sécurité alimentaire, mais les techniques d’irrigation du type goutte-à-goutte doivent être développées pour éviter le gaspillage par l’évaporation, comme c’est déjà le cas en Jordanie.

* Le traitement des eaux usées et le recyclage de l’eau, comme en Europe : les eaux usées constituent une véritable ressource, et elle est moins chère que l’eau importée ou dessalée( en Californie et en Australie, mais demandant une forte consommation d’énergie).

*Transférer l’eau sur de grandes distances.

*L’usage des nappes fossiles, comme c’est le cas en Libye.

*La récupération de l’eau de pluie dans des citernes, ce qui reste risqué pour la santé.

Les solutions envisagées nécessitent une bonne gouvernance, des choix politiques, une connaissance des pratiques et de ressources.

3)Etude de cas : la Libye.

 Pays de 6,3 millions d’habitants, dont 85% dans les villes, avec un taux d’accroissement naturel de 2% par an (hausse du niveau de vie dû aux revenus pétroliers), qui fait planer la menace d’une pénurie d’eau, d’où la formation du programme GMR (Grande Rivière Artificielle), dont le but est de transférer l’eau des nappes souterraines du sud du pays vers les régions peuplées du littoral : la question en termes de gestion de la ressource est controversée.

+ L’eau, une ressource rare en Libye : 90% de la  surface de la Libye est occupée par le Sahara, et les précipitations annuelles du pays ne dépassent pas 300mm ; les ressources en eau ne peuvent couvrir que 2% de la demande, le reste est dépendant des nappes souterraines, dont le renouvellement si lent qu’on peut les qualifier de non renouvelables, et qui font pourtant l’objet d’une exploitation intense.

+Des aménagements gigantesques et coûteux : le projet GRA lancé en 1985 consiste à mobiliser l’eau des nappes fossiles et à les redistribuer à la population, par l’installation d’un vaste réseau de forages, réservoirs, canalisations ; l’eau ainsi transférée sert à recréer ou revitaliser des périmètres irrigués et à améliorer l’alimentation en eau des grandes agglomérations libyennes.

+L’eau du Sahara, une solution durable ? Se pose la question de l’exploitation de la ressource lors de ces transferts : le gaspillage de l’eau à cause d’une irrigation mal conduite en région aride et d’un usage domestique souvent excessif pose un problème.

Partisans du projet : La maîtrise des eaux souterraines est d’abord un choix politique nécessaire pour se diriger vers une autosuffisance alimentaire, et permet des efforts en matière de recyclage des eaux usées, d’assainissement et de lutte contre le gaspillage. Ce GRA permet également de diversifier le marché de l’emploi et de lutter contre le chômage.

Détracteurs du projet : au vu des conséquences environnementales et économiques, se pose la question de la durabilité du projet, ainsi que des problème de corrosion et de fuites, qui amènent à se rapprocher d’autres techniques comme le dessalement ; il faudrait donc redéfinir la politique de l’eau, réfléchir à des modalités de rationalisation des usages agricoles et à la prise en compte du coût environnemental dans la définition du prix de l’eau.

Conclusion : *Peut-on envisager des guerres de l’eau demain ? Dans les régions semi-arides, comme au Sahel, où la ressource est naturellement réduite et les investissements en matière d’équipement insuffisants.

*Les effets du changement climatique sur les ressources en eau : quelles priorités sur l’usage de l’eau ? L’agriculture, les usages domestiques, le tourisme, l’industrie ?

*Y aura-t-il des guerres de l’eau ? Elle contraint les Etats à augmenter leur coopération, malgré les tensions. Les acteurs internationaux doivent intervenir pour conduire une politique de partage et d’équipement, d’après la notion de « bien commun de l’humanité ».

 Les auteurs :

YVETTE VEYRET :agrégée de géographie, professeur des Universités, a écrit plusieurs ouvrages sur la question de développement durable dont L’ Atlas des développements durables, 2008.

 JACQUELINE JALTA : agrégée de géographie, inspectrice pédagogique régionale de l’ Académie de Paris, écrit des manuels de géographie pour le second cycle et l’enseignement secondaire.

 Les sources :

Le monde diplomatique,2005,F.Lasserre et P.Rekacewicz.

J.Fontaine, 1996.

Otchet, 2000.

FAO, Aquastat, 2008.

 

Réflexion personnelle autour de la lecture :

 L’eau est un élément essentiel à la santé des populations, à la protection de l’environnement et au développement économique et social des territoires, autant de facteurs qui la placent au cœur des problématiques de développement durable. On peut, dans une perspective d’amélioration de la gestion des eaux, prendre en compte  le rôle des fleuves dans l’organisation de l’espace, dans le but de proposer des réponses locales aux enjeux que sont la lutte contre le changement climatique, la préservation de la ressource en eau, la protection de la biodiversité( autour des installations de propreté des eaux), la sensibilisation à l’environnement et l’accès à l’eau pour tous dans les pays en développement comme dans les pays développés. Les fleuves et les rivières d’Europe, ainsi que les zones humides qui leur sont associées, comptent parmi les milieux ayant le plus souffert des activités de l’homme ; 25% des cours d’eau d’Europe occidentale et méridionale sont pollués à un niveau extrême. Les enjeux politiques, financiers et humains autour de l’eau sont considérables, notamment en termes d’assainissement, d’approvisionnement, de distribution et de gestion de l’eau.

Marguerite Oudin, HK AL.

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